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  • Le décret portant définition de la SNS est paru : il réaffirme l’importance du numérique en santé

    Adoptée par le gouvernement le 20 décembre 2017, la Stratégie nationale de Santé (SNS) résulte d’une large concertation avec les acteurs de la santé et les ministères concernés. A l’issue de cette concertation, plus de 5 000 contributeurs ont fait part de leur avis sur la SNS, dont ils ont approuvé les principales orientations. Celle-ci doit être progressivement mise en oeuvre au sein du territoire nationale courant 2018.

    Le numérique occupe une place de choix au sein de la SNS. Le Décret du 29 décembre 2017 portant définition de la stratégie nationale de santé pour la période 2018-2022, paru au Journal Officiel du 31 décembre 2017, en précise le contenu. Il réaffirme notamment la nécessité de généraliser l’usage du numérique en santé « pour abolir les distances » et de former les professionnels à l’utilisation croissante du numérique en santé.

    Quatre axes définis par le gouvernement

    Le Décret n°2017-1866 du 29 décembre 2017 portant définition de la stratégie nationale de santé pour la période 2018-2022 est paru au Journal Officiel du 31 décembre 2017. Le Décret réaffirme les quatre axes définis par le gouvernement : 

    • « Mettre en place une politique de promotion de la santé, incluant la prévention, dans tous les milieux et tout au long de la vie » ;
    • « Lutter contre les inégalités sociales et territoriales d’accès à la santé » ;
    • « Garantir la qualité, la sécurité et la pertinence des prise en charge à chaque étape du parcours de santé » ;
    • « Innover pour transformer notre système de santé en réaffirmant la place des usagers ».

    La stratégie nationale de santé avait fait l’objet d’une consultation publique à l’automne 2017. Le numérique y occupe une place de choix. 

    6 propositions pour généraliser l’usage du numérique en santé et « abolir les distances »

    « Les promesses du numérique doivent être saisies par les professionnels de santé », affirme la Stratégie nationale de santé. Le recours à la télémédecine constitue l’un des axes structurants de ce volet « santé numérique ».  La SNS comporte ainsi six propositions visant à déployer divers outils numériques au cours des prochaines années : 

    • Assurer la bonne couverture numérique de l’ensemble du territoire ;
    • Généraliser l’usage de la télémédecine et définir son cadre éthique d’utilisation;
    • Favoriser le partage sécurisé des données médicales en développant l’interopérabilité des systèmes d’information et la mise en commun des dossiers au travers du dossier médical partagé ;
    • Equiper les professionnels de santé de services numériques facilitant les échanges en temps réel avec leurs patients, telle une messagerie sécurisée ;
    • Permettre aux patients d’utiliser des services numériques pour des actes usuels : prise de rendez-vous médical, renouvellement d’ordonnance, transmission de données au médecin, etc. ;
    • Développer la prescription électronique permettant aux professionnels de santé de partager les informations de prescription et de délivrance de produits de santé ou d’actes dispensés. 

    Former les médecins à l’utilisation de nouveaux outils numériques

    La Stratégie nationale de santé prévoit également une formation initiale et continue des médecins à l’utilisation de ces nouvelles technologies. Il importe en effet d’infléchir la formation des professionnels de santé pour l’adapter « aux priorités de santé publique, aux évolutions importantes des spécialités et à l’émergence de nouveaux métiers, en incluant les enjeux liés à la transformation numérique, à la robotisation, à l’intelligence artificielle et aux innovations en santé (…) ».

    Le texte intégral du décret est accessible via le lien ci-dessous.

  • Boehringer Ingelheim injecte 250 millions d’euros dans son fonds BIVF au service de l’innovation

    Boehringer Ingelheim, le laboratoire pharmaceutique spécialisé dans les traitements innovants dans la santé, publie dans un communiqué de presse du 8 janvier sa décision d’augmenter considérablement le financement de son fonds de capital-risque réservé à l’effort d’investissement « Venture Fund Boehringer Ingelheim » en le dotant de 250 millions d’euros.

    Les fonds injectés seront utilisés notamment à l’investissement dans les start-ups des secteurs de la santé numérique, de la médecine régénérative et des maladies infectieuses.

    L’augmentation du capital d’investissement est associé à une stratégie d’accroissement de présence sur le territoire américain dont la mise en œuvre commence par une augmentation d’effectifs.

    Appui de la recherche médicale et universitaire

    Le fonds créé en 2010 vise principalement les société de biotechnologie travaillant au développement de programme thérapeutiques innovants dans les domaines suivants : immuno-oncologie, médecine régénérative, maladies infectieuses et santé numérique.

    Le BIVF peut également financer l’essaimage à partir du monde universitaire et la conduite de projets sur une période de 5 à 7 ans et notamment en apportant le capital d’amorçage et le premier fond d’amorçage. Les investissements échelonnés varient entre 0,5 et 3 millions d’euros et peuvent atteindre 10 à 15 millions d’euros de financement.

  • Assurtech : +Simple.fr lève 10 millions d’euros pour développer un robot courtier

    La société +Simple.fr (Plussimple.fr), qui est une assurtech proposant des services de courtage dans le domaine de l’assurance professionnelle et de santé, a annoncé le 9 janvier 2017 avoir bouclé une levée de fonds de 10 millions d’euros, apportés principalement par Idinvest Partners, Anthemis, Oneragtime et la famille Rothschild.

    La société a déjà bouclé deux levées de fonds avec un million d’euros à la création en 2015 et un premier tour de table de 800 000€ en avril 2017.

    Les fonds récolté vont permettre de doubler les effectifs et de lancer le développement d’un robot courtier.

    Cette levée de fonds place la société dans le peloton de tête des assurtechs françaises, puisque les seules à la devancer sont :

    • Shift Technology, une start-up spécialisée dans la détection de la fraude à l’assurance avec 28 millions de dollars levés en octobre 2017 ;
    • Alan, un assureur santé complètement digital avec 12 millions d’euros levés en octobre 2016.

    La société de courtage propose des services d’assurance professionnelle et des assurances santé aux dirigeants d’entreprise et aux salariés.

    Les TPE, indépendants et artisans constituent le cœur de leur cible et la société développe de services pour les assister dans la mise en œuvre de l’obligation de proposer une mutuelle

    Ambitions de développement : automatisation et machine learning

    Dans un premier temps, la société va doubler ses effectifs au nombre d’une dizaine d’ici quatre mois.

    À plus long terme, elle se fixe l’objectif d’optimiser le parcours de souscription et de gestion et à cet effet développer un robot courtier.

    Selon le président de la société, Eric Mignot, c’est la technologie de l’IA qui le permettra et elle permettra également d’automatiser l’ensemble des processus commerciaux : « Notre ambition est de devenir l’Amazon des services financiers pour TPE ».

  • Open data locale : Renaissance numérique promeut une approche collaborative

    La loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique impose l’ouverture des données aux collectivités territoriales d’ici octobre 2018. Dans une étude publiée le 9 janvier 2018, le think tank Renaissance Numérique constate que « cet objectif est encore loin d’être atteint ».

    Si certaines collectivités s’inscrivent d’ores et déjà dans une démarche d’ouverture de leurs données publiques, d’autres peinent à se saisir de la question. Certaines ont fait le choix de mutualiser leurs efforts au sein, notamment, d’établissements publics de coopération inter-communale (EPCI), donnant lieu à une « approche collaborative des politiques locales » en matière d’open data, comme le relèvent Henri Isaac et Jennyfer Chrétien, auteurs de cette étude.

    La loi dite « Lemaire » du 7 octobre 2016 impose l’ouverture des données publiques aux Collectivités territoriales

    La loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016 pour une république numérique, (dite Loi Lemaire) impose aux collectivités territoriales et aux établissements communaux d’ouvrir leurs données publiques d’ici octobre 2018. En effet, l’ouverture des données publiques (ou « open data »), déjà pratiquée par l’Etat et quelques collectivités territoriales, devient désormais la règle et non plus l’exception. Les collectivités locales de plus de 3 500 habitants sont tenues de publier en ligne leurs principaux documents, y compris leurs codes sources, leurs bases de données, et les données présentant un intérêt économique, social, sanitaire ou environnemental.

    Une application tardive des dispositions de la loi Lemaire par les Collectivités territoriales

    A dix mois de l’échéance impartie par la loi (octobre 2018), les auteurs de l’étude constatent que l’objectif d’ouverture des données publiques « est encore loin d’être atteint ». La note publiée par Renaissance Numérique le 9 janvier 2018 « invite l’ensemble des collectivités à se ressaisir de la dimension stratégique de cette nouvelle politique et en appelle à une véritable gouvernance des données au niveau territorial afin de faire de cette loi une base solide et renouvelée de la démocratie locale à l’ère numérique ».

    Une réutilisation modérées des données publiques par les collectivités… 

    Renaissance Numérique cite les chiffres évocateurs d’une enquête réalisée par l’association Décider ensemble. Le « baromètre de la démocratie locale numérique » (2017) révèle les difficultés d’appropriation de l’open data par les collectivités. Si les agents interviewés reconnaissent les bénéfices d’une politique visant à améliorer la transparence de l’action publique et promouvoir le développement des territoires, 46% des sondés déclarent ne jamais avoir entendu parler d’open data ou de gouvernance ouverte, ou ignorer ce dont il s’agit. Les données publiques font l’objet d’une faible réutilisation par les collectivités et la société civile locale. Les recours juridiques sont encore peu nombreux contre les administrations récalcitrantes, qui refuseraient de transmettre des données.

    …malgré des initiatives prometteuses 

    Certaines collectivités s’inscrivent toutefois d’ores et déjà dans une démarche d’ouverture des données publiques, à l’image d’Issy-les-Moulineaux, qui a amorcé sa politique d’open data dès 2012. L’étude de Renaissance numérique invite ainsi le lecteur à consulter la plateforme numérique « data.issy.com », laquelle permet de visualiser des données brutes sous plusieurs formes (cartes, graphiques, etc.) couvrant une diversité de sujet (« les grands projets d’urbanisme à Issy-les-Moulineaux », « Parking deux roues à Issy-les-Moulineaux, etc.).

    L’open data par défaut, qui renvoie aux situations dans lesquelles les données sont mises en ligne à la demande des citoyens, permet aux collectivités de répondre en premier lieu aux attentes citoyennes. Il peut ainsi, soulignent les auteurs de l’étude, « constituer une première étape de mise en oeuvre (de l’open data) ». Des outils gratuits permettent de faciliter cette mise en ligne, telle « data.gouv.fr ».

    Vers une approche collaborative des politiques locales en matière d’open data

    Plusieurs éléments conditionnent la bonne mise en oeuvre d’une démarche d’open data. Le choix de la plateforme qui sert à la mise en ligne des données (quelle configuration des données pour quels impacts sur l’action publique), la maîtrise des données (la plateforme appartient ou non à la collectivité) présentent un intérêt stratégique. Pour lever ces difficultés, certaines collectivités ont choisi de mutualiser leurs pratiques, souvent au sein d’Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI).

    Renaissance Numérique formule diverses recommendations tendant à promouvoir l’open data au niveau local

  • WDMH Academy : appel aux porteurs d’innovations pour participer à une série dédiée à la e-santé

    L’association AquitHealth organise sous la marque WDMH (When Doctors Meet Hackers), a lancé le 6 janvier 2018 un appel aux start-ups dans le domaine de la e-santé, ayant des produits innovants à proposer et souhaitant se positionner sur le marché de la e-santé, pour participer à un programme d’accélération sous forme d’une mini-série télé de 6 épisodes.

    Les participants sélectionnés pourront exposer leurs projets et, au fil des épisodes, grâce à un travail collaboratif, faire évoluer leurs capacités commerciales à développer du business. Ils pourront ainsi mettre à l’échelle leur activité.

    Pour les participants, c’est l’occasion de s’inspirer des autres, profiter de conseil d’experts et d’une levée de fond pour les finalistes.

    Ambitions du projet

    L’objectif est de donner de la visibilité aux start-ups et de repenser la santé à travers l’innovation. En réunissant des équipes toutes tendant vers le même objectif, le travail collaboratif qui se mettra en place permettra à chaque acteur d’en sortir enrichi.

    À raison d’une émission par mois, les participants seront confrontés à de nouveaux défis et à leur issue remporteront des récompenses.

    Le jury

    Le jury est composé de Cécile Monteil, directrice médicale à iLUMENS, Uwe Diegel, PDG de LifeInABox et Eric Sebban, président de Visiomed Group S.A.

    Inscription

    La candidature doit être soumise via ce lien.

    Pour recevoir les informations liées à l’appel, il est possible de souscrire à une newsletter via ce lien.

  • « AI replaces routine work and leaves more time with patients » (C. Streather, Royal Free Hospital)

    “Apps can prevent people from getting sick”, assures Chris Streather, Chief Executive Officer of the London Royal Free Hospital, who H&TI met during his visit to Paris for Health&Tech For people, the International conference on digital disruption, on December 13th 2017.

    For H&TI, Dr Streather talks about the main projects of his group in new technologies and about the challenges facing the Streams app. His position : collecting data can raise ethical problems but it is safer for patients and reduces costs for the whole system. He also explains to H&TI how he thinks AI can free time for doctors and nurses and let them use it for better purposes. « It sure doesn’t de-skill health-professionals ! »

    The Royal Free Hospital has over 10,000 staff delivering care to more than 1.6 million patients each year in three main hospitals. Based in North London, it is, as a group, the 5th largest provider organisation in the National Health Service in England. What is the position of the group regarding new technologies ?

    We are quite avant-garde in the UK. We are part of a national pilot project, one of a small group of Global Digital Exemplars and that means we receive some investments, running into millions of pounds, from the central government to do a number of things.

    Our first and main example is that we are about to open an elective hospital dedicated to planned care. And this hospital, which should open in mid 2018, will be totally paperless for professionals and patients. We will be HIMMS level 7, an independent benchmarking of digital maturity, the first HIMMS 7 in the UK.

    We will work with fast followers as a Vanguard, and hopefully it will spread the whole system.

    One other thing for which the Royal Free is quite advanced is digitalizing patient pathways for a better standardization of care. We’ve got an initiative called CPG – Clinical Pathways Group which are designed to remove variation in delivery of clinical care. We have a partnership with Cerner, the US digital provider, to redesign clinical pathways. Thanks to them, we will be able to formalize those pathways digitally into the electronic patient record so that a patient coming with pneumonia in one of our hospitals will be guaranteed to get the same treatment in all of our establishments. Same thing if you have your gallbladder operated or if you get blood in your urine and need investigations for cancer : the same treatment will be given everywhere. Which was not the case beforehand – previously it would depend on the knowledge and experience of the individual doctors.

    The Royal Free has also been working on AI with the Streams App developed with Google DeepMind. Tell us more about it : has there been any controversy ?

    Streams is such an innovation ! I am a kidney doctor by training and I can confirm everyday how this collaboration helps physicians in their work. The machine learning capability can look at a huge number of blood tests from patients – it literally strolls through that data very quickly and analyzes it. Each day, over 2 000 tests of blood of patients coming for different reasons are looked through and Streams identifies movements which are early warning signs of serious kidney diseases. The sample are de-anonymized within the hospital when there is an alert – which is sent to one of our doctors, so that he can take care of the patient or make a change in his treatment. So the App really prevents them from getting sick. In one test day we picked up 11 patients in our three hospitals with potentially serious kidney problems, where intervention was necessary.

    So it is safer for patients, it reduces costs because you intervene before patients get sick and we hope it gets better outcomes.

    I will add of course that there are significant legitimate concerns about information governance and use of data, which we are addressing with the regulator.

    How do the patients react ? I hear Royal Free is also collecting data about populations’ health ?

    Regarding Streams, the patients probably do not see any difference. They have some warning signs come out of these blood tests, and then, an expert comes to see them and intervenes, preventing them from being sick. It also saves money which gets recycled for their care.

    Yes, we are collecting data about our population. It is to design interventions in our area, rather than just the patients who are coming to us. The interventions could be education, health promotion or legislation, but this we leave for the officials to rule ! It is more and more necessary to promote healthy behaviors to make the whole population healthier.

    How is this AI ?

    It isn’t completely AI, but some elements are. Regarding Streams, it is an App that will learn with time.

    Also we want to start to use computers to read X-Rays in radiology and dermatology. They could interpret photographs or skin lesions.

    I presented at the Health&Tech For People conference some data from HCA (Hospital Corporation of America), where I used to work, where they use machine learning in two ways :

    • One for Early diagnosis of sepsis. They can identify sepsis before clinicians by analyzing changes in physiological measurements and in laboratory results. And again this is a learning system so the more data it gets, the better it becomes ;
    •  And the second area they have done is textual analysis of X-ray reports. The same technology that was developed by the security forces after 9/11 to look at suspicious email trafic. Here we are searching very quickly through tens of thousands of chest X-rays reports to look for key words or key phrases to identify lung cancers which would be missed by just looking at the X-rays. So the advantages of machine learning is you can process that data quicker and from the successes of that it gets better.

    As a doctor – and CEO -, how do these new technologies change your tasks ?

    Hopefully it will leave more time for professionals to innovate and more time for some face to face with patients. What AI replaces is routine work and now we can take time for judgements.

    There is still plenty to do when you see the burden of health ! AI sure doesn’t de-skill doctors !

    We are short of nurses and doctors so reducing our workload is a good thing.

    People worry that people with learning disabilities or elderly people will be left behind because they can’t use new technologies. Not true ! By my view, AI and digitalization will free up time for doctors and nurses who will able to spend it with these populations.

    What were you expecting from Health&Tech For People, international summit on digital disruption ?

    Its nice to fly the flag for the things we do at the Royal Free. I came here expecting to learn something and I have. Some of the experiences from other clinics in other countries are quite similar to what we are trying to do and we can learn from each other. And also of course networking ! Meeting people trying to do the same things will help us to spread these new technologies. »

  • « L’IA libère du temps pour mieux s’occuper des patients » (Chris Streather, Royal Free Hospital)

    “Les applications peuvent aider à prévenir de nombreuses maladies », estime Chris Streather, Chief Executive Officer du London Royal Free Hospital. H&TI a rencontré ce néphrologue après son intervention au colloque Health&Tech For people, International conference on digital disruption, le 13 décembre 2017.

    Dans cette interview, le Dr. Streather nous parle des principaux projets dans le domaines des TIC de son groupe hospitalier et des avancées de l’App Streams, qu’il a développé en partenariat avec Google DeepMind. Sa position : oui, la collecte de données personnelles peut soulever certains problèmes éthiques ; pour autant la plus-value est réelle pour les patients et le système de santé en bénéficiera pleinement en terme de réduction des coûts. Il explique également à H&TI comment, selon lui, l’IA peut et va permettre aux médecins comme à l’ensemble du personnel soignant de dégager un temps précieux, qui pourra être utilisé à meilleur escient. « Une chose est sûre, cela ne déqualifie aucunement les professionnels de santé ! »

    Le Royal Free Hospital compte 10 000 salariés qui prennent en charge plus de 1,6 millions de patients chaque année au sein de trois établissements. Implanté au Nord de Londres, votre groupe est le 5e plus important en Angleterre. Comment se positionne-t-il vis-à-vis des nouvelles technologies ?

    Nous sommes des avant-gardistes au Royaume-Uni. Nous avons rejoint un projet pilote de Global Digital Exemplars (c’est-à-dire que nous pouvons servir de modèles aux autres hôpitaux en terme de d’utilisation des outils du numérique). Cela signifie que nous recevons des fonds de la part du gouvernement – cela ce compte en millions de Livres – afin de mettre en place et développer des innovations.

    Par exemple, nous allons ouvrir, mi-2018, un hôpital de jour qui sera totalement dématérialisé, c’est-à-dire que tous les papiers administratifs et médicaux seront informatisés. Nous serons ainsi le tout premier groupe du Royaume-Uni à atteindre le niveau 7 de l’échelle HIMMS (Healthcare Information and Management Systems Society), qui classe l’utilisation et l’adoption des technologies de l’information sanitaires. Notre objectif est de tirer d’autres établissements vers le haut, et que l’ensemble du système de santé se numérise…

    Nous avons aussi mis au point des « Clinical Pathways Group » qui permettent une uniformisation des soins dans nos différentes structures : un patient recevra le même traitement et suivra le même protocole de soins indépendamment de l’établissement du groupe dans lequel il est pris en charge. Pour cela, nous avons établi un partenariat avec Cerner pour repenser les parcours cliniques. Grâce à leur logiciel, nous serons à même de formaliser numériquement ces parcours dans le dossier électronique du patient. Ainsi, un malade qui consultera pour une pneumonie dans l’un de nos hôpitaux aura la garantie de recevoir le même traitement dans chacun de nos établissements. De même s’il consulte pour du sang dans les urines ou s’il vient se faire opérer de la vésicule biliaire. Auparavant ce n’était pas le cas : le patient pouvait avoir une prise en charge différente selon le médecin – son expérience et ses connaissances – qu’il consultait. 

    Le Royal Free Hospital a également développé l’App Streams avec Google Deepmind. Pouvez-vous nous en dire plus ? Il y a une controverse concernant l’utilisation des données personnelles ?

    Streams est une formidable innovation ! C’est une App qui propose un système d’alerte en cas de détérioration de l’état d’un patient hospitalisé. Je suis néphrologue de formation et, chaque jour, je constate ses bénéfices dans mon travail et celui de mes collaborateurs. L’App est capable de visualiser un nombre très important de résultats d’examens sanguins – en gros elle analyse ultra rapidement des données – 2 000 par jour. Ce qu’aucun médecin ne serait capable de faire. Au cours de cette analyse, Streams est capable d’identifier les signes avant-coureurs de maladies rénales. Attention, l’échantillon n’est dés-anonymisé – au sein de l’hôpital uniquement – qu’en cas d’alerte. Cette alerte est transmise au médecin référent du patient, qui peut alors adapter son traitement. Donc cette App peut vraiment prévenir les symptômes. Sur une journée « Test », elle a détecté 11 patients répartis sur nos trois hôpitaux qui avaient besoin d’une intervention rapide en raison de problèmes rénaux sévères pourtant ignorés. 

    Donc selon moi, c’est bon pour le patient et cela permet de réduire les coûts de prise en charge médicale puisque l’on agit avant même que la maladie se déclare.

    J’ajouterais qu’il y a en effet de nombreuses critiques quant à l’utilisation des données (en juillet 2017 la CNIL britannique a condamné le Royal free Hospital pour ne pas avoir informé les patients que leurs données seraient utilisées, ndlr). Nous sommes en cours de négociations avec le régulateur national.

    Et qu’en est-il des patients, comment réagissent-ils ? D’autant que le Royal Free compte aussi recueillir des données de santé plus générales ?

    Concernant Streams, je pense que les patients ne se rendent même pas compte de ce qu’il se passe. Ils voient leurs tests sanguins revenir avec des alertes – ou pas – et un expert s’occupe d’eux. C’est tout. Et l’argent économisé peut servir à d’autres fins, comme améliorer leur prise en charge…

    Oui, nous recueillons des données concernant la population de notre bassin. Avec un objectif précis : préparer des actions sur-mesure en amont, pour agir sur le terrain en matière d’éducation, de promotion de la santé ou de législation – mais ça nous laissons faire aux responsables politiques ! Selon moi, il est de plus en plus important de promouvoir un mode de vie sain pour que l’ensemble de la population soit en meilleure santé.

    En quoi est-ce du domaine de l’Intelligence artificielle ?

    Seules certains aspects le sont. Par exemple Streams est une Learning App.

    Par ailleurs, nous avons l’intention d’utiliser des ordinateurs capables de lire et d’analyser des radios et autres images médicales. En dermatologie par exemple, ces logiciels peuvent détecter des lésions cutanées à un stade très précoce.

    Lors du colloque Health&Tech For People, j’ai présenté des données tirées de mon expérience à HCA (Hospital Corporation of America), où j’ai travaillé. Là-bas, ils utilisent le machine learning de deux façons :

    • D’une part pour le diagnostic précoce des septicémies. Celles-ci peuvent être identifiés par la machine alors que les cliniciens n’en seraient pas capable sur le seule base de résultats d’analyse et de changements infimes dans les mesures physiologiques. Là encore, c’est un système apprenant : plus il analyse de données, plus il s’améliore ;
    • D’autre part, ils font de l’analyse textuelle de compte-rendus radiographiques. C’est une technologie qui a été développée au lendemain des attentats du 11 septembre afin de surveiller les échanges e-mail. Dans ce cas précis, on cherche dans les messages – des milliers de compte-rendus de radio du thorax – des mots-clefs qui vont permettre d’identifier des cancers du poumon. Un médecin ne serait pas à même de les déceler en regardant la radio. 

    En tant que praticien hospitalier vous-même – et en tant que directeur d’hôpital -, en quoi ces technologies changent-elles votre façon de travailler ?

    Elles permettent de dégager beaucoup de temps : ce temps précieux libéré va permettre aux professionnels de mieux s’occuper des patients lors des consultations. L’IA va les remplacer sur des tâches ingrates ou répétitives et ils vont pouvoir se consacrer pleinement à la prise de décisions. 

    Et il y a bien des choses à faire quand on voit le fardeau de plus en plus lourd que représentent les problèmes de santé ! L’IA ne va aucunement déqualifier les médecins !

    Enfin, des voix s’élèvent : on dit que les personnes avec des difficultés d’apprentissage et les personnes âgées ne pourront jamais s’accaparer ces nouvelles technologies et qu’elles seront de fait moins bien prises en charge. Et bien je crois au contraire que l’IA et le digital va leur être bénéfique : libérés de certaines tâches, les médecins et le personnel soignant pourra passer plus de temps à leurs côtés.  

    Qu’attendiez-vous du colloque Health&Tech For People, international summit on digital disruption ?

    Ce qui était important pour moi déjà c’était de diffuser les innovations du Royal Free Hospital. Je suis également venu à Paris pour apprendre des choses et c’est le cas. Certaines expérimentations menées dans des cliniques à l’étranger se rapprochent de ce que nous faisons nous en Angleterre – de ce fait nous pouvons certainement apprendre les uns des autres. Et, bien sûr, je suis aussi venu faire du réseautage ! Plus nous serons de professionnels à travailler sur ces sujets, plus les TIC prendront de l’ampleur dans le monde de la santé. »

  • Télémédecine : L’ARS des Hauts-de-France refuse de conventionner un dispositif dans l’Oise

    L’Agence régionale de Santé des Hauts-de-France a refusé, début 2018, de conventionner le dispositif de télémédecine prévu dans la commune de Laigneville.
    Cette commune de l’Oise de 4 500 habitants est confrontée au phénomène de désertification médicale. Ses deux médecins généralistes ont quitté leur fonction le 22 décembre 2017. Pour assurer une offre de soins constante, le maire de la commune préparait, depuis plusieurs mois, l’ouverture d’un cabinet de téléconsultation.

    La télémédecine fait partie des quatre axes prioritaires que le conseil départemental de l’Oise souhaite prioriser. Quand deux praticiens ont quitté leurs fonctions à Laigneville en décembre 2017, le maire de la ville, Christophe Dietrich, a souhaité ouvrir un cabinet de téléconsultation doté d’un appareil connecté – et ce dans l’attente de recruter de jeunes médecins en fin d’études.

    Télémédecine : un remède à la désertification médicale

    Cet appareil connecté, baptisé « Télémédica », a été conçu par la société Hopi Médical du Professeur Jacques Cinqualbre, ancien chirurgien du CHU de Strasbourg. Piloté par une infirmière préalablement formée, il permet au médecin d’effectuer une consultation à distance. L’infirmière réalise les examens nécessaires : prise de température, mesure de la tension artérielle, photos de la gorge et du conduit auditif. Elle interagit avec le patient par écrans interposés.

    Un dispositif polarisant, qui n’a pas remporté l’adhésion de tous 

    Présenté à la communauté médicale de la ville de Laigneville en octobre 2017, le dispositif a soulevé de nombreuses questions liées, notamment, à la protection des données médicales, au mode d’administration des vaccins, à la réalisation de gestes médicaux rendue impossible par la distance, etc. La mairie s’est toutefois préparée, plusieurs mois durant, à l’ouverture d’un cabinet de téléconsultation dans l’attente d’accueillir d’autres praticiens.

    Refus de conventionnement du dispositif de télémédecine par l’ARS des Hauts-de-France

    Quatre médecins devaient consulter à Laigneville par le biais de ce dispositif, trois généralistes et un cardiologue. L’un d’entre eux exerce dans le Rhône, l’autre, en Haute-Marne. Loué 400 euros par mois (acheté 25 000 euros), les frais d’usage du dispositif devaient être pris en charge par l’Agence régionale de santé des Hauts-de-France.

    L’Agence régionale de santé refuse de conventionner la marchine, au motif qu’elle « nécessite la formalisation d’un projet médical et l’association, dès le début, de toutes les parties prenantes. Ce qui n’est pas le cas à Laigneville ». Si le dispositif est utilisé sans conventionnement par l’ARS, les patients ne seront pas remboursés.