« L’application que nous sommes en train de créer est supervisée par le médecin. Notre force est de réunir les 2 offres (plateforme de téléconsultation et application de bien-être) et que nos médecins téléconsultant prescrivent l’application de santé mentale à leur patient », explique à Health & Tech Intelligence le Dr Fanny Jacq, médecin psychiatre, présidente et co-fondatrice de Doctoconsult, interviewée en amont du Live d’Innolab, une soirée dédiée au living lab d’Elsan dont H&TI est partenaire.
Doctoconsult développe des outils de télémédecine en santé mentale, en commençant par la téléconsultation. 130 médecins libéraux exercent déjà via cette plateforme, qui a permis la réalisation de 2 500 téléconsultations à date.
Le Dr Fanny Jacq est revenu en détail sur l’offre de la start-up mais aussi sur le partenariat économique, stratégique et opérationnelle qui unit Doctoconsult au groupe de cliniques français. Elle a également annoncé la sortie en juin d’une application de thérapie digitale d’aide au suivi des patients atteints de troubles psychiques, en lien avec des chercheurs du CNRS et de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière.
Réunion d’une plateforme de téléconsultation en psy et d’une appli de bien-être
Vous présentez Doctoconsult comme la première plateforme dédiée à la santé mentale en France. Pour quelles raisons êtes-vous unique sur le marché ?
Il existe de nombreuses plateformes de télémédecine réunissant des médecins généralistes, et aussi quelques-unes avec des psychologues, mais il n’y a pas encore en France de plateformes de psychiatres avec autant de médecins disponibles.
Par ailleurs, Doctoconsult se différencie en se positionnant à l’intersection de 2 offres : les offres d’applications santé destinées aux patients et les offres de plateforme de télémédecine destinées aux médecins. Du côté plateforme de télémédecine, nous avons pris la verticale de la santé mentale, c’est-à-dire que nous ne sommes pas une plateforme de téléconsultation à destination des médecins généralistes comme de nombreuses plateformes. Et du coté patient, nous ne sommes pas uniquement une plateforme de téléconsultation en psychiatrie ni une application de bien-être mais la réunion des deux.
L’application que nous sommes en train de créer est supervisée par le médecin. Il existe de nombreuses applications sur la santé mentale en France mais nous avons remarqué que les patients lâchent assez vite parce qu’ils sont tout seuls avec leur application. Notre force est de réunir les 2 offres et que nos médecins téléconsultant prescrivent l’application de santé mentale à leur patient. En ce sens, nous sommes uniques en France.
Quel est le premier retour d’expérience de votre solution ?
Nous avons commencé par développer, afin de fédérer une communauté de médecins psychiatres, un outil de téléconsultation dédié spécifiquement aux psychiatres, nutritionnistes et addictologues qui ont des besoins spécifiques que les autres médecins n’ont pas.
Nous avons un très bon retour d’expérience, d’une année, à la fois du côté médecin et du côté patient.
L’outil de l’application thérapeutique est en cours de développement donc nous n’avons pas encore ce recul. Mais nous avons déjà des chatbots avec qui nous sommes partenaires. L’application sortira en juin 2019.
En revanche sur la partie plateforme, nous avons réalisé 2 500 téléconsultations, qui ont permis l’accès à un psychiatre à des patients qui n’avaient pas accès aux soins près de chez eux ou qui devaient attendre des délais très long pour y accéder. La prise en charge a ainsi pu être accélérée.
Du côté des médecins, nous avons réfléchi à une offre à destination des médecins psychiatres avec de la téléconsultation mais pas uniquement : nous les aidons à faire hospitaliser leur patient, à communiquer sur les articles qu’ils ont rédigés ou sur leur profil, à remplir leur cabinet lorsqu’ils viennent de s’installer, etc.
Téléconsultation : le médecin doit rétrocéder 10 % à 15 % de ses honoraires
Avez-vous constaté un nouvel élan dans le développement de votre plateforme depuis l’entrée dans le droit commun de la télémédecine en septembre 2018 ?
Avant la réglementation, il y avait 2 étapes à franchir :
- tout d’abord, aller voir l’agence régionale de santé (ARS) pour obtenir un agrément pour la pratique de la télémédecine
- puis après entrer en contact avec la Sécurité sociale pour voir si l’axe médical choisi pouvait être soumis au remboursement.
Nous avons réussi à l’obtenir car en santé mentale, les téléconsultations sont de qualité équivalente aux consultations en présentiel où il n’y a pas besoin d’examens cliniques physiques. De ce fait, les consultations sur Doctoconsult étaient déjà remboursées par la Sécurité sociale avant l’entrée dans le droit commun de la télémédecine.
L’entrée en droit commun a en revanche permis une meilleure communication auprès des usagers sur la téléconsultation. Il s’agit toutefois d’un nouvel usage donc il faut continuer d’accompagner les médecins et les patients dans cette conduite du changement.
Quel est votre business modèle ?
Pour l’application, une partie est payée par le patient ou le cas échant par sa mutuelle. Du côté de la plateforme de téléconsultation, le payeur est le médecin. Pour le moment, il doit rétrocéder 10 % de ses honoraires lorsqu’il s’agit d’un médecin secteur 1 et 15 % pour un secteur 2.
Nous allons faire évoluer ce modèle par un modèle mixte. Nous garderons ce modèle pour les utilisateurs ponctuels et mettrons en place un abonnement mensuel (modèle SaaS) dont le prix reste à définir pour les plus gros utilisateurs. Sachant que la téléconsultation n’est pas le seul service, il y a aussi l’aide à l’hospitalisation, à l’installation, etc.
Elsan : un partenaire commercial, stratégique et opérationnel
Elsan propose à ses praticiens qui le souhaitent de faciliter l’accès à un psychiatre pour leurs patients grâce à Doctoconsult. Combien de praticiens précisément utilisent la plateforme, au sein du groupe de cliniques et en dehors ?
Il va y avoir 2 sortes d’adressages :
- soit un praticien du groupe Elsan va indiquer au patient, dans son cabinet, d’utiliser Doctoconsult pour trouver rapidement un psychiatre ;
- soit les consultations sont demandées au lit du patient dans les établissements du groupe Elsan.
Par exemple en chirurgie bariatrique, l’une des spécialités d’Elsan, il est nécessaire d’obtenir l’avis d’un psychiatre avant d’opérer un patient (chirurgie de l’obésité). En moyenne, le chirurgien fait 100 opérations par an donc il aura besoin de 100 consultations avec un psychiatre. Notre solution fournit un psychiatre et toutes les téléconsultations se feront avec le même psychiatre.
Des webinars ont été organisés avec les 120 directeurs du groupe Elsan afin de les informer de ce service et de la possibilité de faire appel à un de nos médecins quand ils ont besoin d’un avis psy au lit de leur patient. Cet outil vient de se mettre en place en janvier donc les demandes de consultations démarrent. Par exemple, aujourd’hui (au moment de l’interview fin janvier 2019), nous avons reçu et traité une demande d’une maternité de la région Nouvelle-Aquitaine.
En quoi consiste précisément le partenariat avec l’incubateur Innolab d’Elsan
Les raisons du partenariat avec Innolab coule de source puisque Elsan est un de nos actionnaires et également un partenaire commercial. De facto, nous avons été intégrés à l’incubateur. Il nous apporte la force stratégique et opérationnel que peut apporter un grand groupe.
Innolab nous a déjà permis un apport d’affaires via les 120 cliniques du groupe Elsan. Une chargée de projets Elsan, Rachel, travaille avec nous au quotidien sur le déploiement de notre solution au sein du groupe.
Cette alliance nous permet d’être au contact des start-ups médicales et d’avoir accès à un réseau stratégique. Nous avons par exemple pu participer à la Convention On Health Analysis And Management (CHAM), ce qui n’aurait pas pu être le cas sans ce partenariat.
Un tour de table à 1 million d’euros en cours
Quelles sont les prochaines étapes de développement de Doctoconsult ?
La prochaine étape à moyen terme, c’est la sortie d’une application de thérapie digitale d’aide au suivi des patients atteints de troubles psychiques, en lien avec des chercheurs du CNRS et de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière. La POC de cette application sortira en juin 2019.
Ce développement se fera sans délaisser notre plateforme qui bénéficiera de nouvelles fonctionnalités destinées aux médecins psychiatres dans les prochains mois : par exemple, pouvoir réaliser une téléconsultation à plusieurs pour les thérapies de groupe.
En ce qui concernent le recrutement, nous sommes passés de 2 à 14 personnes. Il s’agit maintenant de structurer l’équipe sur un plan stratégique et opérationnel.
En matière de levée de fonds, le tour de table auquel à participer Elsan et la Bpifrance restent ouvert sur les 6 prochains mois afin d’accueillir un 3e financeur, complémentaire, pour un montant d’1 million d’euros ou plus.
Enfin, nous souhaiterions faire évoluer l’arrêté du 15 septembre 2018 pour qu’il prenne en compte les spécificités de la psychiatrie. Par exemple, le fait de devoir consulter en présentiel un psychiatre avant une téléconsultation constitue un frein que nous souhaiterions lever.