Demande croissante et diminution des effectifs
Le rapport de Xerfi montre que l’ophtalmologie est fortement impactée par le vieillissement de la population française, un phénomène démographique qui structure la demande. En 2025, plus de 45 millions de Français souffrent d’un trouble visuel, avec chaque année environ 800 000 nouveaux cas de myopie et 600 000 de presbytie. Par ailleurs, l’usage intensif des écrans accroît la fatigue visuelle et favorise l’apparition de pathologies. Cette explosion des besoins se traduit par une augmentation continue des dépenses remboursées pour les actes d’ophtalmologie, qui atteindront environ 1,16 milliard d’euros en 2025, soit une hausse annuelle prévue de +4%. Cette croissance est en partie portée par les actes techniques à plus forte valeur ajoutée (chirurgie, laser, angiographie).

En parallèle, le secteur fait face à une baisse des effectifs d’ophtalmologistes libéraux, qui ont diminué de 2,6% entre 2017 et 2023, pour s’établir à 5 749 praticiens. Cette contraction s’explique par la suppression récente du numerus clausus (2020) dont les effets ne se feront pleinement sentir qu’après 2030, ainsi que par le départ massif des baby-boomers à la retraite. Cette double dynamique crée un paradoxe : la demande est en forte hausse, alors que l’offre médicale spécialisée se restreint. Cette situation conduit à une pression à la hausse sur les honoraires (prévision +7% en 2025) et à une augmentation des dépassements d’honoraires (environ 30% des revenus des libéraux en 2024).
Une montée en puissance du numérique et de la télémédecine pour élargir l’accès aux soins
Pour pallier cette pénurie et répondre à la demande, le secteur s’appuie de plus en plus sur le numérique et la télémédecine, notamment la télé-ophtalmologie. La téléconsultation est désormais bien intégrée dans le parcours de soins : elle permet d’effectuer des consultations à distance, sans passer par un médecin traitant, facilitant l’accès pour des patients isolés ou à mobilité réduite. La régulation récente (depuis 2024) autorise même les plateformes spécialisées (Qare, E-ophtalmo) à salarier des médecins pour assurer ces consultations. La télé-ophtalmologie contribue à réduire drastiquement les délais de rendez-vous, qui sont passés de 43 jours en 2019 à seulement 19 jours en 2024, tout en améliorant l’efficience globale du système. Par ailleurs, la télésanté ne se limite pas aux médecins. Elle intègre aussi les paramédicaux via le télésoin (orthoptistes, pharmaciens), renforçant ainsi la chaîne de soins. Le rapport Xerfi décrit cette évolution comme un changement de paradigme : le numérique devient un facilitateur incontournable de l’accès aux soins dans un contexte de tension structurelle.
L’IA comme révolution diagnostique et organisationnelle :
L’intelligence artificielle, notamment via le deep learning appliqué à l’imagerie rétinienne, est identifiée comme un levier technologique majeur. Les algorithmes d’IA sont capables d’identifier des anomalies avec une fiabilité équivalente ou supérieure à celle des spécialistes humains, ce qui ouvre la porte à l’automatisation des phases de dépistage et au tri initial des patients. Cette évolution promet non seulement un gain de temps pour les médecins, mais aussi une amélioration de la qualité et de la sécurité des diagnostics.
Concrètement, l’IA va permettre de :
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réduire la charge des actes répétitifs (dépistage systématique) ;
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prioriser les cas urgents pour un traitement plus rapide ;
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intégrer de nouveaux outils de suivi à distance.
Formation, évolution des modèles… plusieurs défis restent cependant à relever :
Xerfi explique dans son rapport que si le numérique et l’IA offrent des perspectives particulièrement prometteuses pour répondre aux tensions structurelles du secteur ophtalmologique, leur intégration effective dans les pratiques soulève des enjeux majeurs.
L’un des premiers défis identifiés concerne la montée en compétence des professionnels de santé. La digitalisation croissante des actes (téléconsultation, télé-suivi, diagnostic assisté par IA) suppose que les ophtalmologistes, orthoptistes et assistants médicaux maîtrisent ces outils pour en faire un usage éclairé et sécurisé. Le rapport insiste sur la nécessité d’intégrer ces compétences dès la formation initiale, mais aussi de proposer des dispositifs de formation continue adaptés aux évolutions rapides des technologies. Sans cette acculturation, les outils numériques risquent d’être sous-utilisés ou mal intégrés, réduisant leur impact potentiel sur la qualité des soins et l’efficience organisationnelle.
Deuxième axe fondamental : la régulation. Xerfi rappelle que le recours croissant à des plateformes de téléophtalmologie et à des algorithmes de deep learning dans le diagnostic implique des exigences strictes en matière de :
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protection des données personnelles, notamment les images rétiniennes, qui sont des données de santé à caractère hautement sensible ;
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sécurisation des flux numériques, pour éviter les risques de fuite ou de détournement ;
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garantie de la fiabilité et de la traçabilité des outils d’IA, afin d’assurer leur usage responsable et de prévenir toute dérive dans la décision médicale.
Enfin, le rapport met en lumière la nécessité de faire évoluer les modèles économiques du secteur. Les investissements nécessaires à l’achat, la maintenance et l’actualisation des outils numériques ou d’IA doivent être intégrés aux schémas de financement, que ce soit pour les cabinets libéraux, les centres de santé ou les plateformes.
Par ailleurs, la redistribution des rôles induite par ces innovations – avec une plus grande délégation aux orthoptistes ou aux dispositifs automatisés – pose la question de la valorisation de chaque maillon de la chaîne de soin. Cela suppose :
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une tarification adaptée des actes numériques ou délégués,
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un modèle incitatif pour l’usage de la télémédecine et de l’IA,
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et une reconnaissance des nouveaux modes de collaboration entre professionnels humains et systèmes intelligents.