Standardisation des données de santé : Défis, opportunités et typologie proposée
Dans leur article publié le 9 avril 2024 dans le Journal of Medical Internet Research (DOI : 10.2196/55779), Guy Tsafnat, Rachel Dunscombe, Davera Gabriel, Grahame Grieve et Christian Reich explorent les enjeux liés à l’interopérabilité des données en santé numérique. Constatant un écosystème fragmenté et des efforts d’interopérabilité souvent incohérents, les auteurs mettent en évidence les limites d’une prolifération de standards incompatibles. Ils proposent une typologie structurée des besoins en données de santé, articulée autour de trois domaines : les soins cliniques et l’administration, l’échange de données, et l’analyse longitudinale. Chaque domaine est examiné à travers ses caractéristiques propres et les défis qu’il pose, avec des recommandations de conception à la fois générales et spécifiques. L’article souligne l’importance stratégique des standards ouverts pour favoriser une collaboration plus efficace, réduire les inefficacités et garantir des soins de meilleure qualité, tout en s’adaptant aux besoins diversifiés des acteurs de la santé.
Trois domaines clés structurant les données de santé liés au besoin:
Le soin clinique et l’administration :
Les données de santé sont générées pour documenter la prestation de services cliniques à diverses fins, notamment la continuité des soins et la facturation. Un référentiel de dossiers médicaux contenant l’historique complet de chaque patient est nécessaire pour fournir des soins continus et cohérents de manière efficace et efficiente. Étant donné que les soins cliniques manquent parfois d’une base de données probantes solide à partir de laquelle les meilleures pratiques peuvent être glanées, la documentation des soins doit pouvoir traiter un large éventail de types de données, y compris les événements « ponctuels » reflétant des circonstances imprévues chez le patient .
L’objectif principal des normes d’interopérabilité des dossiers médicaux électroniques est de protéger les utilisateurs contre la dépendance vis-à-vis d’un fournisseur, dans laquelle le coût du changement vers un meilleur système dépasse les avantages attendus du changement. Un système de dossiers médicaux électroniques qui utilise une norme ouverte peut remplacer un autre qui utilise la même norme beaucoup plus facilement et avec moins de perturbations pour la pratique clinique que deux systèmes incompatibles où la transformation des données d’un système à l’autre représente la part du lion du coût.
L’échange de données :
Les dossiers médicaux sont utilisés dans la communication entre différents acteurs. Par exemple, la continuité des soins dépend du partage d’informations sur le patient par plusieurs prestataires de soins de santé, et une facturation efficace nécessite le partage d’informations entre prestataires et payeurs. Il est souvent essentiel que les informations soient transmises immédiatement entre les systèmes pour éclairer les décisions urgentes. Les normes de transmission des données de santé devraient pouvoir être organisées en petites quantités qui incluent toutes les informations pertinentes et uniquement celles-ci.
L’objectif principal des normes d’échange de données est la fidélité aux processus opérationnels de soins de santé. Par exemple, l’un des objectifs est de capturer et de représenter fidèlement la terminologie utilisée dans les processus locaux, quelle qu’elle soit, plutôt que de restreindre l’utilisation à une terminologie commune.
L’analyse longitudinale :
Le modèle commun de données (OMOP) du partenariat Observational Medical Outcomes Partnership (OHDSI) est une norme ouverte conçue pour l’interrogation longitudinale des dossiers cliniques. Son utilisation d’un modèle relationnel centré sur le patient le rend adapté aux requêtes complexes sur de nombreux dossiers de patients pour découvrir des modèles et des tendances à l’aide de techniques statistiques et d’apprentissage automatique.
Les exigences de chaque norme de données ne permettant pas de remplacer les autres, des projets d’harmonisation sont menés par des bénévoles de la communauté afin de fournir des transformations standard d’une norme à une autre. Par exemple, la collaboration entre OHDSI et HL7 se manifeste par un groupe de travail commun qui organise des réunions hebdomadaires pour produire un guide de mise en œuvre des algorithmes qui convertissent les données de FHIR à OMOP et d’OMOP à FHIR. Des projets similaires visant à harmoniser openEHR avec OMOP et FHIR avec openEHR fournissent une architecture standard pour une interopérabilité et une réutilisation efficaces des données qui créeront un cercle vertueux de participation croissante de la communauté, d’amélioration des normes et de simplification de l’harmonisation. Ces groupes de bénévoles sont très bénéfiques, non seulement pour les normes auxquelles ils se consacrent, mais aussi pour les systèmes de santé du monde entier.
Praticité, faisabilité et communauté
L’équilibre entre personnalisation et rigidité est un enjeu clé pour l’interopérabilité :
L’adéquation technique d’une norme au problème qu’elle traite est importante, mais la santé numérique et l’interopérabilité des données sont des disciplines appliquées. Les considérations pratiques et sociotechniques, telles que les compétences disponibles, sont aussi importantes, voire plus importantes, que la supériorité technique. Bien qu’aucune norme ne soit parfaite, il existe des différences majeures entre ce que les normes peuvent faire « prêtes à l’emploi » et le degré de personnalisation requis avant de pouvoir les utiliser. Pour assurer l’interopérabilité des données dans la pratique, les normes doivent trouver le bon équilibre entre personnalisation et rigidité. Les données de base pour l’interopérabilité des États-Unis sont un excellent exemple de cet équilibre . Ces définitions d’éléments de données de base sont réglementées pour une utilisation aux États-Unis et peuvent être considérées comme un point médian entre les personnalisations nécessaires à chaque site et la rigidité concernant des éléments de données spécifiques.
L’engagement communautaire , une clé de la durabilité et de l’évolution des normes :
Les normes de données ne sont utiles que dans la mesure où elles sont adoptées par les organisations collaboratrices. Les normes largement utilisées dans la communauté sont donc plus susceptibles d’être bénéfiques pour les organisations qui cherchent à rejoindre des réseaux de collaboration qui utilisent ces normes. L’engagement des communautés qui non seulement utilisent une norme, mais qui y contribuent également et l’améliorent au fil du temps, différencie les normes existantes des normes plus durables. Une communauté activement engagée fera évoluer, au fil du temps, même une norme infantile vers une norme supérieure. Une communauté engagée et dynamique constitue donc un avantage majeur pour la longévité des normes de données qu’elle utilise . Les normes ouvertes ont un net avantage sur les normes propriétaires, car elles sont disponibles pour la contribution d’un public plus large et sont testées dans des environnements plus divers. Inversement, il est généralement plus facile de régir le développement de normes propriétaires, ce qui peut conduire à des cycles d’amélioration plus courts.
L’harmonisation des terminologies : un pilier pour l’interopérabilité agile et efficace :
Un aspect commun à toutes les normes de données, quelle que soit leur application, est l’utilisation de terminologies communes. De nombreuses normes s’appuient sur des terminologies développées indépendamment. Les terminologies peuvent être plates ou ontologiques, spécifiques à un ou à quelques domaines ou plus générales, propriétaires ou ouvertes. En fonction de l’utilisation prévue de la norme et des ressources disponibles, la politique d’inclusion des terminologies dans une norme peut différer. Les normes conçues pour la continuité des soins peuvent autoriser l’utilisation de terminologies externes si elles sont disponibles pour toutes les parties fournissant des soins, tandis que les normes utilisées pour l’exploration de données peuvent limiter leur utilisation aux seules terminologies approuvées. Comme c’est le cas des normes de données, les terminologies bénéficient de communautés actives pour les maintenir à jour. Comme le montrent les différents critères de conception, un système de santé véritablement interopérable et agile qui fournit les meilleurs soins cliniques possibles met en œuvre plusieurs normes. Par exemple, les dossiers standard d’un référentiel d’antécédents médicaux complets peuvent être transformés en une norme pour la transmission et transformés à nouveau lorsqu’ils sont saisis dans un entrepôt de données pour analyse. Une harmonisation systématique entre les normes réduirait ou éliminerait la perte d’informations dans les processus de transformation .
Les auteurs :
- Guy Tsafnat est fondateur et président d’Evidentli Pty Ltd, ainsi qu’éditeur associé du Journal of Medical Internet Research.
- Rachel Dunscombe est directrice générale d’OpenEHR International.
- Grahame Grieve est fondateur de Health Intersections Pty Ltd.
- Christian Reich est directeur général d’Odysseus Data Services.
- Davera Gabriel est employée chez Evidentli et membre du comité consultatif scientifique d’Evidentli.
Abréviations :
| API : interface de programmation d’application |
| FHIR : ressources d’interopérabilité rapide des soins de santé |
| HL7 : Niveau de santé 7 |
| OHDSI : Sciences et Informatique des Données Observationnelles en Santé |
| OMOP : Modèle commun de données du Partenariat pour les résultats |
| RESTful : transfert d’état représentatif |
Pour aller plus loin
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Au programme :
L’interopérabilité est une composante clé pour :
- Optimiser les résultats des soins cliniques.
- Faciliter la continuité des soins entre les professionnels de santé.
- Encourager les usages secondaires des données, comme la recherche et l’innovation.
Avec la participation de Stefan Schraps :
Stefan Schraps : Vice-président Business & Community Management chez Vitagroup et membre actif de openEHR International, Stefan partagera son expérience sur l’application des normes dans les systèmes de santé pour une gestion efficace des données.
Les autres intervenants :
🔹 Anne-Sophie Bouy (Numeum / Cegedim) – Experte en réglementation et présidente de la commission santé.
🔹 Diego Kaminker (HL7 International) – Responsable de la mise en œuvre des standards HL7, comme FHIR et CDA.
🔹 Anne Maheust (Interop’Santé / Use&Share) – Fondatrice de solutions facilitant l’interopérabilité des données dans l’écosystème de santé.
Pourquoi y participer ?
- Découvrir les standards comme FHIR, CDA, et openEHR et leur rôle dans la transformation des systèmes de santé.
- Comprendre comment les normes permettent une meilleure continuité des soins et une valorisation des données.
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