Une méta-analyse* publiée dans la nouvelle revue Nature’s Digital Medicine montre que le suivi à distance des patients grâce à des biocapteurs portables n’a pas d’impact significatif sur leur santé.
Néanmoins, dans certaines pathologies, telles que le Parkinson ou l’hypertension, ces dispositifs donnent des résultats prometteurs.
Les espoirs de la télésurveillance des malades
Les biocapteurs portables sont populaires. La facilité avec laquelle des données de santé peuvent être recueillies, transmises, traitées, stockées expliquent en partie l’explosion des ventes de ces dispositifs. Ces montres, bracelets, patchs, ou même ces textiles intelligents prétendent favoriser l’autogestion des maladies chroniques par les patients.
Les espoirs sont multiples. Ces biocapteurs non-invasifs peuvent potentiellement améliorer l’état de santé des patients, mais aussi réduire les coûts, fournir des données abondantes pour la recherche, etc. Pourtant, les preuves scientifiques manquent encore pour affirmer que ces traqueurs d’activité et autres outils permettant un suivi à distance présentent un bénéfice réel.
Moins de 1% des études inclus dans la méta-analyse
Des chercheurs américains du Cedars-Sinaï hospital ont donc mené une méta-analyse sur le sujet. Ils ont identifié 4 348 études et n’en ont gardé que 27 au final, toutes publiées dans des revues à comité de lecture.
En moyenne, ces essais portaient chacun sur une durée de presque 8 mois et incluaient 239 patients. Ils analysaient les bénéfices potentiels des biocapteurs portables dans différentes situations : les maladies cardiovasculaires ou pulmonaires, le surpoids et l’obésité, la douleur chronique, l’AVC, le Parkinson, mais aussi la pratique d’une activité physique dans le but de perdre du poids.
Plusieurs types de biocapteurs portables ont fait l’objet d’une analyse :
- des tensiomètres ;
- des électrocardiogrammes ambulatoires ;
- des enregistreurs d’événements cardiaques ;
- des appareils à pression positive continue ;
- des balances électroniques ;
- des traqueurs d’activité physique ;
- des accéléromètres ;
- des spiromètres ;
- des oxymètres de pouls.
Dans les groupes contrôles de la majorité des études, les participants bénéficiaient d’une prise en charge classique avec de l’éducation thérapeutique.
Par ailleurs, dans 22 études, le suivi à distance comprenait l’intervention d’un soignant qui analysait les données et modifiait si nécessaire la prise en charge.
Des résultats décevants
- Les patients en situation pathologique aiguë – notamment ceux souffrant de BPCO- témoignaient d’une meilleure auto-gestion de leur maladie, mais aucun impact positif n’a pu être mesuré. Des réductions de durée d’hospitalisation ont parfois été enregistrées mais elles n’étaient pas significatives.
- Pour le suivi des maladies chroniques telles que l’hypertension, les études ne montrent pas non plus un réel bénéfice du suivi à distance. Seuls les patients de plus de 55 ans enregistraient une meilleure tension artérielle systolique que ceux du groupe contrôle. Cependant, les messages d’alerte reçus sur le smartphone aggravaient parfois les scores de dépression.
- La télésurveillance des patients en rééducation suite à un AVC, une maladie de Parkinson ou une douleur au dos n’a pas fait la preuve de son efficacité. Le port d’accéléromètres à la cheville ne s’est pas traduit par une augmentation du temps de marche. En revanche, une amélioration de la vitesse de marche a été enregistrée chez des parkinsoniens.
- Les traqueurs d’activité associés à des conseils personnalisés par SMS ou à des incitations financières ont eu un effet positif : un léger surcroît d’activité physique grâce à l’envoi de messages, une perte de poids au bout de 9 mois chez des patients obèses ou en surpoids, porteurs d’un biocapteur.
- Globalement, aucune différence significative entre les patients suivis à distance et les patients appartenant au groupe contrôle n’a été enregistrée concernant l’IMC, le poids, le tour de taille, le pourcentage de graisse et la pression artérielle.
Un éditorial optimiste
Les résultats ne sont donc pas, pour le moment, à la hauteur des espérances. Néanmoins, » les interventions basées sur des modèles de comportement de santé et le coaching personnalisé ont été les plus réussis », notent les auteurs de cette méta-analyse.
Ils soulignent malgré tout que les études sont très hétérogènes et le nombre d’essais contrôlés randomisés reste encore très faible. Ces résultats très modestes n’empêchent pas le rédacteur en chef de Nature’s Digital Médicine, dans un éditorial, de faire le pari qu’un jour « on ne parlera plus de médecine numérique, parce qu’elle sera devenue de la médecine tout court ».