Un système à “bout de souffle” selon plus de 2 000 scientifiques
Peu de satisfaction, des effets d’usure
Le Collège des sociétés savantes académiques de France a publié les résultats d’une enquête conduite début 2025 sur le financement de la recherche publique. Près de cinq ans après la promulgation de la Loi de Programmation de la Recherche (LPR), cette consultation dresse un état des lieux critique d’un système jugé “à bout de souffle”. Plus de 2 200 scientifiques ont répondu à un questionnaire structuré de 67 questions, complété par 8 000 commentaires libres. La diversité des profils (disciplines, statuts, âges et employeurs) permet une lecture plus fine de la situation dans l’ensemble du secteur. Moins de 15 % des répondants jugent le système de financement satisfaisant. La majorité dénonce un sous-financement chronique, une logique court-termiste, une répartition jugée opaque et chronophage, ainsi qu’une pression dissuasive sur les projets exploratoires. Ce fonctionnement est perçu comme “inéquitable” et “peu compatible” avec les exigences d’une recherche innovante.
60 % des scientifiques estiment que la France perd du terrain
Plus de 60 % des personnes interrogées estiment que la France perd du terrain, notamment dans les sciences de la vie, la chimie et la médecine. Ce recul s’observe aussi bien sur le plan national — avec une crise des vocations — qu’à l’échelle internationale, où la visibilité des travaux français se réduit, tandis que certains chercheurs quittent le pays.
Les critiques visent également l’absence de pilotage stratégique. Le système est décrit comme fortement administré, mais sans vision claire à long terme. Les chercheurs alertent sur la méconnaissance des enjeux scientifiques par les responsables politiques et sur une sous-estimation de l’apport de la recherche publique dans les transformations sociétales.
Enfin, la surcharge administrative, la complexité des procédures et l’incertitude sur les financements affectent les conditions de travail. Les répondants signalent une perte de sens et des impacts sur la santé mentale liés à la pression constante.
Budget, recrutements, reconnaissance : 6 propositions pour une recherche plus durable
Malgré le constat sévère, la communauté scientifique formule des recommandations :
Atteindre 1 % du PIB pour la recherche publique, conformément aux objectifs européens.
Accroître significativement les financements récurrents (au moins 50 % hors salaires permanents).
Recruter davantage de personnels permanents de recherche et d’appui.
Simplifier les procédures de gestion administrative.
Améliorer les taux de succès des appels à projets.
Reconnaître les apports sociétaux de la recherche, au-delà de sa seule rentabilité économique.
Withings introduit un suivi prédictif de la santé nocturne
À l’occasion du salon IFA de Berlin, Withings a présenté une nouvelle version de sa montre connectée de santé, la Scanwatch 2, deux ans après la sortie de la première génération. Bien que le design et les capteurs restent similaires, la nouveauté repose sur un nouveau système d’exploitation embarqué, baptisé HealthSense 4, qui introduit des algorithmes d’analyse physiologique. L’objectif est de passer d’un suivi passif à une logique prédictive en analysant plusieurs variables nocturnes comme la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) ou les fluctuations de température cutanée. Ces données permettent à la montre d’émettre des notifications lorsque des signes précoces de maladie sont détectés, ou lorsqu’un cycle menstruel s’annonce, y compris en cas d’irrégularité.
Un indicateur de vitalité basé sur la VFC, le sommeil et la température corporelle
Parmi les nouveautés, Withings introduit également un algorithme de vitalité, conçu pour estimer quotidiennement le niveau d’énergie de l’utilisateur à partir de paramètres combinés : VFC, activité physique, température corporelle et qualité du sommeil. La précision des reconnaissances d’activités sportives et du comptage de pas a également été revue. L’autonomie passe désormais à 35 jours (contre 30 précédemment), sans modification des capteurs ou des fonctions historiques (ECG, SpO₂, suivi du sommeil, etc.).
La ScanWatch 2 disponible en France à 349,95 €, avec HealthSense 4 exclusif
La nouvelle Scanwatch 2 est disponible dès maintenant en France, au tarif de 349,95 €, incluant trois mois d’abonnement à Withings+. Le nouveau système HealthSense 4 reste exclusif à ce modèle : les précédentes Scanwatch 2 ne bénéficieront pas des fonctionnalités logicielles prédictives par mise à jour.
Neuf appels à projets lancés pour EU4Health 2025, avec un budget global de 56,8 M€
EU4Health est le quatrième programme de santé de l’Union européenne et le plus doté à ce jour. Il répond aux défis post-COVID-19 mais soutient également la résilience des systèmes de santé européens. Le programme finance des actions portées par des autorités nationales, organismes de santé et autres acteurs via des subventions et des marchés publics. HaDEA en assure la gestion opérationnelle.
Trois appels sont spécifiquement dédiés au dépistage organisé du cancer, dans une logique de test et de mise en œuvre à l’échelle européenne :
Cancer gastrique (référence EU4H-2026-SANTE-PJ-01)
Cancer du poumon (EU4H-2026-SANTE-PJ-02)
Cancer de la prostate (EU4H-2026-SANTE-PJ-03)
Santé cardiovasculaire et maladies non transmissibles : prévention, IA et personnalisation
Deux appels visent la prévention des maladies cardiovasculaires et chroniques :
Un projet-phare européen intégrant l’intelligence artificielle et les données de santé pour la prédiction, la prévention, le traitement personnalisé et la réadaptation (EU4H-2026-SANTE-PJ-04)
Un appel centré sur la prévention tout au long de la vie avec un accent particulier sur les maladies cardiovasculaires (EU4H-2026-SANTE-PJ-05)
Accès aux médicaments, dispositifs médicaux orphelins, données de santé et événements
Quatre autres appels couvrent d’autres thématiques :
Suivi des prix, remboursement et accès aux médicaments, à travers l’amélioration de la base EURIPID (EU4H-2026-SANTE-PJ-06)
Dispositifs médicaux orphelins, en particulier pour la population pédiatrique (EU4H-2026-SANTE-PJ-07)
Exploitation des données de santé pour stimuler l’innovation biotech via l’Espace européen des données de santé (EU4H-2026-SANTE-PJ-08)
Organisation de conférences en santé (EU4H-2026-SANTE-PJ-09)
Un webinaire d’information destiné aux candidats et parties prenantes aura lieu le 9 octobre 2025, de 10h à 15h30 (CET). Il portera sur les modalités de soumission des projets et les spécificités de chaque appel. L’inscription est ouverte via la Plateforme de politique de santé de l’UE, et les questions peuvent être soumises en amont via Slido (code : #EU4H2025).
57,6 % des patients favorables à l’IA en santé, mais 73 % veulent que la décision reste médicale
Une étude internationale publiée dans JAMA Network Open a interrogé 13 806 patients hospitaliers sur leurs attitudes vis-à-vis de l’intelligence artificielle (IA) dans les soins et le diagnostic. Réalisée dans 74 hôpitaux répartis sur 6 continents, l’étude visait à comprendre la confiance, les préférences et les inquiétudes des patients à l’égard de l’IA, tout en analysant les facteurs sociodémographiques associés à ces perceptions.
Globalement, 57,6 % des répondants expriment une opinion favorable à l’usage de l’IA en santé, et 70 % déclarent préférer des systèmes d’IA « explicables ». Toutefois, la confiance varie fortement selon les domaines d’application. Moins de la moitié des participants (41,8 %) font confiance à l’IA pour fournir des informations sur la réponse aux traitements. De plus, près de 73 % souhaitent que les décisions médicales restent sous la supervision d’un médecin, quitte à sacrifier une légère part de précision.
La confiance varie selon l’état de santé, le genre et l’usage des technologies
29 % des patients en mauvaise santé ont une opinion négative, contre 5 % en très bonne santé
Les résultats révèlent des différences marquées selon le sexe, l’état de santé et la familiarité avec la technologie. Les femmes ont une attitude moins favorable à l’IA que les hommes (55,6 % vs 59,1 %). Les patients en moins bon état de santé sont également plus réticents. Par exemple, 29,2 % des patients se déclarant en mauvaise santé ont une vision négative de l’IA, contre seulement 5,3 % parmi ceux en très bonne santé. À l’inverse, une meilleure connaissance de l’IA et un usage fréquent des outils technologiques sont associés à des attitudes plus positives. L’étude identifie ainsi un lien fort entre littératie numérique et acceptabilité de l’IA.
Première enquête mondiale sur l’acceptabilité de l’IA médicale : 13 800 patients interrogés, 26 langues, 6 continents
Coordonnée par le consortium COMFORT et pilotée par la Charité – Universitätsmedizin Berlin, cette étude est la première à cette échelle mondiale à interroger directement les patients hospitaliers sur leur perception de l’IA. Elle a été conduite selon les standards méthodologiques STROBE, avec un questionnaire validé psychométriquement, disponible en 26 langues. Les auteurs insistent sur la nécessité d’une implémentation différenciée de l’IA en santé, tenant compte des préférences individuelles et du contexte local. En d’autres termes, l’adhésion des patients à l’IA dépendra de la capacité des systèmes de santé à intégrer leurs attentes dans les déploiements technologiques.
Busch, F., Hoffmann, L., Xu, L., Zhang, L. J., Hu, B., García-Juárez, I., Toapanta-Yanchapaxi, L. N., Gorelik, N., Gorelik, V., Rodriguez-Granillo, G. A., Ferrarotti, C., Cuong, N. N., Thi, C. A. P., Tuncel, M., Kaya, G., Solis-Barquero, S. M., Mendez Avila, M. C., Ivanova, N. G., Kitamura, F. C., … COMFORT consortium. (2025). Multinational attitudes toward AI in health care and diagnostics among hospital patients. JAMA Network Open, 8(6), e2514452.
30 % des entreprises ont déjà déployé la GenAI, contre 6 % en 2023
Le Capgemini Research Institute vient de publier la troisième édition de son rapport annuel sur l’intelligence artificielle générative (“Harnessing the value of AI: Unlocking scalable advantage“), réalisé auprès de 1 100 dirigeants dans le monde. Il révèle une nette accélération de l’adoption de la GenAI dans les entreprises : 30 % d’entre elles ont aujourd’hui déployé ces technologies à l’échelle (partiellement ou entièrement), contre 6 % en 2023. Près de 93 % des organisations interrogées expérimentent au moins un cas d’usage. Les secteurs les plus avancés sont les télécommunications, les biens de consommation, ainsi que l’aérospatiale et la défense. Les fonctions les plus concernées restent le service client, le marketing, la gestion des risques et l’informatique.
Systèmes multi-agents : 45 % des entreprises testent déjà ces environnements d’IA collaborative
L’étude révèle également une intégration plus directe de l’IA dans les équipes. En 2025, 44 % des entreprises considéraient déjà l’IA comme un acteur intégré dans les processus. Ce chiffre pourrait atteindre 60 % dans les 12 prochains mois, certaines organisations envisageant même de confier des rôles de supervision à ces agents sur d’autres IA. Les agents d’IA, capables d’orchestrer des processus de bout en bout, s’imposent progressivement. 88 % des cadres de la R&D, du marketing ou des ventes estiment qu’ils auront un impact significatif sur leurs activités d’ici trois à cinq ans. En parallèle, les systèmes multi-agents se développent : 45 % des entreprises en testent déjà, et 38 % anticipent l’arrivée prochaine d’agents dotés de capacités d’auto-apprentissage avec supervision humaine minimale.
88 % des entreprises ont augmenté leur budget GenAI, mais les coûts cloud freinent l’élan
L’enthousiasme se reflète dans les budgets : 88 % des entreprises ont augmenté leurs investissements en GenAI au cours des douze derniers mois, avec une progression moyenne de 9 %. En 2025, la GenAI capte désormais 12 % des budgets informatiques. Et la dynamique devrait se poursuivre, 61 % des organisations prévoyant d’augmenter encore leur budget en 2026. Mais cet investissement s’accompagne de dépenses imprévues, notamment liées à la consommation de services cloud. Plus de la moitié des entreprises interrogées évoquent des “factures surprises”, poussant certaines à se tourner vers des modèles de langage plus compacts, jugés plus rentables.
71 % des entreprises ne sont pas prêtes à confier une autonomie complète aux agents IA
Malgré cette accélération, la confiance dans les systèmes autonomes reste limitée. 71 % des entreprises se disent non prêtes à confier une autonomie complète aux agents IA, en raison de politiques de gouvernance encore incomplètes. Moins de la moitié (46 %) des organisations déclarent avoir mis en place des politiques formelles de gouvernance, mais leur application reste hétérogène et souvent non systématique. Le rapport souligne enfin que deux tiers des entreprises identifient la nécessité de restructurer leurs équipes pour optimiser la collaboration entre humains et IA. L’adoption à grande échelle ne pourra selon Capgemini se faire qu’au prix d’un réalignement des modèles d’organisation, associant données, sécurité, conformité et coopération homme-machine.
Avec le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques, les systèmes de santé doivent faire face à des trajectoires médicales de plus en plus complexes. L’IA est déjà utilisée pour analyser des images ou personnaliser certains traitements, mais prédire de manière intégrée l’histoire naturelle des maladies reste un défi. Anticiper l’apparition de plusieurs pathologies permettrait d’orienter la prévention, d’améliorer le dépistage précoce et de mieux planifier les ressources hospitalières.
C’est précisément l’ambition de l’étude publiée dans Nature : développer un modèle d’IA capable d’apprendre, à partir de larges cohortes, comment les maladies surviennent les unes après les autres et d’en déduire le risque futur pour chaque individu.
Un modèle génératif inspiré de GPT
Baptisé Delphi-2M, le système s’appuie sur une architecture de type transformeur – la même famille de modèles qui a donné naissance à ChatGPT. Concrètement, il s’agit d’un réseau de neurones conçu pour analyser des séquences et apprendre les relations entre des événements successifs. Ici, au lieu de traiter du texte mot par mot, l’IA apprend les séquences médicales : l’ordre et la probabilité d’apparition des maladies au cours de la vie.
Pour l’entraîner, les chercheurs ont mobilisé les données de santé de 402 799 volontaires de la UK Biobank, puis validé les performances sur 100 639 personnes supplémentaires et sur une cohorte externe de 1,93 million de Danois issues des registres nationaux. L’IA intégrait à la fois l’historique des diagnostics, le sexe, l’indice de masse corporelle, le tabagisme ou encore la consommation d’alcool.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 17 septembre dans Nature.
Résultats : des probabilités fiables 7 fois sur 10
A court terme, Delphi-2M atteint une AUC moyenne de 0,76.
Dans 76 % des cas, l’IA donne donc un score de risque plus élevé au patient qui développera effectivement une maladie qu’à celui qui ne la développera pas.
Même à 10 ans, l’AUC reste à 0,70. Le modèle a donc environ 7 chances sur 10 de classer correctement deux patients comparés.
Sur les 1,93 million de Danois, l’AUC moyenne descend à 0,67.
La prévision est variable selon les maladies :
Les maladies cardiovasculaires et métaboliques sont très prévisibles avec des scores souvent supérieurs à 0,80.
Plusieurs cancers ou maladies chroniques atteignent des scores intermédiaires de 0,70–0,75.
Les troubles psychiatriques et certains cancers difficiles à détecter sont en revanche peu prévisibles (< 0,65).
Les facteurs les plus prédictifs
Au-delà des chiffres, les chercheurs ont cherché à interpréter les prédictions. Ils ont identifié quels antécédents influencent le plus le risque futur. Résultat : des clusters de comorbidités se dessinent. Les maladies cardiovasculaires gardent une forte valeur prédictive sur plusieurs années, tandis que d’autres pathologies, comme les infections bénignes, n’améliorent les prédictions que dans un laps de temps limité.
L’étude reste soumise aux biais classiques des grandes bases de données : la UK Biobank, plus saine et favorisée que la population générale, limite la représentativité et la précision décroît nettement après 80 ans, faute de données suffisantes. Ces limites montrent que Delphi-2M doit encore être validé avant tout usage clinique.
Vers de nouvelles applications en prévention
Malgré ces limites, l’étude ouvre des perspectives prometteuses. Delphi-2M pourrait contribuer à la personnalisation de la prévention en identifiant les patients les plus à risque, ou encore améliorer le dépistage précoce de pathologies lourdes comme le cancer ou le diabète. Il pourrait aussi devenir un outil de planification en santé publique, en simulant l’évolution des charges de maladies dans une population, ou encore servir la recherche grâce à la génération de données synthétiques préservant la confidentialité. Les auteurs envisagent enfin d’élargir le modèle à de nouvelles sources de données, comme les biomarqueurs, l’imagerie, la génétique ou les capteurs connectés.
« Cette approche montre qu’il est possible de modéliser l’histoire naturelle des maladies de manière statistiquement robuste. Mais son intégration en pratique clinique nécessitera encore de nombreuses validations », concluent-ils.
*Learning the natural history of human disease with generative transformers. Nature (2025).
Une IA pour affiner les risques cardio avec 40 variables
Une équipe malaisienne développe un modèle de machine learning intégré à une plateforme numérique, améliorant la prédiction du risque cardiovasculaire en Asie du Sud-Est. Les maladies cardiovasculaires (MCV) représentent la première cause de mortalité mondiale, responsables de 44 % des décès liés aux maladies non transmissibles selon l’OMS.
17,9 millions de décès annuels dus aux MCV dans le monde
+47,4 % d’augmentation dans la région Asie-Pacifique
Les scores occidentaux (Framingham, RPCE, SCORE2) sont mal calibrés pour les populations asiatiques. L’Université Technologique MARA (UiTM, Shah Alam) et l’Université de Malaya (Kuala Lumpur) ont conçu un modèle interprétable, financé à hauteur de 1,2 million de dollars par le ministère malaisien de la Science, de la Technologie et de l’Innovation (MOSTI) dans le cadre du programme TeD 1. Il intègre 40 variables cliniques et fonctionnelles, incluant force de préhension et périmètre du mollet, absentes des scores classiques.
+17,3 % de reclassification nette pour le modèle malaisien
REDISCOVER a suivi 13 654 adultes de 40 communautés (18 urbaines, 22 rurales) depuis 2007, avec des collectes tous les trois ans. L’objectif : analyser facteurs sociaux, comportementaux, génétiques et environnementaux liés aux MCV.
Validation croisée 10 plis sur cohorte multiethnique, adaptée à la médecine de précision
La plateforme numérique est en déploiement pour usage clinique et dépistage préventif. Les prochaines étapes incluent extension des essais, homologation réglementaire et intégration en médecine de précision.
Les Émirats Arabes Unis constituent une fédération de sept émirats comptant environ 11,35 millions d’habitants en 2024. Le pays bénéficie d’un PIB par habitant élevé, estimé à environ 47 000 USD , et d’une population relativement jeune avec un âge médian de 33,6 ans. La structure démographique est unique, avec 88% de la population constituée d’expatriés , créant des défis spécifiques en matière de couverture santé et de continuité des soins.
Vision stratégique et cadre politique
Les EAU inscrivent leur politique de santé dans le cadre de la vision « We the UAE 2031 » , qui vise à classer le pays parmi les 10 premiers mondiaux pour la qualité des soins de santé. Cette vision s’articule autour de plusieurs piliers stratégiques développés par le ministère de la Santé et de la Prévention (MOHAP) :
excellence des services et expérience patient ;
population en bonne santé ;
résilience et efficience du système de santé.
Cette stratégie s’accompagne d’initiatives majeures comme le lancement en 2024 de l’enquête nationale sur la santé et la nutrition et l’extension de l’assurance maladie obligatoire à tous les émirats.
Organisation et financement du système
Structure du système
Système mixte public-privé : secteur public contrôle 53 % des lits d’hôpitaux, privé 47 %.
Principaux acteurs :
ministère de la Santé et de la Prévention (MOHAP) : régulation ;
Emirates Health Services (EHS) : gestion des hôpitaux du Nord et de l’Est ;
SEHA : réseau d’Abu Dhabi ;
Dubai Health : opérateur public de Dubaï.
Financement et budget
Les EAU allouent un budget de 5,51 milliards USD (AED 20,3 milliards) au secteur de la santé pour l’exercice 2025 , soit une augmentation de 10,4% par rapport à 2024. Cette allocation représente 8% du budget fédéral total et environ 6% du PIB selon les données de Dubaï.
Le financement privé connaît une croissance plus rapide que le public, avec un taux de croissance annuel composé de 9,5% pour les dépenses privées contre 4,4% pour les dépenses gouvernementales.
Infrastructure et capacités
Établissements de santé
162 hôpitaux (53 publics/109 privés), plus de 5 369 établissements de santé (+25 % de croissance entre 2010 et 2020).
À Dubaï, nombre d’établissements passé de 3 431 (2019) à 4 922 (2023 : +43 %).
Ressources humaines
Le secteur de la santé des Émirats Arabes Unis emploie 155 618 professionnels de santé au total en 2023, soit une augmentation de 7% par rapport à l’année précédente. Cette croissance soutenue reflète le dynamisme et l’expansion continue du secteur de la santé émirati.
Répartition des professionnels de santé
La répartition des professionnels de santé aux EAU pour 2023 comprend:
31 844 médecins
65 510 infirmières et sages-femmes
9 413 dentistes
16 263 pharmaciens
32 588 techniciens
Toutefois, le système fait face à un défi structurel majeur : plus de 90% de la main-d’œuvre sont des expatriés , créant une vulnérabilité en termes de stabilité et de continuité des services. Les projections indiquent un besoin de plus de 50 000 professionnels de santé supplémentaires d’ici 2030.
Défis sanitaires majeurs
Maladies non transmissibles :
maladies cardiovasculaires : première cause de mortalité (34 %) ;
cancer : 12 % des décès ;
diabète : 16 % des adultes (20-79 ans) ;
surpoids : 40 % ;
investissement en prévention indispensable.
Défis RH :
dépendance excessive aux expatriés (>90 %) ;
pénuries projetées à Abu Dhabi (15 000 professionnels) et Dubaï (6 000 médecins, 11 000 infirmières d’ici 2030) ;
coût de la vie élevé freinant la rétention.
Croissance et dynamisme du secteur
Expansion économique
L’écosystème de santé des EAU, évalué à 34 milliards USD en 2024, devrait atteindre 50 milliards USD d’ici 2029 , soit une croissance annuelle de 8%. Cette expansion est soutenue par :
investissements gouvernementaux de 150 millions USD annoncés pour de nouveaux hôpitaux et cliniques ;
croissance du marché pharmaceutique et des dispositifs médicaux ;
développement du secteur de la télémédecine et des technologies de santé.
Tourisme médical
Le tourisme médical connaît une croissance exceptionnelle, avec un marché évalué à 722,50 millions USD en 2024 et une projection de 4,41 milliards USD d’ici 2033 , soit un taux de croissance annuel de 19,84%. Dubaï a accueilli plus de 691 000 touristes médicaux en 2023 , générant plus d’1,03 milliard AED de revenus.
Orientations stratégiques
Assurance maladie universelle
Une réforme majeure est entrée en vigueur le 1er janvier 2025 : l’extension de l’assurance maladie obligatoire à tous les émirats. Le Régime d’assurance santé de base propose une couverture à 320 AED par an pour les employés du secteur privé et les travailleurs domestiques , garantissant un accès universel aux soins essentiels.
Transformation numérique
Les EAU investissent massivement dans la santé numérique avec :
Intégration des plateformes de dossiers médicaux Riayati, Malaffi et Nabidh
Déploiement de l’intelligence artificielle pour le diagnostic et la gestion des patients
Développement de la télémédecine et des services de santé à distance
Plateforme nationale de traçabilité pharmaceutique Tatmeen
Le paysage de la santé au Moyen-Orient évolue à grande vitesse sous l’impulsion de réformes et d’investissements importants portés par les stratégies nationales des Émirats arabes unis, du Qatar et de l’Arabie saoudite. Ces pays placent l’innovation, la digitalisation et l’intelligence artificielle au cœur de leurs politiques publiques, avec pour objectif d’améliorer l’accès et la qualité des soins, de renforcer la prévention, et de garantir une couverture universelle à l’ensemble de leurs populations. L’Arabie saoudite consacre près de 6 % de son PIB à la santé et prévoit 13 milliards de dollars pour l’e-santé d’ici 2030, mobilisant plus de 112 000 médecins au service d’une population confrontée à la hausse des maladies chroniques. De leur côté, les Émirats Arabes Unis ambitionnent de figurer parmi les dix meilleurs systèmes mondiaux avec plus de 5,5 milliards de dollars investis, une croissance continue du secteur, et une extension de l’assurance obligatoire dans un contexte démographique atypique, marqué par 90 % d’expatriés. Au Qatar, le secteur bénéficie d’un financement public conséquent et d’une montée en puissance de la couverture et de l’innovation, avec une réorganisation autour des hôpitaux publics, la santé digitale, la télémédecine et une régulation renforcée.
Les nouveaux standards réglementaires du Golfe en matière d’IA, de protection des données et de télésanté illustrent le volontarisme politique des gouvernements ; ils structurent un nouvel écosystème où la donnée devient un « pétrole blanc » et où des clusters, startups et hubs d’innovation font émerger une dynamique régionale reconnue. Bien que des défis persistent, notamment en matière de souveraineté de la donnée ou de dépendance aux talents étrangers, le Golfe impose une trajectoire unique, ouverte aux partenariats internationaux, pour réinventer durablement ses modèles de soins.
Découvrez l’analyse d’H&TI sur les perspectives pour la santé numérique dans les pays du golf dans cette étude.
📌Arabie saoudite : 6% du PIB et 13 milliards $ prévus en e-santé pour transformer son système de soins d’ici 2030
Avec près de 6% de son PIB déjà consacré à la santé, l’Arabie saoudite accélère la transformation de son système sous l’impulsion de Vision 2030. Le pays compte désormais plus de 112 000 médecins, 788 hôpitaux et 75 250 lits pour répondre à la hausse des maladies chroniques qui causent 70% des décès. La stratégie combine gratuité publique, assurance obligatoire et partenariats privés, tout en structurant l’offre autour de 20 health clusters. Le numérique en santé, évalué à 3,2 milliards $ en 2024, devrait atteindre 13 milliards d’ici 2031, porté par l’intelligence artificielle et le plus grand hôpital virtuel au monde, SEHA.
📌EAU : croissance de 44% pour le secteur santé, 5,51 Mds USD investis vers la place mondiale top 10
Avec un budget de 5,51 milliards USD pour la santé en 2025 (+10,4%), les Émirats Arabes Unis ambitionnent d’entrer dans le top 10 mondial, soutenus par une population jeune (âge médian 33,6 ans) et 90% d’expatriés sur 11,35 millions d’habitants. Le pays compte 162 hôpitaux (53 publics/109 privés) et 155 618 professionnels en croissance, mais fait face à une forte dépendance et à des pénuries projetées de soignants (+50 000 nouveaux besoins d’ici 2030). Les pathologies cardio-vasculaires représentent 34% des décès, le diabète touche 16% des adultes, tandis que le marché de la santé atteindra 50 milliards USD en 2029 et le tourisme médical 4,41 milliards USD dès 2033. L’extension de l’assurance santé obligatoire, la digitalisation et la recherche structurent la trajectoire ambitieuse du pays
📌Qatar : 6 milliards USD investis, assurance santé obligatoire et accélération numérique pour tous en 2025
En 2025, le Qatar investit plus de 6 milliards USD dans la santé, assurant une couverture obligatoire à l’ensemble de ses 3 millions d’habitants, dont la majorité sont des expatriés, grâce à la loi de 2021. Le système se structure autour de 16 hôpitaux publics et 27 centres de soins PHCC, appuyés par une forte pénétration du numérique, de la télémédecine et des innovations médicales. Le secteur privé complète l’offre avec une dizaine d’hôpitaux et de nombreuses cliniques, alors que seuls 6% des médecins et 1% des infirmiers sont qataris. Les politiques publiques s’attachent à la prévention, à l’efficience financière et à la recherche, renforcées par des partenariats internationaux et la modernisation rapide des infrastructures
📌Golfe : nouveaux standards réglementaires et souveraineté des données pour une IA médicale sûre
Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Qatar s’imposent en pionniers en matière de régulation de l’intelligence artificielle médicale, chacun élaborant depuis 2022 des cadres spécifiques pour garantir la sécurité, la souveraineté des données et l’éthique. L’Arabie saoudite se démarque par la première réglementation dédiée aux dispositifs IA/ML, incluant validation clinique, obligations de notification et exigences ISO pour les établissements de santé. Aux Émirats, la nomination d’un ministre délégué à l’IA, l’intégration de principes d’éthique et l’imposition de la localisation des données renforcent la portée réglementaire, tandis que le Qatar privilégie une structuration guidée par la donnée et des permis d’importation selon le risque. Malgré la diversité et la sévérité des cadres, la cohérence entre normes générales, exigences techniques et contrôle des transferts de données reste un défi à relever pour faire de ces réglementations un avantage compétitif et sécuritaire dans la région.
📌Santé digitale : le Golfe investit milliards dans l’IA, la data et l’international pour prévenir et transformer
Les Émirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite misent sur des investissements record dans l’IA, le big data et la télémédecine pour moderniser leurs systèmes de santé, augmenter l’espérance de vie et attirer les partenariats internationaux, avec par exemple 100 milliards USD alloués par l’Arabie saoudite via Vision 2030. Au Qatar, la santé numérique vise à élever la longévité à 82,6 ans et à réduire de 36 % la mortalité liée aux maladies chroniques, tandis que les EAU projettent 25 % de médecins virtuels alimentés par l’IA d’ici 2030. Ces stratégies s’appuient sur l’intégration des dossiers médicaux électroniques, la création d’entrepôts nationaux de données et la multiplication des accords internationaux. Malgré l’innovation, la dépendance aux talents étrangers et la souveraineté de la donnée constituent des défis de durabilité.
📌Dubaï : la numérisation des établissements de santé approche 100% en 2025
Depuis 2010, le secteur de la santé de Dubaï a transformé ses pratiques, passant de 90% des établissements fonctionnant sur papier à près de 100% numérisés en 2025, sous l’impulsion de la Dubai Health Authority. Aujourd’hui, plus de 9,5 millions de dossiers patients sont unifiés et accessibles à travers la plateforme NABIDH, reliant plus de 1 500 structures, avec 82 % du personnel médical engagé dans le numérique. Les processus internes sont automatisés à 98,91 % et la gestion intelligente des données garantit sécurité et efficacité. Cette stratégie place Dubaï parmi les leaders mondiaux en santé digitale et fait du dossier médical électronique un outil central du parcours patient.
📌🗺️Moyen-Orient : startups et hubs stimulent l’innovation
Le Moyen-Orient s’affirme comme un terrain d’expérimentation santé solide avec plus de 60 startups (dont 44 % au Qatar) et 10 hubs majeurs dédiés à l’IA, la télémédecine et la médecine de précision. L’Arabie saoudite distingue son secteur avec un tiers des jeunes pousses, la création de hubs comme Seha Virtual Hospital, et trois partenariats stratégiques conclus avec la France en 2025. L’écosystème qatari se caractérise par une forte coordination publique, 24 startups soutenues notamment par Qatar Science & Technology Park, et une couverture numérique quasi complète des hôpitaux. Aux Émirats, la croissance passe par les plateformes nationales, des clusters structurants et l’incubation de 150 jeunes entreprises healthtech ces cinq dernières années, faisant du pays un point d’accès stratégique pour l’innovation en santé digitale.
France–Arabie saoudite : 3 partenariats stratégiques signés en 2025 pour accélérer la santé digitale
En Arabie saoudite, 20 startups santé sont recensées en 2025, soit un tiers du total régional. Des acteurs comme Cura (télémédecine) ou Juleb (supply chain pharmaceutique) portent cette dynamique, renforcée par le lancement du Biotech Accelerator du ministère de la Santé en partenariat avec BioLabs. Huit startups, de la génomique aux thérapies cellulaires, y sont incubées. En parallèle, la Health Holding Company (HHC) déploie un Innovation Hub qui relie entrepreneurs et clusters hospitaliers.
Les coopérations avec la France progressent :
en avril 2025, accords signés : Seha Virtual Hospital & Gustave Roussy ; HHC & France Biotech ; Saudi Red Crescent Authority & AP-HP ;
L’écosystème de la santé numérique en Arabie saoudite
En Arabie saoudite, un tiers des acteurs majeurs de la santé numérique sont des organismes étatiques, ce qui illustre une centralisation marquée du pilotage du secteur. L’écosystème s’appuie également sur deux grands hubs d’innovation, dont Seha Virtual Hospital, qui assure plusieurs milliers de consultations virtuelles chaque semaine. Près de 15 % des structures clés sont des financeurs institutionnels, contribuant à la diffusion de l’IA et de la télémédecine dans le pays. Cette combinaison entre acteurs publics, incubateurs et financeurs facilite la réponse aux besoins de santé sur l’ensemble du territoire.
Qatar : 24 startups, soit 40% des jeunes pousses régionales en santé
Parmi elles :
Lillia : levée de 1,7 M$ pour une IA dédiée au suivi des maladies chroniques ;
infrastructures soutenues par Qatar Science & Technology Park et Qatar Precision Health Institute ;
Sidra Medicine, avec Rasmal Ventures, conduit des programmes de santé digitale.
Présence française :
Team France Export accompagne les entreprises françaises pour explorer et s’implanter sur le marché qatari ;
enjeux situés à l’interface entre IA clinique et recherche médicale.
L’écosystème de la santé numérique en Qatar
Au Qatar, près de la moitié du secteur est portée par des acteurs publics et académiques, ce qui traduit une coordination nationale forte autour du Health Information Exchange et de la recherche clinique. Chaque cluster, comme QSTP, accompagne plusieurs dizaines de projets e-santé, tandis que l’incubation privée demeure marginale. QDB et Digital Incubation Center sont les principaux piliers du financement et de l’innovation, soutenant la structuration d’un écosystème healthtech national. La coordination entre recherche et soins permet d’atteindre une couverture numérique quasi complète des hôpitaux publics.
EAU : un marché de 2,4 milliards $ en santé digitale d’ici fin 2025
Aux Émirats, la dynamique repose moins sur le nombre de startups locales que sur un marché en croissance, estimé à 2,4 milliards de dollars fin 2025 (+6,2% par an). Plus de 95% des dispositifs médicaux sont importés, positionnant le pays comme un point d’entrée stratégique pour les fournisseurs étrangers.
L’innovation est encadrée par le Department of Health – Abu Dhabi, qui suit la recherche et les essais cliniques via son Research & Innovation Center. Plusieurs hubs structurants traduisent l’ambition nationale : le cluster HELM sur l’IA et la longévité, le projet Malaffi mené avec SRI et VantageBridge pour bâtir une “Silicon Valley de la santé”, le laboratoire d’innovation IA de Dubai Healthcare City, ou encore le pôle sciences de la vie de Masdar City.
Présence française :
Sanofi collabore avec DoH Abu Dhabi pour renforcer le secteur pharmaceutique local ;
Team France Export accompagne les entreprises françaises.
L’écosystème de la santé numérique aux EAU
Aux Émirats arabes unis, 40 % des acteurs structurants sont des autorités ou opérateurs publics, garantissant l’interopérabilité de plus de 90 % des établissements à travers les plateformes nationales telles que Riayati ou Malaffi.
Les incubateurs et clusters représentent près d’un tiers de l’écosystème, favorisant le développement rapide de technologies de pointe.
Mubadala, acteur financier clé, soutient la croissance de plus de 150 startups healthtech incubées ces cinq dernières années. Cette organisation fait des Émirats un environnement attractif pour la recherche et l’industrialisation en santé digitale.
Le Moyen-Orient s’affirme comme une zone pilote de la santé numérique, portée par l’IA, la télémédecine et la génomique. Les partenariats avec la France confortent son intégration dans l’écosystème régional, tandis que l’expansion des hubs et des startups ouvre des perspectives majeures pour la recherche et l’industrialisation des soins.
Panorama des acteurs de l’écosystème en Arabie saoudite