Actualité

  • Recherche clinique : comment le projet CAIR met en place une nouvelle génération d’essais cliniques augmentés par les données de vie réelle ?

    Utiliser les données de vie réelle et créer des patients virtuels pour les essais cliniques

    Alors que l’essai clinique randomisé (RCT) reste l’étalon-or pour démontrer l’effet causal d’un traitement, il reste long, coûteux, contraignant, et parfois inadapté aux réalités cliniques, notamment dans le cas des maladies rares, des traitements personnalisés ou des populations difficiles à recruter. C’est dans ce contexte que les données de vie réelle viennent bousculer les approches classiques, en offrant des opportunités pour réduire les contraintes logistiques sans sacrifier la rigueur scientifique. Mais pour cela, encore faut-il que ces données puissent être intégrées de façon méthodologiquement robuste.

    Le projet CAIR (pour “causalité, algorithmes, innovation, réduction’), porté par le professeur Yohann Foucher au CHU de Poitiers, récemment choisit comme lauréat de l’AAP “Inserm Messidor 2024” s’attaque à cette rigidité en explorant une voie hybride : enrichir les bras contrôles des essais cliniques par des données réelles, sélectionnées et modélisées pour en faire des “patients virtuels”. Ces patients, extraits ou simulés à partir de bases existantes comme les entrepôts de données de santé (EDS), permettraient de réduire la taille des groupes témoins tout en conservant la comparabilité requise pour une analyse causale solide.

    Utiliser des données externes, mais sous conditions :

    La promesse est séduisante, mais techniquement ardue. Les données issues des soins courants ne bénéficient pas du tirage au sort comme dans un essai clinique, qui garantit que les groupes de patients sont comparables dès le départ, en répartissant au hasard les profils selon des critères comme l’âge, la gravité de la maladie ou les antécédents médicaux. Ces données sont souvent marquées par des biais. Par exemple, certains traitements sont prescrits à des patients plus graves, ou dans certains hôpitaux seulement. Ces biais de sélection, d’indication ou de pratique peuvent rendre les comparaisons trompeuses. Le projet CAIR vise justement à corriger ces écarts, pour intégrer ces données de manière rigoureuse dans les essais cliniques.

    Concrètement, l’équipe développe des algorithmes de prédiction de l’évolution des patients sous traitement standard, afin de générer des bras témoins “virtuels” robustes. Ces modèles sont d’abord testés sur des jeux de données simulées : une stratégie classique mais efficace pour valider des outils lorsque l’effet réel du traitement est connu. Ensuite, ces méthodes seront appliquées à un cas concret : la réanalyse de l’essai Prophyloxitin, portant sur la prévention des infections post-opératoires en chirurgie colorectale, en mobilisant les données issues de l’EDS du CHU de Poitiers.

    Une approche pluridisciplinaire et distribuée

    L’originalité de CAIR réside aussi dans sa gouvernance scientifique. Trois pôles académiques sont mobilisés autour de méthodologies distinctes mais complémentaires :

    • Poitiers, avec l’expertise du professeur Foucher en statistique causale et modélisation prédictive ;

    • Toulouse, qui explore les apports de l’apprentissage par renforcement ;

    • Bordeaux, qui mobilise les modèles mécanistiques pour prédire la réponse thérapeutique à partir de biomarqueurs.

    Cette convergence entre statistique, intelligence artificielle et modélisation biomédicale marque une évolution stratégique dans la manière dont la France articule ses compétences en santé numérique. Elle témoigne aussi d’un mouvement de fond : les données de santé, une fois rendues interopérables, tracées et exploitables, ne sont plus seulement un outil de pilotage hospitalier ou de veille épidémiologique. Elles deviennent un levier scientifique.

    Vers une recherche plus rapide, plus éthique, plus pertinente :

    Ce que propose CAIR n’est pas une simple optimisation logistique des essais cliniques. C’est un véritable changement de paradigme, qui pourrait transformer en profondeur la relation entre la recherche et le soin courant. En intégrant les données de vie réelle au cœur même de l’évaluation thérapeutique, le projet répond à plusieurs impératifs croissants : il vise à accélérer l’accès aux traitements innovants, à réduire les coûts et la durée des essais, tout en limitant l’exposition des patients à des traitements potentiellement moins efficaces imposés par tirage au sort. À terme, ce type d’approche pourrait devenir structurant pour les essais dits adaptatifs, les études menées en situation de crise sanitaire — comme lors de la pandémie de Covid-19 — ou encore pour les évaluations post-AMM, dans une logique de réévaluation continue du rapport bénéfice-risque.

    Le projet CAIR confirme une tendance de fond : les entrepôts de données hospitaliers (EDS) ne sont plus de simples réservoirs de dossiers patients. Ils deviennent des acteurs actifs de la production de preuves cliniques, à condition d’être correctement gouvernés, enrichis, et articulés à la recherche académique. Le soutien explicite de la direction et de la CME du CHU de Poitiers à ce projet illustre une prise de conscience stratégique : la donnée de santé est désormais un actif scientifique.

  • IA : les industriels pharma reconnaissent un faible niveau de préparation

    Coût, complexité, données : seuls 13 % se disent « très préparés »

    La dernière édition du rapport Digital Reality Check, réalisée par Graphite Digital, met en lumière le décalage entre l’intérêt porté par l’industrie pharmaceutique à l’IA pour améliorer les interactions avec les professionnels de santé et les patients, et son faible niveau de préparation. Sur les 100 décideurs interrogés, seuls 13 % se déclarent « très préparés » à intégrer l’IA dans ces usages.

    Les principaux freins identifiés sont liés à

    • la protection des données personnelles,
    • à la complexité d’intégration dans les systèmes existants,
    • et au coût élevé de déploiement.
    • À ces obstacles s’ajoutent les préoccupations réglementaires et le manque d’expertise interne.

    Au total, 77 % des répondants se disent seulement « partiellement préparés » à exploiter l’IA dans l’engagement client digital.

    Analyse de données, parcours patients, chatbots : les trois usages IA prioritaires dans la pharma

    Pour Michelle Killick, directrice senior de la transformation globale chez Pfizer, citée dans le rapport, cette transformation impose un changement de culture : « Il ne s’agit plus de viser la perfection dès le départ, mais d’adopter une démarche de test, d’apprentissage et d’itération. » Elle rappelle que cette technologie évolue plus rapidement que celles auxquelles l’industrie a été confrontée jusqu’ici.

    L’étude identifie les domaines où l’IA a le plus d’impact dans les interactions digitales actuelles :

    • 49 % des participants évoquent l’analyse de données et la production d’insights clients, un levier permettant de structurer des jeux de données complexes et d’en extraire des tendances.
    • Viennent ensuite la personnalisation des parcours patients (36 %).
    • et le recours aux agents conversationnels type chatbots (34 %).

    68 % des industriels pharma priorisent l’analytique dans leurs investissements IA à court terme

    Les priorités d’investissement dans les mois à venir se concentrent sur le renforcement des capacités d’analyse de données (68 %), le marketing et la publicité digitale (66 %) ainsi que la création de contenus automatisés par IA (62 %). Un focus moindre est accordé à l’expérience utilisateur et au design digital, avec seulement 26 % des répondants indiquant en faire une priorité, ce qui constitue selon Graphite Digital un potentiel non exploité.

    Pour Rob Verheul, le secteur pourrait franchir rapidement ces obstacles : « Avec la bonne orientation et une collaboration renforcée, la pharma a la capacité de dépasser les freins actuels et de proposer des expériences digitales enrichies par l’IA, réellement utiles aux patients comme aux professionnels. »

  • Qure.ai dévoile AIRA : un assistant IA pour soutenir les soins primaires sous-dotés

    Avec AIRA, Qure.ai cible les 40 % de temps perdu à la collecte manuelle des données

    La société indienne Qure.ai, spécialisée dans l’IA appliquée à l’imagerie médicale, a présenté AIRA, un nouvel outil d’assistance pour les agents de santé communautaire opérant dans des systèmes de soins primaires sous-dotés. Basé sur des modèles de langage de grande taille (LLM) entraînés avec des données provenant de pays à revenu faible ou intermédiaire, AIRA automatise plusieurs tâches : collecte des antécédents et symptômes des patients, agrégation de données populationnelles, et soutien à l’observance des protocoles cliniques.

    dans ces environnements, plus de 40 % du temps des agents de santé est absorbé par la collecte manuelle de données, sans pour autant aboutir à une vision d’ensemble exploitable au niveau populationnel. En parallèle, les projections font état d’un déficit mondial de 11 millions de professionnels de santé d’ici 2030, alors que 17 millions de décès évitables sont enregistrés chaque année dans les pays les plus vulnérables.

    Un appui à la décision et à la relation patient

    Avec AIRA, Qure.ai entend répondre à cette double problématique d’efficacité et d’accès. L’outil permettrait non seulement de délester les professionnels des tâches administratives, mais aussi d’améliorer l’application des protocoles médicaux grâce à des fonctionnalités de soutien à la décision.

  • Accès aux soins : seulement 300 infirmiers en pratique avancée (IPA) en libéral sept ans après leur création

    IPA en libéral : 300 professionnels pour 100.000 infirmiers, sept ans après la création du métier

    Sept ans après la création de la profession d’infirmier en pratique avancée (IPA) en 2018, seuls « un peu plus de 300 » IPA exercent en libéral sur le territoire, pour environ 100.000 infirmiers en activité, selon les chiffres communiqués par Thomas Fatome, directeur général de la CNAM, lors d’une audition parlementaire. Ces professionnels, qui nécessitent deux années supplémentaires de formation après le diplôme d’infirmier d’État, sont pourtant considérés comme des acteurs importants dans les stratégies d’amélioration de l’accès aux soins.

    IPA et CPTS : des investissements sans résultats selon l’UFMLS

    Avec seulement 0,0023 IPA par médecin libéral, soit un IPA pour 433 médecins et un pour 233.333 Français, la profession reste marginale hors de l’hôpital. Cette situation conduit l’Union française pour une médecine libre (UFMLS) à dénoncer ce qu’elle qualifie “d’échec manifeste”. Pour l’organisation, l’écart entre le discours politique, valorisant les IPA, et la réalité du terrain traduit un décalage préoccupant dans la mise en œuvre des politiques de santé.

    L’UFMLS critique dans le même temps le modèle des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), lancées en 2016. Malgré la création de 900 CPTS, plus de 7 millions de Français sont encore sans médecin traitant. Pour l’organisation, ces structures, présentées par l’exécutif comme des leviers de l’accès aux soins, échouent à remplir leur mission principale.

    Dans son communiqué, l’UFMLS alerte sur les centaines de millions d’euros alloués chaque année aux IPA et aux CPTS, sans bénéfice démontré sur l’accès aux soins. Elle réclame l’arrêt de ces financements et dénonce le report des revalorisations conventionnelles prévues pour juillet 2025, qu’elle interprète comme un signe supplémentaire d’inefficacité dans la gestion du système de santé.

    La défense du secteur 2

    Enfin, l’organisation prend position en faveur du secteur 2, rappelant que près de 50 % des actes y sont réalisés au tarif opposable et que ce secteur favorise l’installation des médecins, sans aggraver les dépenses de l’Assurance Maladie. L’UFMLS met en garde contre une éventuelle suppression de ce secteur, qu’elle considère comme un facteur de dégradation de l’accès et de la qualité des soins. L’UFMLS conclut en appelant à une grande loi santé construite avec les soignants, pour refonder un système réellement efficace dans l’amélioration de l’accès aux soins sur le territoire.

  • IA clinique : Microsoft dévoile un outil de diagnostic médical avec 85,5 % de précision

    Microsoft lance AI Diagnostic Orchestrator avec OpenAI

    Microsoft a présenté son nouvel outil d’intelligence artificielle clinique, AI Diagnostic Orchestrator, capable de poser des diagnostics complexes avec un taux de précision de 85,5 %, contre 20 % pour des médecins généralistes expérimentés. Ce système repose sur une architecture d’orchestration multi-agents fondée sur un modèle de langage avancé développé avec OpenAI. Il représente une avancée inédite dans le domaine du diagnostic in vitro assisté par l’IA. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les erreurs de diagnostic constituent un problème critique de santé publique :

    • Un taux d’erreur estimé à 10 % des actes médicaux.
    • Jusqu’à 25 % des dépenses de santé imputables à ces erreurs aux États-Unis.
    • Des délais pouvant atteindre plusieurs semaines pour obtenir un diagnostic dans les cas complexes.

    Le diagnostic précoce du cancer colorectal, notamment, demeure un défi, en particulier en médecine générale.

    Microsoft adopte le raisonnement différentiel avec sa méthode SDBench

    L’outil développé par Microsoft repose sur une méthodologie baptisée Sequential Diagnosis Benchmark (SDBench) conçue pour :

    • Analyser des données cliniques hétérogènes
    • Éliminer les hypothèses erronées
    • Générer un diagnostic précis via un processus d’interaction séquentielle entre le clinicien et un modèle Gatekeeper

    Ce système s’appuie sur le principe de raisonnement différentiel, simulant la démarche cognitive d’un expert médical.

    Précision et réduction des coûts sur 304 cas cliniques

    Pendant six mois, une étude a été menée sur 304 cas complexes dans plusieurs centres hospitaliers aux États-Unis et au Royaume-Uni. Une cohorte de 21 médecins a été mobilisée pour comparer les performances de l’IA à celles des praticiens.

    Les critères d’évaluation comprenaient :

    • La précision diagnostique, mesurée sur une échelle clinique à 5 points ;
    • Le coût cumulé des examens, exprimé en dollars.

    Les résultats, publiés sur le site arXiv  en juillet 2025, indiquent :

    • Une précision moyenne de 85,5 % pour l’IA de Microsoft contre 20 % pour les médecins humains
    • Une réduction des coûts de 20 à 70 % par cas
    • Un gain de temps significatif dans l’établissement du diagnostic

    Déploiement hospitalier dès 2026

    Microsoft prévoit une montée en charge progressive de l’outil :

    • Extension à 1 000 cas supplémentaires sur 12 mois dans le cadre d’une phase II d’évaluation ;
    • Intégration hospitalière prévue à partir de 2026, en partenariat avec plusieurs réseaux hospitaliers en Europe et en Amérique du Nord ;
    • Réduction potentielle des dépenses de santé de 25 % dans certains systèmes selon les projections internes.

     

  • Philippe Ravaud prend la tête du Cesrees : une nouvelle gouvernance en faveur de l’accès aux données de santé

    Le Cesrees reprend son activité d’évaluation

    Créé en 2020, le Comité éthique et scientifique pour les recherches, les études et les évaluations dans le domaine de la santé (Cesrees) retrouve sa capacité à fonctionner, après un mois d’interruption. Un arrêté du 6 juillet, paru au Journal officiel, désigne le rhumatologue et épidémiologiste Philippe Ravaud comme nouveau président de cette instance, en remplacement de Bernard Nordlinger. Le texte nomme également 19 des 20 membres composant le comité.

    Rappelons que le Cesrees évalue le caractère d’intérêt public des projets utilisant des données personnelles de santé à des fins de recherche, d’étude ou d’évaluation. Il agit sur sollicitation de la Cnil, du ministère de la santé, ou de sa propre initiative. L’arrêt du comité depuis le 9 juin, suite à l’expiration du mandat des précédents membres, empêchait la validation des projets, ralentissant ainsi l’accès aux données de santé. Une situation dénoncée fin juin par un collectif rassemblant le Leem, le Snitem et l’Afcros.

    Un président tourné vers le numérique

    Philippe Ravaud dirige le Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Cress, Inserm-Université Paris Cité) et enseigne à l’Université Paris Cité, à l’AP-HP et à la Columbia University (New York). Promoteur d’un hôpital repensé autour du numérique, il est l’auteur de “Hôpital. Le grand bouleversement” (2022) et dirige le programme @HotelDieu, associant AP-HP et start-up.

    Une composition renouvelée

    Président : Philippe Ravaud – Rhumatologue et épidémiologiste, professeur à l’Université Paris Cité, directeur du Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (Cress), AP-HP

    Personnalités qualifiées désignées par le ministère de la Santé :

    • Louis-Jean Couderc – Médecin de santé publique
    • Olivier Dubourg – Professeur en médecine, cardiologue
    • Laurence Watier – Biostatisticienne, épidémiologiste

    Personnalités qualifiées désignées par le ministère de la Recherche :

    • Julien Bezin – Pharmacologue, épidémiologiste
    • Cécile Couchoud – Néphrologue, experte en épidémiologie des maladies rénales
    • Pascale Gerbouin – Chercheuse en santé publique

    Représentants d’organismes publics :

    • Panayotis Constantinou – Statisticien, Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam)
    • Jean Bouyer – Statisticien, Inserm
    • Muriel Roger – Biostatisticienne, CNRS
    • Michel Dojat – Directeur de recherche, Inria
    • Michel Isnard – Statisticien, Insee
    • Emmanuel Oger – Pharmacologue, praticien hospitalier, CHU
    • Jean Sibilia – Doyen de faculté de médecine, professeur de rhumatologie
    • Cécile Badoual – Professeure d’anatomopathologie, représentante France Universités

    Représentants institutionnels :

    • Jean-François Montgolfier – Maître des requêtes, Conseil d’État
    • Raja Chatila – Chercheur en robotique et intelligence artificielle, membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE)

    Représentants des usagers :

    • Marion Juste – Représentante des patients ou usagers (fonction précise non précisée)
    • Alexis Wey – Représentant des patients ou usagers (fonction précise non précisée)

    Représentant des acteurs privés :

    • Nathalie Billon – Responsable innovation santé, secteur privé (fonction exacte non précisée)

    Poste vacant : Représentant du service national des archives (non nommé)

  • Rapport OCDE : la performance des systèmes de santé passée au crible, des dépenses élevées pour des résultats moyens 

    Les incitations financières et un fort système de soins primaires sont des leviers solides pour améliorer sa qualité. Prévenir plutôt que guérir, coordonner plutôt que fragmenter… Dans son rapport Charges & Produits 2026, la Caisse nationale d’assurance maladie a présenté, le 9 juillet, 60 propositions pour améliorer l’efficience du système de santé tout en contenant le déficit. Entre montée en puissance de la prévention, renforcement de la coordination des parcours et lutte contre les actes inappropriés, le document trace une feuille de route budgétaire et sanitaire qui cherche l’équilibre entre maîtrise des dépenses et amélioration de la qualité des soins. 

    Une comparaison des systèmes de santé 

    Est-ce la bonne recette ? Pour répondre à cette question, la lecture du rapport de l’OCDE, publié en mars, et intitulé « How do health system features influence health system performance? » peut s’avérer utile. En effet, les priorités dessinées par la Cnam rejoignent en partie les enseignements du rapport de l’organisation internationale. Le but de l’OCDE était d’examiner comment différents groupes de pays, partageant des caractéristiques similaires en matière de système de santé, se comparent les uns aux autres. Concrètement, les auteurs du rapport ont donc regroupé les pays dans deux types de clusters : l’un en fonction des caractéristiques structurelles du système de santé (couverture, rôle des prestataires, gouvernance) et l’autre en fonction des caractéristiques fonctionnelles (modes de rémunération des prestataires, notamment incitations à la qualité). Et ils ont analysé l’influence de la conception globale des systèmes de santé sur la performance, le rôle des incitations financières pour les prestataires, et le rôle d’un système de soins primaires solide. 

    Les incitations à la qualité améliorent la performance 

    Le rapport de l’OCDE fait ressortir plusieurs points saillants :  

    • Tous les types de systèmes (centralisés, mixtes, libéraux…) peuvent atteindre des niveaux de performance élevés. 
    • La performance dépend davantage de politiques ciblées que du design global du système. 
    • Les systèmes où les prestataires sont rémunérés en fonction de la qualité des soins (plutôt que du volume) présentent une mortalité traitable plus faible et des résultats plus homogènes. 
    • Les systèmes où les généralistes jouent un rôle de porte d’entrée, avec continuité des soins et incitations à la qualité, ont des taux d’hospitalisation évitables inférieurs (notamment pour asthme, BPCO et insuffisance cardiaque).  

    La mise en place un dépistage généralisé de l’hypertension artérielle, la fin de prise en charge à 100% en cas de rémission de cancer ou encore l’interdiction des dépassements d’honoraires pour les actes en lien avec les dépistages organisés sont donc autant de propositions figurant dans le rapport ”charges et produits” pour 2026 qui vont dans le sens des conclusions de l’OCDE.
    En revanche, le rôle de « gatekeeping » prôné par l’OCDE ne se traduit pas par un passage systématique par le médecin traitant. Quant aux incitations financières à la qualité, elles sont certes présentes dans le système de santé français mais aucune augmentation notable de la ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) n’a été proposée. Ces limites illustrent le double enjeu du moment : transformer des orientations générales en leviers opérationnels, et faire évoluer les mécanismes de financement pour aligner davantage la rémunération sur les résultats en santé. 

    Des dépenses élevées pour des résultats moyens 

    Or, comme le souligne l’OCDE, l’efficacité des systèmes de santé est moyenne à légèrement inférieure dans le cluster dont fait partie la France. Les dépenses de santé sont relativement élevées (en % du PIB), tandis que certains indicateurs de résultats (mortalité évitable, admissions hospitalières évitables) sont en moyenne ou légèrement au-dessus de la moyenne OCDE. 

    Pourtant, « pas besoin de réformes structurelles radicales : des ajustements ciblés (incitations qualité, renforcement de la médecine générale, coordination des soins) peuvent générer des améliorations significatives », indique l’OCDE.  

  • Cybersécurité : 45 M€ pour financer les plans de continuité et reprise d’activité des établissements de santé

    Reprise et continuité d’activité après cyberattaque : un nouveau dispositif de soutien pour les hôpitaux

    Le ministère de la Santé a publié, le 16 juillet 2025, l’arrêté lançant le troisième appel à financement du programme CaRE, dédié à la cybersécurité des établissements sanitaires. Doté de 45 millions d’euros, ce dispositif vise à renforcer la résilience numérique des établissements à travers l’élaboration, la documentation, la sécurisation et les tests des Plans de Continuité et de Reprise d’Activité (PCA/PRA).

    Copiloté par la Délégation au Numérique en Santé (DNS) et l’Agence du Numérique en Santé (ANS), le programme CaRE (Cybersécurité et Résilience des Etablissements) déploie des financements sur les domaines jugés prioritaires pour renforcer la cybersécurité des structures sanitaires. Deux appels à financement ont déjà été lancés en 2024 :

    • Un guichet de 65 millions d’euros pour les audits techniques (annuaires et exposition sur internet)
    • Et un autre, doté de 1,4 million, pour le dispositif HospiConnect.

    Ce nouveau guichet consacré à la “Stratégie de continuité et de reprise d’activité” cible les plans PCA/PRA, afin d’aider les établissements à formaliser, sécuriser et tester leur dispositif de gestion de crise cyber.

    4 axes pour renforcer la capacité des établissements à redémarrer après un incident

    Face au risque des rançongiciels, qui ciblent aussi bien les données principales que les copies sauvegardées, la capacité des établissements à assurer une reprise d’activité rapide et sécurisée est une priorité.

    L’appel à financement lancé le 16 juillet fixe quatre axes de travail aux établissements sanitaires, publics et privés :

    • Intégrer la gestion de la continuité et de reprise d’activité à la gouvernance interne.
    • Définir, documenter et maintenir à jour les politiques de sauvegarde et de restauration.
    • Mettre en place un système de sauvegarde sécurisé.
    • Tester régulièrement la sauvegarde et la restauration.

    Un kit PCA/PRA et un accompagnement régional pour soutenir les établissements sanitaires

    Pour faciliter la mise en œuvre, l’ANS fournit aux établissements un kit méthodologique PCA/PRA, ainsi qu’un parcours de formation en ligne sur la plateforme ANS-Formation. Par ailleurs, les Centres Régionaux des Ressources Cyber (CRRC) déploient un accompagnement spécifique à l’échelle territoriale. L’appel à financement reste réservé aux établissements sanitaires, une réponse adaptée au secteur médico-social étant prévue d’ici fin 2025. La plateforme “eCaRE” ouvrira le guichet de dépôt des candidatures du 2 septembre au 31 octobre 2025. Un webinaire de présentation du dispositif est programmé le 22 juillet.

  • Création et gestion des antennes de médecine d’urgence : publication du guide officiel (DGOS)

    Publication du guide officiel sur les antennes non ouvertes en continu

    La direction générale de l’offre de soins (DGOS) a publié le 16 juillet un guide destiné à encadrer la création et le fonctionnement des antennes de médecine d’urgence. Élaboré avec l’Agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale (Anap), et après concertation avec les ARS, sociétés savantes et associations d’usagers, ce document précise les conditions réglementaires, organisationnelles et opérationnelles de ces structures.

    3 prérequis pour ouvrir une antenne de médecine d’urgence : Smur, équipe commune, UHCD

    Les antennes de médecine d’urgence constituent des points d’accès aux soins d’urgence ouverts au minimum 12 heures par jour, tous les jours de l’année. Elles doivent assurer la prise en charge de tout patient relevant de la médecine d’urgence pendant leurs plages d’ouverture et sont obligatoirement adossées à une structure mobile d’urgence et de réanimation (Smur), pour garantir la continuité des soins en dehors de ces horaires. Le guide détaille les obligations réglementaires communes à toutes les structures d’urgence, mais aussi les spécificités propres aux antennes. L’autorisation de mise en place est conditionnée notamment par la participation à une équipe commune de territoire, et le respect d’exigences techniques (capacité minimale, présence médicale et infirmière permanente sur les horaires d’ouverture, unité d’hospitalisation de courte durée).

    Les ARS décideront de l’implantation des antennes en fonction de la démographie locale

    Le guide précise les modalités d’implantation :

    • Soit par transformation d’une structure d’urgence existante.
    • Soit par création de nouvelles antennes.

    Dans les deux cas, les décisions d’implantation relèvent des agences régionales de santé (ARS), intégrées dans les projets régionaux de santé. L’implantation doit répondre à des critères de maillage territorial, de couverture démographique et de disponibilité des ressources humaines.

    Un comité de pilotage territorial (COPIL) est recommandé pour superviser la mise en œuvre, organiser la gestion des flux patients et des lits, assurer un suivi organisationnel et coordonner la continuité des soins avec la structure d’urgence de recours.

    Fermeture chaque nuit : les antennes d’urgence devront garantir l’orientation des patients

    Le fonctionnement des antennes, en particulier leur fermeture nocturne, est encadré. La continuité des soins est assurée par le Smur, une régulation via le SAMU/SAS et, si nécessaire, des dispositifs transitoires en cas de transformation d’une structure préexistante. La gestion des ressources humaines et matérielles, ainsi que la coordination territoriale des lits, sont également abordées. Le guide préconise une communication renforcée vers la population (affichage, signalétique, interphone relié au 15) et vers les professionnels (médecins, transporteurs, secours) afin de rendre visibles les modalités d’accès et d’orientation des patients.

    Autonome 2025 : premières implantations d’antennes prévues dans les projets régionaux de santé

    Enfin, en appui, une liste de vérification opérationnelle permet aux établissements de structurer leur projet d’antenne, du diagnostic territorial initial à la formalisation des protocoles et la communication publique. La création des premières antennes est attendue dès l’actualisation des projets régionaux de santé, prévue à l’automne 2025.

  • UK : un plan de 2 milliards de livres pour accélérer l’innovation en santé et l’accès aux traitements via les données du NHS

    Soutien financier de 2 milliards de livres

    Le gouvernement britannique a publié, le 16 juillet, son Life Sciences Sector Plan, une feuille de route sur 10 ans pour conjuguer innovation scientifique et croissance économique, notamment autour de la prévention.

    Piloté par le secrétaire à la Santé Wes Streeting, ce plan mobilisera plus de 2 milliards de livres de financements publics sur la durée de la revue budgétaire. Ce soutien inclut des apports du UK Research and Innovation et du National Institute for Health and Care Research. Pour Streeting, cette stratégie permettra de « maximiser le potentiel des données du NHS, accélérer l’accès aux traitements innovants et transformer l’expérience des patients ». Trois axes structurent le plan :

    • Soutenir une recherche et un développement de rang mondial.
    • Faire du Royaume-Uni un territoire attractif pour créer et développer des entreprises.
    • Stimuler l’innovation en santé et réformer le NHS.

    Le gouvernement britannique accélère sur l’exploitation des données du NHS et la production locale de traitements

    Six priorités opérationnelles ont été définies pour concrétiser ces ambitions :

    600 millions investis dans un Health Data Research Service pour accélérer la recherche

    • Exploitation des données du NHS : Jusqu’à 600 millions de livres seront consacrés à la construction d’un système avancé de données de santé, le Health Data Research Service, pour faciliter la recherche de nouveaux traitements et stimuler l’innovation.
    • Accélération des essais cliniques : Les procédures réglementaires seront simplifiées pour permettre une inclusion plus rapide des patients dans les essais cliniques et un accès plus précoce aux innovations thérapeutiques.

    520 millions pour relocaliser la production de traitements au Royaume-Uni

    • Relocalisation de la production : Jusqu’à 520 millions de livres financeront des projets de production dans les sciences de la vie, avec l’objectif de renforcer les emplois qualifiés et de produire davantage de traitements et dispositifs médicaux au Royaume-Uni.
    • Soutien renforcé à la MHRA : Un soutien budgétaire supplémentaire sera accordé à la Medicines and Healthcare products Regulatory Agency pour simplifier et accélérer les processus d’évaluation et d’autorisation des produits de santé.

    Au moins un partenariat industriel par an

    • Déploiement facilité des innovations : La création d’un « NHS innovator passport » permettra d’introduire plus rapidement les outils et technologies déjà validés au sein du système national de santé.
    • Développement de partenariats industriels : Enfin, le plan prévoit de sécuriser au moins un partenariat majeur par an avec le secteur privé, afin de soutenir la croissance des entreprises du secteur et maintenir les innovations sur le sol britannique.