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  • « Téléconsultation et déserts médicaux : Une solution et au delà, une révolution » (Jacques Cinqualbre)

    Dans une « Lettre ouverte à ceux qui nous gouvernent », le chirurgien Jacques Cinqualbre, gérant de Hopi Medical, parle de l’intérêt de la télémédecine, qui « gomme les délais insupportables et les déplacements exténuants ».
    Auteur d’un livre paru à l’été 2017 intitulé « Télémédecine, la vraie médecine de proximité » (Ed. Du Signe), il argumente pour le développement de cette offre, trop longtemps estampillée « violon d’ingres de quelques illuminés ».
    HTI publie les grandes lignes de cette tribune.

    La (véritable) téléconsultation – celle qui est complète et qui reste humaine aux deux extrémités de la chaîne – est en passe de gagner l’adhésion des professionnels de santé et des patients. Que ceux que ce scénario laisse dubitatifs se préparent ! A des degrés divers, tous les praticiens l’intégreront dans leur pratique, en complément du mode présentiel classique. Dans les cinq ans.

    L’autre révolution c’est la concentration de toutes les informations du patient dans un dossier médical unique. Comment accepter la parcellisation des données outils à la réflexion du praticien dans des silos isolés ? une véritable perte de chance pour le patient.

    Rapprocher le patient du médecin par la téléconsultation.

    Rapprocher le médecin du patient par le dossier médical unique.

    Parlons de la téléconsultation.

    La téléconsultation, ce qu’elle n’est pas …

    On ne parle pas ici de « téléconseil » abusivement appelé téléconsultation et qui consiste en un entretien par téléphone avec le médecin contacté, via une plateforme ad hoc.

    Utile ? sûrement, pour rassurer la maman sur l’état de santé de son enfant ou, à l’inverse, pour exercer une fonction de triage en invitant à une hospitalisation rapide.

    Définitif ? certainement pas. La délivrance d’une ordonnance au terme d’une simple conversation téléphonique est une hérésie.

    La distinction téléconseil versus téléconsultation doit être établie formellement. On l’attendrait des instances habituellement promptes à relever ce genre d’ambiguïtés, exploitées sans vergogne par des annonceurs peu scrupuleux qui jouent les bonimenteurs sur les ondes et à la télévision.

    Autre forfaiture, les kiosques et autres cabines. Le patient est censé, juché sur un trône, relever lui-même ses paramètres physiologiques (faussés par l’émotion) puis positionner – lui-même et seul – sur et dans son corps des capteurs dont il ne connaît rien. Aberrant. Cela relève de la faute contre l’esprit. Et on ne parle pas des questions d’hygiène. Exit.

    La téléconsultation, ce qu’elle est …

    Une téléconsultation se doit de reprendre, l’ensemble des étapes pertinentes de toute consultation médicale, à savoir la phase conversationnelle (accueillir, écouter, questionner, observer) puis, autant que de besoin, l’une ou plusieurs des quatre étapes de l’examen physique (inspection, palpation, percussion, auscultation). Palpation et percussion seront efficacement supplées par l’échographie, nativement intégrée au dispositif, s’il se veut efficace.

    La (télé)consultation sera – comme il se doit pour toute consultation – complétée des indispensables étapes de prescription, de documentation, d’archivage selon des procédures rigoureuses garantissant sécurité maximale et confidentialité absolue. Le DMP s’avère un allié fort utile. Notamment pour transmettre une ordonnance sécurisée vers toute pharmacie. Et pour tenir informés sans délai les professionnels de santé partenaires, dont le médecin traitant, lorsqu’il existe, évidemment.

    Ainsi conçue, la téléconsultation est une révolution dans l’accès aux soins et dans l’échange d’informations entre professionnels de santé.

    Qu’on en juge :

    • L’expérience prouve que les médecins téléconsultants établissent avec leurs patients une phase conversationnelle de toute première qualité, dense, profonde, sans déficit d’informations, ce que démontre par exemple l’efficacité de la télépsychiatrie. 
    • Les médecins disposent, pour la phase d’examen physique, d’outils numériques souvent supérieurs aux appareils qu’ils utilis(ai)ent dans leur cabinet, à telle enseigne qu’ils les adoptent pour leur propre usage. Les performances d’un (télé)examen clinique sont surprenantes. Pour un « ventre douloureux » par exemple, une affection ORL, un suivi de grossesse, etc., la téléconsultation apporte la réponse, en toute sécurité. Et permet de documenter avec un archivage facilité.
    • Ils découvrent la pratique de l’échographie qui se doit de faire partie de l’arsenal diagnostique de tout médecin généraliste en 2017 et qui enrichit leur pratique et économise de nombreux transferts. Une formation adaptée, validante, leur est proposée.
    • Dépassant ce que l’on est en mesure de faire dans la « vraie vie », les médecins généralistes peuvent mettre en contact leur patient avec un spécialiste en « direct », sans délais ni déplacements, au cours de la téléconsultation. 
    • Autre révolution : l’infirmière libérale peut appeler le médecin à partir du domicile du patient chez lequel elle se trouve. A partir d’un porte document aisément transportable intégrant tous les outils y compris échographe et lecteurs de cartes vitale et CPS, elle établit une téléconsultation (y compris en l’absence de connexion internet, 4G et même 3G suffisent). Si l’on y réfléchit, cela permet au médecin de faire une visite à domicile sans déplacement, ni pour lui qui reste à son cabinet, ni pour le patient.

    La question du désert médical

    Déjà, il faut s’entendre sur les termes. Il y a le désert rural où le médecin ne réside plus puisque l’évolution sociologique a désertifié la zone. Il y a le désert urbain lorsque, dans un quartier donné en ville, il n’y a pas de successeur au médecin parti en retraite. Parce que les choix d’installation et les modes d’exercice ont profondément évolué. C’est un phénomène incontournable et la pathétique coercition administrative n’y changera rien.

    Le point commun entre ces situations est pour le patient lambda – qui se retrouve sans médecin traitant – la difficulté d’accès aux soins.

    La téléconsultation permet d’y remédier en installant un cabinet médical virtuel : un lieu sobre mais bien équipé avec un(e) infirmier(ière) qui accueille tout patient, lui explique les modalités de la mise en relation avec un médecin distant, inconnu ou connu, et participe avec délicatesse à cette authentique consultation aussi complète qu’une consultation dite présentielle classique, conduite par le télémédecin distant. Ni plus, ni moins. Sans parler de la possibilité incroyable, mentionnée plus haut, de mise en relation avec un spécialiste. Dans la même séance. Et si le patient ne peut se déplacer, il appelle l’équipe et la téléconsultation part du domicile ! Qui peut offrir ça en dehors de la télémédecine ?

    Pour le Maire qui s’agite, à l’occasion du départ du toubib non remplacé, la téléconsultation c’est mieux qu’un expédient : sans médecin sur site, c’est offrir instantanément un recours médical « solide ». Le jour où un médecin vien(drai)t à s’installer, le dispositif devient un soutien pour le nouveau venu qui ne pourra assurer plus que 35 à 70 heures hebdomadaires (10 heures par jour, 7 jours sur sept !) et qui bénéficiera ainsi du soutien de collègues pendant ses absences. Et il leur retournera la politesse, le moment venu. Un réseau de « gardes » multi-sites, non contraignant s’installe et soulage le praticien. C’est aussi la façon de lui permettre de rompre l’isolement dans lequel il se trouve vis-à-vis des spécialistes alentours trop occupés, en « s’ouvrant » un espace sans limites où il trouvera une réponse globale aux questions de dermatologie, de cardiologie, de gynécologie, de gastro-entérologie…d’ophtalmologie, de psychiatrie, etc.

    Monsieur le Maire, Monsieur le conseiller municipal d’un quartier compliqué dans la cité. Vous cherchez à visser la plaque d’un toubib ?! Vous pouvez faire mieux : poser la première pierre d’un hôpital virtuel qui donne accès aux soins primaires et aux spécialistes. Et c’est un argument décisif pour attirer l’oiseau rare, ce médecin, que vous recherchez désespérément.

    Et si, par bonheur, se crée sur votre territoire une maison médicale avec plusieurs médecins généralistes, leur ambition ne sera pas de mutualiser le/la préposé(e) à l’accueil, le parking et l’électricité en se cloisonnant dans des cabinets adjacents et indépendants mais de se lancer dans l’échographie de débrouillage, certaines endoscopies, les clichés radiologiques (haute fréquence) de base, les prélèvements biologiques, les sutures et les plâtres en lien avec des spécialistes distants. D’élargir la palette de leurs services. Et on verra, au delà des mots et des incantations hypocrites, les services d’urgence se désengorger et répondre à leur véritable mission. Si c’est cela que l’on cherche, bien entendu.

  • #CES2018 : La e-santé à l’honneur parmi les 364 start-ups françaises présentes au CES de Las Vegas

    L’édition 2018 du Consumer Electronic Show de Las Vegas débute mardi 9 janvier 2017. Jusqu’au 12 janvier, 364 start-ups françaises y exposeront leurs innovations. La France représente le 3e pays, derrière les Etats-Unis et la Chine. Le CES est l’occasion, pour de nombreuses start-ups françaises, d’exposer leurs outils et de trouver des investisseurs.

    La santé est largement représentée au sein de la délégation française, avec 50 exposants français spécialisés dans la e-santé. Les innovations exposées couvrent un vaste choix d’outils et de solutions technologiques pour répondre aux défis sanitaires qui se présenteront à la population mondiale.

    Parmi les outils français exposés, sont ainsi proposés à titre non exhaustif : un simulateur de réalité virtuelle permettant de s’entraîner virtuellement à la pratique chirurgicale (SimForHealth), un logiciel visant à rendre internet accessible aux aveugles et malentendants (Facil’iti, par ITI Communication), un carnet de santé numérique produit par Ducapost (filiale du Groupe La poste), une application mobile pour le suivi et le traitement quotidien du diabète (DiabiLive par MirambeauAppCare), un outil d’évaluation en temps réel des risques cardiovasculaires (CardioNexon, par @Health) ou un bandeau connecté qui améliore la qualité du sommeil quotidien (Dreem, par Rythm).

  • « L’IA libère du temps pour mieux s’occuper des patients » (Chris Streather, Royal Free Hospital)

    “Les applications peuvent aider à prévenir de nombreuses maladies », estime Chris Streather, Chief Executive Officer du London Royal Free Hospital. H&TI a rencontré ce néphrologue après son intervention au colloque Health&Tech For people, International conference on digital disruption, le 13 décembre 2017.

    Dans cette interview, le Dr. Streather nous parle des principaux projets dans le domaines des TIC de son groupe hospitalier et des avancées de l’App Streams, qu’il a développé en partenariat avec Google DeepMind. Sa position : oui, la collecte de données personnelles peut soulever certains problèmes éthiques ; pour autant la plus-value est réelle pour les patients et le système de santé en bénéficiera pleinement en terme de réduction des coûts. Il explique également à H&TI comment, selon lui, l’IA peut et va permettre aux médecins comme à l’ensemble du personnel soignant de dégager un temps précieux, qui pourra être utilisé à meilleur escient. « Une chose est sûre, cela ne déqualifie aucunement les professionnels de santé ! »

    Le Royal Free Hospital compte 10 000 salariés qui prennent en charge plus de 1,6 millions de patients chaque année au sein de trois établissements. Implanté au Nord de Londres, votre groupe est le 5e plus important en Angleterre. Comment se positionne-t-il vis-à-vis des nouvelles technologies ?

    Nous sommes des avant-gardistes au Royaume-Uni. Nous avons rejoint un projet pilote de Global Digital Exemplars (c’est-à-dire que nous pouvons servir de modèles aux autres hôpitaux en terme de d’utilisation des outils du numérique). Cela signifie que nous recevons des fonds de la part du gouvernement – cela ce compte en millions de Livres – afin de mettre en place et développer des innovations.

    Par exemple, nous allons ouvrir, mi-2018, un hôpital de jour qui sera totalement dématérialisé, c’est-à-dire que tous les papiers administratifs et médicaux seront informatisés. Nous serons ainsi le tout premier groupe du Royaume-Uni à atteindre le niveau 7 de l’échelle HIMMS (Healthcare Information and Management Systems Society), qui classe l’utilisation et l’adoption des technologies de l’information sanitaires. Notre objectif est de tirer d’autres établissements vers le haut, et que l’ensemble du système de santé se numérise…

    Nous avons aussi mis au point des « Clinical Pathways Group » qui permettent une uniformisation des soins dans nos différentes structures : un patient recevra le même traitement et suivra le même protocole de soins indépendamment de l’établissement du groupe dans lequel il est pris en charge. Pour cela, nous avons établi un partenariat avec Cerner pour repenser les parcours cliniques. Grâce à leur logiciel, nous serons à même de formaliser numériquement ces parcours dans le dossier électronique du patient. Ainsi, un malade qui consultera pour une pneumonie dans l’un de nos hôpitaux aura la garantie de recevoir le même traitement dans chacun de nos établissements. De même s’il consulte pour du sang dans les urines ou s’il vient se faire opérer de la vésicule biliaire. Auparavant ce n’était pas le cas : le patient pouvait avoir une prise en charge différente selon le médecin – son expérience et ses connaissances – qu’il consultait. 

    Le Royal Free Hospital a également développé l’App Streams avec Google Deepmind. Pouvez-vous nous en dire plus ? Il y a une controverse concernant l’utilisation des données personnelles ?

    Streams est une formidable innovation ! C’est une App qui propose un système d’alerte en cas de détérioration de l’état d’un patient hospitalisé. Je suis néphrologue de formation et, chaque jour, je constate ses bénéfices dans mon travail et celui de mes collaborateurs. L’App est capable de visualiser un nombre très important de résultats d’examens sanguins – en gros elle analyse ultra rapidement des données – 2 000 par jour. Ce qu’aucun médecin ne serait capable de faire. Au cours de cette analyse, Streams est capable d’identifier les signes avant-coureurs de maladies rénales. Attention, l’échantillon n’est dés-anonymisé – au sein de l’hôpital uniquement – qu’en cas d’alerte. Cette alerte est transmise au médecin référent du patient, qui peut alors adapter son traitement. Donc cette App peut vraiment prévenir les symptômes. Sur une journée « Test », elle a détecté 11 patients répartis sur nos trois hôpitaux qui avaient besoin d’une intervention rapide en raison de problèmes rénaux sévères pourtant ignorés. 

    Donc selon moi, c’est bon pour le patient et cela permet de réduire les coûts de prise en charge médicale puisque l’on agit avant même que la maladie se déclare.

    J’ajouterais qu’il y a en effet de nombreuses critiques quant à l’utilisation des données (en juillet 2017 la CNIL britannique a condamné le Royal free Hospital pour ne pas avoir informé les patients que leurs données seraient utilisées, ndlr). Nous sommes en cours de négociations avec le régulateur national.

    Et qu’en est-il des patients, comment réagissent-ils ? D’autant que le Royal Free compte aussi recueillir des données de santé plus générales ?

    Concernant Streams, je pense que les patients ne se rendent même pas compte de ce qu’il se passe. Ils voient leurs tests sanguins revenir avec des alertes – ou pas – et un expert s’occupe d’eux. C’est tout. Et l’argent économisé peut servir à d’autres fins, comme améliorer leur prise en charge…

    Oui, nous recueillons des données concernant la population de notre bassin. Avec un objectif précis : préparer des actions sur-mesure en amont, pour agir sur le terrain en matière d’éducation, de promotion de la santé ou de législation – mais ça nous laissons faire aux responsables politiques ! Selon moi, il est de plus en plus important de promouvoir un mode de vie sain pour que l’ensemble de la population soit en meilleure santé.

    En quoi est-ce du domaine de l’Intelligence artificielle ?

    Seules certains aspects le sont. Par exemple Streams est une Learning App.

    Par ailleurs, nous avons l’intention d’utiliser des ordinateurs capables de lire et d’analyser des radios et autres images médicales. En dermatologie par exemple, ces logiciels peuvent détecter des lésions cutanées à un stade très précoce.

    Lors du colloque Health&Tech For People, j’ai présenté des données tirées de mon expérience à HCA (Hospital Corporation of America), où j’ai travaillé. Là-bas, ils utilisent le machine learning de deux façons :

    • D’une part pour le diagnostic précoce des septicémies. Celles-ci peuvent être identifiés par la machine alors que les cliniciens n’en seraient pas capable sur le seule base de résultats d’analyse et de changements infimes dans les mesures physiologiques. Là encore, c’est un système apprenant : plus il analyse de données, plus il s’améliore ;
    • D’autre part, ils font de l’analyse textuelle de compte-rendus radiographiques. C’est une technologie qui a été développée au lendemain des attentats du 11 septembre afin de surveiller les échanges e-mail. Dans ce cas précis, on cherche dans les messages – des milliers de compte-rendus de radio du thorax – des mots-clefs qui vont permettre d’identifier des cancers du poumon. Un médecin ne serait pas à même de les déceler en regardant la radio. 

    En tant que praticien hospitalier vous-même – et en tant que directeur d’hôpital -, en quoi ces technologies changent-elles votre façon de travailler ?

    Elles permettent de dégager beaucoup de temps : ce temps précieux libéré va permettre aux professionnels de mieux s’occuper des patients lors des consultations. L’IA va les remplacer sur des tâches ingrates ou répétitives et ils vont pouvoir se consacrer pleinement à la prise de décisions. 

    Et il y a bien des choses à faire quand on voit le fardeau de plus en plus lourd que représentent les problèmes de santé ! L’IA ne va aucunement déqualifier les médecins !

    Enfin, des voix s’élèvent : on dit que les personnes avec des difficultés d’apprentissage et les personnes âgées ne pourront jamais s’accaparer ces nouvelles technologies et qu’elles seront de fait moins bien prises en charge. Et bien je crois au contraire que l’IA et le digital va leur être bénéfique : libérés de certaines tâches, les médecins et le personnel soignant pourra passer plus de temps à leurs côtés.  

    Qu’attendiez-vous du colloque Health&Tech For People, international summit on digital disruption ?

    Ce qui était important pour moi déjà c’était de diffuser les innovations du Royal Free Hospital. Je suis également venu à Paris pour apprendre des choses et c’est le cas. Certaines expérimentations menées dans des cliniques à l’étranger se rapprochent de ce que nous faisons nous en Angleterre – de ce fait nous pouvons certainement apprendre les uns des autres. Et, bien sûr, je suis aussi venu faire du réseautage ! Plus nous serons de professionnels à travailler sur ces sujets, plus les TIC prendront de l’ampleur dans le monde de la santé. »

  • Télémédecine : L’ARS des Hauts-de-France refuse de conventionner un dispositif dans l’Oise

    L’Agence régionale de Santé des Hauts-de-France a refusé, début 2018, de conventionner le dispositif de télémédecine prévu dans la commune de Laigneville.
    Cette commune de l’Oise de 4 500 habitants est confrontée au phénomène de désertification médicale. Ses deux médecins généralistes ont quitté leur fonction le 22 décembre 2017. Pour assurer une offre de soins constante, le maire de la commune préparait, depuis plusieurs mois, l’ouverture d’un cabinet de téléconsultation.

    La télémédecine fait partie des quatre axes prioritaires que le conseil départemental de l’Oise souhaite prioriser. Quand deux praticiens ont quitté leurs fonctions à Laigneville en décembre 2017, le maire de la ville, Christophe Dietrich, a souhaité ouvrir un cabinet de téléconsultation doté d’un appareil connecté – et ce dans l’attente de recruter de jeunes médecins en fin d’études.

    Télémédecine : un remède à la désertification médicale

    Cet appareil connecté, baptisé « Télémédica », a été conçu par la société Hopi Médical du Professeur Jacques Cinqualbre, ancien chirurgien du CHU de Strasbourg. Piloté par une infirmière préalablement formée, il permet au médecin d’effectuer une consultation à distance. L’infirmière réalise les examens nécessaires : prise de température, mesure de la tension artérielle, photos de la gorge et du conduit auditif. Elle interagit avec le patient par écrans interposés.

    Un dispositif polarisant, qui n’a pas remporté l’adhésion de tous 

    Présenté à la communauté médicale de la ville de Laigneville en octobre 2017, le dispositif a soulevé de nombreuses questions liées, notamment, à la protection des données médicales, au mode d’administration des vaccins, à la réalisation de gestes médicaux rendue impossible par la distance, etc. La mairie s’est toutefois préparée, plusieurs mois durant, à l’ouverture d’un cabinet de téléconsultation dans l’attente d’accueillir d’autres praticiens.

    Refus de conventionnement du dispositif de télémédecine par l’ARS des Hauts-de-France

    Quatre médecins devaient consulter à Laigneville par le biais de ce dispositif, trois généralistes et un cardiologue. L’un d’entre eux exerce dans le Rhône, l’autre, en Haute-Marne. Loué 400 euros par mois (acheté 25 000 euros), les frais d’usage du dispositif devaient être pris en charge par l’Agence régionale de santé des Hauts-de-France.

    L’Agence régionale de santé refuse de conventionner la marchine, au motif qu’elle « nécessite la formalisation d’un projet médical et l’association, dès le début, de toutes les parties prenantes. Ce qui n’est pas le cas à Laigneville ». Si le dispositif est utilisé sans conventionnement par l’ARS, les patients ne seront pas remboursés. 

  • Les laboratoires pharmaceutiques doivent réviser leur stratégie digitale, selon Les Echos Etudes

    Confrontés à la concurrence croissante des GAFAMs sur leur propre marché, les laboratoires pharmaceutiques doivent réviser leur modèle organisationnel et leur stratégie afin de répondre aux enjeux du digital en santé, selon des pistes esquissées par les auteurs d’une étude réalisée conjointement par Les Echos Etudes, Health Innov, EuroHealthNet, publiée fin décembre 2017 et dont H&TI s’est procuré la synthèse.

    La révolution numérique induit des bouleversements majeurs au sein des entreprises, modifiant organisation, business model, culture d’entreprise et mode de management.

    Pourtant, soulignent les auteurs de l’étude, « peu de laboratoires ont construit un design organisationnel permettant de porter cette transformation digitale », à l’exception de quelques initiatives engagées par les Big pharma. Sanofi, Roche ou encore GSK commencent à structurer un écosystème élargi à la sphère digitale, au travers de living labs et d’incubateurs…

    Face à la concurrence des GAFAMs sur leur propre marché, ils doivent néanmoins réviser leur modèle organisationnel selon des pistes esquissées par les auteurs de cette étude dont le titre est évocateur : « Les stratégies digitales des laboratoires pharmaceutiques : Transformation des organisations, nouveaux réseaux d’innovation et écosystème élargi à l’ère du connected care ».

    Le pouvoir disruptif du digital dans la santé et ses implications pour les laboratoires pharmaceutiques

    Les auteurs  soulignent que  « la création de valeur dans le secteur de la santé ne repose plus uniquement sur le médicament, mais aussi sur des services et des solutions que les acteurs du numérique investissent activement. Le digital crée de véritables opportunités d’innover dans les services et la promotion de la santé ». Toutefois, si les laboratoires ont conscience de la nécessité de réviser leurs modèles organisationnels, les démarches effectuées en ce sens demeurent à ce jour insuffisantes.

    La montée en puissance des GAFAMs, des Big/Med Tech et des opérateurs de l’information cognitive dans le monde pharmaceutique

    L’étude relève que les principaux acteurs du web (les GAFAMs) ont développé des plateformes mobiles, applications, et outils connectés reposant sur des données de santé ou de bien-être. Sont notamment cités Apple HealthKit, Samsung Digital Health Initiative, Microsoft HealthVault, Google Android Wear, Google Fit et Nike+. Certains d’entre eux ont conclu des partenariats avec des établissements hospitaliers américains.

    « Une nécessaire évolution des organisations et des compétences » s’impose dans le monde pharmaceutique

    Ces nouveaux acteurs de l’économie numérique menacent les laboratoires pharmaceutiques traditionnels. Ainsi, « face à cette menace, une nécessaire évolution des organisations et des compétences » s’impose au sein du monde pharmaceutique.

    Les laboratoires pharmaceutiques privilégient une organisation en Business Units, laquelle favorise peu la transversalité. Or, relèvent les auteurs de cette étude, le digital impose une transversalité. Les digital teams des laboratoires « ne permettent pas encore de compenser ce manque de transversalité ».

    Plusieurs outils permettent de mener à bien cette transformation digitale

    Parmi les propositions formulées pour faire évoluer le modèle économique des laboratoires pharmaceutiques et mener à bien la transformation digitale, retenons notamment : 

    • La création d’innovation labs, hackatons, intégration et création d’incubateurs, soutien au développement de start-up ;
    • L’affirmation de la place du digital dans les stratégies de services des laboratoires pharmaceutiques ;
    • La création de partenariats entre les nouveaux acteurs de l’économie numérique et les laboratoires pharmaceutiques.

    L’étude s’achève par l’analyse comparée de deux nouveaux modèles d’organisation mis en oeuvre par Sanofi et Pierre Fabre.

  • Une puce expérimentale permet de modéliser et de mieux comprendre la maladie de Huntington

    L’équipe de Frédéric Saudou, Directeur de Grenoble Institut des Neurosciences (GIN-Inserm/UGA) et responsable de l’équipe « Dynamiques intracellulaire et neurodégénérescence » et Benoît Chadot, de l’Institut d’électronique des systèmes (CNRS/Université de Montpellier), ont reconstitué sur une puce le circuit neuronal des patients atteints de la maladie de Huntington.

    Les résultats de leur étude ont été publiés dans la revue Cell Reports, le 2 janvier 2018. Ils mettent en évidence le rôle du cortex cérébral dans le déclenchement de la maladie.
    L’étude permettra de développer des stratégies thérapeutiques davantage adaptées aux patients et représente une nouvelle approche pour tester et valider des molécules à intérêt thérapeutiques.

    Une maladie caractérisée par un dysfonctionnement du circuit corticostriatal

    La maladie de Hungtinton est une maladie génétique qui affecte environ 6 000 Français. Elle se caractérise par des troubles cognitifs, psychiatriques et des mouvements incontrôlés. Elle est liée au gène HTT, qui synthétise une protéine, la hungtingtine. A l’état normal, cette protéine contient des répétitions d’un acide aminé, la glutamine. Au delà de 36 glutamines, la protéine est mutante et induit la maladie.

    Cette pathologie est caractérisée par un dysfonctionnement du circuit corticostriatal, qui connecte deux régions distinctes du cerveau, le cortex et le striatum. Ces dernières sont le lieu d’expression de la protéine hungtingtine. Dans la maladie de Hungtinton, la protéine mutante induit la dégénérescence de ces deux régions en altérant le circuit qui les relie l’une à l’autre. Cette altération était jusqu’à présent mal comprise par les chercheurs. 

    Simulation des dysfonctionnement à l’origine de la maladie de Hungtington sur une puce expérimentale

    L’équipe de Frédéric Saudou, Directeur de Grenoble Institut des Neurosciences (GIN-Inserm/UGA) et responsable de l’équipe « Dynamiques intracellulaire et neurodégénérescence » et Benoît Chadot, de l’Institut d’électronique des systèmes (CNRS/Université de Montpellier), ont reconstitué sur une puce le circuit neuronal endommagé chez les patients. 

    Le protocole expérimental suivi est ainsi décrit par l’Inserm, dans un communiqué de presse publié le 22 décembre 2017 : « Grâce à l’approche microfluidique qui consiste à fabriquer dans un matériau biocompatible et transparent des chambres de culture et des canaux à l’échelle des cellules, les chercheurs ont pu contrôler la pousse et l’orientation des axones dans des canaux micrométriques pouvant atteindre jusqu’à 500 microns de longueur afin de reconstituer le circuit corticostriatal ».

    L’usage d’une puce a permis de mettre en évidence le rôle du cortex cérébral dans la maladie

    Cette étude a montré le rôle fondamental du cortex dans la genèse des dysfonctionnements au niveau du circuit entier. L’équipe a ainsi démontré que des neurones de cortex malade sont suffisants pour induire les dysfonctions du circuit alors même que les neurones du striatum sont sains. À l’inverse, des neurones corticaux sains sont capables de sauver les neurones du striatum malade.

    Ces travaux scientifiques, fondés sur l’usage d’une puce, permettront de développer des stratégies thérapeutiques davantage adaptées aux patients et représente une nouvelle approche pour tester et valider des molécules à intérêt thérapeutiques.

     

  • Pear Therapeutics lève 41,5M d’euros pour développer le traitement informatisé des addictions

    L’entreprise américaine Pear Therapeutics, qui a conçu l’application « reSET@ » permettant de traiter les addictions, a annoncé une levée de fonds de $50 millions financée par Temasek le 2 janvier 2018.

    Pear Therapeutics a reçu, le 14 septembre 2017, l’autorisation de la Food and Drug Administration pour commercialiser son application qui peut être prescrite sur ordonnance.

    Ce financement permettra à l’entreprise de développer et commercialiser ses programmes en phase de conception, comme le traitement de l’insomnie fondé sur l’usage d’une application mobile.

    ReSET consiste en un programme de douze semaines traitant les troubles addictifs associés aux différentes substances :

    • le cannabis ;
    • l’alcool ;
    • la cocaïne.

    Elle propose différentes actions et évaluations pour suivre le patient pendant les différentes étapes du programme.

    Ce financement permettra à l’entreprise de développer et commercialiser ses programmes en phase de conception, dont principalement des traitements informatisés :

    • de la schizophrénie (THRIVE) ;
    • des stress post traumatiques (RECALL) ;
    • du trouble de l’angoisse généralisée (reVIVE) ;
    • la douleur, le trouble dépressif majeur et l’insomnie.
  • Blockchain et bien social : la Commission Européenne lance un appel à projets avec 5M€ à la clé

    La Commission européenne propose le European Innovation Council Horizon Prize, un concours ouvert à tous, de l’individu aux entreprises, et ce depuis le 15 décembre 2017.

    Les prix – 5 projets primés à hauteur de 1 million d’euros chacun – seront attribués à des équipes qui développeront les meilleures innovations « pour un changement sociétal positif » basées sur les technologies blockchain, par exemple dans le domaine du commerce équitable, de l’inclusion, de l’aide aux migrants, etc.

    Les projets peuvent être soumis jusqu’au 25 juin 2019.

    « Dans le contexte de l’intérêt public grandissant pour Bitcoin, plusieurs applications financières basées sur des blockchains sont déjà en cours de développement. Cependant, le potentiel des blockchains à générer un changement social positif en décentralisant et désintermédiant […] reste largement inexploité. »  Déclaration de la Commission Européenne

    Critères d’éligibilité

    • Impact social : à la fois potentiel et déjà atteint par la mise en œuvre de la solution ;
    • Décentralisation et gouvernance : amélioration de la transparence et de la responsabilité (tout en respectant la vie privée et/ou l’anonymat) ;
    • Facilité d’utilisation et inclusivité ;
    • Viabilité à grande échelle : rentabilité (y compris en terme de consommation d’énergie), évolutivité, sécurité et durabilité ;
    • Valeur ajoutée manifeste de la solution pour les citoyens européens, en termes sociétaux, économiques ou environnementaux.

     Plus d’informations sur ce lien.

  • Les grands chantiers de la e-santé abordés lors de la journée des industriels de l’ASIP Santé

    L’Agence des systèmes d’information partagés de santé (ASIP Santé) organisait, le 21 décembre 2017, la journée nationale des industriels de la e-santé en présence de plus de 200 acteurs industriels et institutionnels spécialisés dans ce champ.

    Y ont été évoqués les grands chantiers actuels et futurs de la e-santé, tels le cadre d’interopérabilité des systèmes d’information ou la nouvelle Règlementation européenne pour la protection des données personnelles (RGPD) pour les acteurs de la e-santé et le rôle de l’ASIP Santé à l’égard des différents acteurs du secteur.

    La journée nationale des industriels de l’ASIP Santé a réuni près de 200 acteurs du secteur des systèmes d’information de santé, dont des DSI d’établissements sanitaires, des organes institutionnels, des éditeurs de logiciels et des représentants de fédérations. 

    Les intervenants de la matinée ont évoqué leurs travaux en cours, notamment l’utilisation du NIR comme nouvel INS, le projet de migration vers l’IGC Santé, le Règlement européen pour la protection des données personnelles (RGPD), la création du cadre d’interopérabilité des systèmes d’information de santé (CI-SIS). Les intervenants de l’après-midi ont évoqué la nouvelle procédure de certification des hébergeurs des données de santé (HDS).

    L’utilisation du Numéro d’Inscription au Répertoire (NIR) comme Identifiant national de santé (INS)

    Frédéric Law-Dune, chargé de mission expert sécurité et référentiel à l’ASIP Santé, a notamment évoqué le calendrier de mise en œuvre du décret n°2017-412 du 27 mars 2017. Pris en application de l’article 193 de la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, ce décret encadre l’utilisation du Numéro d’Inscription au Répertoire (NIR) en tant qu’identifiant national de santé (INS). L’intervenant en a précisé les modalités techniques d’utilisation.

    Conséquences de la règlementation européenne pour la protection des données personnelles (RGPD) pour les acteurs de la e-santé

    Florence Eon, Directrice juridique au sein de l’ASIP Santé, a décrit les modalités d’application du Règlement européenne pour la protection des données personnelles (RGPD), effectif à compter de mai 2018 dans tous les pays de l’Union européenne et ses implications pour les acteurs de la e-santé.

    Ces derniers seront tenus d’établir un contrat avec leurs clients précisant les obligations de chaque partie (art. 28 RGPD), de recenser par écrit les instructions des clients concernant le traitement de ses données pour montrer que le sous-traitant agit « sur instruction documentée du responsable de traitement », etc.

    Renforcer la sécurité des systèmes d’information dans les établissements sanitaires et médico-sociaux grâce à la prévention et à la sensibilisation

    Sébastien Tanguy, responsable de la sécurité des systèmes d’information du CHU Caen-Normandie a décrit son plan d’action pour prévenir les risques d’attaque des SI par des cybervirus et en limiter les conséquences sur les établissements de soin et de recherche. Il propose ainsi d’améliorer la coordination entre le biomédical et la DSI, de sensibiliser les acteurs au sein des laboratoires aux risques encourus, de mettre en place des solutions web de partage de fichiers autres que la messagerie, de définir précisément la conduite à tenir en cas d’attaques, ou encore, d’impulser une nouvelle stratégie de filtrage des pièces-jointes. 

    L’ASIP a réaffirmé, lors de l’intervention de son représentant, vouloir « changer ses méthodes » afin d’accompagner au mieux les industriels spécialisés dans le champ de la e-santé.