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  • IA en santé : Valorisations en hausse pour les solutions d’IA administrative, recul pour la clinique

    Plus de 50 % des budgets IT dépassent les 10 %, selon Flare Capital

    Selon une enquête menée par Flare Capital Partners auprès de dirigeants du secteur, plus de la moitié des responsables IT en santé consacrent plus de 10 % de leur budget à l’IA. Parmi ceux qui y consacrent plus de 25 %, la majorité sont issus d’hôpitaux, aujourd’hui en tête de l’adoption. L’engouement se reflète aussi dans les chiffres : deux tiers des médecins utilisent déjà des produits d’IA santé, une hausse de 78 % sur un an. Résultat, les achats sont désormais tirés par l’usage et les besoins du terrain, inversant la logique « push » qui dominait les précédentes vagues technologiques.

    58 % des levées de fonds en 2025 ciblent des solutions, surtout administratives

    Près de 58 % des levées de fonds santé au premier semestre 2025 concernaient des entreprises d’IA. Un pic porté par la demande croissante des acheteurs et la généralisation de l’IA comme fonctionnalité standard dans les produits. Dix sociétés ont franchi le cap du milliard de dollars de valorisation en un an, dont cinq avec des sorties à plusieurs milliards — un changement d’échelle notable, quand la moyenne historique des « exits » santé tournait autour de 100 millions de dollars.

    Les investisseurs et acheteurs se tournent massivement vers les solutions administratives : gestion du cycle de revenus, relations patient, opérations cliniques, etc. Ces catégories, où l’IA génère un retour sur investissement rapide et mesurable, concentrent les valorisations les plus élevées. En moyenne, les solutions administratives ont des valorisations supérieures de 30 % à leurs homologues cliniques. Les entreprises comme Smarter Technologies (ex-SmarterDx) atteignant 100 M$ de chiffre d’affaires récurrent annuel en trois ans grâce à un modèle de rémunération à la performance et une intégration rapide.

    Adoption plus lente pour l’IA clinique, sauf pour l’aide à la décision

    À l’inverse, les outils d’IA clinique souffrent d’un cycle d’adoption plus lent. Les obstacles :

    • Complexité réglementaire ;
    • Intégration difficile dans les flux de travail, incertitudes sur le remboursement ;
    • Et nécessité de preuves solides en matière de sécurité et qualité.

    En 2024, leurs valorisations étaient 25 % inférieures à celles des solutions administratives. Certaines niches cliniques échappent à cette tendance. Les outils d’aide à la décision clinique, comme ceux proposés par OpenEvidence ou Layer Health, exploitent les LLM pour structurer des données non exploitées — documents médicaux, littérature scientifique — et les rendre interrogeables. Ils se démarquent en apportant des insights sans perturber les flux de travail, ce qui favorise leur adoption.

    Automatisation jusqu’à 90 % et ROI en 2 mois pour les leaders du marché

    Les entreprises leaders présentent un niveau d’automatisation élevé (jusqu’à 90 %), permettant des économies d’échelle, une intégration en moins de six mois et un ROI souvent visible en 1 à 2 mois. Les modèles commerciaux sont adaptés : accès via navigateur pour éviter les intégrations complexes, ou partenariats pour accélérer la distribution (ex. : Abridge avec Epic, OpenEvidence avec JAMA).

    Les fondateurs de ces sociétés partagent un profil hybride : expertise technique en IA combinée à une expérience directe des enjeux cliniques. Cette double compétence favorise une compréhension des besoins utilisateurs et accélère la création de valeur.

    Pour soutenir leur valorisation, ces entreprises cherchent à élargir leur surface fonctionnelle. Plusieurs, comme Abridge, Smarter Technologies ou OpenEvidence, étendent leurs services vers d’autres domaines : transcription, facturation, planification des soins, gestion des ordonnances, etc. Cette dynamique intensifie la concurrence, y compris avec les acteurs historiques comme Epic (en partenariat avec Microsoft), Doximity, RadNet ou Evolent, qui ripostent avec leurs propres offres IA ou des acquisitions ciblées (ex. : Iodine, See-Mode).

    La distribution devient l’avantage concurrentiel décisif pour les solutions IA en santé

    Les prochains mois devraient voir se renforcer la concentration du marché autour des solutions combinant impact rapide, automatisation fiable et extension fonctionnelle. Les workflows administratifs continueront à offrir les gains les plus immédiats, tandis que les usages cliniques liés à la structuration des données pourraient émerger comme des relais de croissance crédibles. La distribution — via partenariats stratégiques et modèles tarifaires adaptés — s’impose déjà comme l’avantage concurrentiel déterminant.

    Recommandations pour les acheteurs et fondateurs de solutions IA en santé

    Pour les acheteurs (hôpitaux, assureurs, industriels) :

    • Prioriser des solutions déployables en moins de six mois, avec ROI mesurable à court terme.
    • Miser sur des produits capables de capter et structurer la donnée “perdue” dans les processus.
    • Préférer les partenariats évolutifs, avec feuille de route fonctionnelle crédible.

    Pour les fondateurs et éditeurs :

    • Travailler l’intégration comme un levier produit à part entière.
    • Suivre et démontrer le ROI dès le déploiement initial.
    • S’ancrer dans les flux existants, plutôt que d’en créer de nouveaux.
    • Séquencer l’élargissement fonctionnel de manière cohérente avec la donnée disponible.
    • Maintenir la confiance via des garde-fous humains et audits qualité constants.

     

  • AAP & Parcours chirurgicaux optimisés : l’ARS Île-de-France lance un appel à projets pour structurer un réseau régional de centres pilotes

    Numérique en appui aux parcours chirurgicaux : DPI et télésurveillance mobilisés

    Sans constituer une finalité propre, le numérique est envisagé comme un appui à la mise en œuvre des parcours. L’appel encourage l’usage des outils existants — Dossier Patient Informatisé, solutions de télésurveillance — à condition de garantir l’interopérabilité des systèmes. Ces technologies doivent faciliter la coordination entre professionnels, le suivi des patients et la capitalisation des données.

    Dans le cadre du Plan Régional de Santé (PRS3), l’Agence Régionale de Santé Île-de-France poursuit ses actions en faveur de l’optimisation des parcours chirurgicaux. L’appel à projets lancé le 1er septembre 2025 cible les établissements autorisés à pratiquer la chirurgie, publics ou privés, afin de mettre en œuvre un parcours complet, depuis la préhabilitation jusqu’au retour à domicile. L’initiative s’appuie sur les travaux déjà engagés dans la région : développement de la chirurgie ambulatoire, création de l’Observatoire de la Chirurgie francilien, tableaux de bord PMSI, expérimentations de préhabilitation multimodale entre 2022 et 2024.

    Réduction des séjours et des complications : les effets mesurés des parcours chirurgicaux optimisés

    La mise en œuvre des protocoles de Réhabilitation Améliorée après Chirurgie (ERAS) est au cœur du dispositif. En chirurgie colorectale, ces pratiques ont permis de réduire la durée d’hospitalisation de 1,6 jour en moyenne, de limiter les complications postopératoires (Odds Ratio 0,57) et d’accélérer le retour à l’autonomie. La prise en compte des patients fragiles, via des unités spécialisées (UPOG, UMG, UPOH), et le recours à la préhabilitation physique, nutritionnelle, psychologique et sociale complètent cette approche.

    Pour les équipes chirurgicales et anesthésiques, l’appel soutient la standardisation des pratiques (Patient Blood Management, analgésie multimodale), les réunions pluridisciplinaires régulières, ainsi que des formations ciblées sur la gestion des risques et la communication. Ces éléments visent à renforcer la coordination et la qualité de vie au travail.

    Les établissements bénéficieraient d’une réduction des coûts liés aux complications, d’une meilleure gestion des ressources, d’une attractivité médicale et d’un gain en visibilité sur la qualité des soins. À terme, les centres retenus pourront obtenir un label régional « Centre de Référence Parcours Chirurgical Optimisé ».

    Les candidatures doivent être soumises via la plateforme démarches-simplifiées.fr avant le 17 octobre 2025. Les résultats seront annoncés début novembre. Le dossier devra inclure une présentation détaillée du projet, un budget, le montant de l’aide sollicitée et ses modalités d’utilisation.

  • Réglementation des DMN : 2026, l’année décisive pour l’unité européenne ? L’appel des startups en e-santé

    L’Europe à l’épreuve du morcellement réglementaire

    Les startups européennes de la santé numérique ont déjà démontré leur capacité à répondre aux défis du système de santé : vieillissement de la population, maladies chroniques, pénurie de professionnels. En France, des centaines de milliers de patients utilisent le télésuivi médical (RPM) ou thérapeutique (RTM) ; en Allemagne, les thérapies numériques (DTx) sont prescrites. Ces usages s’appuient sur des preuves cliniques et des certifications techniques nationales. Mais faute d’un cadre d’évaluation commun entre pays de l’Union, ces solutions ne parviennent pas à se déployer à l’échelle européenne. Les différences dans les critères techniques et cliniques ralentissent les processus de remboursement et augmentent les coûts d’accès au marché. Ce morcellement compromet non seulement l’accès équitable aux soins numériques mais aussi la souveraineté technologique européenne dans un contexte de forte concurrence.

    les startups européennes réclament un cadre d’évaluation unifié d’ici 2026

    Face à cette situation, une coalition de startups européennes appelle à la mise en place dès 2026 d’un cadre d’évaluation unifié pour les dispositifs médicaux numériques (DMD). Celui-ci reposerait sur des critères communs à tous les États membres, tant sur le plan clinique que technique, avec pour objectif de faciliter l’accès transfrontalier aux solutions numériques validées. Ce cadre commun permettrait également d’intégrer efficacement ces innovations dans l’Espace européen des données de santé (EHDS), dont le déploiement repose sur une adoption large et coordonnée des outils numériques à travers l’Union.

    Pourquoi deux ans, c’est déjà long pour l’accès européen

    Des initiatives politiques ont déjà posé les premiers jalons d’une convergence : coopération transfrontalière, appui au passage à l’échelle des startups, efforts pour harmoniser les évaluations. Mais les premières expérimentations révèlent des divergences persistantes dans les décisions de remboursement, malgré des données cliniques identiques, et des exigences techniques variables. Pour les acteurs du secteur, la prochaine étape consiste à traduire cette volonté politique en mécanismes opérationnels, dans des délais compatibles avec les cycles d’innovation. Un délai maximum de deux à trois ans après le lancement sur le marché national est jugé acceptable pour accéder à d’autres pays européens. Au-delà, les technologies risquent de devenir obsolètes.

    Objectifs 2026 : alignement franco-allemand et accès accéléré

    Les signataires de l’appel demandent en priorité un alignement entre la France et l’Allemagne, les deux plus grands marchés de santé européens, sur :

    • Les exigences techniques de certification des DMD.
    • Les critères cliniques d’évaluation pour les DTx, RPM, RTM et solutions d’IA.
    • Les procédures opérationnelles de remboursement.

    Ils appellent à une approche pragmatique, évitant l’alourdissement des exigences comme observé dans certaines démarches d’évaluation des produits de santé via les HTA. L’objectif : permettre aux DMD sûrs et efficaces d’arriver rapidement sur le marché européen. Sans harmonisation rapide, le risque est double :

    • ❌Perte de compétitivité des startups européennes.
    • ❌Et creusement des inégalités d’accès aux soins numériques entre pays.
    • ✅À l’inverse, un cadre unifié renforcerait l’attractivité du marché européen, encouragerait les investissements, et garantirait une réponse technologique à la hauteur des besoins de santé publique.

     

  • Une IA clinique modulaire pour optimiser le diagnostic in vitro à Singapour (+80 % des patients jugent le suivi amélioré)

    Une IA modulaire face à 80 % de la charge sanitaire

    La start-up singapourienne AIGP Health lance une plateforme d’IA clinique modulaire pour automatiser la documentation, fluidifier le diagnostic in vitro et améliorer le suivi de maladies chroniques Le vieillissement démographique et l’essor des maladies chroniques bouleversent la médecine de premier secours. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

    • 1 personne sur 6 aura plus de 60 ans d’ici 2030
    • Les maladies chroniques causent 74% des décès mondiaux

    A Singapour, les maladies chroniques diabète, hypertension et hyperlipédémie représentent 80% de la charge sanitaire.

    AIGP Health combine IA multilingue et copilote décisionnel

    Créée par quatre médecins-ingénieurs, AIGP Health propose, une plateforme modulaire combinant :

    • Un agent conversationnel multilingue pour la pré- et post-consultation ;
    • un co-pilote décisionnel en temps réel facilitant documentation et analyse.

    Ce système s’appuie sur l’interopérabilité Electronic Medical Record (API-first), la conformité HSA SaMD Classe A et la norme ISO 13485. L’architecture reste centrée sur la sécurité et le human-in-the-loop, garantissant que le clinicien conserve la décision finale.

    +80 % jugent le suivi médical amélioré

    Une étude pilote auprès de 44 patients et 6 médecins a révélé :

    • 100 % des praticiens constatent une baisse de la charge administrative ;
    • 90 % des patients recommandent la plateforme ;
    • plus de 80 % jugent le suivi amélioré.

    Ces résultats ouvrent la voie à un essai clinique en conditions réelles et à une extension fonctionnelle vers le triage automatisé et la coordination du suivi chronique. AIGP Health ambitionne une homologation progressive en classes SaMD de risque supérieur, nécessaires aux logiciels médicaux intervenant plus directement dans le diagnostic.

     

  • Etude : l’IA générative de plus en plus utilisée dans les publications scientifiques (AACR)

    1 abstract sur 4 généré par IA

    Les résultats de leurs travaux présentés lors du 10ème congrès international sur l’évaluation par les pairs et les publications scientifiques (3-5 septembre) révèlent que près d’un quart des abstracts contiennent désormais du texte généré par IA.

    L’intelligence artificielle est de plus en plus utilisée en médecine. Au service du diagnostic, de la personnalisation des traitements ou de l’analyse d’images, ces outils s’insinuent progressivement dans la pratique clinique. Mais l’IA s’invite aussi dans un autre domaine essentiel : la production et l’évaluation de la recherche scientifique. Afin de savoir quelle place elle prenait réellement, des chercheurs de l’American Association for Cancer Research (AACR) et membre du Peer Review Congress, le congrès international sur l’évaluation par les pairs et les publications scientifiques ont mené une étude transversale. Concrètement, les chercheurs ont étudié les manuscrits et commentaires soumis entre 2021 et 2024 à 10 revues de l’American Association for Cancer Research (AACR). Ils ont ciblé trois éléments :

    • l’abstract,
    • la section méthodes,
    • les commentaires des relecteurs

    Chaque texte a ensuite été analysé avec un logiciel de détection d’IA et un score de probabilité d’IA (entre 0 et 1) a été établi. Pas moins de 46 500 résumés, 46 021 sections méthodes et 29 544 rapports de relecteurs ont ainsi été passés au crible.

    +50 % de chutes après interdiction dans les revues

    Les résultats de l’étude ont été présentés lors du 10ème congrès international sur l’évaluation par les pairs et les publications scientifiques qui s’est tenu du 3 au 5 septembre à Chicago.

    Résultats :

    • Entre 2021 et 2022, avant la mise en accès public de ChatGPT, sur 18 467 manuscrits, seuls 7 résumés contenaient du texte très probablement généré par IA.
    • Aucun texte généré par IA détecté dans les sections Méthodes ni dans les commentaires de relecteurs.
    • Le taux de faux positifs est extrêmement faible (<0,3 %).
    • A partir de 2023, forte augmentation des détections dans les trois sources (résumés, méthodes, commentaires)
    • En 2024, 23 % des résumés contiennent du texte IA, 10 % des sections méthodes et 4,8 % des commentaires de relecteurs
    • Fin 2024, les revues ont instauré une politique interdisant l’usage de l’IA, faisant chuter les détections dans les commentaires de relecteurs de plus de 50 %. Puis, ils ont repris une progression linéaire.
    • L’utilisation de l’IA varie beaucoup selon les journaux. Dans certains titres, 12–15 % des abstracts sont concernés, dans d’autres le taux monte à 28–33 %.
    • Les chercheurs des pays anglophones utilisent 2 fois moins souvent l’IA que les autres.
    • L’utilisation d’IA est associée à un taux de rejet plus élevé avant peer review, et les commentaires de relecteurs sont un peu moins bien notés.

    Nature alerte sur les biais et dérives éthiques

    Le premier auteur de l’étude a déclaré dans la revue Nature « avoir été personnellement choqué par l’ampleur de l’utilisation dans les sections méthodes. Demander à un LLM d’améliorer le langage de la section méthodes peut introduire des erreurs… car ces détails doivent être exacts quant à la façon dont vous avez procédé, et si l’on reformule quelque chose, cela peut ne plus être correct ».

    Nature et Science ont chacun consacré un article à cette étude. Ils soulignent notamment une problématique éthique. En effet, si les chercheurs de pays non anglophones utilisent plus l’IA pour corriger ou rédiger, le bannissement pourrait accentuer les inégalités entre chercheurs. Par ailleurs, le constat de l’inefficacité de la régulation suscite des interrogations. Faut-il trouver des méthodes plus efficaces pour interdire l’IA ou au contraire l’intégrer l’IA comme un outil normalisé, à condition de transparence ?

    Les auteurs de l’étude ne tranchent pas mais annoncent que leur « intention est clairement de commencer à contrôler tous les manuscrits soumis ainsi que tous les commentaires de peer review entrants ».

     

     https://peerreviewcongress.org/abstract/quantifying-and-assessing-the-use-of-generative-ai-by-authors-and-reviewers-in-the-cancer-research-field/

    Quantifying and Assessing the Use of Generative AI by Authors and Reviewers in the Cancer Research Field

    Daniel S. Evanko,1 Michael Di Natale1

  • Une plateforme de médecine personnalisée fonctionnelle pour les cancers pédiatriques au Centre Léon Bérard

    Une plateforme pour tester les traitements sur cellules tumorales

    Le site de recherche intégré d’excellence South-Rock, dédié à la cancérologie pédiatrique, a vu naître une première en France : une plateforme de médecine personnalisée fonctionnelle dédiée aux enfants et adolescents atteints de cancer. Ce dispositif, installé au Centre Léon Bérard à Lyon, réunit cliniciens et chercheurs pour rapprocher soins et recherche. Déjà bien installée dans les pratiques oncologiques, la médecine personnalisée s’appuie sur le profil moléculaire des tumeurs pour ajuster les traitements. Cette nouvelle plateforme propose d’aller plus loin en testant in vitro la réponse réelle des cellules tumorales aux traitements potentiels.

    Tester les traitements sur la tumeur du patient

    Le dispositif repose sur un processus de « primo-culture immédiate », mis en œuvre par les équipes du Centre Léon Bérard et du Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL), notamment l’équipe « Mort Cellulaire et Cancers de l’Enfant » co-dirigée par Marie Castets (Inserm) et le Pr Jean-Yves Blay. Lors de la biopsie, une portion de la tumeur est prélevée et, parallèlement aux examens classiques (diagnostic, profilage), les chercheurs cultivent les cellules tumorales au laboratoire. Environ une semaine plus tard, plusieurs médicaments — sélectionnés par les pédiatres — sont testés sur cette culture.

    L’objectif : identifier les molécules actives sur les cellules du patient, et écarter celles inefficaces, même si elles auraient pu être administrées par habitude.

    Organoïdes tumoraux : un outil prometteur pour suivre et anticiper les récidives

    En complément des primo-cultures, l’équipe développe également des organoïdes tumoraux — des répliques miniaturisées de tumeurs — sous la direction de Laura Broutier (Inserm) et Clémence Deligne (post-doctorante). Ces modèles tridimensionnels, cultivés sur 4 à 8 semaines, permettent d’élargir le champ des traitements testés grâce à l’amplification des cellules tumorales, tout en préservant les caractéristiques de la tumeur initiale.

    Utilisables dans le suivi de la maladie, ces organoïdes peuvent anticiper l’efficacité de traitements en cas de récidive. À ce jour, 18 modèles d’organoïdes de gliomes de haut grade et d’épendymomes sont opérationnels. L’ambition est d’étendre cette technologie à des cancers pédiatriques plus rares, dépourvus de modèles expérimentaux.

    Déjà 2 cas traités

    Ce projet mobilise une chaîne logistique structurée entre les Hospices Civils de Lyon (prélèvements chirurgicaux et analyses anatomopathologiques) et les laboratoires du Centre Léon Bérard. Marie Castets souligne la synergie permise par la proximité physique et fonctionnelle entre les cliniciens et les chercheurs, qui facilite les échanges et l’appropriation du dispositif par toutes les parties prenantes. Actuellement réservé à des cas d’échec thérapeutique, le processus a déjà permis d’adapter les traitements de deux jeunes patients. L’objectif est désormais de démontrer sa faisabilité et son efficacité pour qu’il puisse s’intégrer à la pratique clinique standard, dès les premières lignes de traitement.

     

  • IA générative et santé mentale : les chatbots alignés sur les risques extrêmes, mais imprévisibles entre les deux

    9 000 réponses IA confrontées à l’évaluation clinique

    Des chercheurs de Harvard et de RAND Corporation ont évalué la capacité de trois chatbots populaires — ChatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic) et Gemini (Google) — à gérer des requêtes liées au suicide. L’objectif était de mesurer si leurs réponses directes ou indirectes s’alignent sur le niveau de risque estimé par des cliniciens. Trente questions hypothétiques, couvrant des sujets épidémiologiques, procéduraux et thérapeutiques, ont été classées en cinq niveaux de risque par 13 professionnels de santé mentale. Chaque question a ensuite été soumise 100 fois à chacun des trois modèles, générant 9 000 réponses au total.

    Les IA ne distinguent pas fiablement les niveaux de risque suicidaire

    Les résultats montrent un alignement clair pour les extrêmes du spectre de risque. Aucun chatbot n’a donné de réponse directe aux questions jugées à risque très élevé (ex. : méthodes létales), et à l’inverse, Claude et ChatGPT ont systématiquement répondu aux questions très peu risquées (ex. : statistiques de suicide). Gemini, en revanche, n’a répondu directement qu’à 25 % de ces questions très faiblement risquées.

    Entre ces extrêmes, les réponses ont varié sans cohérence statistique : les modèles n’ont pas différencié de manière fiable les requêtes à risque faible, moyen ou élevé. ChatGPT a répondu directement à 78 % des questions à risque élevé, et à 73 % de celles à risque faible. Claude a montré un taux plus homogène, mais pas plus aligné avec les classifications cliniques.

    ChatGPT (OpenAI)

    • 78 % de réponses directes aux questions à risque élevé
    • 73 % de réponses directes aux questions à risque faible

    Claude (Anthropic)

    • Taux de réponses plus homogène entre les niveaux de risque
    • Pas de meilleur alignement avec les classifications cliniques

    Gemini (Google)

    • Seulement 25 % de réponses directes aux questions à très faible risque
    • Réponses plus restrictives que les autres modèles, y compris pour les cas peu sensibles

    Claude 2× plus enclin à répondre que Gemini aux requêtes sensibles

    Claude s’est révélé plus enclin à fournir des réponses directes (OR ajusté : 2,01 ; p<0,001), tandis que Gemini s’en est abstenu dans la majorité des cas (OR ajusté : 0,09 ; p<0,001). ChatGPT a parfois répondu à des questions jugées sensibles, notamment sur les moyens les plus létaux, soulevant des préoccupations sur la sécurité de ses recommandations. À l’inverse, il a refusé de répondre à certaines questions d’ordre thérapeutique, même classées à faible risque.

    ChatGPT mentionne encore un numéro d’urgence obsolète aux USA

    Lorsqu’ils ne répondaient pas directement, les trois chatbots orientaient généralement l’utilisateur vers une ligne d’assistance ou incitaient à consulter un professionnel. Toutefois, la qualité de ces suggestions variait : ChatGPT mentionnait encore l’ancien numéro d’urgence, au lieu du 988 Suicide and Crisis Lifeline. L’étude, approuvée par l’IRB de Harvard Pilgrim Health Care Institute, s’est appuyée sur une échelle de risque définie par des experts, allant de 1 (très faible) à 5 (très élevé). Les réponses ont été codées selon leur caractère direct ou indirect. Une régression logistique à effets mixtes a permis d’estimer la probabilité qu’un modèle réponde directement selon le niveau de risque perçu par les cliniciens.

    IA en santé mentale : intérêt croissant, mais encadrement insuffisant

    Face à la pénurie de professionnels en santé mentale aux États-Unis — un psychiatre pour 13 492 habitants, un psychologue pour 4 670 —, les chatbots suscitent un intérêt comme ressources de premier recours. Pourtant, cette étude souligne la nécessité de mieux calibrer leur comportement, notamment via l’apprentissage par renforcement avec feedback humain, pour éviter qu’ils ne diffusent des contenus inappropriés. Le débat reste ouvert quant à leur rôle thérapeutique. Si certains chercheurs soulignent leur potentiel d’accompagnement, d’autres alertent sur les risques juridiques et éthiques de leur utilisation dans des contextes sensibles.

    Les auteurs reconnaissent plusieurs limites : un échantillon réduit de chatbots, une base de requêtes prédéfinie, des itérations limitées à des formulations directes, et une expertise fondée sur un panel de cliniciens restreint. Par ailleurs, les versions des modèles sont amenées à évoluer, rendant les résultats périssables dans le temps.

    McBain RK, Cantor JH, Zhang LA, et al. Evaluation of Alignment Between Large Language Models and Expert Clinicians in Suicide Risk Assessment. Psychiatric Services In Advance. https://doi.org/10.1176/appi.ps.20250086

  • 1 milliard d’euros investis dans la HealthTech française en 2024, en recul de 27 %

    Moins d’opérations, mais plus de tickets supérieurs à 50 M€

    Alors que la dynamique d’investissement dans les start-up HealthTech s’essouffle depuis 2022, le baromètre 2025 de France Digitale et EY confirme une tendance à la baisse. En 2024, les entreprises du secteur ont levé 1 milliard d’euros, soit une chute de 27 % par rapport à 2023. C’est un niveau qui ramène le financement à celui de l’année 2020. Le nombre de levées de fonds chute avec 94 opérations recensées, contre 144 en 2022. En revanche, les opérations les plus importantes (plus de 50 M€) ont été plus nombreuses : quatre levées de ce type ont été comptabilisées en 2024, alors qu’aucune n’avait dépassé ce seuil en 2023. Cela reflète une polarisation des financements autour de quelques acteurs matures. Par ailleurs, les levées comprises entre 10 et 50 M€ restent stables (19 en 2024 contre 20 en 2023), alors que les opérations inférieures à 10 M€ reculent fortement.

    Les biotechs concentrent l’essentiel des fonds

    Le secteur des biotechnologies continue de dominer les investissements, représentant 69 % des montants levés, suivi par les medtechs (18 %) et les solutions digitales (13 %). Ce déséquilibre sectoriel traduit une préférence des investisseurs pour les projets de rupture scientifique, malgré des cycles de développement longs et incertains.

    Des perspectives incertaines malgré des attentes fortes

    Le baromètre met aussi en lumière un contexte d’incertitude prolongée pour les start-up HealthTech, lié au durcissement des conditions de marché (hausse des taux, exigences réglementaires, frilosité des investisseurs). France Digitale souligne néanmoins le potentiel transformateur de la HealthTech, notamment pour répondre aux défis structurels du système de santé.

    Dans cette optique, le think tank propose plusieurs pistes pour soutenir l’écosystème :

    • Faciliter l’accès aux financements non-dilutifs pour les start-up en phase amont.
    • Accélérer les procédures d’évaluation et de remboursement des innovations.
    • Renforcer les passerelles entre recherche académique et entrepreneuriat.
    • Stimuler les collaborations avec les établissements de santé.

    France Digitale & EY : Baromètre 2025 sur la performance économique
et sociale des start-ups, fonds de capital-risque
et structures d’accompagnement français

     

  • Le CHU de Poitiers dématérialise les comptes-rendus de laboratoire pour réduire son empreinte écologique

    Zéro papier pour les comptes-rendus 

    Dans une logique de simplification des processus et d’engagement environnemental, le CHU de Poitiers a officialisé, le 21 juillet 2025, la dématérialisation complète des comptes-rendus de laboratoire. Les résultats sont désormais exclusivement accessibles en ligne via le portail Hôpitaux86, à l’exception des comptes-rendus destinés aux patients mineurs, toujours envoyés par courrier.

    L’établissement hospitalier vise par cette mesure une réduction de son impact environnemental, tout en améliorant la fluidité de ses services. L’initiative concerne l’ensemble des patients adultes, ainsi que les médecins traitants et prescripteurs, qui devront désormais consulter les résultats via une interface sécurisée.

    Un compte Hôpitaux86 requis pour accéder aux résultats

    Pour accéder aux documents, les utilisateurs – patients comme professionnels de santé libéraux – doivent disposer d’un compte sur le portail Hôpitaux86. L’adresse e-mail utilisée doit être personnelle et unique. Elle doit être transmise dès l’accueil au CHU afin de permettre la notification dès mise à disposition des résultats.

    Le CHU de Poitiers s’inscrit ainsi dans une tendance plus large de numérisation des échanges médicaux, en cohérence avec les exigences écologiques actuelles et les attentes croissantes en matière de réactivité et de traçabilité dans la gestion des données de santé.

  • BioMérieux lance aux États-Unis un test IA de diagnostic respiratoire en 15 minutes

    FDA : feu vert au test IA de bioMérieux pour 5 virus en 15 min

    BioMérieux obtient l’autorisation de la FDA pour son test nasal antérieur basé sur l’IA, capable de détecter cinq agents pathogènes respiratoires et pharyngés en seulement 15 minutes. Les infections respiratoires aiguës (IRA) et les pharyngites entraînent des millions de consultations chaque année, surtout chez les enfants et les personnes âgées. Selon l’OMS, elles touchent 450 millions de personnes par an et causent 4,2 millions de décès, avec une prévalence dominante des virus Rhinovirus, Influenza A/B, RSV et SARS-CoV-2.

    Différencier infections virales et bactériennes comme la pharyngite streptococcique nécessite des diagnostics rapides. Les tests PCR standard, immunochromatographiques et cultures virales présentent des limites :

    • Délai de 1 à 3 jours
    • Coût élevé
    • Prélèvements invasifs

    Étude multicentrique : le test Spotfire affiche 94,8 % de sensibilité Rhinovirus

    Le test nasal antérieur BioFire Spotfire Respiratory/Sore Throat Panel Mini détecte simultanément Rhinovirus, Influenza A/B, RSV, SARS-CoV-2 et Streptococcus pyogenes en 15 minutes grâce à :

    • 15 M€ investis dans la plateforme Spotfire et le test multiplex PCR
    • Intégration de l’IA pour des analyses instantanées

    Une étude prospective multicentrique menée aux États-Unis (mars 2024 – février 2025, 450 patients symptomatiques) révèle :

    • Sensibilité 94,8 % / spécificité 93,5 % pour le Rhinovirus
    • Sensibilité et spécificité 100 % pour Influenza A/B
    • Sensibilité 87,5 % / spécificité 99,8 % pour le RSV

    Perspectives : extension à d’autres panels

    Le test affiche une PPA et NPA supérieures à 90 % pour tous les agents, sauf l’adénovirus (PPA 88,24 %). BioMérieux prévoit de déployer cette technologie à d’autres panels multiplex pour biologie délocalisée :

    • Panel respiratoire étendu (15 agents pathogènes)
    • Panel gastro-intestinal
    • Panel urinaire