L’analyse des données d’activité sur le réseau social Twitter a permis de mieux définir le jetlag social. D’après une étude* parue le 15 novembre 2018 dans Current Biology, ce concept relativement nouveau qui consiste à modifier ses heures et sa quantité de sommeil le week-end dépend des zones géographiques et des saisons.
Les chercheurs américains, auteurs de cette étude, ont également montré que le jetlag social était associé à une prévalence plus importante de l’obésité.
Surveiller le sommeil avec le big data de Twitter
Traverser des fuseaux horaires en avion provoque un décalage horaire. Mais bon nombre de personnes souffrent de jetlag sans bouger de chez eux. C’est le cas des individus qui travaillent en horaires décalés mais aussi de tous ceux qui modifient beaucoup leurs habitudes de sommeil pendant le week-end. Faire des grasses matinées les samedis et dimanches provoquent des décalages de phase et bouleversent donc notre horloge biologique. De nombreuses recherches ont démontré que les personnes souffrant de ce que l’on appelle le « jet lag social » éprouvaient davantage de somnolence diurne et de mauvaise humeur que les personnes ayant un sommeil régulier. Cette habitude de vie serait aussi corrélé avec une plus grande consommation de tabac, d’alcool, de café et le jetlag social serait un facteur de risque de maladies métaboliques, et notamment d’obésité. Or, environ 70% de la population vivrait avec une heure de « jetlag social » et un tiers avec deux heures de décalage.
Le jetlag social à travers 240 000 twittos
Des chercheurs américains de l’université de Chicago ainsi que de Microsoft ont donc voulu mieux mesurer l’ampleur de ce phénomène. Ils ont donc recueilli les données d’activité de Twitter dans plus de 1 500 comtés américains pendant les années 2012 et 2013, et ce toutes les 15 minutes. Ces tweets étiquetés géographiquement représentaient environ 240 000 personnes. Ainsi, les chercheurs pouvaient identifier quand les personnes allaient se coucher et quand elles se levaient. Ils ont calculé la moyenne des profils d’activité sur Twitter les jours de semaine et les week-ends pour chaque comté.
« Cet ensemble de données nous offre une occasion unique de comprendre comment les modèles d’activité sur 24 heures varient géographiquement à travers les États-Unis et d’examiner comment les rythmes quotidiens d’utilisation de Twitter sont en corrélation avec les données démographiques au niveau des comtés, ont écrit les chercheurs. La possibilité de surveiller l’évolution des modèles d’activité de Twitter d’une saison à l’autre et d’un comté à l’autre nous permet d’évaluer séparément les influences du calendrier défini par la société et les modifications apportées aux heures de clarté tout au long de l’année. Ils ont donc cherché à analyser comment le lieu de résidence, les variations saisonnières du lever et du coucher du soleil, les congés scolaires, et les facteurs démographiques et socio-économiques modifient l’activité de Twitter et donc nos heures de sommeil.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 15 novembre 2018 dans la revue Current Biology.
Résultats
- Les tweets d’environ 0,4% de la population ont été analysés.
- Ils ont établi un « tweetogramme » en fonction des périodes de sur et sous-activité.
- Les périodes les plus creuses d’activité sur Twitter correspondaient bien avec les périodes nocturnes des différents comtés.
- Dans 96% des comtés, le nombre d’utilisateurs a changé de moins de 15% entre le week-end et les jours de semaine (augmentation moyenne de 4% le week-end).
- Les creux dans le tweetogramme se produisent généralement plus tard le week-end que les jours de semaine et les creux de week-end sont généralement plus larges que les creux de semaine (en moyenne 22 min de plus).
- Le décalage horaire moyen est de 75 minutes mais il est plus important dans les comtés de l’ouest que dans ceux du centre et de l’est.
- Plus la population est âgée, plus la proportion d’étudiants est élevée et plus les migrations pendulaires sont tardives, moins le jetlag est important. Sans doute parce que ces personnes ont plus de latitude dans leur emploi du temps de la semaine.
- Les endroits qui tweetaient plus tard affichaient des taux d’obésité plus élevés.
- Le décalage varie beaucoup en fonction des saisons : le jetlag social est maximum en février (90mn) et le plus faible en été (30 mn).
« Impressionné » par les informations de Twitter
Les chercheurs en concluent que le jetlag social dépend à la fois à des critères géographiques et du style de vie. Or, les scientifiques ont longtemps pensé que cette forme de décalage horaire dépendait essentiellement des saisons et de la quantité de lumière. « En fait, ce n’est pas du tout ce que nous avons trouvé. Les gens se lèvent plus tard en semaine en été parce que leurs contraintes sociales sont plus souples. Le comportement de fin de semaine – et probablement l’horloge biologique d’une personne – ne change pas beaucoup au cours de l’année dans la plupart des comtés. »
« J’ai été impressionné par tout ce que nous pouvions apprendre de cet ensemble de données purement public qui ne prétendait absolument pas vous parler du sommeil », a déclaré Michael Rust, professeur agrégé de génétique moléculaire, biologie cellulaire et physique, et l’auteur principal de l’étude. À l’avenir, les chercheurs ont déclaré qu’ils aimeraient concevoir des outils pour aider les individus à mieux connaître leur horloge circadienne et à améliorer leur vie en se basant sur leurs propres données temporelles.