Deux études remettent en cause l’efficacité des applications mobiles de santé mentale. La première*, parue le 2 décembre 2019 dans Nature Digital Medicine, estime que les preuves sont insuffisantes pour recommander les applis en tant qu’interventions psychologiques autonomes. La seconde étude**, parue le 3 décembre dans le Journal of Affective Disorders (JAD), révèle que les travaux menés sur ces applis ne sont pas valides dans la mesure où la moitié des patients ont abandonné l’utilisation de la solution en cours d’essai.
L’indispensable évaluation des applications de santé mentale
Face au nombre sans cesse croissant d’applications mobiles de santé mentale, le besoin pour les patients et les prescripteurs de repérer les plus efficaces devient crucial. Sans compter que les développeurs de ces solutions ont eux aussi besoin de sortir du lot pour se démarquer sur le marché. C’est la raison pour laquelle des nombreux essais cliniques sont menés pour essayer de séparer le bon grain de l’ivraie.
Des travaux parus en 2018 dans Nature Digital Medicine révèlent que la majorité des applications étudiées ne fournissent pas de preuves ou d’études évaluées par des pairs pour soutenir leurs produits. Par conséquent, les parties prenantes ont fait pression pour que d’autres travaux soient menées pour valider ces applications.
Des chercheurs allemands de l’université Erlangen-Nürnber se sont attelés à la tâche. Ils ont examiné les résultats de 19 essais contrôlés randomisés comprenant un total de 3 681 participants. Les applications incluses dans les essais ont été utilisées comme interventions autonomes pour des problèmes de santé comportementale, notamment la dépression, l’anxiété, la consommation de substances, l’automutilation, le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) et les problèmes de sommeil. Leurs résultats ont été publiés le 2 décembre 2019 dans Nature Digital Medicine.
Résultats : peu d’effets significatifs
Les applications mobiles de santé comportementale se sont révélées avoir des effets « significatifs » sur la dépression et le comportement tabagique mais n’ont eu aucun effet commun significatif sur l’anxiété, les idées suicidaires, l’automutilation ou la consommation d’alcool. De plus, les effets des applications sur le SSPT et l’insomnie variaient trop pour être considérés comme pertinents.
« Bien que certains essais aient montré le potentiel d’applications ciblant les symptômes de santé mentale, l’utilisation d’applis comme interventions psychologiques autonomes ne peut pas être recommandée en fonction du niveau actuel de preuves », conluent les auteurs de l’étude parue en décembre 2019 dans Nature Digital Medicine. Ils estiment cependant que les applications de santé comportementale pourraient être bénéfiques lorsqu’elles sont utilisées en tandem avec des méthodes de traitement fondées sur des preuves plus traditionnelles telles que des séances de thérapie en personne ou en ligne, « dans lequel un professionnel peut suivre les progrès et fournir un soutien supplémentaire ».
18 études indépendantes sur 22 applis incluses dans une méta-analyse
Ces résultats en demi-teinte doivent, en outre, être tempérés par ceux d’une autre étude conduite par des chercheurs américains de la Harvard Medical School, publiée le 3 décembre 2019 dans le Journal of Affective Disorders.
Les chercheurs ont effectué une recherche systématique dans plusieurs bases de données de santé et ont utilisé un algorithme de recherche par mots-clés pour parcourir les documents.
Les études incluses dans leur méta-analyse étaient des essais contrôlés randomisés portant sur une application mobile d’aide aux patients dépressifs. 18 études indépendantes, passant au crible 22 applications, ont été incluses au total dans cette méta-analyse.
Résultats : la moitié des participants abandonnent l’essai avant la fin
- 50 % des patients abandonnent l’essai en cours de route.
- Les taux d’abandon étaient plus faibles dans les études offrant une rétroaction humaine et une surveillance de l’humeur dans l’application.
« Les taux d’abandon élevés représentent une menace pour la validité des essais contrôlés et randomisés portant sur des applications de santé mentale, ont écrit les auteurs de l’étude. Et il est essentiel de considérer le biais que cela constitue lors de l’interprétation des résultats des applications pour les symptômes dépressifs », indiquent les auteurs de cette étude.
Si ces derniers appellent à la prudence, ils se montrent malgré tout optimistes, estimant que « le domaine de la santé numérique est particulièrement adapté aux adaptations et ajustements rapides, ce qui signifie que les progrès et les nouvelles solutions sont toujours à l’horizon ».
Des stratégies pour améliorer ce taux d’abandon doivent donc être mises au point pour que les essais menés apportent de réelles preuves scientifiques.