La start-up sud-coréenne Noul a présenté sa technologie de dépistage des cellules du cancer du col de l’utérus basée sur l’IA lors de la conférence NVIDIA GTC 2025. Une technologie in vitro non invasive, validée cliniquement, promet un diagnostic rapide, automatisé et accessible.
Le cancer du col de l’utérus demeure un fléau évitable mais largement sous-diagnostiqué. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 340 000 femmes en meurent chaque année, principalement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Parmi les freins majeurs au dépistage efficace :
Moins de 50 % de couverture dans de nombreuses régions d’Asie.
Un délai moyen d’analyse de 1 à 2 semaines.
L’invasivité des tests conventionnels, souvent mal acceptée.
Une innovation IA : dépistage automatisé et sans contact
Noul, entreprise basée à Séoul, a développé MiLab CER, un dispositif de diagnostic in vitro intégrant une IA de nouvelle génération. Cette technologie permet :
Une détection automatisée des anomalies cellulaires cervicales à partir de frottis.
Une lecture et une analyse sans intervention manuelle ni subjectivité humaine.
Ce système connecté vise à s’imposer comme une alternative plus rapide, plus fiable et mieux acceptée.
L’IA atteint 95 % de sensibilité en temps record
Une étude prospective de deux ans a été conduite dans des hôpitaux et laboratoires de cytopathologie de la région de Yongin. L’objectif : comparer les performances de l’IA à la méthode de référence du système Bethesda, interprétée par des cytopathologistes expérimentés.
Les résultats, obtenus en double lecture (IA vs expert humain) sur des échantillons réels, démontrent :
Une sensibilité de 95 %, équivalente à celle du diagnostic manuel ;
Un temps d’analyse inférieur à 20 minutes, soit 60 fois plus rapide que les méthodes classiques.
Vers un déploiement en Corée du Sud puis vers les pays à faibles ressources
Noul a rejoint l’écosystème NVIDIA Healthcare & Life Sciences (HCLS) cette année pour accélérer l’accessibilité mondiale au diagnostic médical par IA.
Noul prévoit l’installation de 1 000 dispositifs MiLab CER dans les structures de soins primaires sud-coréennes d’ici à 2026.
Cette ambition s’inscrit dans un effort national de modernisation du dépistage féminin grâce à l’IA, avec l’objectif de réduire les inégalités d’accès au diagnostic.
La société cible à la fois les pays à faibles ressources et les systèmes de santé centralisés dans les pays développés, pour démocratiser l’accès au diagnostic rapide et fiable.
ESSMS : la HAS tire les premiers enseignements de la programmation 2023-2027
En 2019, la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé donnait pour mission à la Haute Autorité de Santé (HAS) de refondre et piloter le dispositif d’évaluation de la qualité des ESSMS. Le décret du 12 novembre 2021 a fixé un nouveau rythme quinquennal des évaluations, selon une programmation pluriannuelle arrêtée par les autorités de tarification et de contrôle (ARS et président du conseil départemental). La première programmation pluriannuelle des évaluations se déroule du 1er juillet 2023 au 31 décembre 2027. Durant cette période de 5 ans, tous les ESSMS doivent avoir réalisé leur première évaluation selon la nouvelle procédure.
La HAS a présenté le 3 juillet les résultats de l’évaluation 2024 des établissements, après celle de 2023 : l’occasion de tirer les premiers enseignements de la nouvelle procédure.
Un dispositif encore mal maîtrisé : seuls 19 % satisfont les critères impératifs en 2024
En 2024, 6 367 ESSMS ont été évalués sur environ 40 000, soit 16% contre seulement 7,4% l’an dernier. Le bilan 2024 montre, comme en 2023, une représentation équilibrée entre le secteur médico-social (accompagnement des personnes âgées ou en situation de handicap) et le secteur social (protection de l’enfance et inclusion sociale), cohérente avec leur poids respectif.
La cotation moyenne sur les 157 critères du référentiel baisse légèrement en 2024, passant de 3,62 à 3,57 sur 4 (avec une mention étoile pour ceux qui dépassent les normes exigées). Les 18 critères dits impératifs (portant notamment sur la gestion des risques, des plaintes, des évènements indésirables) ne sont satisfaits que dans 19% des évaluations réalisées, un chiffre inférieur de 6 points à celui de 2023. Rappelons que les établissements n’obtenant pas 4/4 sur ces critères impératifs doivent élaborer sans délai un plan d’action.
Ces résultats semblent indiquer une difficulté à s’emparer de la procédure, ou du moins à parvenir à des résultats satisfaisants, sur ce que la HAS considère comme essentiel.
Des marges d’amélioration pour les organismes évaluateurs : la durée jugée insuffisante dans 22 % des cas selon la HAS
Les évaluations ont été réalisées par 121 organismes évaluateurs, mais on constate que 15 d’entre eux concentrent la moitié des évaluations réalisées. Le coût moyen d’une évaluation est stable : 7240 € en moyenne en 2024, la moitié des prestations se situant entre 6000 et 8000€.
La HAS n’est pas en mesure de donner une durée moyenne de visite au cours de la procédure, mais elle constate que la durée des évaluations est insuffisante dans 22% des cas, car inférieure aux 2 jours jugés nécessaires pour la pleine application de la méthodologie. Afin de répondre à cet écueil, le dépôt des plannings des visites d’évaluation est devenu obligatoire, ainsi que la déclaration du nombre d’heures sur site et hors site.
A, B, C ou D : Une cotation de la qualité des établissements à venir
Le décret du 4 décembre 2024, fixant les modalités de publication des résultats de l’évaluation, en a précisé le cadre : à compter de septembre 2025, les résultats seront publiés sur le site de la HAS sous la forme d’une échelle qualité et d’un extrait du rapport d’évaluation. Une note A, B, C ou D, définissant le niveau de qualité des structures, sera attribuée pour cinq ans.
Plus de 50 établissements utilisent déjà la plateforme blocs opératoires
L’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap) met à disposition des établissements une plateforme numérique dédiée aux blocs opératoires. Cette offre comprend 22 ressources issues des retours d’expérience de terrain pour structurer la gouvernance, piloter l’activité et suivre les indicateurs. Aujourd’hui plus de 50 établissements participent déjà à l’appui terrain de l’Anap. “Cette plateforme vise à fournir aux équipes une vision claire, partagée et pilotable de leur organisation opératoire”, indique Valentin Simon, directeur du pôle performance des prises en charge à l’Anap.
Un parcours en ligne en six étapes
La plateforme propose un parcours en ligne en six étapes :
La réalisation d’un autodiagnostic.
L’accès à des outils de pilotage.
La structuration de la gouvernance.
La programmation des activités.
Le suivi des indicateurs.
Le renforcement de la coopération avec les services partenaires.
L’Anap complète sa plateforme avec quatre nouveaux guides
Quatre nouvelles publications complètent la plateforme :
Indicateurs de performance du bloc : actualisation des taux de démarrage, vacations vides, retards et débordements, avec modes de calcul et utilité pour adapter les moyens selon les performances constatées.
Gouvernance du bloc opératoire : rôles des conseils de bloc, cellules de programmation, binômes de pilotage, et place de la charte de bloc et du rapport d’activité.
Coopération avec les services partenaires : leviers pour fluidifier les échanges avec soins, pharmacie, imagerie, biomédical, techniques, et éviter les ruptures de coordination.
Performance humaine et qualité des soins : structuration de la qualité autour du PAQSS, intégration des nouveaux arrivants, et développement des compétences.
En parallèle, l’Anap poursuit son appui terrain “Blocs chirurgicaux : 3 jours pour gagner du temps opératoire”. Ce dispositif court permet aux établissements de dégager des marges de progrès grâce à une analyse personnalisée de l’organisation du bloc.
Cette initiative s’adresse aux équipes de bloc et aux DSI impliqués dans la digitalisation du pilotage des blocs opératoires. Elle fournit une base d’autoévaluation, de formation et d’outillage pour moderniser la gouvernance des blocs, faciliter la programmation et valoriser les données disponibles au sein des établissements.
A l’occasion de la journée APInnov, Nicolas Revel (AP-HP) et Nicolas Dufourcq (Bpifrance) ont annoncé une coopération pour accompagner l’innovation en santé, favoriser la création de startups issues de la recherche publique et valoriser ses résultats. Ce partenariat repose sur une mobilisation conjointe des ressources, compétences et outils des deux institutions.
Intégré dans les stratégies nationales, ce partenariat contribue à deux plans portés par Bpifrance : le plan Deeptech (objectif de 500 startups deeptech créées par an d’ici 2030) et le plan Santé (10 milliards d’euros jusqu’en 2029). L’accord vise à :
Accroître le rayonnement de la recherche médicale française et européenne en tant que levier de développement industriel.
Stimuler la création de startups dans quatre domaines prioritaires : traitements, santé numérique, distribution des soins, prévention.
Clarifier les pratiques entre recherche publique et secteur privé.
Créer un environnement favorable à la croissance des projets innovants.
@Hôtel-Dieu, brevets, hub : l’AP-HP met son écosystème au service des startups en santé
Grand promoteur académique européen, l’AP-HP concentre 10 % de la recherche nationale et 25 % de la recherche biomédicale. Elle dispose d’un écosystème articulé autour :
De plusieurs types d’innovations : thérapeutiques, technologiques (IA, télémédecine), organisationnelles.
De tiers-lieux comme @Hôtel-Dieu, favorisant les coopérations entre startups, chercheurs et entreprises.
D’un pôle transfert & innovation, gérant 850 familles de brevets et 200 licences pour 25 M€ de revenus en 2025.
D’un hub innovation, facilitant l’accès aux ressources internes pour les porteurs de projet.
Bpifrance proposera à l’AP-HP des outils comme Tango et Tandem pour faciliter les connexions entre chercheurs et entrepreneurs. Des événements conjoints, sessions de sensibilisation à l’entrepreneuriat et conseils en levée de fonds sont également prévus. Par ailleurs, les deux partenaires travailleront à la transformation des pratiques internes de l’AP-HP, via le développement d’achats publics et la simplification des processus de transfert de technologie.
L’IA de Microsoft atteint un taux de réussite de 80 %
Microsoft a dévoilé lundi les résultats de son système d’intelligence artificielle MAI-DxO (Microsoft AI Diagnostic Orchestrator), présenté comme surpassant l’humain dans l’identification de pathologies complexes. Testé sur plus de 300 études de cas issues du New England Journal of Medicine, le système, associé au modèle o3 d’OpenAI, a résolu plus de huit cas sur dix, contre deux sur dix pour les médecins isolés de toute ressource externe. Mustafa Suleyman, PDG de Microsoft AI, estime (dans un entretien au Guardian) que cette avancée ouvre la voie à une “superintelligence médicale” capable de dépasser l’humain, avec des systèmes quasi sans erreur d’ici cinq à dix ans.
La nécessité de validation clinique avant un usage clinique à grande échelle
Microsoft insiste sur le maintien du rôle clinique des praticiens, au-delà du diagnostic, dans la gestion de l’ambiguïté et la relation de confiance avec les patients. Selon l’entreprise, l’IA pourrait devenir un auxiliaire pour automatiser certaines tâches, identifier plus précocement des maladies et personnaliser les traitements, sans remplacer le lien humain. MAI-DxO n’est pas encore prêt pour une utilisation clinique immédiate. La multinationale souligne que la sécurité, la validation clinique et la régulation constituent des étapes préalables nécessaires avant tout déploiement à grande échelle.
Oncologie : Microsoft intègre son orchestrateur IA santé dans Azure AI Foundry
En parallèle, Microsoft a annoncé l’intégration de son “orchestrateur d’IA”, pour la gestion des soins en cancérologie, dans le catalogue d’agents de la plateforme Azure AI Foundry. Cet orchestrateur permet de coordonner plusieurs agents IA personnalisables capables d’exploiter des données de santé différentes et de s’intégrer aux outils utilisés en milieu hospitalier. L’orchestrateur regroupe des agents préconfigurés capables de collaborer dans le cadre de flux de travail multidisciplinaires comme les réunions de concertation pluridisciplinaire. Il propose des options open source pour que développeurs et chercheurs puissent concevoir des agents adaptés à leurs besoins. Ces agents sont conçus pour raisonner sur des données cliniques, comme les dossiers médicaux électroniques (DME), les images DICOM, les lames entières de pathologie ou les données génomiques.
L’orchestrateur IA santé de Microsoft déjà testé dans des hôpitaux américains
Les agents peuvent être intégrés dans les outils de productivité de Microsoft tels que Teams, Word, PowerPoint ou Copilot. Ils sont compatibles avec les infrastructures de données de santé via Microsoft Fabric et les services FHIR. Les développeurs peuvent paramétrer les agents en fonction de leurs propres modèles, instructions et sources de données. Le système propose également des mécanismes d’explicabilité des décisions prises par les agents IA, avec un ancrage dans les données sources du DME. Des institutions comme Stanford, Johns Hopkins, Providence Genomics, Mass General Brigham et l’Université du Wisconsin testent actuellement cet orchestrateur dans les contextes cliniques. À Stanford, où 4 000 patients passent en RCP chaque année, les résumés générés par IA sont déjà utilisés.
Microsoft affirme que son orchestrateur permet de réduire la charge administrative et de transformer les pratiques en milieu hospitalier. L’objectif à terme est d’aboutir à une première mise en production clinique d’une solution générative IA dédiée aux soins réels en cancérologie.
La startup française Mistral AI a annoncé la création de Mistral Compute, une plateforme de calcul dédiée à l’IA, fruit d’un partenariat avec Nvidia. Cette infrastructure sera implantée dans l’Essonne, dans un data center de 40 MW extensible à 100 MW, prévu pour entrer en service en 2026. Objectif : fournir une alternative européenne aux services de cloud dominés par les acteurs américains et chinois. Nvidia livrera à Mistral 18 000 GPU Blackwell pour alimenter cette infrastructure. La startup entend fournir aux entreprises les outils nécessaires au développement d’applications IA sur le sol européen. Mistral Compute proposera une offre intégrée allant du matériel au logiciel :
Serveurs bare metal.
Orchestration.
API.
Produits et environnements PaaS.
Mistral AI prépare une levée de 1 Md$
Pendant que les tensions entre les US et l’Europe se ravivent, cette annonce s’inscrit dans une volonté de bâtir une souveraineté numérique. Arthur Mensch, CEO de Mistral AI, explique qu’il ne s’agit pas seulement de produire des modèles, mais de permettre aux clients de développer les leurs en toute indépendance. Pour ce faire, Mistral prépare une levée de fonds d’un milliard de dollars, selon le Financial Times. Ce nouveau tour de table pourrait suivre la dynamique de celui de 600 millions d’euros en 2024, réalisé par les investisseurs américains Andreessen Horowitz et Lightspeed, General Catalyst. Malgré la difficulté à mobiliser des capitaux européens, Mistral AI peut compter sur des partenaires institutionnels et industriels comme BNP Paribas, Orange, la SNCF, Thales, Veolia ou Schneider Electric. Ces acteurs adoptent Mistral Compute pour déployer des solutions IA.
Dans un environnement économique contracté, le secteur navigue entre des opérations de consolidation, du soutien public ciblé et des quêtes de financements. Les opérations de rachat se multiplient, tandis que les acteurs peinent à sécuriser leur trésorerie dans un contexte de hausse des coûts et de ralentissement des levées de fonds. Cette dynamique amorce une recomposition progressive du paysage pour le second semestre 2025.
Consolidation avec l’intégration de Life & Soft par SeqOne, qui élargit ses services multi-omics en Europe.
Soutien public via France 2030, qui permet à Aqemia de renforcer ses capacités de R&D sur les ARN (7,4M€).
Tensions financières pour Carmat, qui s’expose à un risque de rachat étranger, et Quantum Genomics, engagée dans une procédure de liquidation.
Pressions réglementaires et concurrentielles dans la livraison de médicaments à domicile : Le cas Livmed’s.
Possibles mouvements capitalistiques sur des acteurs comme Gleamer, qui envisage une reprise industrielle.
SeqOne s’étend, Aqemia se finance, Gleamer se prépare à une cession
SeqOne rachète Life & Soft et s’étend dans 20 pays
Le 7 avril 2025, SeqOne a officialisé l’acquisition de Life & Soft, entreprise spécialisée dans l’analyse multi-omics et les services bioinformatiques. Cette opération marque une étape dans la stratégie d’expansion internationale de SeqOne, qui a étendu sa présence de 3 à plus de 20 pays en un an et doublé son portefeuille à 140 laboratoires moléculaires clients, capables de réaliser plus de 100 000 tests génomiques par an. Avec ce rachat, SeqOne intègre dans son offre le logiciel propriétaire d’analyse de données génomiques développé par Life & Soft, une plateforme de séquençage certifiée ISO 9001 installée au CEA, ainsi qu’un portefeuille de clients comprenant plusieurs entreprises du CAC 40. Devenue filiale à 100 %, Life & Soft conserve son expertise tout en s’appuyant sur l’infrastructure de SeqOne pour proposer aux laboratoires des services de bioinformatique (drylab) ou des prestations modulables selon leurs besoins.
7,4 M€ pour Aqemia et sa technologie IA sur l’ARN thérapeutique
Le 1er avril 2025, Aqemia a annoncé l’extension de ses recherches dans la découverte de médicaments ciblant l’ARN, grâce à une subvention de 7,4 millions d’euros obtenue dans le cadre de l’appel à projets i-Démo de France 2030, opéré par Bpifrance. Ce financement permettra à Aqemia de renforcer sa plateforme qui associe IA générative et physique atomistique pour explorer de nouvelles cibles thérapeutiques, notamment les ARN. L’entreprise prévoit de tester plusieurs cibles ARN afin d’affiner ses technologies, en poursuivant ses programmes de recherche sur les protéines. Parmi ses projets en cours, un programme mené avec Novalix a déjà montré des résultats sur des cellules cancéreuses et fait actuellement l’objet d’évaluations sur des modèles in vivo.
Après 37 M€ levés, Gleamer ouvre la porte à une reprise par un industriel
Gleamer, entreprise française spécialisée dans l’IA appliquée à l’imagerie médicale, envisage une possible cession à un industriel du secteur. Depuis sa création en 2017, la société a levé près de 37 millions d’euros auprès d’investisseurs tels que Supernova Invest, XAnge, Elaia, Heal Capital, MACSF, UI Investissement, Crista Galli Ventures et Bpifrance. Gleamer propose une plateforme d’IA qui assiste les radiologues dans l’analyse semi-automatisée des images médicales. Sur un marché medtech où les rachats se multiplient, l’entreprise réfléchit à l’évolution de son actionnariat et pourrait être reprise dans les mois à venir.
Faillites et redressements : les secousses T2 2025 des medtechs françaises
Livmed’s placé en redressement judiciaire
Le 24 avril 2025, le tribunal de commerce de Nice a placé Livmed’s en redressement judiciaire. Fondée en 2020, la société niçoise, spécialisée dans la livraison de médicaments à domicile, avait levé 2 millions d’euros en 2021 puis 5 millions en 2022, avec le soutien de Sanofi, CMA CGM, Bpifrance et plusieurs business angels, dont Fred Destin et Jacques Richier. En quête d’investisseurs ou d’un acquéreur depuis septembre 2024, Livmed’s n’a pas pu finaliser sa levée de fonds avant la cessation des paiements. La période d’observation court jusqu’au 24 octobre 2025, avec une audience fixée au 18 juin pour examiner la situation et les options de sortie de crise, tandis que l’activité se poursuit sous la supervision de l’administrateur judiciaire. Livmed’s reste par ailleurs engagée dans un litige avec l’Ordre des pharmaciens, qui conteste la légalité de son modèle de livraison. Ce contentieux s’inscrit dans un climat concurrentiel, marqué par le lancement du projet MaPharmacieEnFrance, soutenu par la Caisse des dépôts et La Poste Santé & Autonomie, et porté par les syndicats de pharmaciens.
Carmat, pionnier du cœur artificiel, en cessation de paiement
Carmat, fabricant du cœur artificiel Aeson, a été placé en redressement judiciaire le 1 juillet par le tribunal de Versailles, après une déclaration de cessation de paiement. L’entreprise devait trouver 3,5 M€ pour finir juillet, 4,5 M€ pour août et 35 M€ pour couvrir ses besoins sur un an. Depuis sa création en 2008, Carmat a implanté son cœur artificiel sur 122 patients, avec des essais prévus pour une utilisation permanente. Malgré sa position unique en Europe après la perte de marquage CE par son concurrent américain, Carmat n’a pas obtenu les soutiens nécessaires pour sa trésorerie, malgré un appel public lancé auprès des investisseurs, de l’État et de la Banque européenne d’investissement.
Le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a reconnu n’avoir « jamais cru » en Carmat, malgré l’octroi en 2013 d’une subvention record de 33 millions d’euros à la medtech. Placée en cessation de paiement, Carmat a brûlé près de 450 millions d’euros en douze ans, financés par des augmentations de capital (380 millions), des dettes (50 millions) et le soutien public. La société n’a pas généré un chiffre d’affaires suffisant pour couvrir ses coûts fixes, malgré la prouesse technologique et scientifique d’Aeson.
Quantum Genomics vers la liquidation judiciaire
Le 3 juillet 2025, Quantum Genomics s’est déclaré en cessation de paiements, sollicitant le même jour l’ouverture d’une procédure de liquidation judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Paris. L’audience est fixée au 2 septembre 2025. Malgré des discussions avancées avec ses créanciers bancaires, la société n’a pas levé les fonds nécessaires à la poursuite de ses activités de recherche dans le traitement des maladies cardiovasculaires. Quantum Genomics a suspendu sa cotation sur Euronext Growth Paris depuis le 25 octobre 2024, à 0,072 €, et a indiqué qu’en cas de liquidation, ses actions seront radiées de la cote.
Les dispositifs médicaux numériques (DMD) sont en pleine explosion : applis, IA, objets connectés… Mais les cadres d’évaluation ne sont pas harmonisés entre les pays européens. Résultat : un DMD peut être remboursé en Allemagne, mais pas reconnu en France ; les fabricants sont perdus dans les exigences variables et les autorités de santé peinent à juger ces outils correctement. Ce flou freine l’adoption d’innovations utiles ou, à l’inverse, facilite la circulation de dispositifs présentant des risques.
La réglementation européenne entre en vigueur
Il apparaît donc urgent de structurer, fiabiliser et d’harmoniser l’intégration des technologies numériques dans les systèmes de santé européens. Pour protéger les patients, orienter les décideurs et guider les innovateurs. C’est pourquoi l’Union européenne a lancé un processus commun d’évaluation des technologies de santé à partir de 2025. Les États membres et leurs agences d’évaluation y travaillent. La European Taskforce for Harmonised Evaluation of Digital Medical Devices (EvalEUDMD) vient de publier dans Nature Digital Medicinele fruit de son travail. Ils ont élaboré :
Une grille de classification permettant de classer les DMN selon leur finalité (prévention, diagnostic, suivi, traitement, aide à la décision clinique, parcours de soins…), leur niveau de risque, et leur mode d’utilisation.
Une matrice de preuve : un outil destiné à indiquer quels types de preuves sont nécessaires pour évaluer un dispositif médical numérique en fonction de sa catégorie après une enquête auprès de 10 agences Health Technology Assesment de 9 pays européens (Belgique, Allemagne, France, Autriche, Danemark, Finlande, Norvège, Suède, Portugal)
4 catégories de dispositifs médicaux numériques
L’article fournit ensuite des outils concrets pour structurer et faire converger les critères d’évaluation des dispositifs médicaux numériques en UE, en proposant une classification claire et des exigences de preuve adaptées à chaque type de dispositif. L’ensemble a été validé sur 136 DMD, répartis selon les catégories, afin d’en tester l’applicabilité réelle. Ce travail a abouti à la création de la CEUGrid-DMD, incluant 4 catégories de taxonomie (la finalité du DMD, le bénéficiaire ciblé, l’autonomie du système (ex. IA autonome vs outil d’aide) et le niveau d’intervention humaine requis.
Le règlement européen d’évaluation des Technologies de Santé, entré officiellement en vigueur en janvier, commence donc à prendre forme. Sa mise en œuvre se fera progressivement sur plusieurs années (jusqu’à 2030 pour certaines classes de technologies). D’autant que comme le soulignent les auteurs de l’étude, « à ce jour, peu d’États membres ont mis en place des cadres d’évaluation institutionnalisés pour les DMD ».
“La production de preuves, un défi”
Pour souligner l’enjeu de ce travail d’harmonisation, ces derniers ajoutent que “la production de preuves pour accélérer l’adoption des DMD constitue un défi… La Matrice de preuves, qui combine classification des DMD et besoins en génération de preuves, représente une première étape vers un plan structuré de production de preuves, afin de compenser le manque de visibilité dont disposent les entreprises quant aux exigences pour l’accès au marché en Europe.”
Enfin, même si ce cadre commun s’applique de manière obligatoire uniquement à certaines technologies – notamment les médicaments innovants (anticancéreux, thérapies avancées) et les dispositifs médicaux de haut risque – les auteurs indiquent que leur travail devrait permettre aux états membres de collaborer volontairement sur d’autres technologies.
*Classification grid and evidence matrix for evaluating digital medical devices under the European union landscape. Boers, M., Rochereau, A., Stuwe, L. et al.npj Digit. Med.8, 304 (2025). https://doi.org/10.1038/s41746-025-01697-w
Transitions, publics vulnérables, crises et médication… Les priorités du FIOP
Le Fonds d’innovation organisationnelle en psychiatrie (FIOP), lancé en 2019, ouvre son appel à projets 2025 en Île-de-France. Les établissements publics et privés autorisés en psychiatrie, seuls ou en lien avec libéraux, CPTS, associations ou structures médico-sociales, peuvent présenter des projets innovants portant sur l’organisation des prises en charge ou des équipes, avec un accompagnement financier sur trois ans et une évaluation finale.
L’appel cible le volet « nouveaux projets innovants » de l’instruction ministérielle. Quatre axes sont prioritaires :
Parcours de transition entre adolescence et âge adulte, coordination entre santé, social et médico-social.
Prise en charge de publics spécifiques (migrants, personnes âgées, femmes et enfants victimes de violences, PPSMJ, enfants ASE).
Prévention et gestion des crises, limitation des soins sans consentement.
Optimisation de la prise en charge médicamenteuse en psychiatrie.
Les projets doivent démontrer leur pertinence pour le territoire, documenter leurs objectifs, indicateurs de suivi, et respecter le cadrage FIOP excluant les projets finançables par d’autres dispositifs.
Modalités de dépôt et critères de sélection (date limite: 22 septembre)
Les porteurs doivent présenter leur projet en amont à la Délégation départementale ARS du territoire concerné pour affiner leur dossier selon les priorités régionales. Les établissements situés dans le 77, 91, 93 et 95 pourront déposer jusqu’à trois dossiers, voire quatre pour des projets à envergure régionale, tandis que les autres départements pourront en déposer deux, voire trois selon l’envergure. Le dossier (20 pages maximum, annexes et fiche financière comprises) doit être transmis avant le 22 septembre 2025 midi.
Les critères de sélection intègrent la pertinence territoriale et le besoin adressé, le caractère innovant, l’impact multi-sectoriel, l’articulation avec l’existant, l’opérationnalité dès 2026, le potentiel de pérennisation, la soutenabilité financière et la qualité du dispositif d’évaluation.
Les projets retenus seront transmis à la DGOS avant classement national et validation par le ministre de la Santé, tenant compte de leur transférabilité sur le territoire national.
France 2030 engage 36 millions d’euros pour financer 15 nouvelles chaires d’excellence en biologie-santé, sélectionnées parmi 260 intentions déposées et 22 candidatures présélectionnées. Cette vague porte sur des projets en biologie intégrative, neurosciences, immunologie, cancer et maladies rares, mobilisant les expertises de l’Institut Pasteur, Institut Curie, ICM, Collège de France, CNRS, Inserm, et des universités partenaires.
Les projets financés couvrent :
la prévention, le diagnostic et le traitement des maladies humaines.
la biologie cellulaire, du développement et des cellules souches.
les neurosciences et troubles du système nerveux.
l’immunité, les infections et l’immunothérapie.
Parmi les lauréats, Guillaume Canaud (Université Paris Cité) développe KRASY sur les thérapies ciblées des malformations vasculaires liées aux mutations KRAS. Stéphanie Debette (Institut du Cerveau) étudie les mécanismes vasculaires des maladies neurodégénératives avec ND-VASC. Daniele Fachinetti (Institut Curie) explore le rôle des centromères dans l’instabilité génomique avec CREATE.
Vers de nouvelles stratégies thérapeutiques
Les thématiques financées visent des avancées cliniques :
Patrick Melhen (CNRS) cible la nétrine-1 pour prévenir la résistance au cancer (CANCERNET).
Sandrine Humbert (ICM) étudie l’évolution de la maladie de Huntington (DEVHD).
Nicolas Manel (Institut Curie) travaille sur la détection virale intracellulaire (DIVIS).
Marc Lecuit (Institut Pasteur) explore la dynamique des cellules infectées (FIDELIO).
Céline Vallot (CNRS, Institut Curie) analyse la plasticité cellulaire dans l’initiation du cancer du sein (BreastCancerStart).
Des projets d’impact sur la santé humaine et l’IA
Le projet VisionInAction porté par Nathalie Rochefort (Institut de la Vision) utilise l’IA pour décrypter l’encodage visuel du cortex, ouvrant des pistes pour les prothèses cérébrales. Julien Prudent (Institut Imagine) s’intéresse à la régulation de l’ADN mitochondrial (MitoDNA-QC), tandis que Simonetta Gribaldo (Institut Pasteur) explore la biologie des archées du microbiome humain (HUMAN-ARCHAEA). Ces financements s’inscrivent donc dans la stratégie Innovation Santé 2030, pour renforcer la souveraineté sanitaire par la recherche translationnelle, l’attraction des talents internationaux et le développement de nouvelles cibles thérapeutiques dans des domaines où les besoins médicaux restent élevés.