Quel est l’objectif du programme robotique lancé par Elsan?
Myriam Combes : Notre stratégie médicale repose sur plusieurs piliers : l’accessibilité et la proximité, la qualité des soins mesurée objectivement, la formation continue des praticiens, et la construction de la santé de demain. Le programme robotique s’inscrit pleinement dans cette vision.
Il y a d’abord une phase d’équipement, avec un plan d’acquisition ambitieux : 16 robots sur 2024-2025, 6 supplémentaires en 2026, et potentiellement 3 autres en 2027. Mais l’objectif n’est pas uniquement technologique : il est aussi évaluatif. Nous voulons mesurer de façon rigoureuse l’impact de la robotique sur la qualité du geste, la récupération des patients, et l’efficience médico-économique.
Comment Elsan garantit-il l’accessibilité à la chirurgie robotique sur tout le territoire ?
M.C : Elsan est un acteur de santé de proximité : 60 % de nos établissements sont situés dans des villes moyennes, et deux Français sur trois vivent à moins de 40 km d’un établissement Elsan. Cette logique de maillage territorial guide aussi notre déploiement robotique.
Nous avons implanté des robots dans chaque grande région où nous sommes présents, y compris dans des villes comme Roanne ou Le Puy-en-Velay. Nous favorisons les robots multi-spécialités, pour maximiser leur utilité. C’est un enjeu d’accès aux soins, de qualité des soins, mais aussi d’attractivité médicale pour les territoires : proposer un plateau technique moderne est un levier fort pour attirer et fidéliser les praticiens.
Quels sont les usages cliniques actuels et les perspectives par spécialité ?
M.C : Historiquement, la chirurgie robotique s’est développée en urologie, mais d’autres disciplines prennent le relais. La chirurgie digestive est en plein essor, notamment chez les jeunes praticiens qui se forment déjà avec ces outils. Ensuite viendront la gynécologie, le thoracique, et les spécialités orthopédiques comme les remplacements prothétiques du genou, de la hanche ou de l’épaule.
Nous distinguons deux approches complémentaires :
- Des robots multi-spécialités, utilisés dans plusieurs disciplines dans un même établissement.
- Des robots d’hyper-spécialité, comme Loop-X ou Mazor, déployés dans des centres selon les besoins médicaux locaux.
Vous menez aussi des études cliniques. Quels en sont les objectifs ?
M.C : La recherche est essentielle our améliorer nos pratiques cliniques. Nous avons, par exemple, lancé une étude multicentrique sur le cancer de la prostate, comparant trois approches : chirurgie à ciel ouvert, coelioscopie, et chirurgie robotique. 1 400 patients ont été inclus, les premiers résultats sont attendus d’ici la fin de l’année.
Au total, 27 établissements participent à ces études. Leur force, c’est qu’elles sont représentatives de la pratique libérale en territoire, avec un niveau d’exigence méthodologique très élevé. Cela nous permet de mesurer l’impact en vie réelle, ce qui est essentiel pour l’amélioration des pratiques.
« Ce que nous voulons valider, ce n’est pas seulement une perception clinique, mais une réalité mesurable : moins de complications, moins de douleur, récupération plus rapide. »
Des partenariats industriels soutiennent aussi votre démarche. Quels sont leurs bénéfices ?
M.C : Nous collaborons avec plusieurs fabricants de robots, dont Moon Surgical (Maestro) et Medtronic (Mazor, robot rachidien). Ces partenariats nous permettent d’être primo-utilisateurs de certaines technologies et d’observer leur impact concret sur les pratiques.
Par exemple, Maestro est un assistant robotique. Et la polyclinique Franche-Comté (Elsan, Besançon) a été un des 2 premiers sites pilotes européens de cet assistant robotique : nous y regardons son impact sur la prise en charge du patient et le confort du praticien et de l’équipe du bloc opératoire, sachant que sa sécurité a déjà été validée.
La formation est-elle un enjeu pour accompagner cette transition ?
C’est un point essentiel. Nous avons mis en place, avec des industriels comme Intuitive, un programme de formation dédié aux praticiens d’Elsan. Il répond à deux besoins :
- Former ceux qui découvrent la robotique.
- Améliorer en continu les pratiques de ceux déjà expérimentés.
Mais il faut aller plus loin : la robotique est un travail d’équipe. Nous formons aussi les soignants (infirmiers, aides opératoires, etc.), car toute la chaîne doit maîtriser les outils. C’est une culture de la pratique robotique que nous construisons.
Quelles résistances avez-vous pu observer dans l’adoption de la robotique ?
M.C : Il existe un effet générationnel. Les jeunes chirurgiens, en urologie ou en digestif, se forment directement sur le robot. Pour eux, c’est un prolongement naturel de leur pratique. D’autres, plus expérimentés, peuvent être plus réticents : certains s’y mettent avec curiosité, d’autres préfèrent rester sur des techniques éprouvées, comme la coelioscopie.
Mais attention : la chirurgie robotique est une autre façon de pratiquer. Ce n’est pas une simple extension de la coelioscopie. C’est un mode opératoire très différent, plus proche dans son geste de la chirurgie à ciel ouvert, avec un champ opératoire plus focalisé, plus précis.
Vers quelles évolutions va-t-on, notamment avec l’IA ou la réalité augmentée ?
M.C : Les briques technologiques sont déjà là. Par exemple, des outils permettent de reconstruire un organe en 3D et de l’intégrer dans le champ opératoire. À terme, l’IA pourra :
- bloquer l’accès à des zones dangereuses (vaisseaux, nerfs, etc.),
- guider le chirurgien par étapes, en l’obligeant à identifier certaines structures avant de poursuivre.
C’est le début d’une standardisation intelligente du geste, qui améliore la sécurité tout en gardant l’expertise humaine au centre.
Quels sont les projets à venir pour Elsan dans ce domaine ?
M.C : D’ici 2027, nous allons continuer à étendre notre maillage robotique, avec de nouvelles spécialités intégrées, en miroir de ce que l’on observe à l’international. L’orthopédie va prendre une place croissante, avec des robots spécifiquement conçus pour la chirurgie articulaire.
Et surtout, nous allons poursuivre la déclinaison territoriale de notre programme, pour que chaque patient, où qu’il vive, puisse bénéficier des technologies de demain.
« La robotique, c’est un levier d’innovation, de formation, d’attractivité territoriale et d’amélioration continue du soin. »
👉 La chirurgie robotique sera l’un des thèmes abordés lors de la soirée du 1er avril, le live d’innolab accessible en digital sur inscription gratuite ici : https://my.weezevent.com/accelerer-le-deploiement-des-innovations-technologiques-digital