Afin de nourrir la mise en œuvre du Plan pour un égal accès aux soins, les trois délégués nationaux à l’accès aux soins ont rendu leur rapport le 15 octobre 2018 à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Elisabeth Doineau, Thomas Mesnier et Sophie Augros ont ainsi émis des préconisations autour de 6 axes :
• déployer la télémédecine ;
• soutenir les nouveaux modes d’exercice ;
• développer l’exercice coordonné ;
• simplifier l’exercice libéral et libérer du temps médical ;
• favoriser les délégations et coopérations interprofessionnelles ;
• encourager les stages ambulatoires et accompagner les projets d’installation.
Une richesse d’initiatives inscrites dans les territoires
À l’issue d’auditions et de déplacements sur le terrain, les trois délégués nationaux à l’accès aux soins désignés par Agnès Buzyn en octobre 2017, Elisabeth Doineau, sénatrice de la Mayenne, Thomas Mesnier, député de Charente, et Sophie Augros, médecin généraliste, ont fait remonter les expériences réussies de chaque territoire et ont pointé les difficultés et les freins rencontrés sur le terrain.
Ils ont notamment constaté que c’est au sein des territoires fragiles qu’émergent les soins de proximité de demain. Cela s’explique par le fait que les acteurs faisant face à des difficultés font preuve d’inventivité et sont à l’origine de pratiques innovantes. Ces dernières sont souvent le fruit d’un partenariat de qualité entre les agences régionales de santé, les élus locaux et les professionnels de santé.
Ils soulignent par ailleurs que ces acteurs ont besoin d’être accompagnés pour que leurs démarches se pérennisent.
Les 6 axes d’amélioration de l’accès aux soins
Déployer la télémédecine
La télémédecine permet de réaliser des consultations (téléconsultations) ou d’établir des avis médicaux (télé-expertises) plus facilement dans les zones isolées et, ainsi, d’optimiser les prises en charge spécialisées.
Les délégués remontent néanmoins des points de vigilance pour le déploiement de la télémédecine au sein des territoires :
- ces projets doivent être cohérents avec l’organisation territoriale des soins ;
- des politiques de formation et d’information doivent être mises en place, car l’appropriation de ces nouvelles technologies par les médecins libéraux et par les patients eux-mêmes reste un défi ;
- les autres professionnels de santé (infirmières, kinés, pharmaciens) doivent pouvoir accompagner les téléconsultations et recourir à la télé-expertise.
Développer l’exercice coordonné
L’exercice coordonné favorise l’attractivité de l’exercice ambulatoire ainsi que la qualité des soins et il constitue un point d’appui pour conduire des projets de santé à l’échelle de chaque territoire.
Il faut faire émerger de nouveaux métiers – tels que les coordinateurs – pour administrer ces structures, sous l’autorité des professionnels de santé concernés, comme les coordinateurs.
Par ailleurs, il est nécessaire de pouvoir garantir dans le futur une continuité dans le soutien public, de la lettre d’intention jusqu’à l’exercice quotidien de la structure. Pour cela, le soutien des pouvoirs publics (agences régionales de santé, assurance maladie) aux porteurs de projet d’exercice coordonné doit être revu car il est aujourd’hui financé par phase, donc haché et discontinu.
Simplifier l’exercice libéral et libérer du temps médical
Afin de garantir que les consultations présentent une véritable plus-value médicale, les délégués appellent à des actions visant à permettre aux patients de mieux se repérer dans le système de soins et de résoudre par eux-mêmes les problèmes de santé les plus courants. Des actions jugées prometteuses et qui gagneraient à se développer.
Des territoires fragiles ont fait émerger de nouvelles formes de soins de proximité et de nouvelles manières d’exercer la médecine : de façon mixte, mobile, en équipe, en coopération avec d’autres professionnels de santé, en prenant en charge collectivement la santé de la population d’un territoire – et non plus de sa seule patientèle -, en s’appuyant sur les outils numériques, en gérant des entreprises complexes comme le sont devenues les structures d’exercice coordonné.
Pour accompagner ces changements profonds, les rapporteurs suggèrent de mettre en place une formation initiale ou continue, l’invention de nouveaux métiers, ou l’accompagnement par l’assurance maladie et par les agences régionales de santé.
Soutenir les nouveaux modes d’exercice
Dans les territoires fragiles émergent de nouvelles formes d’exercices reposant sur la mobilité des professionnels de santé, installés dans une zone attractive mais susceptibles d’assurer une présence à temps partiel en zone sous-dense.
Cette activité « décentralisée » peut prendre plusieurs formes : cabinets secondaires des médecins libéraux, consultations avancées, antennes d’un centre de santé ou encore médecine itinérante.
Pour garantir la réussite et la pérennisation de ces nouveaux modes, les rapporteurs préconisent les solutions suivantes :
- pour ne pas être préjudiciable au parcours de soin, ces nouvelles formes de présence médicale à temps non complet devrait s’inscrire dans le cadre de CPTS avec plusieurs médecins généralistes disponibles qui pourraient être attitrés à un même patient;
- de résoudre rapidement les freins de nature fiscale (CFE notamment) et technique (répertoire Adeli) auxquels se heurte l’exercice mobile ;
- la nécessité de reconnaître et de valoriser, y compris financièrement, les établissements de santé qui s’impliquent dans des projets d’accès aux soins sur leur territoire (centre ambulatoire, médecine itinérante, télémédecine, etc.).
Favoriser les délégations et coopérations interprofessionnelles
À mesure que le temps médical se raréfie, il faut s’appuyer d’avantage sur d’autres professionnels de santé (pharmaciens, sages-femmes, infirmiers, etc.) plus nombreux et de mieux en mieux formés.
Encourager les stages ambulatoires et accompagner les projets d’installation
Selon les délégués, les stages ambulatoires sont un levier essentiel pour faire découvrir les réalités des territoires fragiles. Pour qu’ils soient les plus bénéfiques possibles, il est préconisé :
- d’offrir aux étudiants de bonnes conditions matérielles (logement et/ou défraiement), et ce dès les stages d’externat ;
- de garantir la qualité de l’encadrement, ce qui implique de mieux prendre en compte les retours d’expérience des stagiaires dans l’agrément des maîtres de stage ;
- d’organiser des politiques d’accueil des étudiants dans ces territoires, notamment par la rencontre avec le réseau des professionnels de santé du territoire.