Des chercheurs américains de l’école de médecine Mount Sinaï (New York) ont enquêté sur le potentiel des miroirs intelligents dans le domaine de la santé. Les prototypes de miroirs équipés de capteurs 3D, de microphones, de caméras, et connectés à un ordinateur avec un logiciel reposant sur l’intelligence artificielle peuvent enregistrer des données physiologiques, réaliser des diagnostics et délivrer des conseils en conséquence, ont-ils remarqué.
Les auteurs de cette étude*, publiée le 8 novembre 2018 dans Nature’s Digital Medicine, estiment que ces équipements commenceront par être utilisés dans un univers médical avant d’être intégrés dans la vie quotidienne.
Des miroirs 2.0 dotés d’intelligence artificielle
Utilisés surtout dans les industries automobile, textile ou pour sécuriser une maison, les miroirs intelligents commencent à se développer dans le domaine de la santé.
Concrètement, un vulgaire miroir peut devenir « intelligent » en plaçant une feuille de verre semi-transparente sur un écran numérique et en connectant ce matériel à un ordinateur avec des données entrantes et une caméra. L’écran peut afficher des informations en temps réel sur les conditions météorologiques ou de trafic, des alertes par e-mail et des calendriers, ainsi que des données collectées via des dispositifs portables.
Le Smart Mirror 2.0 intègre quant à lui des capteurs multimodaux (plusieurs caméras, détection de mouvement, lasers, microphones, haut-parleurs), ainsi que des logiciels basés sur l’intelligence artificielle (AI) et sera donc capable de suivre l’activité, de surveiller l’état de santé et les mouvements de l’utilisateur, puis d’associer des informations contextuelles, telles que la météo, le calendrier et la localisation, avec des biomarqueurs numériques de santé.
Ces outils s’inscrivent dans la droite ligne de la médecine personnalisée.
Des chercheurs américains de l’école de médecine Mount Sinaï de New York ont essayé de construire un miroir intelligent à partir d’un écran LCD recouvert d’un verre semi-transparent. Leur prototype intégrait différentes fonctionnalités : les prévisions météorologiques, les données environnementales, la reconnaissance des visages, la localisation, la détection de l’humeur et l’estimation de la fréquence respiratoire.
Premier constat : ces services standards ne sont pas encore totalement au point et nécessitent donc des recherches. Cependant, « nous avons la confirmation qu’il est possible de créer une architecture pour les miroirs intelligents pouvant être ajustée par un utilisateur en fonction de ses besoins », ont indiqué les chercheurs.
Des prototypes capables de détecter le rythme cardiaque
D’ailleurs, plusieurs prototypes existent déjà, tels que le Wize Mirror, équipé notamment de capteurs 3D et de caméras multi-spectrales, qui est capable de détecter la pâleur du visage, la graisse de ses tissus ou encore les expressions faciales et qui pourrait en déduire des informations sur le poids, la consommation de tabac, le stress ou encore le rythme cardiaque.
Même si les premières expérimentations sont encourageantes, le développement du produit n’en est qu’au stade du prototype. Les chercheurs se sont interrogés pour savoir quand les miroirs intelligents rentreront dans la pratique. Ils font le pari que les progrès en matière d’intelligence artificielle vont booster ces dispositifs.
Ils estiment qu’ils devraient commencer à changer la donne dans 4 domaines : l’ophtalmologie, la dermatologie, l’anthropométrie et le mouvement fonctionnel.
Des miroirs intelligents pourraient décrypter les postures corporelles et poser des diagnostics orthopédiques.
» Nous pensons que cinq applications médicales en bénéficieront le plus : la surveillance passive, la surveillance dynamique, la détection numérique de biomarqueurs, la télémédecine et la condition physique, indiquent les auteurs de cette étude. Toutes les données peuvent être collectées silencieusement sans aucune interaction gênante et fournies aux utilisateurs (ou partagées avec les médecins) uniquement sur demande (ou en présence d’anomalies) et éventuellement sous forme de résumés ou de tendances. Cela aide à minimiser le risque que les individus soient inondés avec trop d’informations à traiter et qu’ils puissent décider d’éliminer certains des signaux. »
Se regarder pour percevoir les 1ers signes cliniques
Les auteurs de ce travail considèrent que des caméras intégrées dans le miroir de la salle de bains ou ailleurs dans la maison pourraient aider à prédire de manière plus passive les problèmes de santé avant qu’ils ne se manifestent cliniquement. Les miroirs intelligents pourraient aussi faire leur entrée dans les gymnases et aider les personnes à élaborer des programmes personnalisés d’entrainement physique.
Un besoin d’encadrement éthique
Cependant, un tel développement nécessite encore des progrès technologiques pour que les miroirs enregistrent des données fiables.
Par ailleurs, les données prouvant que ces données servent la médecine préventive manquent encore.
Enfin, des questions éthiques se posent, et notamment concernant la confidentialité des données. « L’utilisation de caméras et de microphones pour collecter des données ainsi que le transfert de ces données vers des systèmes de stockage sur le cloud doivent être réglementés par des protocoles stricts qui font actuellement défaut », notent les chercheurs.
En outre, certaines personnes pourraient ne pas vouloir tout savoir sur leur état de santé mais seulement souhaiter être informées sur certains aspects. « Des règles strictes sur l’étendue de la surveillance passive peuvent être nécessaires », préviennent les auteurs ce travail paru dans Digital Medicine le 8 novembre 2018.
En conclusion, ils estiment que les miroirs intelligents pourraient devenir de vrais outils sanitaires, en étant utilisés en premier lieu en clinique puis intégrés ensuite un environnement domestique, comme cela a été le cas pour les glucomètres et les tensiomètres.