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  • PHW18 : La santé populationnelle et la politique territoriale de santé, priorités de la FHF

    Lors de la conférence inaugurale de la Paris Healthcare Week le mardi 29 mai 2018, Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, a présenté les orientations stratégiques de la fédération, à savoir un renforcement de la politique territoriale de santé, l’accompagnement de l’évolution des modes de financement en santé, le renforcement de la qualité des soins, la mise en oeuvre de démarches de santé populationnelle, la simplification des normes en vigueur dans les secteurs médical et médico-social, l’accompagnement des groupements hospitaliers de territoires (GHT) et des publics vulnérables et âgés.

    Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, rappelle en guise d’introduction l’importance de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation français : l’hôpital français représente ainsi plus de 500 programmes de recherche uniques, 230 brevets déposés chaque année, 88% des enseignements et des recherches effectués à l’hôpital public. Les 125 premières mondiales ont été réalisées par les hôpitaux de France.

    « A quelques semaines d’annonce attendues, c’est donc de l’audace et du volontarisme que notre fédération appelle de se vœux. Audace pour innover, déverrouiller, expérimenter, décloisonner, faire confiance, et résister au conservatisme et aux habitudes. Volontarisme pour sauver cette exception française qu’est notre système universel d’une qualité indéniable et d’un niveau d’excellence reconnu dans le monde ». Frédéric Valletoux, conférence inaugurale de la Paris Healthcare Week 2018.

    Frédéric Valletoux énumère les chantiers prioritaires de la FHF

    Conférence annuelle en amont du vote du PLFSS

    Le premier sujet de réflexion est celui des ressources humaines : les hôpitaux et les EHPAD sont soumis à de fortes contraintes budgétaires, rappelle le directeur de la FHF. Dans ce contexte, il importe de « favoriser une gestion où les ressources humaines ne sont pas uniquement considérées comme une variable d’ajustement».

     La FHF en appelle par ailleurs à l’organisation d’une conférence annuelle, associant l’ensemble des acteurs de santé, pouvant avoir lieu en amont du vote du projet de loi de financement de la sécurité sociale.

    Faire évoluer le financement du système de santé 

    La FHF soutient « l’évolution du financement de la recherche, la préservation d’un financement de l’ensemble des missions d’intérêt général, l’instauration au niveau des territoires d’un mécanisme durable d’accompagnement à l’investissement ».

    La FHF est favorable au maintien et à la création de systèmes d’intéressement collectifs. Ces incitatives visent à « respecter les objectifs partagés et les contraintes communes qui doivent passer par des mécanismes d’intéressement individuels et collectifs ».

    Renforcer la qualité des soins en tenant compte de l’expérience des patients

    Il est nécessaire d’intégrer l’expérience des patients à la culture de l’établissement, affirme F. Valletoux, pour qui les patients sont des « acteurs et partenaires indispensables aux établissements ». Ceci implique notamment d’améliorer le recueil et l’exploitation des mesures de la satisfaction et de renforcer le traitement des plaintes et des réclamations.

    Le numérique est également un élément déterminant du changement. La FHF s’engage sur ce sujet en promouvant de nouvelles plateformes de santé populationnelle et en encourageant le développement de l’intelligence artificielle.

    Simplification des normes et réglementations en vigueur au sein du monde de la santé

    Sur le fondement du rapport Lambert-Boulard, la FHF s’emploie à lutter contre le poids des normes et des réglementations, qui pèse sur l’hôpital et le secteur médico-social.

    Conforter la politique territoriale de santé

    La politique territoriale de santé doit intégrer des aspects curatifs mais aussi prendre en compte des facteurs de santé, environnementaux, comportementaux, sociaux. L’ « avenir est dans les territoires », affirme le président de la FHF. Il convient de s’appuyer sur les populations des territoires autour d’objectifs partagés dans le but d’instaurer un « parcours fluide pour le patient, une meilleure santé pour la population, et ce au meilleur coût pour la société ». Ces objectifs, insiste-t-il, doivent être poursuivis simultanément et de manière intégrée. 

    Lancement de 5 expérimentations territoriales de santé populationnelle

    La santé populationnelle vise à faire travailler ensemble, indépendamment de leur statut, des acteurs qui interviennent conjointement pour répondre aux besoins d’une population sur un territoire donné. La Fédération s’appuie, à titre expérimental, sur cinq territoires volontaires : les Deux-Sèvres, la Cornouaille, la Haute-Saône, et l’Aude. La FHF veut renforcer les liens entre la ville et l’hôpital conformément aux orientations du rapport de Jean-Pierre Jardry, – « Ville – hôpital : des pistes pour renforcer les liens ».

    Accorder une attention particulière à la santé mentale et à la psychiatrie 

    Il est nécessaire « d’agir vite » sur la santé mentale et la psychiatrie, qui concerne 25% de la population mondiale. La psychiatrie est un domaine précurseur en matière d’organisation territoriale, mais les dynamiques s’essoufflent aujourd’hui, alors que les besoins ne cessent d’augmenter.

    Accompagner les transformations des GHT

    Les GHT sont des outils au service de stratégies de groupes publics, dont ils approfondissent la coopération. La FHF annonce que des partenariats ont été formés avec les services des armées. F. Valletoux invite au renforcement de la coopération médicale. Il propose que les GHT disposent d’outils permettant de simplifier et d’adapter la coopération de leurs membres aux enjeux locaux, qu’ils soient dotés d’outils de gestion territoriale et qu’ils puissent approfondir la personnalité morale (entre autres pistes de réflexion évoquées par le président de la FHF).

    Poursuivre et renforcer l’accompagnement des publics fragiles

    La FHF veut renforcer l’accompagnement des publics fragiles, notamment en situation de handicap ou de grand âge. Le début de l’année 2018 a été marqué par une mobilisation inédite dans les EHPAD publics. « Les alertes lancées par la FHF ont trouvé un écho dans les rapports parlementaires », se félicite le président de la fédération.

    Mais les efforts engagés en ce sens sont encore insuffisants : il convient de mieux valoriser les métiers du grand âge, de développer une offre graduée sur l’ensemble du territoire, de permettre une plus grande fluidité de parcours et l’hospitalisation à domicile, en incluant le parcours hospitalier et la télémédecine.

    Les 22 propositions de la fédération, élaborées en amont de l’élection présidentielle de 2017 et dont F. Valletoux a esquissé les principales orientations lors de la conférence inaugurale de la Paris Healthcare Week, sont consultables sur le site internet de la fédération.

  • Etude : l’IA fait moins d’erreurs de diagnostic que les dermatologues (Annals of Oncology)

    Un système d’intelligence artificielle est parvenu à repérer davantage de mélanomes que des dermatologues expérimentés. Ces algorithmes, mis au point par une équipe de chercheurs allemands, américains et français, en ont détecté 95% contre 89% pour les médecins. Ces résultats* ont été publiés le 28 mai dans les Annals of Oncology.

    Des algorithmes pour diagnostiquer le mélanome précocément

    L’augmentation croissante de l’incidence du mélanome a poussé les chercheurs à identifier de nouvelles techniques de dépistage plus précoces. Depuis quelques années, des stratégies d’analyse d’images automatisée par ordinateur ont été développées pour aider les cliniciens. Cependant, ces techniques sont limitées car elles reposent sur des critères de segmentation humains. C’est pourquoi les algorithmes d’intelligence artificielle sont apparus comme porteurs d’espoir pour le diagnostic du mélanome. En 2017, des chercheurs américains ont déjà publié des travaux dans la revue Nature montrant que l’intelligence artificielle était aussi performante que des dermatologues en matière de diagnostic des mélanomes.

    L’IA comparée à 58 dermatologues

    Une équipe de chercheurs allemands, américains et français vient de réitérer l’expérience. Leur algorithme de vision artificielle s’est entraîné à distinguer les lésions bénignes de celles qui étaient suspectes sur plus de 100 000 images de grains de beauté et autres lésions. Leur technique de deep learning reposait sur les réseaux de neurones à convolution, appelés aussi CNN, qui sont capables de trier des images par catégories. Les auteurs de cette étude, qui a été publiée le 28 mai dans les Annals of Oncology, ont ensuite testé leur algorithme sur 100 images de cas compliqués et ils ont comparé les résultats obtenus grâce à l’intelligence artificielle à ceux de 58 dermatologues -dont 30 experts-, venant de 17 pays différents.

    Résultats

    « La plupart des dermatologues ont fait moins bien », déclarent les auteurs de l’étude. Comprenez que l’homme a été surpassé par la machine.

    • Les dermatologues identifiaient 87% des cas de mélanomes contre 95% pour l’intelligence artificielle;
    • Avec des images plus précises et des détails sur le patient, le taux de détection montait à 89% chez les dermatologues, mais restait donc inférieur à celui obtenu grâce à l’algorithme;
    • L’ordinateur a fait moins d’erreurs de diagnostic consistant à voir des mélanomes alors qu’il ne s’agissait que de grains de beauté bénins. Ainsi, il évite des interventions chirurgicales inutiles.

    Aider le médecin, pas le remplacer

    Cette étude souffre de quelques limites. Tout d’abord, les dermatologues ne craignaient pas de passer à côté d’un diagnostic de cancer. Par ailleurs, les images ne couvraient pas l’ensemble des lésions, ni même l’ensemble des types de peau…

    Cependant, ces résultats montrent clairement que l’intelligence artificielle peut constituer un outil pertinent pour aider les médecins dans la détection du mélanome. « Et cela indépendamment de leur niveau individuel d’expérience et de formation », précisent les auteurs. D’ailleurs, ils ajoutent que 13 des 58 dermatologues se sont révélés plus performants que les algorithmes.

    Enfin, bien que l’architecture de CNN soit difficile à mettre en place et à former, sa mise en œuvre sur des systèmes de dermoscopie numérique ou des applications mobiles peut facilement être déployée. Par conséquent, les chercheurs estiment que « les médecins de tous les niveaux de formation et d’expérience pourraient bénéficier de l’assistance de la classification d’images de CNN. »

  • PHW18 : la plateforme développée par Satelia à Bordeaux, outil de télésuivi en chirurgie ambulatoire

    A l’occasion de la Paris Healthcare Week 2018, Health & Tech Intelligence a rencontré Nicolas Pagès, co-fondateur de Satelia, start-up partenaire du CHU de Bordeaux pour le développement et le déploiement d’une plateforme de télésuivi en chirurgie ambulatoire.

    Cette plateforme de télésuivi permet d’informer le patient sur son intervention et ses suites d’une part, et les professionnels de la santé à propos des antécédents et des symptômes éventuellement présentés par le patient après l’opération chirurgicale d’autre part.

    Quelles sont les caractéristiques et fonctionnalités qui rendent selon vous cette plateforme de télésuivi originale et efficace ?

    Le maître mot qui a guidé le développement de la plateforme de télésuivi et qui, pour moi, fait son originalité, est « simplicité ».

    Afin de simplifier l’utilisation de cet outil pour les patients âgés ou en situation de précarité, il n’y a pas d’application à télécharger en ligne : le patient reçoit simplement un ou plusieurs SMS avant ou après son intervention, SMS comportant des rappels de RDV, des consignes hygiéno-diététiques, des liens vers des informations (parfois très simples, comme le plan de l’hôpital), des vidéos explicatives (à propos de sa pathologie, de l’intervention qu’il va subir et de son suivi post-opératoire) et des questionnaires à propos de son état physique ou psychologique, à renseigner lui-même et relié à un centre de contrôle infirmier. 

    Quelle est l’origine de cette plateforme : comment avez-vous eu l’idée de développer un tel outil ?

    Ce sont les demandes des professionnels de santé et des patients concernés par la chirurgie ambulatoire qui ont motivé le développement de la plateforme de télésuivi et la création de Satelia.

    En effet, la chirurgie ambulatoire tend à être de plus en plus pratiquée, et ce nouveau mode d’exercice s’accompagne d’un phénomène auquel on pouvait s’attendre et que de nombreux professionnels ressentent aujourd’hui de plus en plus intensément et de plus en plus négativement : une augmentation de la charge administrative qui pèse sur eux ; chaque patient opéré en ambulatoire fait l’objet d’un suivi complexe à mettre en oeuvre, notamment administrativement.

    Du côté des patients, la chirurgie ambulatoire, par la réduction de la durée d’hospitalisation qu’elle engendre, suscite parfois un inconfort lié à un manque d’informations : les patients réclament d’être mieux informés des soins qu’on pratique sur eux, parfois sans les y inclure.

    Enfin, tous – professionnels de santé comme patients – attendent une augmentation de la sécurité de la chirurgie ambulatoire, sécurité qui appelle une préparation optimisée de l’intervention chirurgicale ainsi qu’un suivi postopératoire efficace. 

    Quels professionnels sont intervenus dans le développement de ce dispositif ?

    Le développement de la plateforme a nécessité une grande pluridisciplinarité.

    Pour commencer, Paul Tiba, avec qui j’ai fondé Satelia, est pilote, spécialisé dans le rapatriement sanitaire, et je suis interne en anesthésie-réanimation : nous sommes donc tous deux issus de professions très différentes mais similaires dans la mesure où elles ont avoir avec l’innovation technologique en santé et avec l’urgence, où elles nous ont sensibilisés à la gestion des risques, paramètre important du suivi des patients en chirurgie ambulatoire (quel patient est à risque de complication en cas de retour prématuré à son domicile et quel patient ne l’est pas ?).

    Nous avons également collaboré avec des cardiologues. Depuis le 11 mai 2018, nous sommes également agréés par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) en tant que solution de suivi de l’insuffisance cardiaque.

    Des ingénieurs et d’autres types de professionnels concernés dans leurs activités professionnelles par la e-santé ont également participé – et continuent de participer – au développement de la plateforme.

    A Satelia, nous sommes par ailleurs convaincus qu’une assise académique, universitaire, est nécessaire au développement de tels projets. C’est pourquoi nous tenons à remercier les universitaires du CHU et de l’Université de Bordeaux d’avoir testé et de continuer à étudier et développer notre dispositif.

    L’application a donc été testée, utilisée ?

    Le dispositif a été testé par le CHU de Bordeaux entre les mois de janvier et de mars 2018. Les résultats de ces tests, extrêmement concluants, ont permis au CHU de déployer notre outil dans tout l’établissement, à destination des professionnels pratiquant la chirurgie ambulatoire.

    Aujourd’hui, plus de 500 patients utilisent chaque mois la plateforme, soit la moitié des patients opérés en ambulatoire. D’autres tests devraient être réalisés, notamment en cardiologie et en oncologie.

    Quelles sont les évolutions que vous prévoyez  pour cette plateforme de télésuivi et pour Satelia ?

    Nous tendons à évoluer selon quatre axes majeurs :

    • proposer notre outil de télésuivi à d’autres établissements de santé que le CHU de Bordeaux : nous comptons en particulier nous adresser à des hôpitaux de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris (APHP) ;
    • étendre notre application à de nombreuses spécialités : cardiologie, oncologie (nous devrions initier prochainement une collaboration avec des oncologues, pour développer un télésuivi en oncologie). Notre application étant très simple, elle peut en fait être utilisable dans de nombreuses spécialités sans nécessiter trop de modifications ou d’adaptations ;
    • adapter notre application afin qu’elle puisse être utilisable par un plus grand nombre de patients : nous pensons en particulier aux patients malvoyants ou souffrant d’une perte de sensibilité digitale, pour qui l’utilisation d’un smartphone peut s’avérer difficile. Pour ces patients, nous pourrions être amenés à développer, avec le concours de cogniticiens, une fonctionnalité de synthèse vocale ;
    • rendre notre application intelligente afin qu’elle puisse apprendre quels patients sont à risque de complication ou non, et qu’elle puisse en avertir les professionnels de la santé.

    Quels sont les enjeux de votre application de télésuivi et de ses évolutions prochaines ?

    Nous pouvons dénombrer cinq types d’enjeux majeurs à l’utilisation des dispositifs que Satelia propose ou proposera, qui sont :

    • réussir à délivrer au patient les informations fiables dont il a besoin et qu’il ne sait pas toujours chercher ou reconnaître seul, après ciblage de ses attentes ;
    • réussir à faire gagner du temps aux professionnels et ainsi participer à une réduction des coûts de prise en charge en chirurgie ambulatoire et dans les spécialités dans lesquelles Satelia se déploira ;
    • réussir à toucher un maximum de patients, souvent difficiles à joindre ou à impliquer dans leurs soins à l’heure actuelle ;
    • réussir à sécuriser les patients et les professionnels de santé en proposant une analyse et une prédiction de plus en plus fines des risques liés à la prise en charge ambulatoire de pathologies parfois lourdes (et nécessitant des chirurgies tout aussi lourdes et à risque de complications hémorragiques comme la chirurgie menée sur les disques intervertébraux cervicaux, réalisée en ambulatoire à Bordeaux) : à quel patient proposer un retour à domicile et à qui conseiller une hospitalisation ?
    • réussir à réunir médecins, ingénieurs, chercheurs afin d’améliorer l’efficience des soins proposés aux patients : à titre d’exemple, en 2017, une étude (étude STAR) menée par le Pr Ethan Barns, a montré qu’une application à destination des patients cancéreux soignés par chimiothérapie et permettant de rapporter à l’équipe soignante, en temps réel, les effets indésirables vécus, est plus efficace (améliore la survie de 6 mois) que les derniers médicaments d’oncologie mis sur le marché. La médecine doit réinvestir l’espace entre la ville et l’hôpital, et ce, en faisant appel à des professionnels non hospitaliers, et parfois non inclus dans le système de santé !

    Où sont hébergées les données de santé traitées par la solution proposée par Satelia ?

    Actuellement, les données traitées par l’outil déployé dans le CHU de Bordeaux sont hébergées au CHU de Bordeaux. Dans le futur, nous proposerons aux établissements qui utiliseront notre solution et qui ne souhaiteront pas eux-même héberger les données, d’utiliser OVH Healthcare, hébergeur agréé de données de santé.

    Quel est votre modèle économique ? 

    Ce dispositif est en partie financé grâce à un partenariat avec le CHU de Bordeaux, qui a apporté par ailleurs beaucoup de ressources techniques et intellectuelles au projet, et qui en est co-propriétaire.

    Nous bénéficions également du soutien, en particulier financier, de la région Aquitaine, qui a permis un gain de temps non négligeable (de 6 mois) dans le développement de la plateforme.

    Par ailleurs, de nombreux acteurs de l’écosystème de e-santé bordelais se sont impliqués pour nous soutenir et nous aider.

  • PHW18 : L’évaluation des solutions e-santé de demain reposera sur les données de vie réelle

    À l’occasion de la Paris Healthcare Week 2018, ce mercredi 30 mai 2018, une conférence organisée par l’Alliance e-health sur le thème de l’évaluation de demain des solutions e-santé a été organisée.

    La question de l’évaluation des solutions e-santé a été abordée dans le cadre d’une table ronde regroupant les représentantes de la Haute Autorité de Santé et de la CNEDiMTS, de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et de son Digital Medical Hub créé en janvier 2018, de Voluntis et du laboratoire pharmaceutique Sanofi.

    Dans cet article, Health&Tech Intelligence vous rapporte:
    • les principales problématiques liées à l’évaluation des solutions en e-santé relevées par la HAS et qui sont d’ordre éthique, liées aux délais ou à l’utilisation des données ;
    • les principaux freins à l’autorisation de dispositifs innovants liés au coût de l’évaluation, et la nécessité de recourir à de nouvelles méthodologies d’évaluation issues du champs des sciences humaines et sociales plus adaptées pour juger de la valeur d’usage d’une solution ;
    • une recommandation de l’ensemble des acteurs de l’écosystème pour construire dès aujourd’hui des solutions interopérables notamment dans le domaine de la télésureveillance.

    Geneviève d’Orsay est directrice médicale de Voluntis. Elle a fait part à l’audience de son expérience du processus de mise sur le marché de Diabéo, application d’accompagnement personnalisée pour les patients diabétiques, développée en coopération avec Sanofi. Elle a souligné la nécessité d’associer à un stade précoce du projet à caractère innovant des représentants de l’ensemble des acteurs de l’écosystème : les professionnels de santé, les industriels, les chercheurs, les évaluateurs et les patients. Selon elle, il s’agit de la meilleure façon de procéder pour « mettre toutes les chances de son côté » et réussir le lancement de sa solution.

    Par ailleurs, un ressenti communément partagé par les acteurs a émergé concernant la nécessité de prendre en compte la complexité de l’évaluation de ces dispositifs du fait de la multiplicité des aspects à évaluer : technologique ; d’impact médical, économique et organisationnel ; mais également d’usage, avec un nouveau partenaire qu’est le patient devant témoigner de la valeur d’usage.

    Medical Digital Hub : principaux freins à l’innovation et la nécessité de nouvelles méthodologies d’évaluation

    Le Pr Marie Pia d’Ortho qui représentait la plateforme d’évaluation des solutions e-santé de l’AP-HP, a fait ressortir deux freins auxquels sont confrontés les porteurs de solutions innovantes ayant fait appel à l’équipe du Hub :

    • les interrogations toujours en suspens liées aux modalités d’évaluation de la sécurité, de l’intégrité, de la fiabilité et de la pertinences des solutions en e-santé ;
    • le coût de la mise en œuvre de l’évaluation qui nécessite la mise en place d’études cliniques.

    Si l’évaluation médico-économique d’une telle solution peut plus facilement être mise en place, la valeur d’une solution en ce qui concerne son usage s’intègre plus difficilement dans l’évaluation. Pour répondre à ce défi, selon le Pr d’Ortho, c’est le recours à des méthodologies d’évaluation issues des sciences humaines et sociales qui semble s’imposer. Elles seraient plus à même de prendre en compte ce genre de considérations qui ne sont pas de l’ordre technique et chiffrables.

    Concernant l’évaluation par les données, Marie Pia d’Ortho rappelle les problèmes éthiques que cela peut poser du fait de l’exigence pour les patients de partager leur données médicales et que cela nécessite la mise en place d’une réglementation adaptée, tout en soulignant que les temps réglementaires sont incompressibles.

    Problématiques rencontrées par les autorités d’évaluation : éthique, délais et prise en compte des données massives

    Voici les principales interrogations qui se posent aujourd’hui autour de la méthodologie d’évaluation d’outils connectés de la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé de la Haute Autorité de Santé, représentée par Isabelle Adenot, présidente de la Cnedimts :

    • des difficultés d’ordre éthique dans la mesure où les solutions présentées à l’évaluation dans le cadre d’une demande de remboursement sont souvent associées à un fabricant de smartphone et l’impossibilité de privilégier un fabricant plus qu’un autre, ce qui constitue un critère de taille dans le processus de validation du dossier ;
    • la question de l‘évaluation de l’objet seul ou du dispositif entier intégrant les activités liées à l’opérateur. Concernant cette question, la Cnedimts privilégie l’évaluation de l’objet seul en écho à la méthodologie d’évaluation déjà en place dans le cadre de l’évaluation des dispositifs médicaux ;
    • les délais d’évaluation du fait du caractère évolutif d’une solution e-santé reposant sur l’exploitation d’un logiciel voué à être réédité et qui impose un temps d’évaluation qui en rupture avec la méthodologie traditionnelle exigeant des études sur des périodes longues, du type 5 ans. Les temps d’évaluation sont donc voués à être raccourcis. À ce titre, Isabelle Adenot, suggérait que pour un certain type d’étude (de post-inscription), le recours à des bases de données dans le cadre du processus d’évaluation devait être autorisé. Ceci permettrait non seulement de faciliter l’évaluation, mais à la fois de réduire le coût des études.

    Capitaliser sur les données de vie réelle

    Isabelle Adenot a également appelé l’ensemble des acteurs de l’écosystème e-santé à revendiquer l’utilité et la pertinence de l’utilisation des données en conditions de vie réelles, comme substitut aux études, à des fins diverses, mais notamment dans le cadre d’une procédure d’évaluation. 

    Cette initiative a été très favorablement accueillie par les industriels. On a rappelé à ce titre que c’était la démarche qui avait été adoptée par les autorités d’évaluation et les financeurs aux États-Unis – évaluer les dispositifs innovants en analysant les données de vie réelle. 

    La modératrice de la table ronde, Armelle Graciet, directrice des affaires industrielles au Snitem, soulignait que puisque les évaluateurs français étaient ouverts à l’utilisation des données, les industriels devaient leur proposer des protocoles adaptés leur fournissant un maximum d’informations pour la bonne évaluation des outils technologiques.

    Directives aux industriels : interopérabilité sine qua non 

    Isabelle Adenot a également mis en garde contre le risque de segmentation des solutions notamment dans le domaine de la télésurveillance.

    Étant donné que la coordination de soins est un des principaux axes de transformation du système de santé, il faut se garder, selon elle, de refabriquer ce qui est en train d’être combattu. Elle citait en exemple la télé-surveillance dans le cadre pluripathologique où il est inadmissible pour le patient télé-surveillé d’être équipé d’appareils différents afin de transmettre les données liées à telle ou telle pathologies.

    Pour les industriels, l’interopérabilité est une question essentielle et une aspiration – l’existence d’une architecture commune à laquelle les solutions particulières des fabricants pourraient venir se plugger est un idéal. Par ailleurs, l’interopérabilité réduit le risque de disposer de solutions valables dans tous les sens du terme, mais inutilisables car dans le cadre d’une utilisation groupée elles pourraient être source de confusion et d’anxiété auprès de l’utilisateur.

    Pour les porteurs de solutions innovantes, de ces témoignages ressort l’importance de proposer des solutions interopérables avec l’ensemble des systèmes d’exploitation disponibles sur le marché.

  • Santé & Bioproduction : l’un des axes de la feuille de route du Conseil national de l’Industrie

    Le Premier ministre, Édouard Philippe, a présidé le Comité exécutif du Conseil national de l’industrie (CNI), le lundi 28 mai 2018 à l’Hôtel de Matignon. Les ministres Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, et Muriel Pénicaud, ministre du Travail, étaient présents.

    Édouard Philippe a détaillé à cette occasion le bilan des actions lancées à l’automne 2017 ainsi que les nouvelles priorités de travail du Conseil national de l’industrie pour les mois à venir et les mesures pour accompagner le développement de l’industrie française.

    La santé et la bioproduction constituent l’un des axes (ou « missions ») de la feuille de route du CNI. Le CNI mandate le CSF Alimentaire, le CFS Industries et technologies de santé, et le CSF Chimie & Matériaux pour lancer une mission de réflexion stratégique, dont les conclusions seront remises au Premier ministre pour la fin octobre 2018.

    La bio-production « présente un important potentiel de croissance »

    La bio-production a ainsi été identifiée par la Commission Européenne comme l’une des six « technologies génériques clés » rappelle le dossier de presse du gouvernement constitué à l’occasion de la réunion du comité exécutif du CNI. Elle a vocation à irriguer de nombreux domaines d’application (chimie fine, plastiques, biocarburants, agroalimentaire, médicaments, traitement des déchets etc.) et présente un important potentiel de croissance. Un travail de fond a été initié par l’alliance AVIESAN avec certains industriels dont Sanofi.

    « Faire de la France un lieu d’excellence en matière de bio-production »

    Le Gouvernement souhaite mobiliser pleinement les énergies publiques et privées pour faire de la France « un lieu d’excellence en matière de bio-production et lui permettre de capter la croissance des marchés de demain ». La France dispose de nombreux organismes de recherche publics capables d’être à la pointe de la recherche dans ces domaines essentiels pour l’avenir. « L’appareil universitaire s’est largement ouvert à un transfert de ces connaissances vers le secteur productif », rappelle le communiqué.

    Cependant, la France accuse encore un retard en matière d’industrialisation, alors que la qualité scientifique de ses professionnels est reconnue mondialement, et qu’elle compte un nombre important de start-ups dans ce domaine.

    Lancement d’une mission de réflexion stratégique menée conjointement par les CSF Alimentaire, Industries et technologies de santé et Chimie & Matériaux

    Le CNI mandate le CSF Alimentaire, le CSF Industries et technologies de santé et le CSF Chimie & Matériaux pour lancer une mission de réflexion stratégique, qui sera appuyée par des personnalités scientifiques de haut niveau, spécialistes de ce domaine.

    Cette mission visera à :

    • identifier les actions à mener pour assurer le développement de la bioproduction en France ;
    • dresser l’état des lieux de l’écosystème français de la bio-production, ses forces et ses faiblesses ;
    • établir une comparaison avec les pays les plus avancés dans le secteur ;
    • proposer des recommandations permettant de renforcer la dynamique de recherche, d’innovation et d’industrialisation de la France en matière de bioproduction ;
    • investiguer le potentiel lié à une meilleure collaboration entre les acteurs de la recherche académique et du développement et les acteurs industriels ;
    • étudier l’adéquation des outils de financement publics et privés aux besoins des projets de bio-production ;
    • identifier les éventuels besoins d’adaptation de la réglementation nationale et européenne pour accompagner un développement ambitieux de la bioproduction, tout en tenant compte des conditions d’acceptabilité au regard notamment des principes environnementaux et sanitaires.

    Les conclusions de cette mission sont attendues pour la fin octobre 2018, accompagnées d’un plan de développement de la bio-production en France. Un pré-rapport est attendu pour début juillet, en coordination avec les travaux du comité stratégique des industries de santé (CSIS).

  • PHW18 : PandaLab présente sa messagerie instantanée sécurisée à destination des professionnels

    A l’occasion de la Paris Healthcare Week 2018, Health and Tech Intelligence a rencontré Christelle Masson, Directrice générale de PandaLab, start-up fondée par le médecin oncologue Aurélien Lambert qui a développé une application (éventuellement mobile), une messagerie instantanée à destination des professionnels, elle aussi baptisée PandaLab.

    Pouvez-vous présenter l’application PandaLab ?

    PandaLab est une application dédiée aux professionnels de la santé qui leur permet notamment de communiquer entre eux par une messagerie instantanée sécurisée. C’est en fait une espèce de WhatsApp médical, conçu pour faciliter le dialogue et l’échange d’informations, de documents entre les membres d’une équipe de soins, qu’elle se situe en ville, à l’hôpital, ou entre la ville et l’hôpital.

    Cette messagerie est par ailleurs accompagnée de diverses autres fonctionnalités censées faciliter la création et le traitement de documents médicaux (ordonnances, clichés d’imagerie médicale, etc.).

    Pourquoi PandaLab ? Comment est arrivé l’idée d’une telle solution ?

    C’est le fondateur de la start-up PandaLab qui est à l’origine de l’idée d’une telle application : médecin oncologue de profession, il souffrait au quotidien, dans sa pratique, d’une absence de moyens efficaces de coordination entre membres de l’équipe soignante ; il ne pouvait échanger avec les autres médecins, avec les chirurgiens, les infirmiers, les pharmaciens, etc. en ville et à l’hôpital que par des méthodes relativement archaïques (oral, fax, téléphone), sans aucune traçabilité. Il est connu aujourd’hui que la plupart des erreurs iatrogènes sont dues à une transmission lacunaire de l’information entre les soignants.

    Il a alors eu l’idée d’une messagerie instantanée sécurisée, permettant une traçabilité de l’information, afin de favoriser le dialogue entre professionnels de la santé – dans le domaine de l’oncologie mais aussi dans toutes les spécialités, de mieux coordonner le parcours de soins des patients. Le but d’Aurélien Lambert, à travers cette application, est d’améliorer la sécurité et l’efficience (en particulier en terme de temps) des échanges entre professionnels, d’améliorer et de moderniser les pratiques.

    D’autres professionnels de la santé que le médecin oncologue fondateur de la start-up ont-ils participé à l’élaboration de l’application ?

     Oui, la conception et le développement de cette messagerie particulière ont nécessité le concours de professionnels très divers : médecins, cadres et infirmiers, personnels administratifs et secrétaires médicales, psychologues,… Imaginez une structure, un établissement de santé, avec tous ses acteurs : un représentant de chacune de ces professions a contribué au développement de PandaLab.

    Comment fonctionne cette application ?

    PandaLab est un Saas, une application disponible et  directement utilisable en ligne, mais également ouvert au téléchargement sur PC ou Mac, sur tablette ou smartphone (iOs, Androïd).

    La messagerie permet d’échanger de personne à personne ou en groupe. Pour faciliter son utilisation, sa présentation est simple, pensée pour être intuitive et rappeller d’autres messageries instantanées très répandues. Elle donne également la possibilité, pour augmenter l’efficience du dialogue médical, d’envoyer des messages avec accusé de lecture, de pré-visualiser les images envoyées, de changer le contraste des clichés d’imagerie échangés.

    L’application propose par ailleurs d’autres fonctionnalités :

    • une fonctionnalité « ordonnances », qui permet de créer et de renouveler rapidement des ordonnances grâce à des modèles pré-enregistrés, personnalisables ;
    • une fonctionnalité « médicaments », qui consiste en une base de données médicales (alimentée par les données de Thesaurus Med) et permet de rechercher des monographies de médicaments par DCI (éventuellement par le suffixe caractéristique de leur famille) ou par nom de marque ;
    • une fonctionnalité « imagerie médicale », qui permet d’observer des clichés d’imagerie.

    L’application laisse en outre à l’utilisateur la liberté de régler ses notifications, comme dans une messagerie instantanée classique.

    Quel est le modèle économique qui a permis de développer cette application ?

    L’application est payante, sur abonnement. Le tarif que nous proposons est valable pour un mois, pour un utilisateur. Cependant, le coût de l’abonnement est dégressif, fonction de la taille de l’équipe soignante qui souhaite en faire l’acquisition.

    PandaLab a-t-elle été testée ? Est-elle utilisée à l’heure actuelle ?

    Avant sa mise en ligne, l’application a été testée pendant un an et demi (en 2016 et 2017). Elle est maintenant commercialisée, depuis cinq mois, et est en cours de certification CE.

    Elle est utilisée dans cinq régions de France par un millier d’utilisateurs de cliniques, d’hôpitaux, de centres de cancérologie, de PSAD, d’HAD, de cabinets de gestion administrative de professionnels de santé.

  • Staff dématérialisé épilepsie grâce au service e-staff de la plateforme Therap-e

    Le 25 mais 2018 a eu lieu, au CHU de Caen et entre cinq établissements, « le premier staff dans le domaine de l’épilepsie via la plateforme de télémédecine normande Therap-e », le GCS Normand’e-santé, entité issue de la fusion des deux GCS Télésanté de Haute et de Basse Normandie.

    La plateforme baptisée Therap-e, utilisée par les acteurs de santé bas-normands pour développer les activités de télémédecine, propose plusieurs services (Domoplaies TéléAVC,  SCADHuman, eUSMP connectéf, Télé-Expert), dont e-staff.

    « Ce dispositif d’organisation permet aux spécialistes de préparer en amont des staffs médicaux, les télé-dossiers des patients », précise le GCS Télésanté Basse-Normandie (TSBN).

    e-staff, outil de préparation et de mise en œuvre de staff médicaux

    Les objectifs de ce service, d’après TSBN, sont notamment de permettre :

    • aux professionnels de préparer à distance les staffs médicaux ;
    • un hébergement sécurisé des données de santé : sécurisation du partage de documents entre les professionnels ;
    • un gain de temps, en évitant les déplacements de professionnels.

    En effet, via e-staff, les documents et le télé-dossier peuvent être partagés dans le cadre de réunions éventuellement pluridisciplinaires entre équipes situées à distance les unes des autres. Pour se faire, cet outil s’appuie sur l’ensemble des outils de travail collaboratifs à distance (traitement de l’imagerie médicale, pointeur partagé, visioconférences, etc.).

    Therap-e, plateforme des services de télémédecine portés par le GCS

    Mise à disposition des acteurs de santé bas-normands pour répondre aux défis en termes d’offre de santé inscrits dans le Plan Stratégique Régional de Santé, la plateforme Therap-e permet, via un accès web ou son application mobile, d’interconnecter des sites et acteurs distants. Le but revendiqué par TSBN est de permettre aux professionnels de santé d’échanger ou partager avec leurs patients :

    • en mobilité ou en établissement ;
    • en mode connecté ou hors-connexion ;
    • de façon synchrone ou asynchrone.

    La plateforme propose :

    • un télé-dossier (ensemble d’éléments liés au patient et déposés sur cet espace numérique le temps de la prise en charge par télémédecine) ;
    • un hébergement sécurisé des données de santé (système d’authentification fort, recueil du consentement patient, sécurisation de l’identification patient, traçabilité des accès) ;
    • des modules activables et des fonctionnalités modulables selon les besoins définis par les usages et les pathologies (fiche de liaison, audio/vidéo, photo, imagerie médicale, gestion des périphériques biomédicaux, agenda, messagerie instantanée et partage d’application, partage d’écran et prise en main à distance, travail collaboratif avec multi curseurs, etc.).

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  • PHW18 : « Faire du patient un partenaire à part entière du système de santé », Agnès Buzyn

    Lors de la conférence inaugurale de la Paris Healthcare Week 2018, ce 29 mai 2018, Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, a rappelé les axes prioritaires de son action :
    • catalyser un changement de culture vers plus de prévention ;
    • réduire le reste à charge des patients ;
    • faire de la télémédecine un levier de réduction des disparités d’accès aux soins ;
    • adopter des indicateurs de qualité et de sécurité pour 10 pathologies ;
    • replacer le patient au cœur du système de santé ;
    • favoriser l’usage des big data de l’intelligence artificielle et des innovations en santé.

    De nombreuses actions engagées en faveur de la transformation du système de santé depuis 2017

    Depuis sa prise de fonction en mai 2017, la ministre des Solidarités et de la Santé et ses partenaires ont rendu publics plusieurs plans d’action en faveur d’une reconfiguration du système de santé, à savoir la stratégie nationale de santé et le plan d’égal accès aux soins.

    Le plan « priorité prévention » est en cours d’élaboration. Sont également à l’étude des stratégies d’évolution du système de santé demandé par le Premier ministre, à la suite de son discours d’Eaubonne du 13 février 2018 sur la « stratégie de transformation du système de santé ».

    La situation budgétaire et financière des hôpitaux est préoccupante, rappelle la ministre : « nous devons tout faire pour y répondre, c’est l’enjeu de la transformation du système de santé ». Il convient, à cet effet, de « nous interroger sur les fondements de l’organisation du système de santé français et de mieux articuler les soins hospitaliers et de ville », poursuit-elle.

    Adopter des financements au parcours et au forfait dès 2019

    La Ministre en appelle à la « diversification des modes de rémunération » des professionnels de santé. Elle « souhaite ainsi des financements aux parcours, aux forfaits, qui soient de nature à favoriser la pertinence des soins ».

    Agnès Buzyn a confié à Jean-Marc Aubert, directeur de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES), une mission sur l’évolution des modes de financement de l’ensemble du système de santé. Les résultats de cette mission seront intégrés au projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2019 et seront effectifs à compter de 2019.

    «Nous devons intégrer des actions de prévention à notre système de santé » 

    La Ministre travaille à la réorganisation du système de santé, dont elle a fait l’une des priorités de son ministère: « Nous devons mettre en œuvre un changement profond dans l’organisation de nos soins. L’essor des GHT (groupements hospitaliers de territoire) doit à ce titre se poursuivre ». Agnès Buzyn rappelle la nécessité d’améliorer la coopération et le décloisonnement entre les acteurs hospitaliers et les acteurs de ville et du secteur médico-social. Les actions de préventions seront valorisées.

    Le système de santé français est confronté à quatre transformations majeures

    Le système de santé subit de nombreuses pressions, rappelle la ministre : « des efforts seront nécessaires pour le maintenir à un haut niveau de performance ». Ses « faiblesses » sont attribuables à plusieurs facteurs : prévention insuffisante, lutte imparfaite contre les facteurs de risque, permanence des inégalités sociales de santé, etc.

    Agnès Buzyn énumère quatre transformations majeures auxquelles son administration s’efforce de répondre :

    • La transition épidémiologique : les patients sont plus âgés et atteints de pathologies chroniques parfois complexes qui nécessitent de repenser les parcours.
    • L’accès aux soins : les inégalités territoriales d’accès aux soins ne cessent de se creuser. Il convient à ce titre de « mieux réfléchir territorialement sur les filières de prises en charge » pour garantir à tous l’accès au système de santé, rappelle la Ministre.
    • Les évolutions scientifiques, techniques et numériques : les progrès en la matière se poursuivent : « il nous faut plus d’agilité et de réactivité » pour étendre la marge de manœuvre des industriels de santé et de la recherche publique, et pour donner aux professionnels de santé les moyens de s’approprier ces innovations.
    • Recentrer le système de soins autour du patient : « Nous ne pouvons négliger le savoir du patient atteint de maladies chroniques, parfois rares », affirme Agnès Buzyn, qui annonce ainsi vouloir faire du patient un « partenaire à part entière du système de santé ». 

    Agnès Buzyn rappelle les axes prioritaires de la stratégie nationale de santé  

    Amorcer le virage préventif du système de santé

    La Ministre veut insuffler un « changement de culture vers plus de prévention ». Ce changement doit être porté par tous les professionnels de santé. Les ministres de l’enseignement et de la santé ont à ce titre lancé le service sanitaire, le 26 février 2017, qui vise à familiariser les étudiants avec les outils de prévention et d’éducation à la santé pour leur exercice médical future. Effectif à la rentrée 2018, il concernera 47 000 étudiants en santé, appelés à devenir des « ambassadeurs de la prévention dans tous les milieux de vie ».

    Réduire le reste à charge des patients

    « Le reste à charge est trop important » : nous travaillons sur un panier de soins de qualité totalement pris en charge pour l’optique, le dentaire et l’audio prothèse :« Nous devrions aboutir avant la fin de l’année, à la mise en œuvre progressive du reste à charge zéro pour nos concitoyens », affirme-t-elle.

    Faire de la télémédecine un levier de réduction des inégalités d’accès aux soins

    Il est impératif de « faciliter l’accès aux soins ». Le plan d’égal accès aux soins lancé en octobre 2017 avec le Premier ministre constitue le dernier jalon d’une succession de plans de santé lancées par les ministres pour réduire les disparités d’accès aux soins. Agnès Buzyn souhaite notamment faire de la télémédecine et de la réorganisation territoriale, des leviers effectifs de réduction des inégalités territoriales de santé.

    La télémédecine est « l’une des avancées organisationnelles », inscrite dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018. La ministre précise que l’accord conventionnel est en cours de finalisation et va être signé prochainement. Il sera « transposé à l’hôpital dans les mêmes délais d’entrée en vigueur ».

    Adopter des indicateurs de qualité pour 10 pathologies

    La Ministre a demandé à la Haute autorité de santé d’élaborer des indicateurs de qualité de parcours qui porteront sur les 10 pathologies chroniques les plus fréquentes. Ces indicateurs seront rendus publics à la fin de l’année 2018.

    Favoriser les innovations en santé, l’usage du big data et de l’intelligence artificielle

    L’ innovation constitue le 4e axe de la stratégie nationale de santé. Il convient « tenir compte des apports des grandes données de santé et de l’intelligence artificielle », conformément aux orientations décrites par le président Emmanuel Macron dans son discours du 29 mars 2018.

    Le dossier médical partagé va être généralisé en septembre 2018 et permettra l’accès en ligne pour chacun des usagers du système de santé, à ses propres données médicales. Enfin, il convient d’engager le chantier de la dématérialisation de l’intégralité des prescriptions.

    La Paris Healthcare week a débuté le mardi 29 mai et se poursuit jusqu’au jeudi 31 mai 2018. Les équipes de Health & Tech Intelligence y participent et couvrent en direct l’évènement, dont le programme est consultable sur ce site internet. 

  • PHW18 : l’application de réalité virtuelle thérapeutique de Healthy Mind, contre douleur et anxiété

    A l’occasion de la Paris Healthcare Week 2018, Health & Tech intelligence a rencontré Malo Louvigné et Timothée Cabanne, co-fondateurs de la start-up Healthy Mind.

    Cette start-up propose aux professionnels de la santé, en particulier en milieu hospitalier, une application de réalité virtuelle thérapeutique, dispositif médical de type I certifié CE en mars 2018 et centrée sur la lutte contre la douleur et l’anxiété.

    Pouvez-vous présenter le dispositif que vous proposez ?

    Le dispositif développé par Healthy Mind s’appuie sur la réalité virtuelle pour proposer aux professionnels de la santé un nouvel outil, une nouvelle arme à ajouter à l’arsenal thérapeutique dont ils disposent pour lutter contre la douleur et l’anxiété, en particulier en milieu hospitalier : cette application de réalité virtuelle thérapeutique s’adresse aux professionnels de la santé désireux d’améliorer la prise en charge de la douleur et de l’anxiété des patients par des moyens innovants et non médicamenteux. Elle peut-être utilisée pour soulager la douleur en urgence, en préparation ou au cours d’une anesthésie loco-régionale, de soins douloureux. 

    Plus concrètement, l’application se présente comme un univers relaxant dans lequel le patient peut entrer à l’aide de lunettes de réalité virtuelle et d’un casque audio.

    Nous pensons par ailleurs qu’une telle application peut permettre de réduire les posologies d’antalgiques et d’anxiolytiques médicamenteux administrés aux patients, l’anxiété et la douleur en situations pré et post opératoires, et de ce fait les temps et les coûts des hospitalisations.

    Quelle est l’origine de cette application : comment avez-vous eu l’idée de développer ce dispositif ?

    Ce concept s’appuie d’abord sur des travaux de recherche : depuis les publications du Docteur Hoffman, en 1996, la bibliographie scientifique au sujet de la douleur, de l’analgésie et de l’hypnose comme moyen de soulager la douleur est très dense. Ce domaine de la recherche était donc suffisamment documenté pour nous permettre de développer un dispositif inducteur d’analgésie assez fiable pour être proposé à des professionnels.

    De plus, nous avons vu dans ce concept le moyen de concilier nos compétences et aspirations personnelles : si nous sommes ingénieurs spécialisés dans le domaine de la santé et diplômés d’une école de commerce, notre troisième collaborateur, co-fondateur et CEO de Healthy Mind, Reda Khouadra, dispose par ailleurs de compétences de réalisation 3D.

    Enfin, le contexte scientifique actuel facilitant l’accès au matériel de réalité virtuelle et augmentant les possibilités de cette technologie, il nous est apparu que notre dispositif pourrait être accessible aux structures de santé, et les images développées d’une qualité suffisante pour induire la relaxation et l’analgésie.

    Ainsi, par une collaboration avec des médecins, en particulier avec des psychiatres, des anesthésistes et hypnothérapeutes éventuellement rattachés à des services de soins palliatifs, nous avons pu développer ce projet, et pour le porter au mieux, créer la start-up Healthy Mind.

    Comment ce dispositif fonctionne-t-il ?

    Afin d’induire un rétro-contrôle efficace sur la douleur, notre application de réalité virtuelle est fondée sur les principes de l’hypnothérapie : induction hypnotique (entrée progressive dans l’hypnose), suggestion hypnotique (proposition d’images et de sons induisant et maintenant l’hypnose), sortie d’hypnose (transition vers un état de vigilance habituel).

    Nous nous sommes également servis d’outils théoriques tels que la color therapy (selon laquelle certaines couleurs influeraient sur l’état mental d’un individu donné) ou le principe de cohérence cardiaque (qui permet de comprendre comment suggérer un rythme respiratoire à même de relaxer, de détendre une personne). Tous ces principes ont conditionné le fonctionnement et la forme que prend notre dispositif : 

    • il fonctionne avec des casques de réalité virtuelle haut de gamme (Occulus Rift, HTC Vibes) connectés à un ordinateur : ces casques permettent une immersion hypnotique optimale grâce à un champs de vision large, une grande qualité graphique, et leur prix (environ 2500 euros) les rend accessible aux professionnels ;
    • le patient peut être installé par le praticien face à trois univers immersifs (montagne enneigée, jardin zen, forêt peuplée d’animaux), selon la sensibilité du patient, qui peut indiquer au professionnel sa préférence pour l’un ou l’autre des environnements disponibles ;
    • l’entrée et la sortie hypnotiques sont suggérées par une histoire thérapeutique (on passe d’un univers clos tel qu’une maison de bois à un environnement ouvert de pleine nature avant de retourner à un cadre fermé) ;
    • les couleurs mais également la musique, les bruitages, le rythme des plantes, des animaux, de la tombée de feuilles,etc. de l’univers ont été conçus pour favoriser l’état d’hypnose, et multipliés afin de correspondre à chaque patient ;
    • une interface de contrôle est accessible au praticien, qui peut par exemple faire intervenir dans l’univers de réalité virtuelle des éléments de distraction afin de détourner l’attention du patient d’un point particulier de l’espace réel, par exemple lorsqu’il doit réaliser un geste thérapeutique douloureux.

    Quel est votre modèle économique ?

    Nous proposons une licence d’utilisation payante, valable pour un an et pour un ordinateur. Cette licence comprend notamment la formation du personnel à l’utilisation de l’application et la maintenance de cet outil, dont la maintenance évolutive de l’application (nous nous engageons auprès de nos utilisateurs à ajouter des environnements de réalité virtuelle tous les 3 à 4 mois).

    Le dispositif a-t-il déjà été testé ? A l’heure actuelle, est-il utilisé par des structures hospitalières ?

    Une pré-étude a d’abord été réalisée à Brest, à la clinique Pasteur-Lanroze : nous cherchions à valider alors un effet de notre dispositif dans l’anxiété et les douleurs préopératoires, postopératoires ou induites par un geste thérapeutique douloureux. Nous avons également testé notre application dans le service de soins palliatifs de la clinique.

    Nous avons par ailleurs récemment gagné un appel à manifestation d’intérêt sur l’innovation intitulé « L’hôpital du futur », organisé par le CHU de Nantes. Ce prix nous permet de développer un partenariat avec deux hôpitaux de l’AP-HP (Hôpital Bicêtre, Hôpital Cochin), qui testent notre dispositif et mèneront prochainement une étude sur les effets de l’application dans le traitement de l’anxiété pré-opératoire en chirurgie orthopédique. Le CHU de Nantes réalisera également une étude sur les applications de notre dispositif dans le traitement de l’anxiété pré-opératoire et pré-opératoire en chirurgie orthopédique nécessitant une anesthésie loco-régionale chez l’adolescent, ce qui nous a amené, pour préparer cette étude, à étendre la durée de certaines séquences animées de réalité virtuelle.

    Le service d’urgences du groupe hospitalier Saint Joseph, à Paris, utilise par ailleurs notre application au quotidien. L’hôpital Saint-Joseph étudiera également le dispositif et ses bénéfices potentiels dans la mise en place et le retrait de sondes urinaires.