Analyse

  • USA : RFK Jr. veut interconnecter les données de santé des américains pour les rendre exploitables par l’IA

    Sortir les données de santé de leurs silos

    Le constat formulé par Robert Francis Kennedy Jr. est celui d’un système de données trop fragmenté. Les informations produites par les agences fédérales et les États restent aujourd’hui réparties entre plusieurs bases, avec des formats et des variables qui ne sont pas toujours homogènes. Le secrétaire à la Santé veut rapprocher notamment les données de la FDA, du CDC et de Medicare/Medicaid, mais aussi les dossiers médicaux électroniques, les prescriptions et les données de remboursement.

    Cette logique vise à reconstruire une vision longitudinale du patient plutôt qu’à analyser chaque donnée séparément. Pour Kennedy, le croisement de ces informations doit permettre d’étudier plus rapidement les facteurs associés aux maladies chroniques et de renforcer la surveillance en conditions réelles. Le secteur privé est également appelé à contribuer à cette interconnexion : il cite notamment HealthVerity, capable de rapprocher données d’assurance, prescriptions, analyses biologiques et dossiers médicaux.

    L’IA comme couche d’exploitation :

    L’autre volet de la stratégie consiste à utiliser l’IA pour analyser ces volumes de données. Kennedy affirme que des recherches auparavant longues peuvent être réalisées beaucoup plus rapidement grâce aux modèles capables de parcourir des millions de dossiers et d’identifier des corrélations.

    L’intérêt du projet se situe donc moins dans la constitution d’une nouvelle base que dans la création d’une infrastructure de données interopérable sur laquelle des outils d’IA pourraient effectuer des analyses à grande échelle. Le gouvernement américain entend ainsi rapprocher collecte, croisement et exploitation des données dans un même continuum de recherche.

    Cette ambition pose néanmoins une question centrale : une multiplication des croisements ne produit de valeur scientifique que si les données sont comparables, correctement documentées et accessibles dans un cadre méthodologique robuste.

    Permettre aux données d’être utilisée par des centaines de chercheurs

    Kennedy souhaite également rendre ces données « research ready » et permettre à des centaines de chercheurs externes de travailler sur ces jeux de données. Il défend une réduction des obstacles à l’accès aux données détenues par certaines infrastructures fédérales, tout en présentant cette ouverture comme un moyen d’accélérer l’évaluation des hypothèses de recherche.

    Le principal défi devient alors celui de la gouvernance. Plus les bases sont rapprochées, plus les conditions d’accès, de confidentialité et de contrôle des usages deviennent structurantes. Le modèle esquissé par le Département de la santé et des services sociaux des États-Unis (HHS) repose donc sur un changement d’échelle : faire de l’interopérabilité des données un préalable à une recherche augmentée par l’IA.

    L’enjeu sera désormais de transformer cette vision en infrastructure opérationnelle, sans que l’ouverture des données ne compromette les exigences de protection des informations de santé et de qualité scientifique.

    Source : The Guardian, 30 septembre 2026 – fiabilité : presse

  • Cybersécurité : la transposition de NIS 2 arrive en séance à l’Assemblée nationale le 7 octobre 2026

    L’agenda de l’Assemblée prévoit aussi une séance sur ce texte le vendredi 9 octobre. Le projet transpose trois directives européennes : NIS 2 (sécurité des réseaux et des systèmes d’information), REC (résilience des entités critiques) et DORA (résilience opérationnelle numérique du secteur financier).

    Le texte est examiné en première lecture. Déposé au Sénat le 15 octobre 2024 avec engagement de la procédure accélérée, il a été adopté par les sénateurs le 12 mars 2025, puis par la commission spéciale de l’Assemblée le 10 septembre 2025 (texte n° 1779-A0, 505 amendements déposés). Il attendait depuis un an son inscription en séance. La date limite de transposition de NIS 2 était fixée au 17 octobre 2024 ; la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l’UE contre la France en juillet 2026.

    Un point de désaccord subsiste sur l’article 16 bis, introduit au Sénat. Il interdit d’imposer aux fournisseurs de services de chiffrement des dispositifs qui affaiblissent volontairement la sécurité des communications, comme des clés de déchiffrement maîtresses. La Commission supérieure du numérique et des postes l’avait identifié comme le point de blocage politique du texte.

    Pour la santé, NIS 2 étend les obligations de gestion des risques et de notification des incidents aux « entités essentielles » et « importantes » : établissements de santé, laboratoires, fabricants de dispositifs médicaux critiques, éditeurs et hébergeurs, sous la supervision de l’ANSSI. L’agence a estimé à près de 15 000 le nombre d’entités concernées en France, dans 18 secteurs.

    Le calendrier reste serré : l’examen du budget 2027 doit débuter le 13 octobre à l’Assemblée, et une navette avec le Sénat suivra la première lecture. Les décrets d’application fixeront ensuite les seuils et les délais applicables aux établissements et aux industriels.

    Source : Assemblée nationale, dossier législatif et ordre du jour de la séance publique (consultés le 30 septembre 2026) ; Next, 23 septembre 2026 – fiabilité : officielle ; calendrier susceptible d’évoluer.

  • [Décryptage] Epic, Oracle et OpenAI intègrent l’IA au cœur du DPI des hôpitaux américains

    Selon une synthèse publiée par Becker’s Hospital Review le 22 septembre 2026, Epic, Oracle Health et OpenAI ont multiplié en août et en septembre 2026 les annonces d’outils d’IA intégrés au dossier patient informatisé (DPI), le logiciel dans lequel les soignants consultent et complètent le dossier de leurs patients. Ces outils vont de l’aide à la documentation aux agents d’IA capables d’exécuter des tâches. Plusieurs établissements américains, dont Providence (51 hôpitaux) et Inspira Health, les déploient déjà à grande échelle.

    Pourquoi cela compte : l’IA ne s’ajoute plus à côté du DPI, elle s’installe à l’intérieur. Pour les établissements, la question devient de choisir quels outils activer, et à quel coût. Pour les start-up et les industriels, il s’agit de s’intégrer au DPI plutôt que de le contourner, sous peine de rester en dehors des outils quotidiens des soignants.

    Trop d’outils pour tout tester : les établissements doivent prioriser

    Selon Clara Lin (directrice de l’information médicale de Seattle Children’s), Epic publierait trop d’outils d’IA pour que l’établissement puisse les tester un par un. Chaque activation demande en effet du paramétrage, de la formation et un suivi. L’hôpital retient donc d’abord les outils dont il attend le retour le plus élevé. Providence montre l’intérêt de mesurer tôt : selon le groupe, les soignants ont accepté 84 % des brouillons générés par l’IA sur 14 flux de travail, dès la première semaine après sa mise à niveau d’Epic. Un indicateur simple, suivi tôt, permet de décider rapidement de poursuivre ou d’arrêter.

    IA native du DPI ou outil tiers : un arbitrage en coût complet

    Providence indique vouloir regrouper davantage de fonctions dans Epic plutôt que de multiplier les solutions ponctuelles. La raison tient au coût : chaque outil tiers demande sa propre interface, sa maintenance, son contrat et sa formation. Oracle Health a d’ailleurs ajouté en août un codage automatisé des actes et une relecture des dossiers par l’IA, puis lancé en septembre un agent destiné aux infirmiers. D’autres responsables continuent cependant d’utiliser des outils tiers lorsqu’ils estiment que ceux-ci offrent des capacités que l’éditeur du DPI ne propose pas encore. Les établissements n’entendraient donc pas confier toute leur stratégie d’IA à leur éditeur, mais combiner les deux. Les solutions tierces qui se contentent de reproduire une fonction native apparaissent les plus exposées.

    Pour les start-up, le DPI devient le canal d’accès aux soignants

    OpenAI a ajouté en septembre une intégration Epic à ChatGPT for Healthcare, avec UCSF Health comme partenaire pilote. Les soignants autorisés peuvent y importer notes, résultats d’analyses, traitements et comptes rendus de spécialistes, ou utiliser l’outil directement dans Epic. L’intégration fonctionne en lecture seule : elle n’écrit rien dans le dossier, que seul le soignant continue de modifier. Qu’un acteur de cette taille passe par le DPI est un signal. Une IA non intégrée au DPI serait « comme un assistant compétent assis hors de la salle ».

    Des agents d’IA conçus par les établissements eux-mêmes

    Un agent d’IA ne se contente pas de répondre à une question : il enchaîne des tâches, par exemple repérer, vérifier et signaler. Vingt-cinq établissements ont participé en septembre au deuxième Build-a-Thon de l’Agent Factory d’Epic, un environnement conçu pour construire, suivre et évaluer ces agents. Les projets visaient notamment à repérer les patients exposés à une annulation d’intervention ou à vérifier les demandes de renouvellement d’ordonnance au regard des protocoles. Ces cas ont un point commun : ils sont fréquents et encadrés par des règles, donc vérifiables. Leur réussite suppose toutefois des compétences internes et une gouvernance capable d’en suivre les résultats.

    Côté patient, la traçabilité des réponses comme condition de confiance

    Sutter Health a été le premier établissement à mettre en service Emmie, l’assistant d’Epic pour les patients. Community Health Network l’a ensuite lancé dans le portail MyChart. Emmie répond à des questions sur les informations déjà présentes dans le dossier et oriente vers des actions comme la prise de rendez-vous. Le portail d’Oracle Health, disponible depuis août, explique le dossier en langage courant et cite les informations utilisées. Ce dernier point est central : un patient ne peut pas juger seul de l’exactitude d’une explication médicale, et la citation lui permet de la vérifier.

    Un déploiement réel, un impact encore à démontrer

    Inspira Health a lancé Epic dans tous ses établissements le 27 juillet 2026 et activé plus de 50 outils d’IA dès le premier jour. Les chiffres disponibles mesurent toutefois l’adoption (nombre d’outils, taux d’acceptation), et non les effets sur le temps soignant, la qualité ou la sécurité des soins. Ils restent en outre déclaratifs. En Europe, les obligations du règlement européen sur l’IA pour les systèmes à haut risque ont été reportées au 2 décembre 2027, et au 2 août 2028 pour l’IA intégrée à des produits réglementés comme les dispositifs médicaux . Ce délai permet d’inscrire ces exigences dans les cahiers des charges.

    Ce que cela change

    Établissements de santé : l’IA devient un portefeuille à piloter, avec des critères de priorisation et des indicateurs mesurés dès le déploiement. Chaque outil tiers gagne à être comparé à la feuille de route IA de l’éditeur du DPI.
    Start-up et industriels : l’intégration au DPI devient une priorité produit. Leur place se jouera sur les fonctions que l’éditeur ne couvre pas encore.
    Éditeurs de DPI : ils renforcent leur rôle de plateforme, mais devront démontrer la valeur de leurs outils.
    Pouvoirs publics : il reste à organiser l’évaluation de l’impact réel de ces outils, et pas seulement de leur taux d’adoption.

    Source : Becker’s Hospital Review (22 septembre 2026) · fiabilité : presse.

  • Prix du médicament : MedFrance signe son premier accord-cadre avec le CEPS

    MedFrance, syndicat du médicament créé il y a six mois, a signé un accord-cadre avec le Comité économique des produits de santé. La signature a eu lieu le 28 septembre, en présence des ministres Stéphanie Rist, Sébastien Martin et David Amiel.

    Selon le syndicat, l’accord comporterait deux avancées : la prise en compte de la sécurité d’approvisionnement dans le prix et une fin de régulation datée pour les médicaments matures.

    Le prix d’un médicament essentiel déjà commercialisé pourrait être revalorisé s’il renforce la sécurité d’approvisionnement. La souveraineté devient un argument de négociation tarifaire. Les industriels concernés ont intérêt à identifier dès maintenant les références susceptibles d’en bénéficier.

    Selon MedFrance, l’accord permettrait donc au CEPS de revaloriser le prix de certains médicaments essentiels déjà sur le marché, lorsqu’ils contribuent à renforcer la sécurité d’approvisionnement. Le syndicat présente cette mesure comme une demande portée de longue date par ses adhérents.

    Cette mesure répond à un problème économique. Un médicament ancien, vendu à bas prix, peut devenir peu rentable à fabriquer, en particulier lorsque la production est implantée en France ou en Europe, où les coûts sont plus élevés. Le risque est alors que sa production soit réduite ou arrêtée, ce qui fragilise l’approvisionnement. En permettant de relever le prix, l’accord reconnaît que l’implantation industrielle a une valeur pour le système de santé. Les critères précis d’éligibilité et l’ampleur possible des revalorisations restent à connaître.

    Médicaments matures : une fin de régulation fixée à dix ans après le premier générique

    Leur prix fait l’objet de baisses successives décidées par le CEPS. Selon MedFrance, l’accord rendrait cette trajectoire plus prévisible : la régulation s’achèverait dix ans après la commercialisation du premier générique.

    Ce faisant, un industriel qui sait quand les baisses de prix s’arrêteront peut mieux évaluer la rentabilité d’un produit sur la durée. Il peut donc décider plus facilement de maintenir une ligne de production ou d’y investir.

    MedFrance souligne que l’accord n’est pas « parfait ». Le syndicat regrette l’instauration d’une forte baisse de prix au moment de la perte d’exclusivité, c’est-à-dire quand le brevet expire et que les génériques peuvent entrer sur le marché. Il regrette aussi l’absence de prise en compte des coûts réglementaires dans le prix du médicament.

    La signature intervient six mois seulement après la création de MedFrance. Le syndicat rassemblerait une quarantaine de PME et ETI dont la production est majoritairement européenne.

    Source : MedFrance, publication LinkedIn (28 septembre 2026) · fiabilité : Déclarative.

  • États-Unis : la FDA publie un projet de guide pour l’autorisation des robots chirurgicaux

    La FDA américaine a annoncé le 24 septembre 2026 un projet de guide intitulé « Robotically-Assisted Surgical Devices — Premarket Submissions ». Le texte formule des recommandations sur les essais non cliniques, les données cliniques et l’étiquetage attendus dans les dossiers déposés avant la mise sur le marché de certains robots chirurgicaux. Les commentaires sont ouverts jusqu’au 24 novembre 2026 sous la référence FDA-2026-N-9505, et un atelier public sur les robots autonomes ou téléopérés à distance se tiendra les 2 et 3 décembre 2026.

    Ce qui change là-bas

    Selon le projet, la FDA recommande une évaluation de cybersécurité, tests d’intrusion compris, portant sur tous les équipements qui communiquent avec le robot. Elle attend aussi un programme de formation validé, destiné aux chirurgiens et aux autres membres de l’équipe du bloc. Le texte introduit une logique d’intervention de référence : les données cliniques obtenues sur une intervention peuvent couvrir d’autres interventions de la même catégorie, sans nouveaux essais in vivo, ce qui limite le coût des preuves à produire. Le guide exclut deux catégories : les robots téléopérés à distance et les robots autonomes qui réalisent une part importante de l’intervention sans praticien qualifié. Seuls les robots pilotés par un chirurgien présent au bloc sont visés.

    Ce qui existe déjà ici

    En Europe, les robots chirurgicaux relèvent du règlement (UE) 2017/745 sur les dispositifs médicaux : marquage CE délivré par un organisme notifié, évaluation clinique et surveillance après commercialisation. Deux guides du groupe de coordination des dispositifs médicaux (MDCG) s’appliquent à eux sans les nommer : MDCG 2019-16 sur la cybersécurité (révisé en juillet 2020) et MDCG 2020-5 sur l’équivalence en évaluation clinique (avril 2020). Aucun document européen ne décrit les preuves attendues pour un robot chirurgical en particulier (à vérifier auprès du MDCG). En France, l’ANSM surveille le marché et la HAS évalue les actes robot-assistés pour leur prise en charge.

    Transposabilité France / Europe

    Le mécanisme est applicable à cadre constant : un guide du MDCG dédié aux robots chirurgicaux ne demande aucune modification du règlement. La logique d’intervention de référence suppose que le MDCG précise comment étendre une évaluation clinique d’une intervention à une autre, au-delà de l’équivalence entre dispositifs décrite dans MDCG 2020-5. La condition manquante est un acteur qui porte le sujet : le MDCG, un organisme notifié ou l’ANSM.

    Pourquoi cela compte : les industriels européens qui visent le marché américain connaissent désormais la liste des preuves attendues et ont jusqu’au 24 novembre pour la discuter. Pour les établissements français, le texte donne une grille de lecture, cybersécurité et formation du bloc comprises, que les organismes notifiés n’ont pas encore formalisée.

    Source : FDA, Center for Devices and Radiological Health, projet de guide sur les robots chirurgicaux (24 septembre 2026) · fiabilité : officielle.

    Transposabilité France / Europe : T3 · à cadre constant (conditions : (1) un guide du MDCG dédié aux robots chirurgicaux, sans texte nouveau ; (2) une interprétation du MDCG sur l’extension d’une évaluation clinique entre interventions ; (3) un porteur désigné, MDCG, organisme notifié ou ANSM).

  • EEDS : la Commission adopte trois actes d’exécution, applicables de 2027 à 2029

    La Commission européenne a adopté les 18 et 21 septembre 2026 trois règlements d’exécution du règlement (UE) 2025/327 relatif à l’espace européen des données de santé (EEDS), publiés au Journal officiel de l’Union européenne les 21 et 22 septembre 2026. Ils portent sur :

    Selon la Délégation au numérique en santé/DGRINES, qui a porté la position française, ces textes précisent les exigences du règlement.

    Pourquoi cela compte : l’EEDS dispose désormais d’exigences techniques précises et datées, qui permettent aux établissements et aux éditeurs de planifier et de budgéter leur mise en conformité. Les chantiers prioritaires portent sur l’authentification des soignants, l’acceptation du portefeuille européen d’identité numérique et la description des jeux de données, avec de premières obligations en 2029.

    Un calendrier échelonné de 2027 à 2032

    Les textes sur l’identification et MaSanté@UE s’appliquent à partir du 26 mars 2027, celui sur les métadonnées à partir du 26 mars 2029. Chaque État membre devra notifier à la Commission, au plus tard le 26 mars 2028, la liste des données permettant d’identifier un patient dans un autre pays. Les échanges obligatoires via MaSanté@UE débuteront le 26 mars 2029 pour les dossiers de patients et les ordonnances, puis le 26 mars 2031 pour l’imagerie, la biologie et les comptes rendus de sortie d’hôpital.

    Authentification des soignants : le niveau « élevé » exigé en 2032

    Le niveau de garantie mesure la fiabilité de la vérification d’identité. Pour les professionnels qui demandent un échange, le niveau « substantiel » du règlement eIDAS suffit dans un premier temps. Le niveau « élevé », le plus exigeant, deviendra obligatoire le 26 mars 2032 (le 26 mars 2030 pour l’identification des patients en ligne). L’écart à combler serait important : selon l’Agence du numérique en santé, les authentifications délivrées aujourd’hui par Pro Santé Connect sont de niveau eIDAS faible. Dès le 26 mars 2029, les soignants devront aussi accepter les attributs d’identification présentés via le portefeuille européen d’identité numérique du patient.

    Vingt-sept éléments de métadonnées pour décrire les jeux de données

    Tout détenteur de données de santé devra décrire ses jeux de données selon 27 éléments minimaux (droits d’accès, systèmes de codage, variables, nombre d’individus uniques, provenance…). Ces éléments seront exprimés dans le profil HealthDCAT-AP géré par la Commission, et les descriptions devront être vérifiées au moins une fois par an. L’enjeu est la visibilité : un jeu de données mal décrit dans les catalogues, reliés au catalogue de l’Union, sera difficilement repérable par un chercheur ou un industriel.

    Les correspondances de terminologies restent à la charge des États

    La Commission fournira un service terminologique central, d’usage facultatif. La traduction et la mise en correspondance des systèmes de codage nationaux avec le format européen d’échange, ainsi que leur mise à jour, incombent en revanche aux États membres. Ce travail, qui conditionne la compréhension d’une donnée codée en France par un soignant étranger, suppose des moyens.

    Chaque point de contact national devra passer un contrôle de conformité avant d’échanger des données, puis tous les cinq ans. Toute constatation appelle un plan d’action sous quinze jours ouvrables, et tout incident important doit être notifié sous 24 heures.

    Des échanges ont déjà lieu, sur une base volontaire, via l’infrastructure créée en 2019, mais les textes ne fournissent aucun volume. Selon un document de la Commission de juin 2024, les résumés patients restaient peu échangés, faute de jeu de données complet. Le cadre juridique est mûr, la valeur clinique reste à démontrer.

    Source : Commission européenne, règlements d’exécution (UE) (18 et 21 septembre 2026) – fiabilité : officielle.

  • UK : le NHS confie à Netcompany plus de 215 M£ pour moderniser ses services de dépistage

    Netcompany a annoncé le 3 septembre 2026 un partenariat de plus de 215 millions de livres avec le NHS England pour moderniser les services numériques de sept programmes nationaux de dépistage des adultes en Angleterre, représentant environ 15 millions d’invitations annuelles. Le marché a démarré le 1er septembre pour trois ans, avec deux prolongations possibles d’un an, selon PublicTechnology qui cite le contrat (PublicTechnology, 17 septembre 2026).

    Pourquoi cela compte : le marché finance le fonctionnement et le renouvellement des outils numériques du dépistage, pas seulement des essais d’IA. Il prolonge une transformation déjà engagée des invitations, du suivi des participants et de l’organisation des rendez-vous.

    Des programmes existants, une participation incomplète

    En Angleterre, les trois dépistages organisés des cancers présentent des niveaux de participation ou de couverture différents, mesurés sur des périodes distinctes.

    Programme Situation de départ documentée
    Sein En 2024-2025, 70,6 % des femmes invitées de 50 à 70 ans ont participé dans les six mois ; 63,6 % lors d’une première invitation (NHS England, 19 février 2026).
    Col de l’utérus Le NHS rapporte 68,8 % de femmes éligibles à jour et environ quatre millions non à jour, dans son annonce du 25 août 2026.
    Colorectal La couverture des 60-74 ans atteint 72,9 % en 2024-2025 ; ce périmètre statistique ne couvre pas toute la population désormais éligible.

    À l’échelle du Royaume-Uni, Macmillan estime à environ 3,5 millions en 2025 le nombre de personnes vivantes ayant reçu un diagnostic de cancer au cours de leur vie, tous cancers confondus. Cette prévalence inclut les personnes après traitement.

    Des invitations multicanales, pas exclusivement numériques

    Le principe est de privilégier l’application NHS App, tout en conservant des solutions non numériques. Pour le sein, le parcours décrit en février 2026 prévoit un message dans l’application, puis un SMS si le message n’est pas lu sous 24 heures ou si la personne n’utilise pas l’application, et une lettre si le SMS n’est pas reçu.

    Il ne s’agit donc pas d’envoyer systématiquement chaque invitation sur tous les canaux : les modalités varient selon le programme. À Londres, depuis février 2026, les personnes éligibles ayant déjà participé au dépistage colorectal reçoivent leur pré-invitation par l’application, avec un courrier de remplacement après 39 heures sans ouverture, ou si le message numérique ne peut être envoyé).

    Un ciblage par éligibilité et historique de dépistage

    Les règles nationales demeurent : invitation au dépistage du sein de 50 ans jusqu’au 71e anniversaire tous les trois ans ; dépistage colorectal de 50 à 74 ans tous les deux ans ; dépistage du col de 25 à 64 ans tous les cinq ans, avec un suivi rapproché selon les résultats antérieurs. Le NHS documente aussi des actions renforcées dans les territoires où la participation est faible.

    Depuis le 25 août 2026, l’offre nationale d’auto-prélèvement pour rechercher les papillomavirus humains (HPV) cible d’abord les 30-65 ans n’ayant pas participé après de précédentes invitations. Après invitation par application, SMS, courriel ou lettre, la personne commande son kit ; un résultat positif conduit à un prélèvement clinique complémentaire.

    L’IA en évaluation pour lire les images et organiser leur lecture

    Le marché prévoit de soutenir des essais de lecture de mammographies et d’autres images par l’IA, sans préciser les autres examens concernés ni annoncer un déploiement généralisé. Les invitations et la sélection des populations sont décrites comme des services numériques, sans être explicitement attribuées à l’IA.

    En parallèle, l’essai britannique EDITH, en recrutement et visant 660 000 femmes dans environ 30 centres, compare la double lecture humaine à deux modalités d’assistance par IA (registre ISRCTN).

    • Seconde lecture : après un premier lecteur humain, l’IA recherche des signes de cancer qui auraient pu lui échapper, à la place du second lecteur.
    • Tri préalable : l’IA évalue la probabilité de cancer sur les mammographies ; les images à faible probabilité sont lues par un expert, celles à probabilité élevée par deux experts, avec arbitrage humain des désaccords.

    Toutes les images restent examinées par un professionnel ; l’étude mesurera les cancers détectés, les rappels pour examens complémentaires, les cancers apparus entre deux dépistages, la charge de travail et les coûts. Ces effets restent à évaluer.

    Qui finance quoi ?

    Le NHS England est l’acheteur des prestations numériques : exploitation, maintenance, nouveaux développements et transition depuis les systèmes existants. Netcompany annonce qu’au moins 33 % des revenus contractuels iront aux petites et moyennes entreprises partenaires : il s’agit d’une part du marché, pas d’un financement supplémentaire.

    Le fonds d’innovation annoncé soutiendra des preuves de concept, mais sa dotation et son montage financier ne sont pas précisés. Les kits d’auto-prélèvement et leur retour postal sont gratuits pour les participantes.

    En France, l’Assurance Maladie assure depuis janvier 2024 les invitations aux trois programmes nationaux de dépistage organisé des cancers (Assurance Maladie, rapport 2024). Les invitations et relances mobilisent le courrier, le courriel et le compte ameli.

     

    Source : Netcompany, annonce du marché (03/09/2026) · fiabilité : déclarative ; PublicTechnology, présentation du contrat (17/09/2026) · fiabilité : presse, contrat non consulté directement ; NHS England et gouvernement britannique, publications opérationnelles et statistiques citées (février-août 2026), ministère britannique de la Santé et Assurance Maladie · fiabilité : officielle ; université de Warwick, information EDITH, et registre ISRCTN81384017, enregistré le 26/11/2025 · fiabilité : protocole et registre d’essai, sans résultats ; Macmillan, prévalence du cancer, estimation 2025 · fiabilité : estimation documentée. Sources consultées le 27/09/2026.

  • États-Unis : le codage assisté par IA aurait coûté 942 M$ aux assureurs Blue Cross

    Le 24 septembre 2026, la Blue Cross Blue Shield Association (BCBSA), qui fédère des assureurs couvrant un Américain sur trois, a publié une analyse de ses données de remboursement. Selon elle, la hausse des séjours hospitaliers codés comme médicalement complexes aurait généré environ 942 millions de dollars de dépenses supplémentaires entre 2023 et 2025, sans signe d’évolution correspondante des soins délivrés. L’association relie ce phénomène à la diffusion des outils d’IA de codage, utilisés selon elle par plus de 60 % des systèmes hospitaliers.

    Si l’IA fait progresser le codage plus vite que les soins, les recettes qu’elle génère deviennent contestables. Pour un hôpital, chaque diagnostic suggéré par un outil doit pouvoir être justifié par une prise en charge réelle.

    Un diagnostic codé sans soin associé devient un risque pour l’hôpital

    Pendant un séjour, les diagnostics secondaires peuvent faire passer le séjour dans une catégorie mieux remboursée. Selon la BCBSA, ils représenteraient 70 % des surcoûts, soit plus de 650 millions de dollars.

    Certains de ces diagnostics peuvent reposer sur un seul résultat d’analyse, comme une prise de sang. L’IA, qui lit tout le dossier, les repère facilement. Exemple : après une chirurgie lourde de l’intestin, les hôpitaux codent beaucoup plus d’anémies, mais ne font pas plus de transfusions. Pour la BCBSA, les patients ne sont donc pas plus malades : l’IA trouverait seulement plus de diagnostics à facturer.

    Cette lecture de payeur désigne la première cible d’un contrôle : un diagnostic sans soin correspondant. Avant de déployer un outil de codage assisté, un établissement a intérêt à demander à l’éditeur sur quels critères cliniques repose chaque suggestion. Il doit aussi s’assurer que le médecin DIM garde la validation finale.

    Ce que cela change

    • Établissements et DIM : l’IA de codage doit s’accompagner d’une gouvernance, avec validation humaine, traçabilité de l’origine de chaque suggestion et contrôle interne de cohérence entre diagnostics et soins.
    • Éditeurs et HealthTech : la capacité à documenter la justification clinique des codes proposés devient un argument commercial, et potentiellement une exigence des acheteurs.
    • Payeurs et Assurance maladie : l’analyse croisée des diagnostics et des traitements offre une méthode simple pour repérer les séjours à contrôler.

    Source : Blue Cross Blue Shield Association, communiqué et livre blanc « AI Coding Intensity » (24 septembre 2026) · fiabilité : déclarative.

  • État de l’Union 2026 : la santé prioritaire pour l’IA, un plan européen contre les canicules annoncé

    La santé figure parmi les cinq secteurs retenus pour accélérer l’usage de l’IA industrielle, avec les transports, l’agroalimentaire, l’industrie manufacturière avancée et la défense et l’espace. Dans son discours sur l’état de l’Union du 16 septembre, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, fixe à novembre l’annonce des initiatives sectorielles. Les États membres, les eurodéputés, les industriels et les entrepreneurs seront invités à y participer.

    La mammographie comme cas d’usage

    La présidente prend le dépistage du cancer du sein comme exemple : l’IA doit aider à détecter davantage de cancers, plus tôt, et soutenir les choix diagnostiques et thérapeutiques des médecins. Elle défend une assistance aux professionnels, et non leur remplacement.

    Dans sa réaction au discours, le commissaire à la Santé Olivér Várhelyi rattache cette priorité au paquet santé proposé le 16 décembre 2025. Le Biotech Act vise à accélérer les autorisations d’essais cliniques entre pays et à faciliter l’accès des entreprises aux investissements. La révision des règles sur les dispositifs médicaux prévoit notamment la numérisation des procédures et des délais plus prévisibles pour les évaluations de conformité. Le plan Safe Hearts prévoit aussi de mobiliser l’IA et les outils numériques pour la prévention, la détection et le traitement des maladies cardiovasculaires. Várhelyi y associe l’Espace européen des données de santé pour la réutilisation des données en recherche et en innovation.

    Canicules : préparer les soins primaires, l’hôpital et les urgences

    Ursula von der Leyen annonce également un plan européen contre les canicules, avec quatre priorités : alerte précoce, préparation sanitaire, adaptation et rafraîchissement urbains, protection des personnes vulnérables. Elle évoque des hôpitaux et des établissements pour personnes âgées exposés à des températures dangereuses pendant l’été.

    L’avis adopté le 30 juillet 2026 par le Comité de sécurité sanitaire précise plusieurs mesures d’organisation : tester régulièrement les plans chaleur-santé, coordonner les autorités sanitaires et la protection civile, et former les soignants aux pathologies liées à la chaleur. Il recommande une coordination entre soins primaires, hôpitaux et services d’urgence pour absorber les hausses de fréquentation.

    Les recommandations portent aussi sur le suivi des stocks de solutés intraveineux, de solutions de réhydratation et de dispositifs de refroidissement. Elles prévoient de respecter les conditions de stockage des médicaments et dispositifs médicaux, et d’adapter les traitements lorsque la situation clinique le justifie, notamment pour les patients atteints de maladies chroniques.

    Sources : discours sur l’état de l’Union, 16 septembre 2026 ; avis du Comité de sécurité sanitaire, 30 juillet 2026 (fiabilité : officielle) ; publication d’Olivér Várhelyi sur LinkedIn (fiabilité : déclarative).

  • CBA rachète SIL-LAB Innovations et Medicalib, premières acquisitions de ses 40 ans d’histoire

    CBA, éditeur de logiciels de gestion pour les professionnels de santé libéraux, a annoncé en septembre l’acquisition de SIL-LAB Innovations et de Medicalib, plateforme de mise en relation entre patients et soignants pour les rendez-vous à domicile. L’entreprise franchit ainsi pour la première fois le cap de la croissance externe. Selon l’annonce, l’objectif serait de réunir dans un même écosystème la prise de rendez-vous, la coordination des soins, la gestion des prélèvements, la facturation et la comptabilité des soignants libéraux.

    Pourquoi cela compte : l’acteur qui organise la prise de rendez-vous capte à la fois la relation avec le patient et l’activité du soignant. En s’emparant de ce point d’entrée, CBA pourrait proposer une offre groupée plus difficile à concurrencer.

    Un éditeur de gestion qui remonte vers le patient

    Le cœur de métier historique de CBA se situe après le soin : télétransmission, facturation, comptabilité. L’entreprise compte près de 40 000 utilisateurs, principalement infirmiers et kinésithérapeutes. Avec Medicalib, elle se positionne en amont, au moment où le patient cherche un soignant. L’acteur qui contrôle ce point d’entrée capte à la fois la relation avec le patient et le flux d’activité du soignant, ce qui lui permet de proposer une offre groupée plus difficile à concurrencer.

    Prélèvements à domicile : relier le soignant et le laboratoire

    SIL-LAB Innovations commercialiserait une application et une plateforme reliant les préleveurs mobiles, dont les infirmiers libéraux, aux laboratoires de biologie médicale. Ce maillon est souvent fragmenté : l’infirmier réalise la prise de sang au domicile, puis transmet ordonnance, identification des tubes et informations patient au laboratoire, qui utilise ses propres outils. Chaque ressaisie crée un risque d’erreur et une perte de temps. Relier ces données au logiciel que l’infirmier utilise déjà pour facturer pourrait limiter les doubles saisies. Le bénéfice dépendra toutefois de la compatibilité avec les systèmes informatiques de chaque laboratoire, que l’annonce ne détaille pas.

    Une concentration de données qui appelle des garanties

    Rendez-vous, soins, prélèvements, facturation et comptabilité : l’essentiel de l’activité d’un soignant libéral, et une partie des données de ses patients, serait réuni chez un même fournisseur. Cette intégration peut simplifier le quotidien, mais elle rend un changement de fournisseur plus coûteux en cas de hausse tarifaire, de panne ou de réorientation stratégique. Les questions de réversibilité, de portabilité des données et d’interfaces ouvertes avec des outils tiers deviennent donc déterminantes.

    Ce que cela change

    Pour les soignants libéraux : l’offre pourrait réduire le nombre d’outils à utiliser au quotidien. Avant d’y adhérer, il est utile de vérifier les conditions tarifaires et les garanties de portabilité des données.

    Pour les laboratoires de biologie médicale : ceux qui utilisent SIL-LAB peuvent demander à CBA la feuille de route du service. Les autres peuvent évaluer si l’intégration facilite l’accès aux infirmiers déjà équipés par l’éditeur.

    Source : CBA Informatique Libérale, publication d’annonce (18/09/2026) · fiabilité : communication officielle.