35 % des ouvriers ont recours à des sites de prise de rendez-vous en ligne, contre 55 % des cadres, relève une étude Harris interactive réalisée pour la société de conseil et de technologies en santé Medicine4i, qui met notamment en avant le fait que les délais moyens d’attente pour un rendez-vous chez un spécialiste peuvent aller du simple au double selon la catégorie socio-professionnelle du patient ou la région, la Bretagne, le Centre-Val de Loire, la Normandie et les Pays de la Loire apparaissant comme les régions les plus « à la traîne » en la matière.
Des raisons d’ordre culturel, « et notamment celle d’une bonne appropriation des stratégies à mettre en œuvre pour accéder aux soins », expliqueraient en partie ces différences, analysent les auteurs de l’enquête, publiée le 11 juin 2019 et que Health & Tech Intelligence a pu consulter. Le développement des solutions digitales de santé figurent ainsi parmi les facteurs renforçant cette fracture sociale. L’étude montre que l’utilisation d’outils numériques de santé, favorisant l’accès aux soins, est plus développée chez les cadres que les ouvriers. En dehors de l’usage d’outils de prise de rendez-vous en ligne, les cadres se sentent également plus « autorisés » à échanger par email ou par téléphone avec leurs médecins, en dehors des consultations.
Selon l’enquête, « un quart des personnes interrogées se trouvent confrontées à une prise en charge médicale dégradée », parce qu’employé ou ouvrier.
De manière générale, les résultats s’avèrent « à bien des égards disruptifs par rapport au discours ambiant, montrant une dégradation qui va bien au-delà des déserts médicaux« , indique Mathias Matallah, président de Medicine4i (source : Le Monde).
Le sondage a été réalisé par Harris interactive en février auprès d’un échantillon représentatif de 4 000 Français.
Les ouvriers consultent moins les spécialistes que les cadres
L’enquête montre que, d’une manière globale, les ouvriers consultent moins les spécialistes que les cadres et les professions libérales :
- au cours des trois dernières années, 16 % ont consulté un cardiologue, contre 24 % des cadres ;
- et 52 % ont consulté un ophtalmologue, contre 75 % des cadres.
De plus, les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous sont plus importants chez les ouvriers que chez les cadres :
- les ouvriers attendent en moyenne 70 jours pour obtenir un rendez-vous avec un cardiologue, contre 53 chez les cadres ;
- et 128 jours en moyenne pour obtenir un rendez-vous avec un ophtalmologue, contre 78 chez les cadres.
Autre constat, 24 % des ouvriers n’ont pas eu de prise de tension lors de leur dernière consultation chez leur médecin traitant, contre 12 % chez les cadres.
« Cela tient-il à une forme de réserve plus prononcée dans les milieux populaires devant la figure du médecine et à la crainte de demander un examen ? Ou les médecins eux-mêmes ont-ils tendance, même inconsciemment, à ne pas proposer à tous les patients les mêmes conditions de prise en charge de leur santé ? », questionnent les auteurs de l’enquête pour expliquer cette différence.
Autres enseignements clés de l’étude Medicine4i
Des inégalités régionales : la Bretagne, le Centre-Val de Loire, la Normandie et les Pays de la Loire « à la traîne »
La Bretagne, le Centre-Val de Loire, la Normandie et les Pays de la Loire, soit 22 % de la population adulte en France métropolitaine, sont « particulièrement à la traîne » en matière d’accès aux soins, indiquent les auteurs de l’étude. Dans ces régions, les délais d’attente sont nettement supérieurs à la moyenne nationale pour quasiment toutes les spécialités observées.
- « Le Grand Ouest se désertifie progressivement en termes d’accès à la médecine spécialisée, et la Bretagne est une région particulièrement sinistrée, précise Mathias Matallah, président de Medicine4i (source : Le Monde). Et si on y ajoute une partie du Nord-Est où la situation n’est guère meilleure, on est probablement même plus près d’un Français sur trois. »
- En Bretagne, il faut patienter en moyenne deux fois plus qu’en Île-de-France pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste, quelle que soit la spécialité.
- Dans le Centre-Val de Loire, le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous avec un ophtalmologue est en moyenne de 137 jours, contre 61,4 jours en Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Délai moyen d’attente pour avoir un rendez-vous par région :
Des délais d’attente raisonnables en médecine générale mais très élevés dans toutes les spécialités quelle que soit la région :
Au niveau national, « la situation s’est dégradée partout sauf en ophtalmologie »
De manière générale, « la situation s’est [en moyenne] dégradée partout sauf en ophtalmologie » depuis 2012 au niveau national, note Mathias Matallah, qui s’appuie sur des enquêtes menées ces dernières années auprès d’échantillons de 1 000 personnes (Jalma-Ifop).
- en ophtalmologie, les délais moyens sont ainsi passés de 104 jours en 2012 à 101 jours en 2019, « même si on reste au-delà de 100 jours et qu’un sondé sur quatre déclare toujours un délai supérieur à 180 jours », précise le président de Medicine4i.
- Les délais continuent de s’allonger dans les autres spécialités :
- entre 2012 et 2019, le délai moyen pour obtenir un rendrez-vous avec un cardiologue est passé de 38 à 61 jours ;
- il est passé de 33 à 47,5 jours pour un ORL sur la même période.
Une étude de la Drees publiée en 2014 présentait les délais d’attente avant l’obtention d’un rendez-vous comme le deuxième motif de renoncement aux soins après les raisons d’ordre financier.
Une prise en charge « bâclée »
L’étude montre par ailleurs qu’un Français sur quatre estime être confronté à une prise en charge « bâclée », avec une consultation chez le spécialiste durant moins de quinze minutes en moyenne.
De plus, un Français sur trois indique ne recevoir aucune explication sur ses traitements ou leurs effets secondaires.