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  • Essais cliniques : seuls 36 % des résultats sont publiés dans les délais légaux

    Un taux de postage insuffisant

    Selon le Baromètre de la science ouverte, seuls 36 % des essais cliniques français terminés en 2022 ont vu leurs résultats postés dans les registres dans les 12 mois. Ce chiffre monte à 52 % dans un délai de trois ans, mais il masque de fortes disparités : seuls 15 % des essais à promotion académique respectent les délais réglementaires contre 74 % dans le secteur industriel. Ce défaut de transparence porte atteinte à l’intégrité scientifique, à l’efficience des politiques de santé et à l’éthique même de la recherche impliquant des êtres humains.

    Des obligations pourtant claires

    Depuis le règlement européen 536/2014, le postage des résultats est une obligation légale. L’article L1128-12 du Code de la santé publique prévoit même des sanctions en cas de non-respect. Ces résultats doivent être publiés dans des registres comme le CTIS ou ClinicalTrials.gov, indépendamment d’une éventuelle publication dans une revue scientifique.

    Huit recommandations pour inverser la tendance

    Le rapport “Assurer le postage des résultats de tous les essais cliniques en France. Groupe de travail (Transparence et publicité des résultats de la recherche en santé)” publié en mai 2025 propose une stratégie d’ensemble pour améliorer la situation. Voici les principales recommandations du groupe :

    • Pour les ministères de la Santé et de la Recherche : Publication d’un guide sur la transparence, application des règlements européens, extension de l’obligation de postage à tous les essais, étude de faisabilité d’un assistant en ligne, renforcement du Baromètre de la science ouverte, soutien aux promoteurs et actions de plaidoyer auprès des instances européennes et du registre CTIS.
    • Pour les promoteurs d’essais cliniques : Définir une organisation interne claire pour le postage, intégrer cette étape dans les protocoles et fiches d’information, et instaurer un triptyque “sensibiliser – alerter – relancer”.
    • Pour les financeurs : Conditionner le financement à la diffusion des résultats, informer systématiquement les porteurs de projets, et publier des indicateurs de suivi.
    • Pour les instances européennes : Garantir l’existence de registres pour tous les types d’essais, améliorer l’ergonomie de l’interface CTIS et renforcer sa légitimité auprès des scientifiques.
    • Pour les régulateurs comme l’ANSM : Intégrer le postage dans les formulaires-type et rappeler ces obligations lors des inspections et communications officielles.
    • Pour les universités : Inclure la thématique dans les formations, et assister les investigateurs dans l’accès aux données nécessaires pour le postage.
    • Pour les instances d’évaluation : Évaluer les politiques de postage des établissements et des structures de recherche, et inclure cet aspect dans l’évaluation des chercheurs.
    • Pour les politiques d’intégrité scientifique et l’OFIS : Inclure le postage comme critère d’intégrité scientifique et sensibiliser largement à ses enjeux.

    Vers un outil open source

    Le groupe propose le développement d’un outil open source pour simplifier la génération de résultats à poster, sur le modèle du registre américain. Il s’agirait de limiter les divergences de formats entre plateformes, source de confusion pour les promoteurs. Un accompagnement par le CNCR est également suggéré pendant une phase de transition de 12 à 24 mois. Des outils comme EU TrialsTracker ou des campagnes de naming & shaming sont déjà utilisés dans d’autres pays pour inciter à la transparence. En Allemagne, un tableau de bord public recense les établissements universitaires les moins conformes. En France, le groupe recommande de produire des indicateurs nationaux publics, déclinés par promoteur, pour renforcer la redevabilité.

     

    Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Rapport interministériel sur les essais cliniques en France [Internet]. Mai 2025 [cité le 3 juin 2025]. Disponible sur : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2025-05/rapport-interminist-riel-essais-cliniques—fr-36810.pdf

  • Trophées de l’Innovation FHF 2025 : Médecine, logistique, prévention … 10 lauréats distingués par le fonds FHF

    Chirurgie augmentée, essais cliniques ciblés, IA logistique : des innovations récompensées pour améliorer soins, conditions de travail et pilotage hospitalier

    Le 20 mai, lors du salon SantExpo, les Trophées de l’Innovation, organisés par le Fonds FHF avec le soutien de la MGEN, ont récompensé les projets les plus prometteurs. Le jury a valorisé l’impact terrain, l’engagement des porteurs et la capacité à transformer durablement les pratiques. Les innovations sont regroupées autour de dix axes opérationnels, comme l’aide au diagnostic, la gestion des données, la prévention, le bien-vieillir, la médecine personnalisée, ou encore la logistique hospitalière. Chaque projet s’inscrit dans une logique de déploiement rapide et de collaboration avec les établissements.

    Une chirurgie augmentée et des soins mieux orientés : Dans la catégorie “bloc opératoire de demain”, la start-up Surgar a été primée pour U-Surgar, logiciel de réalité augmentée dédié à la chirurgie gynécologique. L’outil fusionne en temps réel le jumeau numérique de la patiente avec la vue opératoire, afin de guider le geste chirurgical. Autre lauréat, dans la catégorie « médecine de demain » : la plateforme Klineo, qui met en relation patients et médecins avec des essais cliniques en oncologie adaptés à chaque profil. L’objectif est d’optimiser l’accès aux innovations thérapeutiques.

    Protection et ergonomie au service des soignants : Du côté des professionnels de santé, Well With Waves a reçu un trophée dans la catégorie « amélioration de l’expérience soignant ». Son nouveau tablier de radioprotection, adaptable à toutes les morphologies, vise à réduire les troubles musculo-squelettiques en conservant une efficacité équivalente aux équipements traditionnels.

    Anticiper les ruptures, fiabiliser l’hôpital : Sur le volet organisationnel, la solution Optacare a été distinguée dans la catégorie « approvisionnement et logistique ». Ce logiciel s’appuie sur l’intelligence artificielle pour anticiper les risques de rupture de stock et atteindre un taux de service de 99 %, tout en limitant les surcoûts liés au surstockage.

    Palmarès des finalistes et des organismes partenaires : 

    1. Amélioration de l’expérience soignant

    • Partenaire : Microsoft
    • Les trois finalistes : Hopia, Holicare – Relyens, Well With Waves
    • Lauréat : Well With Waves
      Well With Waves crée des tabliers de radioprotection médicale adaptés à toutes les morphologies. L’objectif : réduire le risque de troubles musculosquelettiques chez les soignants exposés aux rayonnements.

    2. Amélioration de l’expérience et résultat patient

    • Partenaire : Intuitive
    • Les trois finalistes : Mon parcours aux urgences, WEchalleng – Maé, Lifebloom
    • Lauréat : Lifebloom
      Lifebloom développe une unité de marche innovante pour la rééducation neurologique. Elle associe fauteuil, exosquelette et plateforme, permettant aux patients de retrouver une marche autonome sans allonger le temps de rééducation.

    3. Transition énergétique

    • Partenaire : Engie Solutions
    • Les trois finalistes : Éco Synergie, Eisox Smart Building Solutions, Novair
    • Lauréat : Novair
      Novair propose des générateurs d’oxygène sur site, sans compresseur, pour une production autonome et ultra pure. Plus besoin de livraison, moins de coûts, plus de sécurité.

    4. Bloc opératoire de demain

    • Partenaire : Medtronic
    • Les trois finalistes : HAPO Effortless, Magnitude Surgical – T.O.M., Surgar – U-SurgAR
    • Lauréat : Surgar – U-SurgAR
      Surgar utilise la réalité augmentée pour améliorer la visibilité des chirurgiens. Le logiciel crée un jumeau numérique du patient, affichant l’anatomie interne pendant l’intervention.

    5. Gestion, usage et protection des données de santé

    • Partenaire : Agence de l’innovation en santé
    • Les trois finalistes : e-Astreinte, Alia Santé, Sclépios IA
    • Lauréat : Sclépios IA
      Sclépios IA automatise la cotation des actes médicaux et améliore la qualité des dossiers patients. L’outil sécurise la facturation et évite les erreurs, notamment aux urgences.

    6. Bien-vieillir

    • Partenaire : Centre d’Innovation et d’Usages en Santé
    • Les trois finalistes : Citana – Anamnèse, Life Plus – Dona Care, HRV Simulation – Cycléo
    • Lauréat : HRV Simulation – Cycléo
      Cottos Medical propose Cycléo, un vélo interactif qui stimule l’activité physique adaptée grâce à des jeux vidéo, pour maintenir les capacités motrices et cognitives des seniors.

    7. Médecine de demain

    • Partenaire : Novartis
    • Les trois finalistes : Biomérieux, RDS – MultiSense, Klineo
    • Lauréat : Klineo
      Klineo facilite l’accès aux essais cliniques en oncologie. Sa plateforme met en relation patients et médecins avec les essais adaptés à leur profil médical.

    8. Approvisionnement et logistique

    • Partenaire : RESAH
    • Les trois finalistes : Optiale, Where It, Optacare
    • Lauréat : Optacare
      Optacare utilise l’intelligence artificielle pour anticiper les ruptures de stock en pharmacie hospitalière. La solution réduit les coûts de stockage et sécurise l’approvisionnement.

    9. Aide et performance diagnostique

    • Partenaire : Roche Diagnostics
    • Les trois finalistes : Dalia Care, Virtuosis AI, MSInsight – MSIcare
    • Lauréat : MSInsight – MSIcare
      MSInsight propose un logiciel d’aide à l’interprétation des données génomiques pour les oncologues. Il détecte le biomarqueur MSI, facilitant le diagnostic et l’accès à des traitements personnalisés.

    10. Prévention et responsabilité populationnelle

    • Partenaire : Roche Diagnostics
    • Les trois finalistes : Inn’pulse, KanopyMed, Depist&vous
    • Lauréat : Depist&vous
      Depist&vous est une plateforme digitale qui guide les utilisateurs dans leur parcours de dépistage, avec des recommandations personnalisées et des ateliers de prévention

     

  • Personnes âgées : de l’IA embarquée dans un robot pour repérer les fragilités psychiques

    De l’IA pour l’analyse d’images et de sons

    Installé discrètement dans la pièce de vie, Emobot analyse de façon continue et objective l’état émotionnel des personnes âgées. Le petit robot est pour cela équipé d’une caméra, qui filme les micro expressions du visage et la gestuelle, et d’un dispositif audio, qui capte le contenu de la parole et sa prosodie, la manière dont elle est émise.

    Les images et les sons sont analysés en continu par un algorithme basé sur une intelligence artificielle (IA) embarquée dans le robot. Celle-ci dispose d’une banque de données d’images et de sons reliés à des états mentaux, ce qui lui permet de retranscrire les images et les sons captés en émotions positives ou négatives. Ces données ne sont pas conservées après leur utilisation, afin de préserver l’intimité des personnes.

    Emobot est ainsi en mesure de repérer les signes des troubles de l’humeur (anxiété, agitation, etc.), qui sont souvent des signes avant-coureurs de maladies neuropsychiatriques, comme la dépression, ou des maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer.

    Emotrack, le back-office d’Emobot

    Toutes les informations recueillies et traitées par Emobot sont ensuite envoyées sur l’application web Emotrack. L’application établit à partir des données transmises une sorte d’agenda émotionnel de la personne suivie par Emobot. Les indicateurs psychoaffectifs utilisés pour ce suivi par la plateforme ont été élaborés selon les critères DMS du PHQ-9 (patient health questionnaire – 9 items) et GAD-7 (generalized anxiety disorders – 7 items).

    Par rapport à la manière classique de renseigner ces indicateurs en répondant aux questionnaires en vis-à-vis, l’intervention d’Emobot présente l’avantage décisif que la collecte d’information ne soit pas perturbée par la relation avec la personne. L’évolution des indicateurs est représentée par des cartes émotionnelles en continu, qui permettent de visualiser l’état émotionnel de la personne, de suivre l’évolution de son humeur et de pouvoir ainsi intervenir en amont des difficultés constatées et analysées.

    Le traitement ainsi réalisé des données d’Emobot par Emotrack peut être mis à disposition du personnel d’un établissement de type Ehpad, d’une équipe mobile de services de soins à domicile ou de proches, afin de surveiller l’état émotionnel de la personne. Cela est particulièrement indiqué lorsque celle-ci est en situation de fragilité, par exemple lorsqu’elle vient d’être admise en établissement ou qu’elle traverse une période difficile. L’évolution des cartes permet de visualiser si son état émotionnel s’améliore ou contraire se dégrade et d’intervenir sans tarder.

    Des premiers essais concluants en psychiatrie et en Ehpad

    Une centaine de robots sont installés actuellement, en psychiatrie et en Ehpad. Des psychiatres spécialisés en gérontologie ont pu tester Emobot, comme le Pr Lançon, psychiatre de secteur à l’hôpital Ste Marguerite de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, et le docteur Maud Tastevin, gérontopsychiatre à Villeneuve-lès-Avignon, avec laquelle est envisagé un projet d’étude clinique sur la préparation de la visite à domicile du psychiatre.

    Une dizaine d’Ehpad ont pu tester Emobot près de trois mois et l’installer auprès des résidents les plus fragiles. A l’Ehpad de Plabennec, le Dr Nicolas Gallay, directeur médical, apprécie de disposer de données dans un agenda émotionnel personnalisé : « Le dépistage de la dépression se fait sur un questionnaire oral, mais aujourd’hui, il a des limites. En revanche quand on est en relation avec d’autres personnes, on peut voir un masque, une expression corporelle, qui ne mentent pas. Ça permet d’avoir un regard objectif sur l’état émotionnel de la personne ». Cet outil est pertinent pour détecter les symptômes de la dépression, insuffisamment diagnostiquée chez les personnes âgées. Lorsque leur état émotionnel se dégrade sur plusieurs jours, Emobot envoie une alerte par mail à l’équipe médicale, qui peut intervenir rapidement.

    Ce robot permet aussi d’alléger les tâches des aides-soignants, qui peuvent surveiller les patients ou résidents plus facilement et de façon plus régulière sans se déplacer continument.

    Quelles perspectives pour la start-up ?

    Ces premiers résultats après 6 mois doivent être consolidés par des études cliniques tant en Ehpad qu’à l’hôpital.

    Pour l’entreprise d’autres étapes sont à envisager :

    • associer Emobot à d’autres capteurs comme les IRM, les EEG ;
    • obtenir le statut de dispositif médical, afin d’avoir vocation à être largement implanté dans les établissements de santé et médicosociaux ;
    • déployer plus largement ses robots au domicile.

     

  • Prévention des chutes : une étude du Gérond’if et une expérimentation d’un panier de soins

    L’activité physique, facteur de prévention des chutes

    Le plan de prévention antichute des personnes âgées 2022-2024 a pour objectif de réduire de 20% le nombre de chutes chez les personnes âgées de plus de 65 ans. Conformément à l’axe 4 du plan, portant sur l’activité physique, la Prévention retraite Ile de France (PRIF) organise un parcours de prévention pour les seniors, comportant notamment des ateliers d’activité physique adaptée – 4800 participants en 2023 – ,  ainsi que des ateliers mémoire.

    A la demande de Prévention Retraite en Ile-de-France (Prif), le Gérond’if, gérontopôle d’Île-de-France, a réalisé une étude pour démontrer l’efficacité des ateliers « équilibre en mouvement » pour la prévention des chutes. L’offre comporte 12 ateliers hebdomadaires de 2 heures, de 12 à 15 personnes. Ces séances, encadrées par un professionnel, portent sur l’équilibre, le renforcement musculaire, la proprioception, la vitesse de réaction, etc.

    L’étude EMMAP (muscle, mouvement et activité physique), dirigée par le Pr Agathe Raynaud-Simon a porté sur les résultats obtenus par la population qui suivait ces ateliers. Pour authentifier ses résultats, ils ont été comparés à un groupe contrôle, celui des ateliers mémoire. Ces derniers suivaient le même protocole et portaient sur la concentration, l’attention, l’orientation dans l’espace et le temps, etc. Ils étaient assortis de conseils généraux sur l’alimentation et l’activité physique.

    Résultats :

    A l’issue des 12 semaines, l’étude montre une nette amélioration des indicateurs retenus (temps de marche, performances physiques, force musculaire, équilibre, mobilité) et une réduction des chutes chez les participants aux ateliers équilibre. Ces résultats positifs se maintiennent à 1 an, ce qui conforte l’impact positif des ateliers .

    L‘étude fait ressortir que le groupe contrôle a également amélioré ses performances, augmentant son temps de marche et d’activité physique. Ce résultat inattendu prouve que les conseils dispensés par des professionnels ont eu un impact sur les comportements. La sociabilisation des personnes lors de ces ateliers constitue un autre facteur positif.

    Au-delà du premier enseignement de l’étude, une conclusion du Pr Agathe Raynaud-Simon est qu’il faut miser sur la diversité des activités de prévention et laisser le choix aux participants d’aller d’un atelier à l’autre, en fonction de leur intérêt et de leur motivation. Convaincre, aller vers et la recherche de plaisir sont des facteurs qui renforcent l’efficacité des actions de prévention en direction d’un public hétérogène et qui ne se sent pas toujours concerné.

    Cette étude locale s’inscrit totalement dans les recommandationsde l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui, dans son dernier rapport, rappelle que l’alimentation et l’activité physique sont les clés d’un vieillissement en bonne santé. Le respect de sa recommandation d’un minimum de 150 minutes par semaine d’activité physique modérée réduit de 28 % le risque de mortalité toutes causes confondues.

    Une expérimentation dans 5 régions

    L’axe 4 du plan de prévention des chutes prévoit l’expérimentation d’un « panier de soins » visant à proposer une prise en charge multifactorielle et coordonnée de plusieurs aspects du risque de chute chez les seniors.

    Le panier de soins comprend l’intervention de 3 professionnels pour la prise en charge d’une personne âgée. Il comporte obligatoirement un intervenant en activité physique adaptée ou un kinésithérapeute, comme socle de la prévention des chutes. Peuvent être adjoints un diététicien, un ergothérapeute, une infirmière… Une consultation médicale  en amont permet une évaluation des besoins de la personne et l’intervention coordonnée de ces professionnels.

    La mise en place de cette prestation est en cours d’expérimentation dans 5 ARS (Auvergne-Rhône-Alpes, Centre Val-de-Loire, Hauts-de-France, Occitanie, Pays de Loire) sur des territoires délimités et sur la base d’un cahier des charges élaboré en 2023 avec l’appui de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Le financement est assuré par la sécurité sociale ou, pour les prestations non remboursées, par des crédits spécifiques.

     

  • PLFSS : des crédits en hausse (+4,7 %) dans le volet médicosocial

    Une hausse de 4,7 %

    Les crédits de la branche autonomie de la sécurité sociale augmenteraient globalement de 1,5 milliards d’euros à 32,8 milliards d’euros, soit +4,7 % par rapport au prévisionnel 2024. Du fait de la démographie, l’augmentation porte aux deux tiers sur le secteur des personnes âgées, à 17,1 millions (+6 %), alors que le handicap n’augmenterait que de 3,3 % à 15,7 milliards d’euros. L’évolution de l’objectif national de dépenses de l’assurance maladie (Ondam) total s’établit à 2,8 %, ce qui met en relief la dynamique propre aux dépenses médicosociales.

    Cette hausse permettrait de financer plusieurs mesures :

    • une compensation pour la hausse de cotisation des ESSMS ;
    • un soutien financier aux établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) pour renforcer leurs équipes en nombre et qualité ;
    • le financement de 15 000 nouvelles solutions médicosociales ;
    • la tarification unique dans 23 départements volontaires ;
    • le renforcement de l’aide à domicile ; une aide pour l’émergence d’Ehpad structurants sur leurs territoires.

    Compensation de la hausse de cotisation retraite des ESSMS

    Des crédits de la branche autonomie sont prévus pour compenser une 1ère hausse de 4 points en 2025 de la cotisations retraites employeurs des ESSMS à la CNRACL (+2,3 milliards d’euros) , qui gère les retraites des fonctions publiques territoriale et hospitalière, programmée sur plusieurs années pour atteindre à terme 35,65 %, afin de combler un déficit évalué à 10 milliards d’euros à l’horizon 2030.

    📌 Un soutien financier aux Ehpad (+6500 recrutements) :

    La proportion d’Ehpad en difficulté a nettement augmenté après la crise sanitaire : les taux d’occupation n’ont pas retrouvé leur niveau antérieur, le retour de l’inflation a beaucoup impacté les établissements, tout comme les nécessaires revalorisations salariales dans un contexte de raréfaction des candidatures. Pour répondre à ces difficultés, que le Gouvernement considère comme structurelles, celui-ci « s’engage auprès des 7 500 EHPAD, de leurs 600 000 résidents et de leurs 390 000 professionnels à consolider leur situation financière, améliorer la qualité de l’offre et poursuivre les évolutions structurelles nécessaires ».

    Le soutien de l’État aux Ehpad prendra la forme du financement en 2025 de 6 500 professionnels supplémentaires, en vue d’atteindre 50 000 postes supplémentaires en 2030. Ces effectifs supplémentaires seront destinés à améliorer le taux d’encadrement ainsi que le ratio par résident.

    📌 Promotion des Ehpad structurants (+140 M€) :

    Le plan d’investissement du « Ségur » de 2,1 milliards d’euros continuera d’être déployé en 2025 pour la création ou la rénovation de 9000 places en Ehpad. Outre ce plan, 140 millions d’euros supplémentaires sont prévus en fonction de 4 priorités :

    • soutien aux Ehpad considérés comme « structurants », tels les centres de ressources territoriaux, sur leur territoire, pour bien professionnaliser leur ouverture sur leur environnement ;
    • soutien au développement et à la réhabilitation de l’habitat « intermédiaire » : résidences autonomie et habitats inclusifs ;
    • soutien particulier aux Ehpad d’Outre-mer ;
    • et soutien à la décarbonation des établissements.

    📌 Tarification unique dans 23 départements :

    Le Ségur de la santé avait prévu d’expérimenter une tarification unique pour les Ehpad et les Unités de soin de longue durée (USL). Ce principe fut repris à l’article 79 du PLFSS 2024 et il est mis en application dans le PLFSS 2025 (article 21) pour 23 départements qui se porteront candidats avant le 31 octobre. L’afflux des candidatures avait conduit à porter le nombre de départements expérimentateurs de 20 à 23.

    Il s’agit de fusionner les sections dépendance et soins pour établir une tarification unique, en dehors de l’hébergement qui reste à la charge des résidents, sauf lorsqu’ils bénéficient de l’aide sociale départementale. Ceci aux fins de simplification et d’harmonisation aussi entre des pratiques parfois divergentes. Le Gouvernement vise en effet « une convergence vers le haut des niveaux de tarification et une égalisation du reste à charge payé par les résidents » en Ehpad.

    L’expérimentation est prévue pour une durée de 5 ans et elle est dotée pour cela d’un budget de près de 200 millions d’euros. La possibilité de prolongation des expériences n’est plus inscrite dans le texte du projet.

    📌 Renforcement des aides à domicile (100 M€) :

    Le PLFSS mettra en œuvre les dispositions de la loi « Bien Vieillir » du 8 avril 2024 favorables au virage domiciliaire avec une nouvelle aide de 100 millions d’euros destinée aux départements, afin que ceux-ci puissent renforcer leur soutien à la mobilité et au travail partenarial des aides à domicile sur leurs territoires. Cette aide viendra s’ajouter, pour les 23 départements expérimentateurs de la tarification unique, aux moyens de financement ainsi dégagés en leur faveur. Cette marge de manœuvre pourra en effet être employée pour l’amélioration des conditions de vie dans les Ehpad, mais aussi pour renforcer le maillage territorial des services d’aide à domicile.

    📌 15 000 nouvelles solutions pour le handicap :

    La Conférence nationale du handicap d’avril 2023 avait défini un plan de création de 50 000 solutions destinées aux personnes en situation de handicap d’ici 2030 pour 1,5 milliards d’euros.

    Alors que le rythme annuel de déploiement prévu était d’environ 200 millions d’euros par an, les crédits 2025 seraient portés à 270 millions d’euros. Cela permettrait la mise en place de 15 000 solutions d’accompagnement, orientées vers le milieu ordinaire, avec « une attention particulière à l’émergence de nouvelles solutions d’accompagnement et de soins, plus modulaires et individualisées, au plus près des lieux de vie des enfants et adultes concernés (école, travail, etc.) ».

    Par ailleurs, un fonds de transformation de l’offre serait destiné à financer, d’ici 2027 pour 250 millions d’euros, les besoins d’appui pour accompagner les professionnels, en ingénierie, pour les investissements immobiliers, les solutions numériques et les autres évolutions techniques.

  • [DATA] Cancer : chiffres clés, les plans France et UE, promesses et limites des innovations

    Dans le contexte de la Journée mondiale de lutte contre le cancer (le 4 février), Health & Tech Intelligence fait le point sur les chiffres clés, les annonces gouvernementales et les innovations relatifs à cette maladie, enjeu de santé public majeur, première cause de mortalité chez l’homme et deuxième chez la femme (Insee).

    Il est à noter que le renforcement de la prévention en santé, au sens large et en particulier dans le champ de l’oncologie, fait partie des priorités nationales, tant au niveau des autorités qu’au niveau des acteurs du secteur. L’amélioration de la participation de la population éligible constitue un enjeu majeur dans la politique de dépistage des cancers. Les campagnes de dépistage organisées portent un double objectif de réduction des pertes de chances de guérison  et d’amélioration de l’accès aux examens diagnostiques.

    IA & aide à la décision, anapath numérique, entrepôt de données…

    👉 Sont présentés dans cet indicateur :

    📌 Les chiffres & données clés : les principaux cancers, l’évolution du taux de mortalité mais aussi les coûts associés à la maladie et les objectifs chiffrés du plan national 2021-2030 ;

    📌 Les principaux objectifs du plan français mais aussi du plan européen de lutte contre le cancer (Europe’s Beating Cancer Plan), deux stratégies qui placent l’intelligence artificielle (IA) et le numérique au centre de leurs actions ;

    📌 Un retour sur les principales innovations dans la filière, avec :
    • un focus sur l’espoir porté par l’immunothérapie et l’ARN messager ;
    • le développement de l’IA, en particulier dans l’aide au dépistage : avec une présentation de sociétés spécialisées dans l’IA appliqué à l’oncologie mais aussi des principales start-ups et PME françaises spécialisées en IA et radiologie (aide à la détection) ;
    • anapath numérique : une transformation en cours, avec l’arrivée de la numérisation des lames et de l’IA dans l’analyse de ces lames ;
    • l’essor de l’ambulatoire et des outils de suivi à domicile, porteurs de promesses mais présentant aussi certaines limites : avec une présentation de dispositifs innovants de suivi ambulatoire dédiés à l’oncologie ;
    • la structuration des données parmi les enjeux ;

    ➡️ Avec un zoom sur le déploiement de Consore (Continuum soins-recherche), moteur de recherche pour le big data en cancérologie, dans les centres Unicancer.

    🔴 ACCÉDER À L’INDICATEUR COMPLET :

    👉 L’ensemble des données relatives aux plans de lutte contre le cancer et aux principales innovations dans la filière sont accessibles via ce lien.

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  • Cybersécurité : Viamedis et Almerys, 2 spécialistes du tiers payant attaqués à 5 jours d’intervalle

    Victimes de cyberattaques respectivement le 31 janvier et le 5 février 2024, Viamedis et Almerys ont annoncé que des données personnelles de leurs assurées ont été ciblées, notamment : l’état civil, la date de naissance, le numéro de sécurité sociale, ainsi que le nom de leur assureur santé et garanties ouvertes au tiers payant. Près de 33 millions de Français sont potentiellement concernés par cette fuite de données.

    Selon Viamedis, 50 factures de bénéficiaires ont également été atteintes, mais cela “ne concerne qu’une information sur le transport sanitaire (taxi, ambulance)”. La société déclare également que, pour les professionnels de santé, “une note spécifique est en cours d’élaboration”, mais cette dernière n’a pas encore été rendue publique.

    Les trois interventions de Viamedis suite à la cyberattaque

    Depuis la détection de cette cyberattaque, Viamedis est intervenu sur trois fronts :

    •   déconnexion / sécurisation : Viamedis a immédiatement déconnecté la plateforme du tiers payant. Les services reprennent progressivement ;

    •  dépôt de plainte / notification aux autorités : Viamedis a déposé plainte auprès du procureur de la République, notifié l’attaque à la Cnil et l’Anssi.

    •   Information / transparence : Viamedis a immédiatement informé ses clients, les 84 organismes complémentaires santé avec lesquels il travaille et les professionnels de la santé avec lesquels il est en lien. Viamedis a également immédiatement informé les autres organismes de tiers payant ce qui a permis à Almerys, de déceler rapidement à son tour qu’il était concerné par une cyberattaque.

    Une fuite de données “limitée” pour Malakoff Humanis

    Selon Malakoff Humanis qui sous-traite la gestion de son tiers payant de sa complémentaire santé à Viamedis, les données plus sensibles de ses bénéficiaires ont été épargnées : “ni information bancaire, ni données médicales, ni remboursements santé, ni coordonnées postales, ni numéro de téléphone, ni email ne sont stockés sur cette plateforme.” Elles ne devraient donc pas être concernées par ces actes malveillants.

    Une communication insuffisante selon le Rof

    Le Rassemblement des opticiens de France (Rof), également partenaire de Viamedis, a réagi en fin de journée du 5 février à cette cyberattaque. Il estime que la communication au sujet de la cyberattaque est insuffisante, ne permettant pas de connaître clairement les conséquences suivantes :

    • si l’ensemble des adhérents sont concernés ou non (tous les adhérents n’ayant pas été destinataires de la communication) ;
    • les risques de sécurité encourus par les adhérents ;
    • la date à laquelle les services seront à nouveau opérationnels.

    La Cnil ouvre une enquête

    La Cnil n’est pas encore en mesure de définir qui est précisement concerné par cette attaque, elle va toutefois ouvrir une enquête pour vérifier si l’incident et la réaction à celui-ci étaient répartis au regard des obligations RGPD. La Cnil met notamment en garde sur le fait que des données de contact ne soient pas concernées par la violation, mais éventuellement que les données ayant fait l’objet de la violation soient couplées à d’autres informations provenant de fuites de données antérieures.

    Protéger les adhérents en cette période de crise

    Plusieurs réflexes pour prémunir leurs adhérents d’une potentielle attaque en ligne sont conseillés par les organismes utilisant ces plateformes, notamment :

    • changer le mot de passe de la plateforme ;
    • ne pas ouvrir ou répondre à un mail d’un destinataire inconnu ou suspect, ou cliquer sur des liens que ces mails contiendraient ;
    • redoubler de vigilance vis-à-vis des communications provenant du prestataire victime de l’attaque, pouvant être des tentatives d’escroquerie en vérifiant que l’adresse mail de l’expéditeur est bien celle utilisée habituellement par Viamedis.

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  • Etude : le chatbot Replika pourrait aider à prévenir le suicide (Nature)

    Des chercheurs de l’université de Stanford ont testé les capacités du robot conversationnel Replika à lutter contre la solitude et à améliorer la santé mentale. L’étude* menée chez des étudiants semblait montrer que Replika est perçu comme un complément, plutôt qu’un substitut, aux interactions sociales réelles et qu’il pouvait dans certains cas empêcher des tentatives de suicide. Les résultats ont été publiés le 22 janvier dans Nature Mental Health Research.

    La santé mentale des étudiants au plus bas

    La santé mentale chez les jeunes, et tout particulièrement chez les étudiants, est un problème massif. Une étude menée à Bordeaux a révélé qu’avant le covid, 26% des étudiants déclaraient des symptômes dépressifs modérés à sévères ; après le Covid, ils sont 41% ! Et les pensées suicidaires ont fait un bond de 50%. En outre, deux tiers des personnes atteintes d’un trouble mental ne cherchent jamais d’aide professionnelle en raison de la stigmatisation, de la discrimination et de la négligence. Aux Etats-Unis, seulement 20 % des étudiants ont cherché un conseil et 4 % ont consulté des services psychiatriques en 2019.

    Même si des traitements contre la dépression ont fait leur preuve, ils restent méconnus et peu accessibles. C’est pourquoi élargir l’offre de santé mentale s’impose. Des services de télémédecine ont déjà prouvé leur pertinence. Afin de toucher un public encore plus large, et les plus réticents à la consultation d’un professionnel de la psychiatrie, le recours à des agents conversationnels est de plus en plus à l’étude.

    Replika, une appli anti-solitude

    Des chercheurs de l’université de Stanford ont donc mené une expérimentation avec Replika. Créée en 2017 par la start-up américaine Luka, cette application permet de concevoir un confident virtuel, d’apparence masculine ou féminine, avec qui discuter. Cette «IA qui se soucie des autres », comme elle est surnommée, fonctionne sur la même technologie que ChatGPT, a été testée auprès de 1 006 étudiants qui l’utilisaient déjà. Dans cette étude, Replika était disponible via des interfaces texte, voix, et en réalité virtuelle sur les plateformes iPhone et Android. Les utilisateurs pouvaient choisir le sexe, le nom et les vêtements de l’agent. Le chatbot interrogeait les utilisateurs sur leur vie, leurs préférences et leurs souvenirs. Il pouvait participer à des dialogues thérapeutiques suivant la méthodologie des TCC en écoutant et en posant des questions ouvertes. Des psychologues cliniciens de l’UC Berkeley ont rédigé des scripts pour traiter des échanges thérapeutiques courants. Les utilisateurs exprimant des mots-clés liés à la dépression, aux idées suicidaires ou aux abus étaient immédiatement orientés vers des spécialistes.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 22 janvier dans Nature.

    Résultats : 18% d’efficacité thérapeutique

    • 90 % des participants se sentaient seuls et 43 % se qualifiaient de sévèrement ou très sévèrement seuls.
    • 18,1 % ont obtenu des résultats thérapeutiques,
    • 23,6 % ont observé des changements positifs dans leur vie,
    • 3 % ont déclaré que leurs actions suicidaires avaient été évitées grâce à leur interaction avec Replika
    • les participants étaient plus susceptibles de signaler que leurs expériences avec Replika stimulaient plutôt que de remplacer leurs interactions humaines.

    L’étude suggère que donc que les agents conversationnels comme Replika pourraient jouer un rôle dans le soutien de la santé mentale, en particulier parmi les populations éprouvant de la solitude. Les auteurs de l’étude émettent l’hypothèse que « la faible pression de l’engagement a facilité la divulgation des émotions de l’étudiant”.

    Des recherches supplémentaires sont évidemment nécessaires pour comprendre la relation entre l’engagement des utilisateurs et leurs résultats en matière de santé mentale. D’autant qu’un étudiant a déclaré se sentir “dépendant de Replika » pour sa santé mentale. Même s’il ne s’agissait que d’un étudiant, ce point mérite d’être creusé au vu de la réaction des utilisateurs lorsque Luka a décidé début 2023 de stopper toutes les conversations à caractère “romantique » ou « sexuel ». Nombre d’entre eux ont fait part de leur désarroi ! Un effet secondaire ?

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  • Académie de médecine: accroitre le soutien public à l’innovation médicale & attirer les fonds privés

    La recherche fondamentale, qui est à la base de l’innovation médicale, doit être mieux financée et les fonds privés sont nécessaires au développement des projets… L’Académie de médecine, dans un rapport qui vient d’être publié, rappelle que le soutien public à l’innovation en santé s’est mis en place plus tardivement que dans d’autres domaines, comme le nucléaire et l’espace. Cela remonte, en effet, à la loi sur l’innovation et la recherche de 1999, à la suite du rapport Guillaume de 1998. Les programmes d’investissement d’avenir (PIA) ont été mis en place à partir de 2010, à la suite du rapport Juppé-Rocard dans lequel était notamment soulignée la nécessité de développer une recherche biomédicale d’excellence.

    Le plan “Innovation Santé” et la recherche fondamentale

    Ce n’est qu’à la suite de la crise sanitaire du Covid-19 que les pouvoirs publics ont lancé en juin puis octobre 2021 le plan Innovation Santé, doté de 7,5 milliards d’euros, dont plus 1,2 milliards pour la recherche.

    L’innovation en médecine s’appuie le plus souvent sur la recherche fondamentale et des ruptures scientifique ou technologique non prévisibles, qui sont le fruit de recherches sans a priori, inscrites dans le temps long. Ainsi les progrès en cancérologie sont issus de la recherche fondamentale en biologie du développement, biologie cellulaire et génomique/génétique. L’Académie regrette la baisse des crédits budgétaires qui sont alloués à cette recherche. Son récent rapport dénote une certaine incohérence du soutien public à l’innovation en santé, qui comporte surtout des actions de soutien lors des phases de pré-maturation et de maturation des projets, alors que les projets se nourrissent nécessairement de la recherche fondamentale en amont.

    Une bureaucratie complexe

    Les dispositifs de valorisation de la recherche sont illisibles. La multiplicité de structures, souvent concurrentes entre elles, est devenue le principal goulot d’étranglement pour accompagner les porteurs de projets de valorisation. A cette multiplication des structures, par ailleurs fortement dotées au travers des PIA, s’ajoute :

    • la complexité administrative dans la mise en place du mandataire unique des unités de recherche ;
    • la concurrence entre les structures de transfert et de valorisation ;
    • l’interférence avec les stratégies propres aux acteurs territoriaux ;
    • l’absence de coordination entre les objectifs de valorisation des CHU et ceux des universités auxquelles ils sont rattachés.

    L’Académie s’interroge sur le rôle qu’on pourrait attendre de l’Agence de l’innovation en santé, créée dans le cadre du plan “Innovation Santé” de mai 2023, en vue d’une simplification de ce dispositif.

    Un financement nécessaire jusqu’au développement

    Le soutien à l’innovation en biologie-santé s’est montré efficace dans les phases de pré-amorçage et d’amorçage des innovations, avec la création de 800 sociétés de biotechnologie, développant 2300 produits et ayant levé 1 Md€ de capital-risque. Le dispositif public de soutien permet l’émergence de start-up, beaucoup d’entre elles rencontrent ensuite des difficultés pour se développer et parfois disparaissent.

    Le financement du développement des innovations dans la biotech est onéreux et risqué :

    Au stade du développement des produits, le relai ne peut qu’être assuré par des investisseurs privés. Aux USA, c’est le recours au marché financier qui assure ce relai, mais ce peut être des fonds d’investissement. Le besoin d’investissement pour développer un médicament est évalué à 1 Md€, compte-tenu d’un besoin de financement de 300 M€ sur 10 ans ainsi que du risque inhérent. C’est ce niveau de risques très élevé, propre à la healthtech, qui conduit les investisseurs à chercher à les mutualiser au travers de hubs de start-up. Ainsi Kendall Square à Boston réunit 1900 start-up dont 230 healthtech. S’inspirant de ce modèle, le plan “Innovation Santé” prévoit la création de bio-clusters, avec là aussi un risque de dispersion comme cela a été le cas avec les incubateurs.

    Outre la biotech, les deux autres secteurs de la healthtech que sont les dispositifs médicaux (medtech) et la santé numérique (qui comprend l’IA), beaucoup moins gourmands en capitaux et aussi moins risqués que la biotech, se développent rapidement en attirant beaucoup plus facilement les investisseurs.

    Des partenariats public-privé

    Il est attendu des pouvoirs publics qu’ils puissent accompagner les start-up pendant la phase de preuve de concept et la phase préclinique, car elles n’ont ni les moyens humains ni les moyens financiers de les mener à bien et beaucoup disparaissent à cette étape. A l’image de ce qu’a réussi la Food & Drug Administration (FDA) aux USA en créant des consortiums public-privé, les entités académiques de biologie-santé pourraient bénéficier de partenariats public-privé, notamment pour les médicaments et les dispositifs médicaux, afin d’accompagner la prise de relai par les investisseurs privés. Des dispositifs fiscaux pourraient être mis en place afin de mieux orienter l’épargne vers le financement de la healthtech.

    Les taux de protection intellectuelle appliqués par les organismes de recherche et les universités ne sont pas uniformes, mais ils sont en moyenne (30%) trop élevés et constituent un écueil en phase de contractualisation. Cela s’ajoute aux complications liées à l’empilement des structures et à la complexité de la réglementation.

    3 axes de recommandations

    De ce diagnostic et de ces pistes de préconisation résultent 3 grandes orientations d’une politique en faveur de l’innovation en santé :

    1) Soutenir la recherche en amont :

    • augmenter le financement de base de la recherche fondamentale ;
    • pérenniser et moderniser les plateformes technologiques et cliniques.

     2) Simplifier l’organisation :

    • coordonner les financements au sein d’une structure unique, de l’amorçage jusqu’au capital-développement ;
    • supprimer les nombreuses agences locales chargées de la valorisation et donner aux universités le rôle d’opérateur unique pour la détection et l’accompagnement des projets et la coordination avec les entreprises et les start-up ;

     3) Promouvoir l’investissement privé :

    • harmoniser et réduire les taux de redevance ;
    • orienter fiscalement l’épargne privée vers un fonds souverain, à créer, pour l’innovation en santé ;
    • réduire à 6 mois le délai de contractualisation avec les entreprises ;
    • financer les infrastructures en biologie-santé jusqu’à la preuve du concept ; en phase de développement offrir aux biotechs un soutien en pharmacocinétique/pharmacodynamie, métabolisme et toxicité réglementaire.

    [annuaireOrga=198376]

  • AI Act : quelles suites après la ratification par les membres de l’UE ?

    Après l’accord provisoire conclu entre le Conseil de l’Europe et le Parlement européen en décembre 2023, l’AI Act a été ratifié par les 27 états membres de l’Union européenne (UE), le 2 février 2024. Ce texte de loi européen doit permettre de “favoriser le développement et l’adoption d’une intelligence artificielle (IA) sûre et digne de confiance” sur le marché unique de l’UE par les acteurs privés et publics, mais aussi de “stimuler l’investissement et l’innovation dans le domaine de l’IA en Europe”. Cette ratification du texte ne vaut cependant pas son entrée en vigueur. Plusieurs étapes doivent encore intervenir avant la publication de l’AI Act au Journal officiel (JO) de l’Union européenne.

    Comprendre les prochaines étapes de l’AI Act

    Première du genre concernant la réglementation de l’IA dans le monde, cette signature fait de l’Union européenne une pionnière dans la discipline et lui permet d’« établir une norme mondiale pour la réglementation de l’IA dans d’autres juridictions, tout comme le RGPD l’a fait, promouvant ainsi l’approche européenne de la réglementation technologique sur la scène mondiale ».

    Le 6 février 2024, Digital Europe, une association qui représente les entreprises européennes de la transformation digitale, a publié une frise chronologique prévisionnelle sur le futur de l’AI Act et son application dans l’Union européenne. Ainsi, 5 grandes échéances seront attendues, notamment :

    • l’entrée en vigueur de la réglementation, prévue pour mi-2024 ;
    • et l’application des exigences concernant les IA à haut risque entre mi-2026 et mi-2027.

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    Un vote par le Parlement européen en dernière lecture

    Si le texte de loi a été ratifié par les 27 pays de l’UE, la commission mixte IMCO–LIBE du Parlement européen devrait également approuver le texte le 13 février 2024. Après cette approbation, le texte n’entrera pas automatiquement en vigueur :

    • des juristes-linguistes vont peaufiner le texte en y apportant éventuellement des corrections et des modifications rédactionnelles avant de le traduire en vue d’un nouveau vote lors de l’une des sessions plénières du Parlement en avril 2024 ;
    • les ministres des 27 états membres de l’UE devront ensuite approuver formellement le texte au nom du Conseil de l’Europe quelques jours après le vote au Parlement européen. Il ne sera donc officiellement publié au JO de l’UE qu’en mai ou juin 2024 ;
    • 20 jours après sa publication au JO, l’AI Act entrera enfin en vigueur.

    Une application progressive jusqu’en 2027 :

    Après cette entrée en vigueur, plusieurs obligations liées à l’AI Act vont s’appliquer progressivement jusqu’en 2027. Parmi elles :

    • les interdictions contenues dans le texte vont commencer à s’appliquer aux 27 pays membres de l’UE en début d’année 2025 ;
    • les règles du partenariat mondial sur l’intelligence artificielle (GPAI) vont commencer à s’appliquer sur les modèles d’IA dans les pays membres de l’UE au milieu de l’année 2025.

    [annuaireOrga=198385]