Une application d’entraînement cérébral développée par l’université de Cambridge semble prometteuse pour la prise en charge des personnes souffrant de troubles obsessionnels compulsifs (Toc), révèle une étude* publiée le 23 octobre 2018 dans Scientific Reports et qui montre que les symptômes comme les craintes de contamination et le lavage excessif sont améliorés après avoir visionné des vidéos où les patients eux-mêmes se lavent les mains ou touchent des surfaces contaminées.
Lutter contre la rigidité cognitive avec un smartphone
L’un des troubles obsessionnels compulsifs (Toc) le plus répandu se manifeste par de graves craintes de contamination et un besoin excessif de se laver. Les personnes atteintes de ce trouble (46 % de l’ensemble des Toc) vont jusqu’à utiliser de l’eau de javel pour se laver et peuvent même se faire saigner. En outre, ces comportements peuvent avoir de graves conséquences sur la vie des personnes, leur santé mentale, leurs relations et leur capacité à conserver un emploi.
Ce Toc est associé à la « rigidité cognitive », c’est à dire à une incapacité à s’adapter à de nouvelles situations ou à de nouvelles règles. Sortir de ses habitudes compulsives, telles que se laver les mains, nécessite une flexibilité cognitive pour que le patient puisse passer à de nouvelles activités.
Les traitements habituels combinent la prise de médicaments tels que le Prozac et des thérapies cognitivo-comportementales. Ces dernières consistent à apprendre aux patients à toucher les surfaces contaminées, telles que les toilettes, tout en s’abstenant de se laver les mains. Mais ces traitements ne sont efficaces que dans 40 % des cas.
Une appli pour se laver virtuellement les mains
C’est pourquoi des chercheurs de l’université de Cambridge ont mis au point une nouvelle approche. Elle repose sur le même principe – se confronter à la situation qui génère le Toc – mais via des vidéos sur une appli mobile.
Pour évaluer son efficacité, les chercheurs ont recruté 93 patients en bonne santé mais ayant manifesté de fortes craintes de contamination. Ils ont préféré ne pas recruter des patients atteints de troubles obsessionnels compulsifs, de peur que l’intervention n’aggrave leurs symptômes.
Ils ont ensuite été divisés en 3 groupes : les membres du premier regardaient 4 fois par jour des vidéos sur smartphone d’eux-mêmes se lavant les mêmes, les membres du deuxième des vidéos où ils pouvaient se voir toucher des surfaces contaminées (du papier toilette taché) 4 fois par jour également, et les membres du troisième, le groupe contrôle, des vidéos de mouvements de mains neutres.
L’application permettait de vérifier que les vidéos avaient bien été visionnées. En outre, les participants ont rempli un questionnaire et ont été interrogés par des cliniciens avant et après l’expérimentation et des échelles mesurant le stress associés aux symptômes d’un troubles obsessionnel compulsif ont été utilisées.
Les résultats de cette étude, qui a duré pendant une semaine, ont été publiés le 23 octobre 2018 dans la revue Scientific Reports.
Résultats
- Tous les participants sont allés au terme de l’intervention et ont visionné les vidéos 25 fois en moyenne au cours de la semaine.
- Les participants des deux premiers groupes ont vu leurs résultats s’améliorer de 21 % environ sur l’échelle Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale (YBOCS).
- Les symptômes du Toc et la rigidité cognitive se sont améliorés dans les 2 premiers groupes comparés au groupe contrôle.
- Les 2 vidéos produisaient le même effet.
Une médecine personnalisée basée sur la technologie
« Il est frappant de constater que ces changements dans les fonctions exécutives et dans les symptômes des Toc sont intervenus après seulement une semaine d’intervention », ont déclaré les auteurs de l’étude.
Plusieurs participants en condition de lavage ont signalé que l’intervention les avait rendus détendus et avait un effet apaisant. « C’était comme si je m’étais lavé les mains, je n’avais donc plus besoin de le faire… mes mains étaient propres après avoir utilisé l’application », a commenté l’un d’eux.
Une persistance de la peur inconditionnelle
Cependant, le recours à l’application mobile n’a pas réduit la peur inconditionnelle du fait de s’abstenir de se laver les mains ou de toucher des objets souillés. Les chercheurs émettent l’hypothèse que l’intervention a été trop courte pour avoir un tel impact.
Ils estiment que ces résultats sont particulièrement intéressants dans la mesure où « l’inflexibilité cognitive peut représenter le marqueur neuropsychologique le plus important des Toc, ce qui souligne l’utilité clinique potentielle de ces interventions sur smartphone. En déplaçant la thérapie hors du bureau du clinicien et entre les mains des patients eux-mêmes, ces interventions peuvent être adaptées aux besoins spécifiques de chaque patient, ce qui pourrait éventuellement améliorer les traitements. »
Ces formes de « médecine personnalisée basée sur la technologie » sont non seulement peu coûteuses et accessibles mais peuvent aussi être adaptées à chaque patient. Leur déploiement permettrait d’atteindre des communautés qui n’ont pas accès à des soins de santé mentale adéquats.