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  • IA & HTA : trop peu de cas d’usage déployé en France (cartographie des cas d’usage)

    16 cas d’usage spécifiques de l’IA pour l’HTA

    L’hypertension artérielle (HTA) est un problème de santé mondial croissant, en raison de l’augmentation de l’âge moyen de la population. Cette condition, souvent asymptomatique, est un facteur de risque majeur pour les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux. Le rôle de l’intelligence artificielle (IA) dans la prévention et le traitement de l’HTA est de plus en plus reconnu. L’application de l’IA permet d’améliorer la médecine personnalisée et d’offrir des traitements adaptés à chaque patient.

    Cet article présente les cas d’usage de l’IA dans la gestion de l’HTA, en soulignant les améliorations diagnostiques et thérapeutiques apportées par cette technologie. Ces 16 cas d’usage seront classés par niveau de maturité, selon l’échelle TRL (en anglais Technology Readiness Level, qui peut se traduire par niveau de maturité technologique).

    Etude Health&Tech : cartographie de la maturité des cas d’usage de l’IA pour l’HTA
    Etude Health&Tech : cartographie de la maturité des cas d’usage de l’IA pour l’HTA

    4 cas d’usage de l’IA en prévention, qui ne dépassent pas le stade de développement

    L’IA ouvre de nouvelles perspectives pour la prévention de l’HTA, en renforçant l’identification précoce des personnes à risque et en optimisant les actions de santé publique. Plusieurs cas d’usage se dessinent, allant de la prédiction individuelle à l’échelle clinique jusqu’à la planification territoriale des ressources. Toutefois, l’ensemble de ces approches demeure aujourd’hui en phase de développement technologique, avec des niveaux de maturité variables.

    L’IA qui permet de prédire de manière précoce l’apparition de l’HTA chez la femme enceinte :

    Parmi ces cas d’usage en prévention, l’IA permet notamment de prédire de manière précoce l’apparition de l’hypertension artérielle chez la femme enceinte. En s’appuyant sur des données cliniques courantes telles que les antécédents médicaux, le mode de vie ou les constantes vitales recueillies en début de grossesse (entre 7 et 18 semaines), des modèles d’IA de machine learning peuvent identifier les femmes à risque d’hypertension gestationnelle avant l’apparition des premiers symptômes. Ce cas d’usage vise à renforcer la prévention et le suivi personnalisé pendant la grossesse, en anticipant les complications potentielles liées à l’HTA.

    D’un point de vue technologique, cette application se situe encore en phase de développement :

    • À l’échelle internationale, plusieurs modèles ont déjà été testés sur des cohortes cliniques importantes avec de bons résultats prédictifs, ce qui place cette approche à un niveau TRL 5 (preuve de concept validée, sans prototype intégré dans un flux de soins réel).

    • En France, ce cas d’usage reste au niveau TRL 4, en l’absence de validation externe locale ou d’outil intégré aux parcours de suivi obstétrical. Des cohortes françaises existent, mais n’ont pas encore permis de faire passer ce cas d’usage au stade de démonstration clinique.

    L’IA qui prédit le risque d’HTA :

    L’IA permet également de prévoir le risque de développer une hypertension artérielle (HTA). En analysant des données telles que l’âge, le mode de vie, les antécédents médicaux ou des marqueurs biologiques, les modèles de machine learning démontrent une prédiction du risque HTA plus précise que les scores classiques, avec des performances parfois supérieures (AUC entre 0,75 et 0,99 selon les cohortes).

    En France, des projets de recherche (ex. données CONSTANCES, INSERM) fournissent une validation interne, mais on reste sur un TRL 4 à 5, en l’absence de prototype intégré aux soins ou aux systèmes d’information. À l’international, certains cas spécifiques atteignent des niveaux de maturité beaucoup plus avancés : le score QRISK3, largement utilisé au Royaume-Uni, est au TRL 9 ; des prototypes comme AIRE‑HTN (outil ECG-IA) ou une application mobile en Iran ont été testés sur le terrain, positionnant ces approches à TRL 6 à 8. Toutefois, la majorité des modèles IA génériques restent en phase de développement (TRL 5–6), sans déploiement généralisé.

    Une IA qui permet de stratifier les risques populationnels :

    L’amélioration de la stratification des risques cardiovasculaires à l’échelle populationnelle, est aussi l’un des cas d’usage de l’IA en prévention pour le HTA. Elle permet notamment de détecter les zones ou sous-groupes les plus à risque d’hypertension. En combinant de multiples sources de données (antécédents médicaux, imagerie, données génomiques, environnementales et sociodémographiques), les modèles IA peuvent classer les individus selon leur profil de risque, facilitant ainsi :

    • la priorisation ciblée des interventions préventives (campagnes de sensibilisation, dépistage, actions locales intensifiées) ;

    • l’optimisation des ressources de santé, en orientant moyens et équipements vers les populations ou territoires les plus exposés ;

    • le suivi évolutif et ajusté des stratégies de santé publique selon l’évolution des profils de risque.

    Ces approches sont appuyées par des solutions qui intègrent des données multidimensionnelles pour produire des scores de risque enrichis, au-delà des méthodes traditionnelles . En France, plusieurs équipes de recherche (INSERM, universités, CHU) exploitent des cohortes nationales (CONSTANCES, E3N) pour développer des modèles de stratification territoriale (TRL 4-5). Cependant, aucun outil n’a encore été intégré dans les flux de décision publique ou les systèmes d’information régionaux. Le développement de ce cas d’usage en France est moindre qu’à l’international (TRL 5-6), où des études académiques utilisant des cohortes multi-sites et des biobanques montrent la performance de ces modèles, et des pilotes ont été déployés dans des systèmes de santé (e.g. NHS au Royaume-Uni, projets à grande échelle évaluant des algorithmes pour le dépistage et le ciblage régional).

    L’IA pour optimiser les ressources de santé publique face à l’HTA :

    Parmi les cas d’usage les plus prometteurs en prévention, l’intelligence artificielle s’impose comme un levier puissant pour optimiser les ressources de santé publique face à l’hypertension artérielle. En croisant des données issues des dossiers médicaux, des registres de patients et des indicateurs territoriaux, les modèles d’IA permettent de cartographier finement les zones à risque, d’anticiper les besoins locaux et de cibler les populations les plus vulnérables. Cette approche rend possible une allocation plus efficace des moyens (centres de dépistage, consultations de prévention, campagnes d’information), là où l’incidence de l’HTA est la plus élevée.

    Des initiatives pilotes ont déjà vu le jour à l’étranger : au Royaume-Uni, par exemple, le NHS teste des outils d’IA capables d’orienter les campagnes de dépistage cardiovasculaire en fonction du profil de risque des territoires. Ces dispositifs, encore en phase de déploiement limité, témoignent d’un niveau de maturité technologique avancé (TRL 6 à 7), bien que leur intégration à large échelle et leur impact populationnel mesurable restent encore à démontrer (non atteint TRL 8 à 9). En France, ce type d’approche est encore largement au stade exploratoire (TRL 4-5).

    Seul un cas d’usage atteint le déploiement pour le diagnostic de l’HTA par l’IA :

    Seul un cas d’usage atteint aujourd’hui un niveau de déploiement avancé dans le champ du diagnostic de l’hypertension artérielle par l’intelligence artificielle. Tous les autres restent au stade de développement, avec des degrés de maturité variables selon les contextes nationaux. L’analyse des approches actuelles révèle toutefois une dynamique croissante d’expérimentation clinique, appuyée par des preuves de concept solides et des validations externes.

    Le diagnostic de l’hypertension par caméra :

    L’intelligence artificielle couplée à l’analyse vidéo permet désormais de mesurer la tension artérielle sans contact, simplement à partir d’une caméra. En exploitant le signal rPPG (remote photoplethysmography), capté via les micro-variations de couleur du visage, les algorithmes de deep learning peuvent estimer en continu la pression artérielle, sans brassard ni capteur physique. Cette approche ouvre des perspectives nouvelles pour le dépistage de l’hypertension, notamment dans les contextes de télésurveillance, de médecine à domicile ou auprès de publics fragiles.

    Longtemps expérimentale, cette technologie est aujourd’hui en phase de déploiement clinique avancé. Plusieurs dispositifs sont déjà certifiés CE et commercialisés en Europe, comme l’application OptiBP de Biospectal, ou les technologies rPPG embarquées de Philips. Ces solutions sont déjà utilisées en milieu hospitalier ou en ambulatoire, et certaines ont même reçu une reconnaissance réglementaire aux États-Unis (FDA clearance en cours pour certaines versions).

    À l’international et en France, ce cas d’usage atteint désormais le TRL 7 à 8, puisque des produits sont certifiés, testés cliniquement et disponibles sur le marché, et que leur intégration dans des programmes de télémédecine ou de dépistage commence à émerger, même si l’adoption généralisée (TRL 9) dépend encore de validations à large échelle et de mécanismes de remboursement. Le diagnostic de l’HTA via caméra n’est plus qu’une simple promesse mais une réalité technologique mature.

    La détection de l’HTA par analyse vocale :

    L’intelligence artificielle franchit une nouvelle étape innovante avec la détection non invasive de l’hypertension par la voix. En analysant les caractéristiques acoustiques, comme les variations de fréquence, le spectre vocal, l’énergie du signal, des algorithmes ML peuvent identifier des biomarqueurs de tension artérielle élevée : une étude a rapporté 84 % d’exactitude chez les femmes et 77 % chez les hommes, en classifiant automatiquement les sujets hypertendus (≥ 135/85 mmHg ou ≥ 140/90 mmHg). 

    Toutefois, cette technologie reste aujourd’hui au stade de développement, tant en France qu’à l’international, avec un niveau de maturité technologique estimé entre TRL 4 et 6. À l’international (notamment aux États-Unis et au Canada), des prototypes ont été testés via des applications mobiles en conditions réelles (TRL 6), mais ils ne sont pas encore intégrés aux parcours de soins. En France et en Europe, il s’agit principalement de preuves de concept (TRL 4–5), sans solution cliniquement validée ni dispositif homologué à ce jour.

    La promesse de la détection de l’hypertension secondaire par l’IA :

    L’IA se met au service du diagnostic différentiel en contribuant à mieux cibler les patients à risque d’hypertension artérielle secondaire, notamment l’hyperaldostéronisme primaire (HAP). Une équipe de recherche française a développé un modèle de stratification du risque, validé sur des données de l’hôpital européen Georges Pompidou puis du CHU de Bordeaux, combinant des approches statistiques interprétables et des algorithmes d’apprentissage automatique. L’objectif : maximiser la valeur prédictive négative pour identifier avec fiabilité les patients ne nécessitant pas de dépistage, tout en conservant une capacité de détection élevée. Résultat : seulement 0,7 % des patients exclus par le modèle présentaient en réalité un HAP, montrant un potentiel réel pour réduire les examens inutiles et mieux prioriser les ressources diagnostiques. Bien que les performances pour les autres formes d’HTA secondaire soient moindres, cette approche représente une avancée concrète pour affiner les stratégies de dépistage, en particulier chez les patients jeunes, où la prévalence d’HTA secondaire atteint près de 30 %.

    Ce cas d’usage s’inscrit donc dans la dynamique actuelle de l’IA explicable au service du diagnostic, en combinant précision prédictive et transparence. Il atteint un niveau de maturité intermédiaire (TRL 5–6) et pourrait, avec des études prospectives et une intégration dans les outils cliniques, évoluer rapidement vers des usages concrets au sein des parcours de soins.

    Détection de l’hypertension masquée grâce aux données de routine et à l’IA :

    En matière de diagnostic et de suivi, l’intelligence artificielle joue un rôle croissant dans la détection de formes silencieuses ou complexes d’hypertension artérielle, notamment l’hypertension masquée non contrôlée. Des études récentes montrent que des algorithmes de deep learning et de machine learning sont capables d’identifier ces formes cliniquement significatives à partir des mégadonnées issues des dossiers de santé électroniques. En exploitant des variables simples comme les mesures de pression artérielle en consultation, les antécédents médicaux, les traitements et certains paramètres biologiques courants, ces modèles offrent une méthode non invasive et à grande échelle pour repérer les patients à risque de sous-diagnostic, souvent asymptomatiques en contexte clinique. Ce cas d’usage ouvre la voie à un dépistage automatisé et proactif, potentiellement intégrable dans les outils décisionnels des professionnels de santé.

    Sur le plan de la maturité technologique, ce cas d’usage atteint aujourd’hui le niveau TRL 6 à l’international. Certains modèles ont été testés à grande échelle sur des bases de données cliniques issues de dossiers électroniques de santé, notamment aux États-Unis et en Corée du Sud, avec des résultats prometteurs. Toutefois, ces algorithmes restent pour la plupart confinés à des environnements expérimentaux ou à des interfaces de recherche, sans intégration systématique dans les logiciels cliniques utilisés en routine hospitalière.

    En France, la situation est moins avancée : les développements sont majoritairement portés par des laboratoires académiques ou hospitalo-universitaires. Malgré des preuves de concept robustes, aucun algorithme de ce type n’est aujourd’hui intégré dans les outils cliniques des professionnels de santé. Le niveau de maturité peut donc être estimé entre TRL 4 et TRL 5, avec un potentiel d’évolution rapide si des partenariats institutionnels sont mobilisés.

    La majorité des cas d’usage pour la prise en charge restent en phase de développement

    L’essor de l’intelligence artificielle ouvre la voie à une prise en charge plus personnalisée et efficiente de l’hypertension artérielle, en complément du diagnostic et de la prévention. En mobilisant des données massives issues des dossiers médicaux, des essais cliniques et du suivi patient, les algorithmes permettent non seulement d’adapter les cibles thérapeutiques à chaque profil, mais aussi de mieux comprendre les facteurs influençant l’observance et de recommander les traitements les plus efficaces selon les caractéristiques individuelles. Si la majorité de ces applications reste en phase de développement, certaines atteignent déjà un niveau de maturité avancé à l’international. Cette dynamique dessine les contours d’une gestion plus proactive, plus sécurisée et véritablement centrée sur le patient hypertendu.

    Une IA qui définit des cibles tensionnelles individualisées à partir des facteurs de risque :

    L’un des cas d’usage de l’IA dans le cadre de la prise en charge de l’HTA est qu’elle permet d’affiner les objectifs de pression artérielle chez les patients en analysant les facteurs associés aux événements cardiovasculaires et aux effets indésirables des traitements. En intégrant les caractéristiques cliniques, démographiques et biologiques, elle aide à proposer des cibles de pression artérielle personnalisées plus sûres et plus efficaces que les seuils génériques. Cette approche est soutenue par des modèles prédictifs validés sur des bases de données rétrospectives, comme le montre une étude récente parue dans Clinical Hypertension.

    Ce cas d’usage est aujourd’hui au TRL 5 à 6. Les modèles sont validés rétrospectivement, avec quelques premiers pilotes en condition réelle, mais aucune intégration clinique à large échelle ni dispositif réglementé à ce jour.

    Identifier les freins à l’observance thérapeutique grâce à l’analyse des comportements :

    L’IA permet aussi d’analyser les données de santé pour repérer les facteurs influençant l’adhésion aux traitements antihypertenseurs. En combinant les antécédents médicaux, les comportements de santé et les déterminants sociaux, les algorithmes peuvent prédire les risques de non-observance et proposer des interventions personnalisées : rappels ciblés, éducation thérapeutique, suivi renforcé. Cette capacité est explorée dans de récentes études, où l’IA est positionnée comme outil d’optimisation populationnelle de la prise en charge. Malgré ces études, le cas d’usage se situe au TRL 5. Des prototypes sont testés dans le cadre de programmes de recherche et de plans de santé publique, mais sans déploiement intégré dans les systèmes d’information hospitaliers ou de médecine de ville.

    L’IA pour recommander des schémas thérapeutiques personnalisés à partir des données patient :

    Enfin, l’IA permet d’adapter les prescriptions médicamenteuses en fonction des profils individuels, en identifiant les associations de traitements antihypertenseurs les plus efficaces et les mieux tolérées pour chaque patient. Ces algorithmes s’appuient sur des modèles prédictifs nourris de données cliniques réelles. Là encore, les cas d’usage issus de European Heart Journal illustrent cette capacité à orienter les cliniciens vers un choix thérapeutique personnalisé. La maturité de ce cas d’usage est estimé entre TRL 5 et 6 à l’international, et reste expérimental en France, avec quelques travaux universitaires et hospitaliers mais sans application en vie réelle. L’intégration dans les outils d’aide à la prescription reste à construire.

    Les cas d’usage de l’IA pour le suivi de l’HTA sont les plus avancés

    Dans le champ de l’hypertension artérielle (HTA), l’intelligence artificielle transforme la façon dont les patients sont diagnostiqués, suivis et accompagnés. Du remplacement du brassard par des technologies d’analyse visuelle ou sonore, à l’aide à la décision thérapeutique en passant par l’accompagnement numérique, l’IA s’impose comme un levier essentiel de précision, de confort et d’efficacité. Si certains dispositifs atteignent déjà une maturité technologique élevée et sont disponibles sur le marché, d’autres en sont encore à l’étape de validation clinique ou de test à petite échelle. Quatre grands cas d’usage se dégagent actuellement.

    Amélioration de la mesure de la pression artérielle sans brassard :

    L’un des cas d’usage les plus avancés concernant l’HTA consiste à mesurer la pression artérielle sans brassard (« cuffless »), notamment pendant le sommeil. Grâce à des capteurs embarqués dans des objets connectés ou à des technologies de vision (rPPG), combinés à des algorithmes de machine learning, il est possible d’estimer la pression artérielle en continu et sans gêne pour le patient. Cela représente une avancée majeure pour le diagnostic de l’HTA nocturne, souvent sous-estimée. En France, comme à l’international, le niveau de maturité atteint le déploiement, grâce a des dispositifs comme SuiviHTA, OptiBP ou les solutions rPPG de Philips qui sont déjà certifiés CE et testés cliniquement. Leur déploiement est amorcé, notamment en télésurveillance.

    L’IA pour prédire les résultats thérapeutiques :

    L’IA est également utilisée pour prédire la probabilité qu’un patient atteigne ses objectifs tensionnels dans les mois suivant l’initiation d’un traitement antihypertenseur. En analysant les données du dossier médical (vitales, prescriptions, historiques), des modèles de deep learning peuvent anticiper le succès ou l’échec d’un schéma thérapeutique, permettant ainsi d’adapter les choix dès la première prescription. Des études robustes ont été menées (notamment sur plus de 350 000 patients aux États-Unis), mais les modèles restent expérimentaux et non intégrés aux outils de prescription en routine clinique (avec un TRL allant de 4 à 6 en fonction des pays).

    Prédiction des effets individuels des traitements :

    Plus ambitieuse encore, la prédiction des effets spécifiques d’un traitement chez un patient donné (efficacité et effets indésirables) constitue un champ en plein essor. Grâce à l’IA, il devient possible d’envisager des recommandations ultra-personnalisées. Des modèles développés sur des bases internationales montrent des performances encourageantes pour prédire, par exemple, les chutes de pression trop importantes, la réponse différenciée selon les classes thérapeutiques, ou encore les risques d’effets secondaires.

    Le concept est validé dans plusieurs publications, mais les preuves cliniques prospectives restent rares. Aucun dispositif certifié n’intègre encore ce niveau de personnalisation (TRL : 5 à l’international, 3–4 en France).

    L’IA qui permet un accompagnement numérique et une éducation thérapeutique personnalisée :

    L’IA est aussi mobilisée pour renforcer le suivi et l’éducation des patients hypertendus. Des applications comme SuiviHTA ou des programmes tels que Chronic Care Complete de Teladoc Health intègrent des chatbots intelligents, des alertes personnalisées et des rapports automatiques, adaptés aux données collectées en continu. L’objectif : améliorer l’adhésion au traitement, responsabiliser les patients et détecter précocement toute dégradation.

    Certains outils comme SuiviHTA sont déjà utilisés en France dans le cadre de programmes de télésuivi. À l’international, les services de Teladoc Health sont largement déployés, notamment aux États-Unis, dans une logique de soins chroniques intégrés.

    Recherche : l’IA pour la découverte de nouveaux biomarqueurs de l’HTA

    Dans le domaine de la recherche biomédicale, l’intelligence artificielle est de plus en plus mobilisée pour identifier de nouveaux biomarqueurs. Dans le cadre de l’hypertension artérielle, en croisant des données cliniques, génétiques, biologiques et d’imagerie à une échelle jusque-là inédite, des modèles d’apprentissage profond appliqués à des bases de données massives, comme celles issues de biobanques ou de registres hospitaliers, l’IA permet de révéler des corrélations subtiles entre certains profils biologiques et la survenue ou l’aggravation de l’HTA. Cette approche, mentionnée dans une revue récente de l’European Heart Journal, ouvre des perspectives pour une compréhension plus fine des mécanismes physiopathologiques de la maladie, ainsi que pour la stratification de nouveaux sous-types d’hypertension.

    Toutefois, ce cas d’usage reste strictement circonscrit au champ de la recherche fondamentale et translationnelle. Aucune application clinique ou outil validé n’a encore émergé à ce stade. Il se situe à un niveau de maturité précoce (TRL 2–3). L’IA est utilisée pour la formulation d’hypothèses et la validation exploratoire de signaux biologiques, mais aucun biomarqueur issu de ces travaux n’a encore fait l’objet d’un transfert vers la clinique ou d’un marquage réglementaire.

    Limites de l’application de l’IA dans l’HTA

    La mise en œuvre de l’IA dans la gestion de l’hypertension artérielle présente plusieurs défis selon l’étude “Application of artificial intelligence in hypertension” publié en mai 2024 sur Biomedcentral (BMC). En effet, selon l’étude, malgré les directives de la FDA et d’autres organismes, il manque un consensus global et des lignes directrices uniformes. Les algorithmes d’IA nécessitent de vastes ensembles de données pour leur formation, soulevant des préoccupations de confidentialité et de sécurité des données. De plus, les biais potentiels dans les données d’entraînement peuvent conduire à des résultats discriminatoires. L’opacité des modèles d’IA, souvent qualifiée de “boîte noire”, complique l’interprétation des décisions diagnostiques et thérapeutiques, ce qui soulève des questions de responsabilité et de confiance parmi les professionnels de santé. Enfin, la précision des algorithmes d’IA dépend fortement de la qualité et de la diversité des données disponibles, limitant ainsi leur applicabilité et leur fiabilité dans des contextes cliniques variés.

    Pour surmonter ces obstacles, la recherche future doit se concentrer sur la médecine de précision pour l’HTA en utilisant des technologies basées sur l’IA. Cette approche vise à réduire le fardeau mondial de l’hypertension en offrant des traitements plus ciblés et personnalisés. Toutefois, il est crucial de ne pas négliger les limites actuelles de cette technologie. Les efforts de recherche doivent inclure le développement de techniques pour atténuer les biais dans les données et les algorithmes, améliorer la transparence des modèles d’IA, et garantir la sécurité et la confidentialité des données des patients.

     

  • HTA : plus de 6 millions de malades qui s’ignorent, comment améliorer le dépistage en population générale ?

    • Environ 17 millions de personnes sont concernées, dont plus de 6 millions l’ignorent (54,9 % de ces hypertendus sont traités).
    • Moins de 25 % des patients hypertendus ont une pression artérielle contrôlée.
    • Le coût direct annuel de l’HTA est estimé à plus de 2 milliards d’euros (plus de 55 000 décès/an sont attribuables à l’HTA en France).
    • 40 % des patients traités ne communiquent pas leurs résultats à leur médecin (moins de 25 % des patients hypertendus ont une pression artérielle contrôlée).
    • Le dépistage repose essentiellement sur des mesures ponctuelles ou l’automesure.
    • L’Assurance Maladie prévoit un repérage automatique des patients à risque via les données du SNDS.
    • L’IA et les dispositifs médicaux numériques sont mobilisés pour améliorer le dépistage, le suivi, et l’adhésion au traitement.
    • Reco : Remplacer les campagnes ponctuelles par une prévention continue et territorialisée.
    • Reco : Financer du temps soignant pour accompagner les changements de mode de vie.
    • Reco : Équiper tous les patients hypertendus d’un tensiomètre validé et fiable.

    17 millions de Français hypertendus, mais moins d’un sur deux est traité

    L’hypertension artérielle (HTA) se caractérise par une pression du sang sur la paroi des artères trop élevée, et de façon chronique. Selon les critères définis par la Haute autorité de santé (HAS), l’HTA est confirmée lorsqu’au repos, la pression artérielle est égale ou supérieure à 140/90 mmHg lors de plusieurs mesures réalisées à distance. Elle peut être « essentielle » (dans 90 % des cas) quand aucune cause unique n’est identifiée, ou « secondaire » si elle résulte d’une pathologie rénale, endocrinienne ou respiratoire comme l’apnée du sommeil.

    En France, 17 millions d’adultes vivent avec une hypertension artérielle, dont plus de 30% sans le savoir. Environ 6 millions d’entre eux ignorent leur condition. L’HTA représente la première cause de mortalité prématurée en France (devant le tabac) et le deuxième facteur d’années de vie perdues en bonne santé. Chaque année, plus de 1,6 million de Français débutent un traitement antihypertenseur. Pourtant, seuls 25 % des patients ont une pression artérielle contrôlée, et moins d’un patient sur deux est traité.

    Une maladie fréquente, silencieuse et mal contrôlée en France

    Seuls 54,9 % des hypertendus connus sont sous traitement, et à peine 30 % atteignent les objectifs tensionnels recommandés

    L’HTA est souvent asymptomatique. Son dépistage repose sur des mesures systématiques de la tension, en cabinet ou via l’automesure. La prévalence augmente avec l’âge : elle est de 6,3 % chez les 18-34 ans contre 68,3 % chez les 65-74 ans. Le vieillissement démographique, la sédentarité, la consommation excessive, l’obésité, le stress chronique et les inégalités sociales contribuent à son extension. Les femmes, notamment après la ménopause, sont de plus en plus concernées. L’HTA non contrôlée multiplie le risque de complications : infarctus, AVC, insuffisance rénale chronique, démence. Son dépistage et son suivi sont donc essentiels. Pourtant, la part des patients diagnostiqués et traités reste inférieure à la moyenne des pays développés.

    Selon les données Esteban, environ 54,9 % des hypertendus connus sont traités, et 30 % ont une pression contrôlée. Plus de 40 % des patients traités ne sont pas observants, et près d’un sur cinq reçoit une monothérapie par bêta-bloquant, médication pourtant moins recommandée en première intention.

    Plus de 55 000 décès et 2 milliards d’euros de coûts par an en France

    En 2021, L’hypertension artérielle est à l’origine de plus de 55 000 décès en France, et de 400 000 hospitalisations complètes, représentant 6,2 millions de journées d’hospitalisation, dont plus de 3,4 millions liées à la maladie rénale chronique. Elle est également responsable de 1,15 million de cas de cardiopathie ischémique, 1,26 million de cas de maladie rénale chronique, et près de 190 000 cas de démence. Ce fardeau clinique mobilise des ressources importantes, à l’hôpital comme en soins de ville, et se traduit par un coût direct estimé à plus de deux milliards d’euros par an, en médicaments, consultations, examens et hospitalisations. À ces dépenses s’ajoutent des impacts indirects encore sous-évalués : perte d’autonomie, absentéisme, ralentissement de l’activité professionnelle, séquelles à long terme. L’analyse du Système national des données de santé (SNDS) met en évidence une charge disproportionnée chez les hommes de 55 à 74 ans, mais aussi une forte mortalité évitable avant 75 ans. La progression de la prévalence, portée par le vieillissement, la sédentarité et les inégalités sociales, laisse présager une aggravation durable du poids économique et sanitaire de l’HTA, dans un contexte où moins de 25 % des patients hypertendus ont une pression artérielle contrôlée.

    59 % seulement des hypertendus disposent d’un tensiomètre personnel

    Une prévention primaire réduite à des campagnes ponctuelles sans ancrage territorial

    Faute de programme de dépistage systématique à l’échelle nationale, le repérage précoce reste très dépendant de l’initiative individuelle du patient ou du professionnel de santé. Ce mode de détection aléatoire explique en partie le nombre élevé de diagnostics posés tardivement, souvent à l’occasion d’une complication cardiovasculaire, rénale ou neurologique.

    La stratégie de traitement de l’hypertension repose sur une double approche :

    • D’une part, la modification du mode de vie avec une réduction de la consommation de sel, l’adoption d’une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et le sevrage tabagique ;
    • D’autre part, la prescription de traitements antihypertenseurs, souvent à vie.

    Le recours à l’automesure tensionnelle est recommandé. Pourtant, seuls 59 % des hypertendus disposent d’un tensiomètre personnel, et 40 % des patients traités ne communiquent pas leurs résultats à leur médecin. L’éducation thérapeutique, inscrite dans les recommandations de la Haute Autorité de santé, reste peu déployée dans les parcours de soins courants. En parallèle, l’adhésion aux mesures hygiéno-diététiques est inégale, faute d’un accompagnement structuré. L’éducation thérapeutique, pourtant recommandée par la HAS, est peu mise en œuvre dans la pratique courante, notamment en soins primaires.

    Dépistage, automesure, pédagogie : les pistes d’une meilleure prise en charge de l’HTA

    Renforcer la prévention de l’HTA dès 40 ans

    Le vieillissement de la population, la faible observance thérapeutique, la méconnaissance des risques et les disparités sociales et territoriales constituent des obstacles persistants. En Outre-mer, la prévalence de l’HTA dépassait 30 % en Martinique en 2021, avec une surreprésentation féminine. Ces données confirment la nécessité de renforcer les stratégies ciblées de prévention. Dans son rapport Charges et produits 2026, L’Assurance Maladie mise sur l’exploitation du Système national des données de santé (SNDS) pour automatiser le repérage des assurés à risque d’hypertension artérielle. Grâce à l’analyse croisée des données de remboursement et des profils cliniques, des alertes pourraient être adressées aux médecins traitants pour inciter à la mesure de la tension artérielle en consultation. Parallèlement, l’automesure tensionnelle est promue comme méthode pour affiner le diagnostic, en limitant les biais liés au contexte médical. L’association de cette pratique à des dispositifs de télésurveillance ou à des applications numériques permettrait un suivi plus régulier des patients, notamment en cas de suspicion d’HTA non contrôlée.

    Pistes de réflexion :

    • Intégrer la mesure de la tension artérielle dans les consultations de prévention tout au long de la vie.
    • Cibler en priorité les personnes à risque : plus de 40 ans, antécédents familiaux, comorbidités métaboliques.
    • Déployer le dépistage systématique en médecine du travail, en pharmacie, et via des campagnes de proximité.
    • Équiper les patients hypertendus d’un tensiomètre validé.
    • Former les patients et les professionnels à l’automesure selon les recommandations HAS.
    • Organiser le recueil, l’analyse et le retour d’information sur les données mesurées (via messagerie sécurisée, outils numériques).
    • Généraliser les programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP) en soins primaires.
    • Financer du temps soignant dédié à l’accompagnement des changements de mode de vie.
    • Intégrer des outils numériques d’aide à l’observance et au suivi thérapeutique (carnets connectés, alertes, télémonitoring).
    • Ne plus se limiter à des campagnes annuelles ponctuelles : inscrire la prévention dans la durée.
    • S’appuyer sur les CPTS, les collectivités, les associations et les acteurs de terrain pour des actions localisées et continues.
    • Promouvoir l’activité physique, la réduction du sel, le sevrage tabagique et la lutte contre le stress dès le plus jeune âge.
    • Mettre en place des outils de retour d’indicateurs aux prescripteurs (taux de contrôle tensionnel, suivi des traitements).
    • Prioriser les territoires ultramarins, ruraux et périurbains dans les politiques de prévention.
    • Financer des actions de médiation en santé pour améliorer l’accès au dépistage et au suivi.
    • Identifier l’HTA comme une priorité de santé publique au même titre que le diabète ou les cancers.
    • Mobiliser les données du SNDS pour suivre les indicateurs de dépistage, de traitement et de contrôle tensionnel.
    • Intégrer l’HTA dans tous les plans nationaux transversaux (nutrition, vieillissement, maladies cardiovasculaires).

    Prise en charge : les outils numériques validés cliniquement gagnent du terrain

    Un soutien validé pour la gestion de l’hypertension

    Les thérapies numériques et les objets connectés apportent un appui à la prise en charge de l’hypertension, en renforçant l’observance thérapeutique et la régularité du suivi à domicile. En France, l’application Noctua Care cible les patients atteints de pathologies cardiovasculaires, notamment après un syndrome coronarien aigu ou en cas d’HTA traitée. Elle propose un programme digital de 12 semaines renouvelables, articulé autour de modules éducatifs, de rappels de traitement, de conseils d’hygiène de vie et de gestion du stress, en conformité avec les recommandations européennes.

    Autre exemple, SuiviHTA, développée par Solutions Santé Digitale, est une application gratuite validée scientifiquement par la Fondation Hypertension. Recommandée par les cardiologues et conforme aux recommandations de l’ESC 2024, elle permet aux patients et aux professionnels de réaliser et d’interpréter l’automesure tensionnelle. Deux formats sont proposés : un autotest ponctuel de dépistage, dès 30 ans (ou dès 20 ans en cas de facteur de risque), et une automesure sur trois jours selon la règle des 2-2-3. L’application génère des rapports PDF, conserve les données et guide l’utilisateur dans l’utilisation correcte du tensiomètre automatique.

    Les données issues des objets connectés peuvent être transmises aux professionnels de santé via des applications. Ce flux d’informations alimente la télésurveillance, qui a démontré un bénéfice dans certaines populations spécifiques, comme les patients à HTA sévère ou les femmes enceintes. Néanmoins, l’étude TASMINH4 n’a pas montré de différence significative entre une surveillance standard et la télésurveillance dans la population générale. Le coût et les exigences réglementaires freinent une généralisation à grande échelle.

    Un dépistage incomplet et une observance fragile, l’IA redéfinit les priorités cliniques

    Trois défaillances sont identifiées dans la chaîne de soins :

    • Un dépistage incomplet,
    • Une mesure souvent imprécise (erreur dans 60 % des cas),
    • Et une observance thérapeutique insuffisante.

    L’IA permet de cibler plus efficacement les populations à risque avant même l’apparition d’une HTA avérée. Des modèles prédictifs intègrent l’âge, les antécédents familiaux et les facteurs de risque pour recommander une surveillance adaptée. D’autres outils spécifiques sont développés, notamment pour la période périnatale. La mesure oscillométrique traditionnelle reste sujette à des biais (effet blouse blanche, mauvaise technique). Une nouvelle génération de dispositifs connectés, reposant sur la photopléthysmographie et l’analyse des ondes de pouls par deep learning, permet une mesure continue, sans pression sur le bras, jusqu’à 800 fois par jour. Ces dispositifs, encore en attente de validation réglementaire, ouvrent la voie à une surveillance plus précise et moins intrusive.

    L’adhésion au traitement dépend du temps consacré à l’éducation thérapeutique, un temps contraint par la charge croissante des consultations. Des assistants numériques d’IA, enrichis de corpus scientifiques, ont été conçus pour prolonger le dialogue autour de la maladie. Le patient peut interagir avec ces interfaces sur des sujets liés au traitement, à la gestion des effets indésirables ou à ses résultats d’automesure.

    L’IA permet aussi aux professionnels d’obtenir un appui décisionnel, qu’il s’agisse d’adapter un traitement, de poser un diagnostic ou de documenter une situation clinique complexe. L’analyse automatisée de données cliniques et biologiques permet d’anticiper les déséquilibres tensionnels et d’ajuster la stratégie thérapeutique.

  • Sénégal : 36 milliards FCFA pour structurer une santé numérique encore fragmentée

    • 22 solutions numériques concentrées sur la santé maternelle et infantile.
    • 36 milliards FCFA mobilisés pour le déploiement du numérique en santé d’ici 2025.
    • Plus de 50 projets non interopérables recensés dans le pays.
    • Interconnexion des structures sanitaires et généralisation du dossier patient prévues.
    • La Banque africaine évoque fragmentation, absence de coordination et cadre juridique incomplet.
    • Formation et montée en compétences du personnel de santé comme priorité nationale.

    36 milliards FCFA pour déployer télémédecine et CMU numérique d’ici 2025

    Le Sénégal s’est doté en 2018 d’un Plan Stratégique Santé Digitale (PSSD) qui vise à intégrer les technologies de l’information et de la communication dans l’organisation et la délivrance des soins. Cette stratégie, pilotée par le ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS), s’inscrit dans le cadre du Plan Sénégal Numérique 2025 et du Plan Sénégal Émergent. Doté d’un budget estimé à 36 milliards FCFA, le PSSD vise quatre objectifs prioritaires :

    • Déployer télémédecine et de la m-santé (mobile).
    • Numériser la couverture maladie universelle (CMU).
    • Renforcer les compétences des professionnels.
    • Améliorer la gouvernance sanitaire grâce aux données.

    50 initiatives non interopérables : Le Sénégal vise l’interconnexion des structures et la généralisation du dossier patient

    Le PSSD prévoit l’interconnexion de toutes les structures sanitaires au réseau fibre national, la généralisation des dossiers patients informatisés et le recours au cloud pour la sécurisation des données médicales. Ce déploiement doit s’appuyer sur les opérateurs télécoms et l’Agence de l’Informatique de l’État (ADIE). La question du coût des services numériques, toujours élevé, reste un obstacle à l’universalisation de l’accès aux soins par le numérique.

    Le Sénégal a identifié le manque de coordination et l’absence de normes communes comme freins : plus de 50 initiatives e-santé non interopérables sont recensées dans le pays. Le PSSD propose la création d’un Comité de pilotage interministériel présidé alternativement par les ministères de la Santé et de l’Économie numérique, et la mise en place d’un Comité technique mixte experts santé/numérique. La Cellule de la Carte sanitaire et sociale, de la santé digitale et de l’observatoire de la santé (CSSDOS) assure la coordination opérationnelle.

    Encadrement des données de santé et montée en compétences : deux chantiers du PSSD

    Le cadre juridique sénégalais sur la protection des données personnelles, déjà existant, doit être renforcé pour couvrir spécifiquement les actes médicaux à distance, la gestion des dossiers patients et l’usage des dispositifs médicaux connectés. Un groupe thématique, adossé à la CSSDOS, est chargé de cette évaluation et de l’élaboration des textes nécessaires.

    La pénurie de professionnels de santé particulièrement en milieu rural représente un frein. Le PSSD prévoit un plan de développement des compétences TIC pour les professionnels, l’intégration d’experts en gestion des données et en infrastructures numériques dans les établissements de santé, ainsi que la formation continue via l’e-learning. L’objectif est aussi de favoriser l’adhésion des personnels à l’évolution numérique des pratiques.

    Les députés formés en vue d’une loi-cadre sur la santé numérique et la télémédecine

    Du 22 au 24 avril, un atelier parlementaire soutenu par ENDA Santé et l’Agence Sen-CSU a réuni les députés pour préparer l’adoption d’une loi-cadre encadrant la santé numérique. Inspiré de la proposition internationale Transform Health, le texte vise à réglementer gouvernance des données, télémédecine et protection des données médicales. Portée par la coalition Transform Health Sénégal, cette initiative s’inscrivait dans le Plan stratégique santé digitale du pays, prévoyant d’intégrer les technologies numériques aux pratiques médicales, de normaliser les outils et de réduire les inégalités d’accès aux soins. Le Dr Papa Djibril Ndoye (ENDA Santé) avait rappelé la nécessité d’un cadre juridique, conforme aux standards internationaux. L’atelier visait à outiller les parlementaires pour structurer un développement numérique sécurisé et accessible à tous.

    Le Sénégal priorise télésanté, m-santé et digitalisation de la CMU

    Le Sénégal vise la cartographie et l’évaluation des initiatives existantes pour assurer leur intégration dans une stratégie unifiée. La priorité est donnée à la télésanté, au mobile santé (m-santé), à la digitalisation de la CMU et au développement de plateformes partagées pour le suivi des patients, la gestion administrative et la collecte des données sanitaires. L’éclatement des projets, les carences en infrastructures, le coût élevé des services numériques et le manque de ressources humaines spécialisées compromettent une mise en œuvre rapide et homogène. La réussite du PSSD dépendra de la capacité des acteurs institutionnels et privés à coordonner leurs efforts.

    Des expérimentations encourageantes

    Si le Sénégal parie sur le numérique pour élargir l’accès aux soins, une étude de la Banque africaine de développement souligne que seules des réformes systémiques permettront une réelle avancée vers la couverture santé universelle (CSU).

    Face à des systèmes de santé sous-financés et inégalement accessibles, le numérique suscite des attentes en Afrique. Au Sénégal, les initiatives de santé mobile, télémédecine ou dématérialisation des paiements se multiplient, à l’image de la plateforme SUNUCMU ou du programme Cellal e Kisal dans le sud du pays. La santé mobile permet de contourner certaines limites d’infrastructures, de pallier la pénurie de personnels et d’améliorer la remontée des données. Toutefois, ces projets restent souvent à l’échelle pilote et peinent à être étendus à l’échelle nationale. L’indice CSU moyen en Afrique reste faible (48/100), bien en deçà de la moyenne mondiale (66/100). Le Sénégal, malgré une dynamique portée par son Plan Sénégal Émergent (PSE), reste confronté aux mêmes enjeux : dépenses de santé limitées (10 % du budget public), inégalités d’accès aux infrastructures et disparités territoriales. La croissance rapide du taux de couverture 3G (79 % en 2019 en Afrique subsaharienne) et l’explosion de la téléphonie mobile ouvrent des perspectives favorables.

    22 solutions de santé numérique identifiées mais peu intégrées au système national, selon Dimagi

    Dans son rapport intitulé ; Analyse du paysage numérique des technologies de la santé au Sénégal, Dimagi (entreprise sociale américaine spécialisée dans le développement de solutions technologiques pour la santé publique et le développement international) recense 22 solutions dans le domaine de la santé numérique au Sénégal, principalement concentrées ; 

    • Sur la santé maternelle.
    • Infantile.
    • Reproductive.
    • Et les maladies chroniques.

    Ces solutions, soutenues majoritairement par des ONG et des partenaires de développement, ont démontré une efficacité ponctuelle en améliorant le suivi médical et l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales. Cependant leur mise en œuvre en silos, sans harmonisation ni cadre réglementaire, limite leur interopérabilité et leur intégration au système national de santé. 

    L’analyse met en évidence une offre insuffisante d’outils numériques dédiés à la gestion des maladies chroniques, tropicales négligées et à la nutrition. L’absence de registre national pour ces pathologies, notamment pour les maladies tropicales négligées, entrave la collecte et l’analyse des données nécessaires à l’élaboration de stratégies sanitaires. Le déploiement de solutions de télémédecine reste limité. Les applications recensées concernent principalement la formation des professionnels via des plateformes e-learning, alors que l’offre clinique reste embryonnaire. 

    Recommandations : mutualisation et extension des solutions 

    Le rapport recommande l’adaptation et la montée en charge de deux solutions locales : 

    • E-Kessal Cellal (ONG AMREF), qui couvre le dossier patient, diagnostic, télémédecine et formation.
    • Saving Live at Birth (Aar Leen) (ONG Africare), qui facilite le suivi des grossesses grâce à une plateforme mobile multilingue.

    À l’international, plusieurs solutions sont identifiées : 

    • Approche intégrée du E-Diagnostic (IEDA), développée avec le ministère de la Santé pour appuyer la prise en charge des maladies infantiles.
    • Data Santé Mali, facilitant le partage de dossiers patients au sein des centres de santé.
    • TT Tracker, application mobile pour le suivi des patients opérés du trachome.
    • Anemiapp, outil de gestion de la drépanocytose en République démocratique du Congo, adaptable aux maladies chroniques sénégalaises.

    DPUP : simplifier les parcours, sécuriser les données, personnaliser les soins

    Porté par Eyone Medical et le Ministère de la Santé, le Dossier Patient Unique Partagé (DPUP) vise à centraliser les données médicales des patients sénégalais pour améliorer la coordination des soins. Accessible aux professionnels de santé, ce dossier numérique regroupe prescriptions, antécédents et analyses afin de simplifier les parcours, renforcer la sécurité des informations et personnaliser les prises en charge. Mais la centralisation des données doit permettre une meilleure planification des politiques de santé publique.

    Le projet mise sur la protection des données, avec un contrôle strict des accès, et entend rationaliser la gestion des ressources en remplaçant les dossiers papier. Intégré au Plan Stratégique Santé Digitale, il s’inscrit dans la stratégie nationale de modernisation du secteur, avec l’objectif affiché d’accélérer la couverture santé universelle

    La Banque africaine pointe l’absence de coordination, un manque d’interopérabilité et de cadre juridique

    Plusieurs freins persistent : absence de coordination entre initiatives, plateformes non interopérables, coûts élevés des services numériques, manque de connectivité en zone rurale, faible alphabétisation numérique et lacunes dans la formation des professionnels de santé. Le cadre réglementaire, notamment pour la protection des données médicales, reste en chantier malgré un projet de loi de 2019.

    Selon la Banque africaine de développement, le Sénégal doit avant tout structurer une stratégie numérique transversale, intégrant les différents ministères concernés et les opérateurs technologiques. L’amélioration de la coordination, du suivi-évaluation des projets et la mobilisation de financements pérennes sont jugées prioritaires. La formation initiale et continue des personnels de santé, l’inclusion des langues locales dans les outils numériques et le renforcement du cadre juridique figurent aussi parmi les recommandations essentielles.

    @ Health & Tech Intelligence
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  • Sénégal, Rwanda, Afrique du Sud : des cadres réglementaires en construction pour l’IA et les DTx

    Au Sénégal, au Rwanda et en Afrique du Sud, la commercialisation des dispositifs médicaux et des technologies de santé numérique repose sur des démarches réglementaires spécifiques auprès des agences nationales compétentes : ARP (Sénégal), RFDA (Rwanda) et SAHPRA (Afrique du Sud). La structuration progressive des cadres réglementaires dans ces pays ouvre des opportunités pour les acteurs étrangers, à condition d’anticiper les procédures d’autorisation, les normes techniques et les exigences locales de conformité, en particulier pour les technologies comme les DTx et l’IA.

    Sénégal : 45 jours minimum pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché des dispositifs médicaux

    Depuis 2022, l’accès au marché sénégalais est supervisé par l’Agence Sénégalaise de Réglementation Pharmaceutique (ARP). Toute importation de dispositifs médicaux ou de solutions numériques de santé doit faire l’objet d’une autorisation préalable, sans dérogation possible, y compris pour les hôpitaux publics. Les dispositifs médicaux de classes C et D nécessitent également une homologation ainsi qu’un certificat de mise en service. Le marquage CE est recommandé mais non suffisant.
    Les procédures incluent :

    • Le dépôt d’un dossier technique complet
    • Une évaluation administrative et technique par un comité d’experts
    • Une validation finale par la Commission nationale du médicament

    Le délai standard est de 45 jours, extensible de 15 jours, avec une autorisation valable 5 ans.

    DTx et IA : au Sénégal, un cadre juridique encore en construction pour la santé numérique

    Les thérapies numériques (DTx) ne bénéficient pas encore d’un statut spécifique. Elles sont intégrées au cadre des dispositifs médicaux et soumises à la classification par niveau de risque (A à D). Les exigences documentaires incluent notamment une démonstration de conformité aux standards internationaux, dont le CE et l’ISO. Le Sénégal travaille sur un projet de loi sur la santé numérique, qui inclura des dispositions sur l’intelligence artificielle. À ce jour, aucune régulation spécifique de l’IA en santé n’existe, bien que la loi n°2008-12 sur la protection des données personnelles serve de référence générale. La stratégie nationale de santé numérique 2025 prévoit un cadre d’interopérabilité et une gouvernance des données, mais les usages de l’IA restent peu encadrés juridiquement. Pour faciliter l’accès au marché, il est fortement conseillé d’établir des partenariats avec des structures locales, afin de s’adapter aux évolutions du cadre réglementaire et de sécuriser les processus d’homologation.

    Rwanda : autorisation obligatoire auprès du RFDA, le pays impose visa, licence et dossier technique complet pour les DTx

    L’autorité de régulation rwandaise (RFDA) encadre les dispositifs médicaux, les DTx et les solutions numériques. Depuis 2024, elle est reconnue par l’OMS avec un niveau de maturité 3, ce qui garantit la qualité de ses processus. Les entreprises souhaitant accéder au marché doivent :

    • Obtenir un visa d’importation.
    • Puis une licence d’importation finale, réservée aux acteurs agréés (distributeurs, établissements de santé, ONG, etc.).
    • Fournir un dossier technique complet, comprenant les certifications CE ou ISO, une notice multilingue et un étiquetage conforme.

    Des inspections physiques sont possibles à l’arrivée des produits. La centralisation des données est obligatoire pour garantir la traçabilité.

    IA en santé : le Rwanda prépare son cadre législatif avec le soutien du Forum économique mondial

    Le Rwanda ne dispose pas encore de cadre autonome pour les Digital Therapeutics. Elles sont évaluées selon les mêmes procédures que les DM, avec des critères de sécurité, efficacité et conformité technique. Le RFDA valide ces solutions après une évaluation technique approfondie, sans classification distincte. Le Centre pour la Quatrième Révolution Industrielle, en lien avec le Forum économique mondial, pilote la création du cadre législatif IA. Plusieurs projets d’IA sont déjà en déploiement, notamment Babyl, un système de télémédecine utilisé par des milliers de patients. Cependant, la législation reste en cours de développement. Des recommandations internationales (OMS, UNESCO) sont appliquées en attendant un texte national. Toute application intégrant de l’IA doit démontrer sa conformité éthique et technique, et s’assurer de l’hébergement local des données de santé, conformément à la loi de 2021 sur la protection des données.

    Afrique du Sud : les DTx encadrées comme dispositifs médicaux par la SAHPRA

    En Afrique du Sud, le South African Health Products Regulatory Authority (SAHPRA) est l’organisme de référence pour l’enregistrement des produits de santé. Les dispositifs médicaux numériques, y compris les DTx, doivent être certifiés selon les critères nationaux, notamment en matière de :

    • Sécurité clinique
    • Efficacité thérapeutique
    • Conformité au POPIA, la loi sur la protection des données personnelles

    L’absence de classification spécifique pour les DTx implique leur traitement dans le cadre général des DM.

    La conformité au POPIA devient un passage obligé en Afrique du Sud

    L’importation de solutions numériques (IA, DTx, logiciels, capteurs) est conditionnée au respect des réglementations tarifaires, douanières et sanitaires en vigueur. Le Department of Trade, Industry and Competition (DTIC) est l’interlocuteur pour les démarches d’importation, d’investissement et d’établissement local.

    Les technologies importées doivent :

    • Obtenir une certification SAHPRA
    • Respecter les exigences POPIA sur les données sensibles
    • Fournir une documentation complète, traduite si nécessaire

    L’Afrique du Sud a publié en 2024 un cadre stratégique national sur l’IA, actuellement en phase de consultation publique. Il établit des principes autour de la transparence algorithmique, de la non-discrimination, du contrôle humain, et de la protection de la vie privée.

    Sans loi dédiée, les projets IA en santé avancent sous surveillance du DCDT en Afrique du Sud

    À ce jour, aucune loi spécifique sur l’IA en santé n’est encore en vigueur, mais plusieurs outils sont en développement (chatbots, diagnostics automatiques, plateformes prédictives). Les autorités recommandent une veille réglementaire active et la consultation avec le DCDT (Department of Communications and Digital Technologies). L’Afrique du Sud dispose de 98,8 % de couverture 4G, d’un fort taux de connectivité en zones urbaines, mais souffre encore d’un accès limité à Internet dans les zones rurales (39 %), ce qui peut ralentir l’adoption des technologies dans certaines régions.

    Entre cadres réglementaires en construction et exigences techniques, le Sénégal, le Rwanda et l’Afrique du Sud affichent une même tendance : organiser et sécuriser l’accès à leur marché de la santé numérique. Dans un contexte où les DTx et les technologies d’IA restent encore sans statut juridique spécifique, ces trois pays imposent aux opérateurs de composer avec des démarches locales et un environnement en évolution.

  • +76% d’augmentation du montant total levé par rapport au T1 2025

    Tous les trimestres Health&Tech intelligence analyse les levées de fonds des start-up françaises de la santé numérique. Au programme : montant des levées, acteurs, secteurs et technologies.

    Un rebond marqué des levées de fonds : + 76% par rapport au T1 2025 sur un montant total de 191,1 M€

    Le deuxième trimestre de l’année 2025 est marqué par un rebond des levées de fonds pour les entreprises de la Healthtech française, qui atteignent un montant total de 191,1 millions d’euros. Cela représente une augmentation de 76% par rapport au trimestre précédent et de 23,5 % par rapport au deuxième trimestre de l’année 2024.

    Le montant reste légèrement inférieur à la moyenne de ces 9 dernières années située à 211 millions d’euros par trimestre, mais supérieur à cette moyenne si on ne prend pas en compte la période exceptionnellement riche allant du premier trimestre 2021 au second trimestre de 2022.

    Ce montant relativement élevé n’est pas dû à la période de l’année, comme on peut le constater il n’y a pas de trimestre particulièrement prolifique ou particulièrement infructueux. Ce bon second semestre compense le mauvais premier semestre laissant de l’incertitude quant au bilan global de l’année 2025.

    Des levées très inégales : 65,5 % des montants levés par 2 entreprises

    65 %, du montant total a été par 2 start-up, Wandercraft et Nabla sur un total de 15 opérations. Wandercraft a pour objectif d’être un des leaders mondiaux de l’IA robotique, ces activités ne se limitent pas à la santé, mais leur solution la plus développée, un squelette de rééducation nommé Atalante X, est déjà présente dans plus d’une centaine d’établissements de santé. Quant à Nabla, la start-up est surtout connue pour sa solution de rédaction de compte-rendus médicaux générés par IA déjà adoptée par 130 organisations de santé et 85 000 cliniciens, mais c’est pour une autre solution que Nabla a levé 60 millions d’euros : Nabla a pour ambition de développer une plateforme “agentique adaptative”, incluant un agent de codage, un agent de pré-analyse des dossiers et un agent destiné aux infirmiers. Pour Wandercraft la dernière levée de fonds remontait à 2022 avec 40 millions d’euros et lui a permis de se développer aux Etats-Unis et de multiplier son chiffre d’affaires par 3 en 10 ans, Pour Nabla, la levée de fonds antérieur remonte à janvier 2024 pour une somme de 24 millions d’euros avec notamment Rodolphe Saadé et Xavier Niel parmi les investisseurs.

    Cette concentration des montants levés vers un nombre restreint d’acteur était déjà observable le trimestre précédent; Au premier trimestre de l’année 2025 c’est également 65% du montant qui avait été levé par 2 start-ups, Bioptimus et Robeauté, sur un nombre total de 14 levées de fonds. Cette dynamique n’était pas observable l’année dernière et semble indiquer une nouvelle tendance pour l’année 2025.

    L’IA incontournable : 96% des levée de fonds concernent des technologies d’IA

    Déjà au semestre précédent 73% des entreprises ayant levé des fonds basaient leur solution totalement au partiellement sur des technologies d’Intelligence Artificielle, ce trimestre la proportion monte à 96% des montants levés. Les technologies hors IA (plateforme Saas, application smartphone, réalité virtuelle) représentent 4 des 15 opérations, soit 27%, mais cela concerne des montants bien inférieurs à ceux pour les solutions d’IA. Exception pour le cas de la thérapie digitales Poppins qui a levé 5 millions d’euros en avril.

    La robotique en dynamique : 92,5 millions levés en 2025

    Sur le plan des secteurs, si le trimestre précédent avait montré une forte dynamique pour le secteur de la Drug Discovery cette fois-ci cette thématique n’est pas présente parmi les financements. Ce qu’on peut en revanche relever c’est que la robotique fait de nouveau partie des deux plus grosse opérations de la période avec Wandercraft qui succède à Robeauté. Egalement on observe que certaines thématiques comme la Femtech, l’oncologie, et les thérapies digitales sont presque systématiquement présentes.

  • Santé mentale, oncologie, Femtech : les priorités des investisseurs en santé numérique

    Plus de 3 800 startups et un triplement des fonds en 4 ans

    D’après le rapport Karista (« Mapping européen des fonds de santé digitale » publié le 12 mai), en seulement 4 ans, le nombre de fonds d’investissement dédiés ou actifs dans le domaine de la e-santé est passé de 84 en 2021 à 254 en 2025, soit une augmentation de 202 %. Ene croissance qui témoigne de l’intérêt des investisseurs. Le continent européen compte désormais plus de 3 800 entreprises actives dans la santé digitale, avec des pôles dynamiques au Royaume-Uni, en France et en Allemagne. Ce triptyque concentre à la fois le plus grand nombre de fonds et les volumes d’investissements les plus élevés.

    2,1 milliards de dollars levés au premier trimestre 2025 en Europe

    Les chiffres du premier trimestre 2025 sont notables : 5,8 milliards de dollars investis dans la santé digitale dans le monde, dont 2,1 milliards en Europe, soit près de la moitié du total investi en Europe en 2024 (4,8 milliards sur toute l’année). Cette progression positionne l’Europe comme un acteur important, représentant désormais 32 % des investissements mondiaux contre seulement 19 % en 2024. Ce renforcement du continent s’explique notamment par plusieurs opérations en late-stage, dont la levée record de la startup Neko, mais aussi par un regain de confiance envers les startups innovantes européennes, notamment dans des domaines porteurs comme la santé mentale, l’oncologie et la santé féminine.

    60 % des fonds actifs investis en early stage

    Un enseignement clé du rapport Karista est la transformation du profil des investisseurs. Alors que 47 % des nouveaux fonds créés en 2023 étaient exclusivement dédiés à la santé numérique, cette part est tombée à 26 % en 2024. Par ailleurs, 60 % des fonds actifs sont orientés vers l’early-stage, phase importante pour l’innovation, mais cette proportion grimpe à 80 % parmi les nouveaux entrants. La tendance souligne un appétit grandissant pour les investissements en amorçage, où le risque est élevé mais les potentiels de croissance aussi. Le Corporate Venture Capital (CVC) gagne aussi en importance, constituant 24 % des nouveaux fonds, illustrant l’intérêt des grandes entreprises pour les innovations santé digitale.

    France, Royaume-Uni et Allemagne : les pôles de levée les plus actifs

    La France voit aujourd’hui son avance relative se réduire face au Royaume-Uni, désormais à égalité en nombre de fonds actifs, avec l’Allemagne juste derrière. Cette évolution traduit un équilibre nouveau dans la dynamique des investissements européens, avec une diversification géographique marquée. L’émergence de fonds en Europe de l’Est vient aussi renforcer cette tendance.

    En 2024, la France a levé 654 millions d’euros via 54 opérations, un chiffre solide mais en retrait par rapport au quasi-milliard enregistré en 2023. La France reste cependant un pilier, notamment grâce à ses “super-investisseurs” – ces fonds ayant mené plus de 10 transactions – qui sont au nombre de 76 en Europe, soit une hausse de 38 %.

    Santé mentale, oncologie et santé féminine : les grands domaines d’intérêt des investisseurs

    La santé mentale reste le premier secteur d’intérêt thérapeutique pour les fonds, suivi de près par l’oncologie et la santé féminine. Ce classement témoigne des besoins prioritaires en santé publique et des opportunités technologiques qui se développent dans ces segments. Les solutions digitales de prise en charge psychologique, préventive ou thérapeutique suscitent un fort engouement.

    Des “super-investisseurs” en progression (+38%)

    Le nombre de super-investisseurs, fonds ayant réalisé plus de 10 transactions, a augmenté de 38 % pour atteindre 76 en 2025. Ces investisseurs les plus actifs jouent un rôle de catalyseur, soutenant à la fois les phases précoces et les étapes de croissance accélérée des startups. Ces acteurs sont majoritairement localisés au Royaume-Uni, en France et en Allemagne, formant un socle solide d’expertise et de capitaux indispensables à la montée en puissance du secteur européen.

    Cartographie Levée de fonds 2025
    @ Health & Tech Intelligence
  • FemTech Île-de-France : un fonds inédit pour propulser la santé des femmes

    170 startups et 21 % de croissance pour la Femtech en France

    La Région Île-de-France crée un fonds d’investissement pour soutenir les startups Femtech : un tournant dans l’innovation en santé féminine. Ce fonds, première initiative en France, répond à un besoin de financement et d’accompagnement pour un secteur en pleine structuration.

    Le terme « Femtech » désigne l’ensemble des innovations technologiques dédiées à l’amélioration de la santé des femmes : objets connectés, applications mobiles, dispositifs médicaux, plateformes éducatives, etc. En 2025, la France compte 170 startups actives dans ce domaine, soit une croissance de 21 % en un an, selon le dernier baromètre Femtech France x Wavestone. Cette dynamique s’explique par une prise de conscience des enjeux de santé féminine, tant du côté des usagers que des pouvoirs publics.

    Les startups françaises se distinguent par leur diversité : 47 % œuvrent dans le bien-être, 53 % dans la santé, et de nouveaux segments émergent, comme la ménopause (+6 points en un an) ou la santé mentale. Les entreprises pionnières, à l’image de Fizimed ou Mindology, montrent la voie, tandis qu’une nouvelle génération, plus tournée vers la deeptech et l’e-santé, s’installe durablement.

    Des freins persistants : moins de 10 % des fonds publics alloués

    Malgré cette vitalité, l’accès au financement reste le principal frein à la croissance de la Femtech en France. Les pathologies féminines captent moins de 10 % du financement public de recherche en santé, et les besoins sont immenses : rien que pour les 37 startups répondantes au baromètre 2025, il faudrait 93 millions d’euros pour couvrir les besoins annuels.

    Les investisseurs, encore frileux, perçoivent souvent la Femtech comme un marché de niche. Pourtant, 39 % des startups ont doublé leur chiffre d’affaires entre 2023 et 2024, et 18 % dépassent le million d’euros de revenus annuels. Les succès internationaux, comme Flo Health (UK) ou Maven (US), contribuent à crédibiliser l’écosystème, mais la France manquait jusqu’ici d’un fonds spécifiquement dédié.

    Un fonds régional de 5 M€, avec un objectif de 40 M€

    C’est dans ce contexte que la Région Île-de-France a annoncé, lors du salon VivaTech 2025, la création du premier fonds d’investissement français dédié à la santé des femmes : FemTech Île-de-France. Doté d’une enveloppe initiale de 5 millions d’euros, il vise à terme les 40 millions par effet de levier, sur le modèle du fonds régional pour la réindustrialisation.

    Ce fonds, co-construit avec l’association Femtech France (qui fédère plus de 80 startups), cherche à structurer et soutenir l’écosystème Femtech, en finançant une dizaine de startups innovantes, sélectionnées pour leur potentiel à transformer la prise en charge des pathologies féminines. L’accent est mis sur les projets combinant intelligence artificielle, biotechnologies et dispositifs médicaux.

    Quatre priorités : endométriose, fertilité, ménopause et cardiologie féminine

    Le fonds FemTech Île-de-France se concentre sur quatre axes : 

    • L’endométriose : 1 femme sur 10 touchée, avec un retard de diagnostic de 7 à 9 ans.
    • La fertilité : développement d’outils prédictifs et de parcours personnalisés pour les couples confrontés à l’infertilité.
    • La ménopause : soutien aux capteurs et applications de suivi hormonal, alors que 80 % des femmes jugent leurs symptômes mal pris en charge.
    • La cardiologie féminine : première cause de mortalité chez les femmes, mais encore trop peu prise en compte dans la recherche et l’innovation.

    Un effet d’entraînement attendu pour l’écosystème : jusqu’à 500 000 € de subventions pour les startups en IDF

    L’annonce de ce fonds s’inscrit dans une dynamique régionale ambitieuse : la stratégie Smart Santé de l’Île-de-France fait de la santé des femmes l’un de ses cinq axes prioritaires, et le dispositif Innov’up permet désormais aux startups Femtech d’obtenir jusqu’à 500 000 € de subventions. Par ailleurs, le partenariat entre Femtech France et l’AP-HP, via le tiers-lieu d’expérimentation Hôtel-Dieu, favorise la collaboration entre startups et cliniciens pour accélérer le test et la mise sur le marché des innovations.

    Avec 55 % des startups ayant passé le cap des 3 ans et 30 % celui des 5 ans, l’écosystème Femtech français gagne en maturité et en résilience. L’internationalisation progresse également, avec 26 % des startups bénéficiant déjà de financements étrangers.

    Un signal fort pour l’innovation et l’égalité

    En lançant FemTech Île-de-France, la Région envoie un signal fort : la santé des femmes est un enjeu d’innovation, de compétitivité et d’égalité. Ce fonds devrait permettre à la France de rejoindre le peloton de tête européen, aux côtés du Royaume-Uni et de l’Allemagne, et d’accélérer la transformation de ce secteur à fort potentiel.

  • Investissements : en termes de montants levés, Nabla et Wandercraft portent quasiment à eux seuls l’écosystème français du numérique en santé

    Wandercratf et Nabla lèvent plus qu’Uromems (40M €) au T2 2024

    Si l’on compare les levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du premier trimestre de l’année 2025 à celles qui ont été réalisées au cours du premier semestre de l’année précédente, on remarque qu’en dehors de Wandercraft, Nabla – qui ont toutes les deux réalisé une levée de fonds d’un montant plus élevé qu’Uromems (entreprise qui avait levé le plus gros montant au S1 2024, avec 44 millions €), avec respectivement 65,5M et 60M € levés en juin 2025 – , et Apmonia Therapeutics (20M €), les autres entreprises du secteur n’ont pas réussi à lever plus de 10 millions d’euros.

    Plus globalement, à l’échelle du S1 2025 et en comparaison avec le S1 2024, seules 5 entreprises ont levés plus de 10M €. À la fin du mois de juin 2024, onze entreprises françaises du numérique en santé avaient réussi à lever plus que cette somme depuis le début de l’année : Uromems (44M €), Bioptimus (32,4M €), Aqemia (30M €), Resilience (23,1M €), May Health (23M €), Nabla (22M €), Kinvent (16M €), Cure51 (15M €), Diabeloop (15M €) et Azmed (15M €) et inHeart (10,2M €). Malgré des sommes plus importantes levées au cours de ce premier semestre de l’année 2025, l’inégalité dans les montants levés au cours de ce semestre ne permet au secteur d’observer une augmentation des sommes levées en France, par rapport à l’année dernière : 299,6M € au S1 2025 contre 335,45M € au S1 2024. Cependant, si l’on prend en compte uniquement les sommes levées lors du T2 de ces deux années, l’année 2025 dépasse l’année 2024 avec 191,1M € levés contre 164,75M €.

    Top 6 des levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du T2 2025 - @Health&Tech Intelligence
    Top 6 des levées de fonds des entreprises françaises du numérique en santé lors du T2 2025 – @Health&Tech Intelligence

    Une seule levée de fonds en dessous de 1M € :

    Si ces chiffres sont bien loin d’atteindre ceux du S1 2022, qui était porté par 2 opérations dépassant les 100 M€ : Doctolib (500 M€, série G), et DNA Script (172 M€, série C), les levées de fonds du premier semestre de l’année 2025 se distinguent de celles du S1 2024, car seul financement de moins d’un million d’euros a été réalisé, celles de Little John, auprès de Bpi France, pour un montant de 800 000 €). Pour rappel, au S1 2024, 4 entreprises (Omena, Akivi, Feel et D’un seul geste) avaient levé moins d’un million d’euros.

    Détails des levées de fonds au T2 2025 :

    Entreprise Logo Montant en M€ Mois Thématique  Investisseurs 
    Parallel (ex-Kiosk) Logo de Parallel 3,2 Avril Efficience opérationelle Frst, Y Combinator, Bpifrance, Kima Ventures, Better Angle, Régio IDF
    Okeiro (ex-Predict4Health)
    Logo de Okeiro (ex Predict4Health)
    10,0 Avril Greffe Alven, Forepont Capital Partners et Red River West
    Sim&Cure Logo de Sim&Cure 3,1 Avril Neurologie
    Klaimy Logo de Klaimy 1,2 Avril Assurance Insurtech Gateway, Tenity, U-Investors,
    Diagnoly Logo de Diagnoly 5,5 Avril Femtech n.c
    H’Ability Logo de H'ability 1,2 Avril Thérapies Digitales Yeast et BAMA (Business Angels Marne Ardennes),
    Clikodoc Logo de clikOdoc 1,1 Avril RDV médicaux CAOMIE, une initiative conjointe du Crédit Agricole Martinique-Guyane, Crédit Agricole La Réunion – Mayotte, et Elevation Capital Partners, en collaboration avec BPI France
    Little John Logo de Little John 0,8 Avril Assurance Bpifrance
    Brink Therapeutics Logo de Brink Therapeutics 3,5 Avril Thérapie génique n.c
    Poppins Logo de Poppins 5,0 Avril Thérapies Digitales n.c
    Wandercraft Logo de Wandercraft 65,5 Juin Handicap Renault Group, le fonds PSIM
    Nabla Logo de Nabla 60,0 Juin Compte-rendu médicaux HV Capital, avec Highland Europe en tant qu’investisseur clé, aux côtés de DST Global, et des investisseurs historiques Cathay Innovation et Build Collective de Tony Fadell.
    GeodAIsics Logo de GeodAIsics 5,0 Juin Jumeau numérique n.c
    DESKi Logo de DESKi 6,0 Juin Cardiologie Racine² (fonds à impact de la MGEN), Serena, Makesense, BNP Paribas Développement, Épopée Gestion, Good Only Ventures, Better Angle et le fonds régional NACO
    Apmonia Therapeutics Logo de Apmonia Therapeutics 20,0 Juin Oncologie Conseil européen de l’innovation, et BPI France
  • IA & PUI : cartographie des 31 solutions disponibles en France

    L’intelligence artificielle au service des opérations et de la prescription en PUI

    Après plusieurs années marquées par des expérimentations isolées, l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les pharmacies à usage intérieur (PUI), portée à la fois par l’essor de start-ups spécialisées et par l’engagement de certains établissements pionniers. L’émergence de nouveaux besoins cliniques et logistiques a favorisé le développement de solutions technologiques capables d’augmenter la performance opérationnelle, de renforcer la sécurité des traitements et d’accompagner les décisions thérapeutiques.

    Parmi les différentes approches mobilisées, les technologies d’IA comme le machine learning, le deep learning ou le traitement automatique du langage naturel se distinguent par leur capacité à répondre à des problématiques très concrètes au sein des PUI : anticipation des besoins en médicaments, détection des erreurs de prescription, simulation personnalisée de traitements, ou encore codage automatisé des actes.

    Il ressort que la pharmacie clinique est aujourd’hui l’axe le plus riche en innovations, avec une concentration notable de solutions d’aide à la décision, souvent à l’interface entre analyse pharmaceutique, personnalisation des soins et sécurité médicamenteuse.

    Dans cet article, Health & Tech Intelligence propose un panorama représentatif des principales solutions d’IA déployées au sein des PUI françaises, en mettant l’accent sur les types d’intelligences artificielles mobilisées et leur rôle dans la transformation des pratiques pharmaceutiques hospitalières.

    Deux tiers des solutions utilisent le Machine learning :

    Machine learning (23 solutions) :

    Dans les pharmacies à usage intérieur (PUI), plusieurs solutions exploitent des algorithmes de machine learning pour anticiper les besoins, améliorer la gestion logistique, automatiser certaines analyses cliniques et renforcer la sécurité des traitements.

    2 solutions optimisent la gestion des stocks : Opta Stock et Tracelink Product Availability utilisent le machine learning pour prédire la demande, ajuster les niveaux de stock et prévenir les ruptures, tout en sécurisant l’approvisionnement en médicaments.

    Plusieurs solutions se concentrent sur la détection des risques iatrogènes et la sécurisation de la prescription : PharmIA, ABiMed, Medication Shield, PharmaTrac, Synapse et ConcilIA mobilisent des modèles d’apprentissage automatique pour identifier les prescriptions à risque, automatiser la pharmacovigilance ou détecter les interactions médicamenteuses, parfois en lien avec des données administratives, cliniques ou comportementales.

    D’autres solutions s’attachent à la détection d’anomalies économiques ou organisationnelles : ControlCheck, Bimedoc, Vidal Sentinel et DrugOptimal exploitent le machine learning pour surveiller les anomalies d’achat, identifier les incohérences dans les traitements ou optimiser les dépenses hospitalières.

    Dans le domaine de l’analyse en temps réel des soins et de la dispensation, DrugCam mobilise également cette technologie pour suivre visuellement l’administration des médicaments et réduire les erreurs humaines.

    Enfin, des solutions comme AiCure, Buoy Health, Oculus, One, Medisen, PharmaClass, Posos et ExactCure intègrent le machine learning dans des modules spécifiques : reconnaissance de comportements, personnalisation des traitements, priorisation des prescriptions, ou encore interprétation croisée des données médicales et pharmaceutiques

    11 solutions utilisant le deep learning :

    Le deep learning permet une approche plus poussée des données non structurées ou complexes, en particulier pour la reconnaissance visuelle, la modélisation personnalisée ou l’analyse de documents médicaux. En pharmacie hospitalière, ces technologies s’avèrent particulièrement utiles dans les domaines de la simulation thérapeutique, de la validation des prescriptions, et de la compréhension automatique du langage médical.

    1 solution propose une simulation thérapeutique avancée : ExactCure s’appuie sur des réseaux de neurones pour créer des jumeaux numériques capables de simuler l’effet des traitements sur chaque patient, en fonction de ses caractéristiques physiologiques.

    2 solutions cliniques exploitent le deep learning pour améliorer la sécurité médicamenteuse : PharmIA et DrugCam intègrent des modèles neuronaux pour interpréter en continu les prescriptions ou les processus de préparation, afin de détecter les erreurs d’administration ou les incompatibilités thérapeutiques.

    D’autres solutions s’appuient sur le deep learning pour automatiser l’analyse de documents cliniques : ReLyfe applique cette technologie à l’extraction d’entités médicamenteuses à partir de textes complexes, tandis que FlauBERT et CamemBERT, développés par Everteam, sont des modèles de langage profonds spécifiquement entraînés sur le corpus médical français.

    Des outils comme AiCure, Oculus et One mobilisent également le deep learning dans des contextes de vision par ordinateur, de reconnaissance comportementale ou de prédiction clinique, selon des cas d’usage allant de la validation des prises de médicaments à l’analyse multi-modale de données patient.

    Enfin, Bimedoc combine plusieurs couches d’apprentissage profond dans ses modules de vérification des prescriptions et d’aide à la décision pharmaceutique, apportant une couche d’intelligence adaptative à l’analyse pharmaceutique quotidienne.

    14 solutions qui utilisent le traitement du langage naturel (NLP) :

    Le traitement du langage naturel (NLP) est largement utilisé en pharmacie à usage intérieur (PUI) pour transformer le texte libre en données structurées et exploitables. Cette technologie permet d’automatiser le codage médical, d’interpréter les prescriptions et d’enrichir l’analyse pharmaceutique en temps réel à partir de sources documentaires variées.

    3 solutions se consacrent au codage médical automatisé : Dimbox, Intelligence for Health et Sancare exploitent le NLP pour extraire les diagnostics, les actes médicaux et les informations contextuelles à partir des comptes rendus hospitaliers, facilitant ainsi le codage structuré pour les systèmes de facturation et d’analyse.

    2 solutions sont centrées sur l’analyse sémantique des documents cliniques : Posos et ReLyfe utilisent le NLP pour interpréter les prescriptions, détecter les risques médicamenteux, croiser les pathologies avec les traitements prescrits et assister les pharmaciens dans la validation thérapeutique.

    1 solution, PharmaClass, s’appuie également sur le NLP pour renforcer ses moteurs de règles cliniques : l’outil enrichit l’analyse pharmaceutique en contextualisant les prescriptions à partir du langage médical utilisé dans les dossiers patients.

    Bimedoc complète cette famille en intégrant des fonctions de lecture automatique des prescriptions, d’assistance rédactionnelle et de détection de doublons ou d’incohérences sémantiques dans les traitements. D’autres solutions utilisent le NLP dans des approches transversales ou exploratoires. DrugOptimal et Buoy Health s’en servent pour extraire des informations cliniques à partir d’échanges médicaux, notamment dans des contextes de triage ou d’accompagnement à la décision. Enfin, FlauBERT et CamemBERT, modèles de langage spécialisés développés par Everteam, sont des fondations NLP entraînées sur des corpus biomédicaux français. Ces modèles alimentent des solutions d’analyse sémantique de plus en plus précises, compatibles avec les exigences de la pharmacie hospitalière francophone.

    IA symbolique / par règles (15 solutions) :

    Les systèmes à base de règles permettent d’automatiser des raisonnements explicites, basés sur des référentiels cliniques, pharmacologiques ou réglementaires. Leur force réside dans leur capacité à produire des décisions traçables, ce qui en fait des outils particulièrement adaptés aux enjeux de sécurité, de conformité et de justification en pharmacie hospitalière.

    Plusieurs solutions renforcent la sécurité des prescriptions : PharmaClass, Vidal Expert, Vidal Sentinel, DrugCam et Medication Shield exploitent des moteurs à règles pour détecter les contre-indications, les interactions médicamenteuses, les erreurs d’administration ou les redondances thérapeutiques. Ces outils apportent aux pharmaciens hospitaliers des alertes contextualisées à partir de bases de connaissances validées.

    Dans le champ de la conformité des achats et de la régulation budgétaire, ControlCheck mobilise un moteur de règles métier pour identifier les écarts de prix, les anomalies dans les processus d’approvisionnement, et assurer la conformité avec les politiques d’achat hospitalières.

    2 autres solutions s’attachent à l’analyse structurée des traitements : Posos et Serialized Product Intelligence utilisent des bases de données pharmacologiques et thérapeutiques pour comparer les ordonnances aux référentiels existants, renforçant ainsi la qualité de la validation pharmaceutique.

    Des solutions comme ConcilIA, développée au CHU de Reims, appliquent également des règles de décision pour automatiser la conciliation médicamenteuse à l’entrée ou à la sortie du patient, un enjeu majeur de sécurité dans les transitions de soins.

    Enfin, Bimedoc repose lui aussi sur une architecture hybride, combinant des règles cliniques validées avec des modules intelligents, afin de fournir une assistance robuste aux pharmaciens dans l’analyse, la rédaction et la validation des prescriptions hospitalières.

    Cartographie des solutions d’IA disponibles pour les PUI en France :

     

  • IA & handicap : 13 cas d’usage de l’IA pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap

    5 catégories de cas d’usage de l’IA pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap

    L’intelligence artificielle est devenue un levier majeur pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Qu’il s’agisse de reconnaissance visuelle, de transcription automatique, d’aide à la mobilité ou de stimulation cognitive, l’IA transforme la manière dont les individus interagissent avec leur environnement. Cette étude explore les principaux cas d’usage de l’IA pour l’accessibilité et met en avant les solutions les plus innovantes dans chaque domaine.

    5 catégories de cas d’usage ont été relevés :

    • Aide à la perception visuelle et à la lecture ;
    • Mobilité et assistance à la navigation ;
    • Communication et accessibilité auditive ;
    • Interfaces cerveau-machine et rééducation motrice ;
    • Aide aux troubles cognitifs et neurologiques.

    Aide à la perception visuelle et à la lecture

    1.1. Reconnaissance et description d’images pour les malvoyants :

    L’IA permet aux personnes malvoyantes ou aveugles d’obtenir une description sonore de leur environnement. La vision par ordinateur couplée au traitement du langage naturel (NLP) identifie objets, couleurs, textes et visages pour faciliter la navigation autonome.

    1.2. Lecture de texte en temps réel pour les malvoyants :

    L’OCR (Reconnaissance Optique de Caractères) associé au NLP convertit les textes écrits en format audio. Cela permet aux malvoyants de lire des documents, des panneaux ou des étiquettes de produits.

    Mobilité et assistance à la navigation

    2.1. Aide à la navigation en milieu urbain pour les malvoyants :

    Les modèles d’IA embarquée et de machine learning permettent une navigation autonome en analysant l’environnement et en guidant l’utilisateur.

    2.2. Exosquelettes et assistance biomécanique pour les personnes à mobilité réduite :

    L’IA facilite la rééducation motrice et la récupération d’une mobilité partielle grâce à des exosquelettes adaptatifs.

    Communication et accessibilité auditive

    3.1. Transcription en temps réel pour les personnes sourdes et malentendantes :

    Les modèles Speech-to-Text convertissent instantanément les conversations orales en texte.

    3.2. Accessibilité téléphonique pour les malentendants :

    Certaines applications transcrivent en temps réel les conversations téléphoniques.

    3.3. Assistance vocale personnalisée pour les personnes ayant des troubles de la parole :

    Des algorithmes avancés permettent de reconnaître et transcrire les voix affectées par des troubles du langage.

    3.4. Synthèse vocale personnalisée :

    Les avancées en deep learning et speech synthesis permettent de recréer la voix d’un utilisateur pour la synthétiser. Interfaces cerveau-machine et rééducation motrice

    4.1. Contrôle d’ordinateurs et de dispositifs par la pensée :

    Les interfaces cerveau-machine (BCI) utilisent des signaux neuronaux pour commander des appareils.

    4.2. Rééducation neurologique assistée par IA :

    La combinaison de l’IA et de la réalité virtuelle permet une rééducation cognitive et motrice.

    Aide aux troubles cognitifs et neurologiques

    5.1. Stimulation et évaluation des capacités cognitives :

    L’IA analyse les performances cognitives et propose des exercices personnalisés.

    5.2. Assistance aux enfants avec des troubles du développement :

    Les algorithmes d’IA adaptent les interactions aux enfants atteints de troubles du spectre autistique.

    5.3. Assistance conversationnelle pour les personnes âgées et atteintes de troubles cognitifs :

    Des assistants IA interactifs accompagnent les personnes souffrant de solitude ou de troubles cognitifs.


    Cartographie des cas d’usage de l’IA pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap :

    Cartographie des cas d'usage de l'IA pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap - ©Health & Tech Intelligence
    Cartographie des cas d’usage de l’IA pour l’accessibilité des personnes en situation de handicap – ©Health & Tech Intelligence