Actualité

  • Évaluation des IA et DHT pour professionnels de santé : 8 recommandations et une taxonomie en 7 dimensions (octobre 2025)

    EHDS : une réponse partielle à l’interopérabilité en UE

    Les systèmes de santé sont sous tension budgétaire avec une pénurie mondiale de professionnels et une hausse des maladies non transmissibles, responsables de 41 millions de décès par an, soit 74% de la mortalité mondiale, ce qui renforce l’intérêt pour des technologies numériques et d’IA qui améliorent l’accessibilité, l’efficience et la qualité des soins. Les barrières d’adoption persistent : compétences numériques insuffisantes, infrastructures hétérogènes, absence de standards communs d’accès et de gouvernance des données, interopérabilité limitée entre systèmes, tandis que l’European Health Data Space vise une harmonisation au sein de l’UE. Les modèles d’évaluation hérités du médicament et des dispositifs peinent à capter la valeur d’outils numériques utilisés par les professionnels, d’où une prolifération d’innovations de faible impact et peu pérennes.

    Héritage pharma/DM inadapté aux outils itératifs

    Le rapport propose une taxonomie pour technologies HCP-facing structurée sur sept dimensions :

    • Interopérabilité (5 niveaux, du «view-only» à l’interopérabilité sémantique),
    • Plateforme d’accès,
    • Technologie motrice (règles ou IA/ML),
    • Sources de données (monde réel ou recherche),
    • Impact visé (professionnel, patient, système),
    • Cas d’usage (diagnostic, gestion, monitoring, traitement, pronostic, prévention),
    • Bénéficiaires professionnels.

    Un exemple illustre un modèle de deep learning (HeadXNet) en imagerie cérébrale avec accès navigateur, données d’imagerie réelles et impacts attendus multi-niveaux, montrant la combinatoire des blocs selon contexte.​

    7 dimensions pour décrire les IA destinées aux HCP

    Les exigences d’évaluation sont proportionnées au risque et à l’usage : les solutions à faible risque s’appuient sur des tests d’utilisabilité et de performance, les IA de diagnostic et d’aide à la décision exigent des comparaisons d’efficacité, les systèmes autonomes requièrent des essais prospectifs, des données en vie réelle et des sandboxes réglementaires.​ Les essais randomisés contrôlés demeurent la référence dans les six pays étudiés, avec une ouverture croissante à des plans alternatifs : NICE intègre essais pragmatiques et observationnels, la HAS accepte la randomisation par consentement et l’émulation d’essai cible, le dispositif DiGA admet des données du monde réel pour une évaluation continue.

    L’analyse coût‑utilité fondée sur les années de vie ajustées par la qualité reste dominante, bien qu’elle décrive mal les technologies destinées aux professionnels qui produisent surtout des effets indirects ; le Royaume‑Uni et la France admettent une analyse de minimisation des coûts en cas d’équivalence clinique et une analyse coût‑conséquences pour objectiver les gains de flux de travail et d’efficience.​ Le rapport recommande d’étendre les indicateurs d’évaluation aux effets sur les professionnels et sur l’organisation des soins, en cohérence avec la taxonomie proposée, afin de ne pas sous‑estimer la valeur des outils d’aide à la décision clinique et des solutions de diagnostic qui soutiennent la décision médicale.

    AI Act: haut risque et suivi post-marché

    Les États-Unis et la Corée du Sud recourent à l’«équivalence substantielle» pour certains dispositifs IA, quand l’Europe évolue avec l’AI Act classant haut risque les systèmes IA des dispositifs réglementés et imposant surveillance post-marché. Les FDA PCCP permettent des mises à jour pré-approuvées d’algorithmes, approche convergente avec les dispositions de l’AI Act sur modifications substantielles, tandis que Canada et Corée s’appuient sur la surveillance post-marché et autorisations conditionnelles.

    Le rapport formule huit recommandations :

    • Classification fonctionnelle alignée sur le risque : La première recommandation consiste à classer les technologies destinées aux professionnels selon leur finalité et leur niveau de risque, clinique comme organisationnel. Le cadre distingue notamment l’aide au diagnostic, le soutien à la décision, la surveillance, la gestion des parcours et l’optimisation des processus, avec une attention au degré d’autonomie du système. Cette structuration doit rendre les voies d’accès lisibles, proportionner les exigences d’évaluation et concentrer l’effort public sur les cas d’usage à fort impact.​
    • Standards de preuve reliés aux classes : La deuxième recommandation prévoit d’adosser chaque catégorie fonctionnelle à des standards d’évidence et à des métriques spécifiques. Pour chaque combinaison finalité/risque, il s’agit de définir les plans d’étude recevables, les comparateurs, les critères de jugement cliniques, professionnels et système, ainsi que les exigences d’interopérabilité et de sécurité. L’objectif est d’abaisser l’incertitude, d’accélérer l’évaluation et d’harmoniser les décisions de financement et d’achat.​
    • Méthodes bayésiennes en priorité : La troisième recommandation appelle à privilégier les approches bayésiennes pour intégrer des sources de données hétérogènes, actualiser les estimations au fil des versions logicielles et statuer sous incertitude. Ces méthodes conviennent aux itérations rapides, aux effectifs limités et aux contextes où la randomisation est difficile. Elles soutiennent des évaluations vivantes alignées sur les cycles produits et facilitent des décisions conditionnelles.​
    • Plans de contrôle des changements prédéterminés : La quatrième recommandation impose des plans formalisés de contrôle des mises à jour algorithmiques, décrivant périmètre, limites, validations, critères de sécurité et modalités de surveillance post‑déploiement. Cette approche sécurise l’évolution continue des modèles, réduit les délais d’approbation des versions et garantit la conformité durable des performances en routine.​
    • Alignement précoce régulation‑évaluation‑financement : La cinquième recommandation vise un alignement en amont entre régulateurs, évaluateurs et payeurs grâce à des parcours d’avis conjoints. Ce dialogue cadre jeux de données, comparateurs, critères de jugement, modalités de collecte en vie réelle et schémas de financement progressif. Il limite les itérations de dossiers, accélère l’accès et oriente la production de preuves vers les besoins décisionnels réels.​
    • Métriques élargies aux effets professionnels et système : La sixième recommandation élargit les indicateurs au‑delà des seuls résultats patients. Elle intègre charge de travail, qualité de la décision, sécurité des traitements, efficience des parcours, coûts de coordination et interopérabilité. Cette extension évite de sous‑valoriser les bénéfices indirects des outils destinés aux professionnels, reflète mieux la valeur organisationnelle et améliore l’acceptabilité par les équipes.​
    • Co‑conception et pilotes itératifs : La septième recommandation promeut la co‑conception avec professionnels, directions des systèmes d’information, chercheurs et représentants de patients, suivie de pilotes encadrés. Ces expérimentations fixent des critères de succès, structurent la collecte de données en vie réelle et instaurent des revues périodiques. Elles détectent tôt les risques, ajustent les usages et sécurisent le passage à l’échelle.​
    • Convergence via réseaux internationaux : Enfin, la huitième recommandation encourage l’appui sur les réseaux internationaux de régulation et d’évaluation pour converger sur définitions, taxonomies, formats d’interopérabilité et registres de preuves. La mutualisation des retours d’expérience et la reconnaissance croisée réduisent les redondances, améliorent la comparabilité et raccourcissent les délais d’accès.

    Van Kessel R, Schmidt J, Winitsky S, Wharton G, Mossialos E. Evaluation framework for health professionals’ digital health and AI technologies: Evidence-based policy recommendations. October 2025. LSE Consulting. DOI: 10.21953/lse.vi7ayokh6s1u.

     

  • Systèmes d’information : l’État sommé d’accélérer la convergence de ses clouds souverains d’ici 2026 (Cour des comptes)

    • Plus de cinq ministères utilisent encore des clouds extra-européens pour héberger des données sensibles, selon la Cour des comptes.
    • La plateforme nationale des données de santé est hébergée depuis plus de cinq ans chez un fournisseur américain, illustrant une dépendance persistante.
    • La Cour recommande une convergence des clouds ministériels pour renforcer mutualisation, sécurité et maîtrise financière.
    • L’ANSSI est appelée à superviser et certifier les dispositifs numériques critiques, notamment via la norme SecNumCloud.
    • La coordination interadministrative reste fragmentée, le rapport insiste sur la gouvernance souveraine des données de santé.

    Une utilisation prolongée de clouds extra-européens pour les données sensibles

    La Cour des comptes met en évidence une fragilité de la souveraineté numérique de l’État. Plusieurs ministères utilisent encore des solutions informatiques extra-européennes pour héberger des données sensibles. L’exemple de la plateforme des données de santé, hébergée depuis plus de cinq ans chez un fournisseur américain, illustre cette dépendance. La situation expose les systèmes d’information publics à un double risque : perte de contrôle sur les données et dépendance technique aux acteurs non européens.

    Cartographier les données critiques : une priorité fixée à 2026

    Le rapport pointe l’absence d’un référentiel exhaustif des données sensibles détenues par les administrations. Cette lacune empêche de prioriser les missions relevant d’une protection souveraine et d’adapter les moyens d’hébergement. La Cour recommande à la Direction interministérielle du numérique (DINUM) de réaliser cette cartographie complète dès 2026. Cet outil constituerait la base d’une politique coordonnée de sécurité et de gestion de l’information. L’adoption du cloud souverain reste marginale dans l’appareil d’État. Les infrastructures internes peinent à atteindre une masse critique et à rivaliser sur le plan des services, notamment dans l’intégration de l’intelligence artificielle. La Cour appelle à la convergence des clouds ministériels afin d’améliorer la performance, la mutualisation et la compétitivité tarifaire.

    Une coordination ministérielle encore fragmentée

    La DINUM pilote deux dispositifs clés : le réseau interministériel de l’État (RIE) et FranceConnect, plateforme d’identité numérique. Ces outils progressent en couverture et en robustesse mais nécessitent un renforcement de la résilience et de la sécurité. La Cour préconise une meilleure coordination interadministrative et un renforcement des certifications sous la supervision de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Enfin, le rapport souligne la nécessité d’une gouvernance souveraine pour les données de santé. Il invite à une coordination entre établissements hospitaliers et administrations afin de garantir la confidentialité, la disponibilité et l’intégrité des informations médicales. La mise en conformité des hébergeurs avec la norme SecNumCloud est recommandée, tout comme le développement d’une stratégie de mutualisation entre acteurs publics et hospitaliers.

     

    Cour des comptes. Enjeux de souveraineté des systèmes d’information civils de l’État. Rapport public, 31 octobre 2025.

  • Diabète de type 2 : un essai américain confirme la performance d’un accompagnement numérique piloté par IA

    • Essai randomisé de phase 3 conduit à Baltimore et Reading sur 368 adultes en surpoids ou obèses atteints de prédiabète
    • 152 jours de suivi moyen pour l’ensemble des participants ; durée totale d’intervention : 12 mois.
    • Résultats primaires : 31,7% de réussite dans le groupe IA contre 31,9% dans le groupe humain, différence de ‑0,2% conforme à la borne de non‑infériorité (IC 95% unilatéral ‑8,2%).
    • Adhésion initiale supérieure avec l’IA : 93,4% des participants ont débuté le programme automatisé contre 82,7% dans le groupe humain.
    • Le modèle IA ajuste en temps réel ses recommandations selon le profil clinique et comportemental, grâce à l’apprentissage automatique des données pondérales et d’activité.

    Comparaison directe entre suivi automatisé et coaching à distance

    L’étude « An AI-Powered Lifestyle Intervention vs Human Coaching in the Diabetes Prevention Program », publiée en octobre 2025 dans JAMA, compare deux approches du programme DPP (Diabetes Prevention Program). Mené à Baltimore (Maryland) et Reading (Pennsylvanie), cet essai de phase 3 a inclus 368 adultes en surpoids ou obèses présentant un prédiabète. Les participants ont été répartis aléatoirement entre deux groupes : un programme DPP numérique animé par une intelligence artificielle via application mobile et balance connectée, ou un DPP conduit à distance par des coachs humains. Les deux interventions se sont déroulées indépendamment de l’équipe de recherche sur une durée de douze mois.

    152 jours de suivi moyen pour 368 participants : l’IA reproduit l’efficacité humaine

    31,7% de réussite dans le groupe IA contre 31,9% dans le groupe humain

    Le critère principal combinait une réduction durable de l’HbA1c sous 6,5%, une perte de poids d’au moins 5%, ou une amélioration de l’activité physique hebdomadaire d’au moins 150 minutes. Les résultats montrent que 31,7% des participants du groupe IA et 31,9% de ceux du groupe humain ont atteint l’objectif combiné. La différence de -0,2% respecte la borne préétablie de non-infériorité (IC à 95% unilatéral -8,2%). Les performances ont été confirmées dans les analyses de sensibilité pour chacun des critères individuels.

    Une adhésion plus élevée au programme automatisé

    L’observance initiale s’est révélée supérieure dans le groupe IA : 93,4% des patients ont commencé le programme automatisé contre 82,7% dans le groupe animé par coach. Cette meilleure adhésion pourrait refléter une accessibilité renforcée et une expérience utilisateur plus flexible. Le docteur Nestoras Mathioudakis, auteur principal de l’étude à la Johns Hopkins University School of Medicine, souligne que ces résultats ouvrent la voie à une diffusion élargie du DPP, actuellement sous-utilisé aux États-Unis malgré la forte prévalence du prédiabète.

    Une solution numérique scalable pour la santé publique

    Le modèle IA du DPP repose sur des modules comportementaux interactifs et un suivi automatisé des données pondérales et d’activité physique. Ces outils s’appuient sur des algorithmes d’apprentissage permettant d’adapter en temps réel les recommandations au profil clinique et psychologique des participants. Pour les systèmes de santé, la reproductibilité de cette approche sans intervention humaine directe constitue un levier de massification des programmes de prévention. Elle permettrait de réduire les coûts de personnel en conservant un niveau d’efficacité clinique équivalent.

    Nécessité d’un suivi supérieur à 12 mois

    Les auteurs recommandent de poursuivre l’évaluation du DPP automatisé dans des populations plus diversifiées et sur des périodes au-delà de douze mois. Les perspectives de déploiement incluent son intégration dans les dispositifs de santé publique, par exemple via les couvertures Medicare ou Medicaid. Selon le Dr Nisa M. Maruthur (Johns Hopkins University), coautrice de l’étude, cette expérimentation valide le potentiel d’une santé numérique fondée sur une approche comportementale dynamique et personnalisée fondée sur IA.

     

    Mathioudakis N, Lalani B, Abusamaan MS, et al.; AI-DPP Study Group. An AI-Powered Lifestyle Intervention vs Human Coaching in the Diabetes Prevention Program: A Randomized Clinical Trial. JAMA. 2025;334(18):19563. doi:10.1001/jama.2025.19563.

     

  • Qualité des soins : l’IA devient un axe structurant dans le dernier référentiel de la HAS

    Zoom sur les nouveaux critères de certification encadrant l’IA

    La Haute autorité de santé (HAS) a intégré dans son dernier référentiel de certification des établissements de santé deux critères spécifiques pour encadrer l’usage de l’intelligence artificielle (IA) en contexte de soins. Ces critères, inscrits à l’objectif 3.4 ,« adaptation à des soins éco-responsables et aux innovations numériques », imposent aux établissements de santé une gestion rigoureuse et responsable des technologies numériques innovantes, et en particulier des systèmes d’IA, afin de garantir la qualité et la sécurité des soins. Ils s’articulent autour de deux situations : l’usage de dispositifs médicaux numériques intégrant de l’IA dans un but médical, et l’usage d’outils technologiques innovants (IA ou autres) sans finalité médicale directe, pour optimiser l’organisation des soins.

    Le pilotage des dispositifs médicaux numériques intégrant de l’IA :

    Le critère 3.4-05 exige que « l’établissement pilote l’usage des dispositifs médicaux numériques à usage professionnel, en particulier ceux faisant appel à l’intelligence artificielle ». Autrement dit, pour tout outil numérique à finalité médicale (exemple : aide logicielle au dépistage, au diagnostic ou à la décision thérapeutique), ce qui inclut de nombreux dispositifs basés sur l’IA, utilisé par des soignants, l’établissement doit mettre en place une gouvernance adaptée. Concrètement, le référentiel demande :

    • de recenser tous les dispositifs médicaux numériques utilisés dans l’établissement (comme les logiciels d’aide à l’interprétation d’images, ou les outils d’analyse pharmaceutique), mettre à jour cet inventaire au moins annuellement, et analyser les risques et impacts potentiels de chacun (notamment en termes de sécurité des données ou de réutilisation des données par le fournisseur). Cela implique de connaître pour chaque système ses performances déclarées, ses limites et ses conditions d’utilisation, afin d’éclairer les professionnels sur leur utilité réelle ou leurs dangers éventuels ;

    • de définir une organisation structurée pour l’acquisition et l’implémentation de ces outils, en impliquant les équipes compétentes (notamment le service informatique et le service juridique) dès le choix et l’évaluation d’un nouvel outil. Ceci garantit que les solutions retenues respectent les exigences réglementaires (comme le marquage CE ou la conformité au RGPD) et sont compatibles avec le système informatique (SI) de l’hôpital et les règles de sécurité ;

    • d’organiser la formation des professionnels de santé amenés à utiliser ces dispositifs d’IA, afin qu’ils en maîtrisent le fonctionnement, connaissent les conditions d’usage appropriées et les limites de fiabilité ou de portée clinique. L’objectif étant d’assurer une utilisation éclairée et critique de l’outil par les soignants, qui reste indispensable pour un usage sécurisé de l’IA ;

    • d’instituer un processus de contrôle qualité continu sur les résultats fournis par ces systèmes, incluant le cas échéant un contrôle humain des décisions/analyses produites par l’IA. Cette exigence vise à prévenir les dérives d’une automatisation aveugle : un regard expert doit pouvoir vérifier les suggestions de l’IA, surtout en situation clinique réelle, afin de détecter d’éventuelles erreurs ou biais de l’algorithme ;

    • de s’assurer que les professionnels déclarent tout dysfonctionnement ou évènement indésirable lié à l’utilisation de ces dispositifs (par exemple via le dispositif de matériovigilance pour les DMN). Ce reporting, conforme à la réglementation en vigueur, permet de gérer les risques en temps réel et d’améliorer les dispositifs. Par ailleurs, le critère prévoit qu’en cas d’utilisation d’une IA d’aide à la décision diagnostique/thérapeutique, le patient en soit informé et averti de l’intervention de cet outil dans son parcours de soins, assurant ainsi une transparence vis-à-vis de la personne soignée.

    Ce critère 3.4-05 établit un cadre opérationnel qui s’aligne sur les obligations légales de gestion des dispositifs médicaux. Les DMN dotés d’IA doivent bien entendu être des dispositifs certifiés CE (réglementation européenne 2017/745) s’ils revendiquent une finalité médicale. Néanmoins, la HAS va plus loin en demandant aux établissements de “piloter activement” leur usage : cela comble un vide là où la HAS n’évalue pas forcément ces outils (beaucoup de DMN n’entrant pas dans les procédures de remboursement, ils échappent à l’évaluation clinique classique). L’établissement de santé devient ainsi garant de la qualité de ces IA médicales dans son propre fonctionnement, en instaurant une gouvernance interne, une gestion du risque et une responsabilité de suivi continu, conformément aux principes de l’amélioration continue de la qualité des soins.

    L’utilisation des outils technologiques innovants dotées d’IA sans finalité médicale :

    Le critère 3.4-06 stipule que « l’établissement utilise des outils technologiques innovants sans finalité médicale pour améliorer son organisation, en particulier ceux faisant appel à l’IA ». Ce critère vise les outils numériques innovants déployés dans l’hôpital pour optimiser l’organisation des soins (gestion des ressources, logistique, administration, coordination…), mais qui ne sont pas à proprement parler des dispositifs médicaux. Par exemple, on peut citer un outil d’IA générative assistant à la rédaction des comptes-rendus, un algorithme d’optimisation des plannings, ou des solutions d’analyse de données pour la gestion des flux de patients. Juridiquement, ces outils « sans finalité médicale au sens du règlement UE 2017/745 » n’ont pas le statut de dispositif médical, mais leur bon usage est tout aussi crucial pour la qualité des soins. Le référentiel 2025 les encadre donc via ce critère, classé « avancé », en insistant sur les points suivants :

    • l’établissement doit encadrer l’acquisition de ces technologies innovantes en associant systématiquement les compétences adéquates, notamment les équipes SI et juridiques, au processus de choix. Cela garantit une évaluation préalable de la conformité (comme le respect des règles de sécurité des données, ou de la protection de la vie privée) et de l’interopérabilité de l’outil dans l’écosystème de l’établissement ;

    • dès qu’un outil repose sur un système d’intelligence artificielle, l’établissement doit se doter d’un processus de contrôle qualité adapté pour surveiller son fonctionnement et ses résultats dans le temps. Cette démarche recoupe celle du critère 3.4-05 : même sans finalité médicale directe, un algorithme pouvant impacter l’organisation du travail ou la prise de décision administrative doit être soumis à une validation régulière et à une gestion des risques (par exemple, la détection d’erreurs de l’IA).

    •  les professionnels utilisant ces outils doivent être formés à leur usage, afin qu’ils connaissent bien les conditions d’utilisation et les limites de ces technologies. Un personnel formé et conscient des possibilités et des limites d’un outil innovant saura l’exploiter au mieux tout en prévenant les erreurs ou abus ;

    • l’établissement doit évaluer l’impact de ces innovations sur ses processus de soins et son organisation. L’idée est de mesurer concrètement les effets positifs attendus (par exemple, le gain de temps administratif permettant de consacrer plus de temps aux patients, ou l’amélioration de la coordination), mais aussi de détecter d’éventuels effets indésirables organisationnels. La HAS souligne en effet que chaque nouvelle technologie doit être introduite de manière raisonnée : une “évaluation systématique” de son déploiement doit vérifier qu’elle n’induit pas de nouveaux risques pour le personnel ou les patients. Parmi les écueils à éviter figurent “l’intensification du travail ou la perte de sens” pour les professionnels, ou toute “dérive non contrôlée” dans l’utilisation de l’outil. Ce critère vise donc à ce que l’innovation technologique soit synonyme de valeur ajoutée réelle et de sécurité, et non de gadget potentiellement néfaste.

    Le critère 3.4-06 est qualifié de “standard” par la HAS, signifiant qu’il concerne l’ensemble des établissements dès la base du référentiel. En revanche, le critère 3.4-05 sur les DMN à usage professionnel est traité comme critère “avancé” (indiquant une démarche de maturité plus élevée) dans la logique de certification HAS. Cela montre que l’utilisation d’IA à but purement organisationnel est déjà largement répandue et peut être améliorée dans toutes les structures, tandis que le pilotage des IA médicales demande une démarche encore plus proactive de la part des établissements les plus en pointe. Dans tous les cas, ces deux critères s’inscrivent dans le nouveau cycle de certification (applicable aux visites d’établissement à partir de septembre 2025) qui vise à amplifier la maîtrise des risques numériques en santé.

    L’impact de ces nouveaux critères sur la qualité des soins

    Vers une gouvernance proactive de l’innovation numérique :

    L’intégration de ces critères dans le dernier référentiel de certification de la HAS marque un tournant dans la conception de la qualité des soins. Jusqu’ici centrée sur les pratiques cliniques et organisationnelles, la démarche qualité s’étend désormais à la maîtrise des technologies numériques, considérant que la qualité dépend autant des pratiques humaines que de la fiabilité et du bon usage des outils qui les soutiennent.

    Ces critères placent les établissements dans un rôle de pilotage actif de l’innovation. Il ne s’agit plus seulement d’adopter des dispositifs médicaux numériques ou des outils d’intelligence artificielle validés par leurs fabricants, mais de construire une gouvernance interne assurant leur suivi, leur traçabilité et leur amélioration continue. Cette responsabilité exige des processus d’identification et d’évaluation des outils utilisés, une supervision partagée entre directions qualité, systèmes d’information, juristes et équipes cliniques, et une intégration cohérente de la technologie dans les démarches de sécurité et de pertinence des soins.

    Faire émerger une culture de vigilance numérique :

    En introduisant l’IA dans la certification, la HAS fait émerger une culture de vigilance numérique. Les incidents, biais ou dérives algorithmiques doivent être suivis et analysés au même titre que les événements indésirables graves. La traçabilité des décisions devient essentielle : lorsqu’une IA intervient dans le raisonnement clinique ou l’organisation des soins, le professionnel doit pouvoir en expliciter la contribution. Ce cadre renforce la sécurité du patient et la redevabilité du soignant, tout en encourageant une utilisation raisonnée et transparente des technologies.

    Une nouvelle capacité à mesurer et améliorer la qualité des soins :

    Ces critères ouvrent aussi la voie à une qualité des soins objectivée par la donnée. En structurant la gouvernance et le suivi des IA, la HAS crée les conditions d’un usage plus intelligent de l’information. L’IA devient un outil de mesure de la pertinence des soins, capable d’identifier les redondances, les écarts de pratique et les besoins individuels, contribuant ainsi à une personnalisation et une évaluation continues des prises en charge.

    La HAS rappelle également que la qualité ne peut se dissocier de la confiance. Informer les patients de l’usage de l’IA, former les soignants à sa compréhension et garantir la transparence des décisions sont les conditions d’une innovation éthique et maîtrisée. L’intelligence artificielle, encadrée et expliquée, devient alors un vecteur de qualité au service de l’humain.

  • AVC : 4,5 milliards d’euros investis pour des parcours de soins jugés inefficients par la Cour des comptes

    Une prévention encore mal ciblée

    Facteurs émergents : apnée du sommeil, usage de drogues, tabac-contraception

    Alors que seuls 50 % des patients bénéficient d’une hospitalisation en unité neuro-vasculaire, les Sages de la rue Cambon estiment qu’une meilleure coordination des soins permettrait d’économiser 200 millions d’euros par an. En France, 120 000 personnes sont victimes d’un AVC chaque année. Pourtant, la prévention reste faiblement structurée. L’hypertension artérielle, facteur de risque principal, n’est ni suffisamment dépistée ni correctement suivie, en particulier chez les femmes. Autres angles morts : l’apnée du sommeil, l’usage de drogues et la consommation tabac-contraception chez les jeunes femmes, peu pris en compte dans les politiques de prévention. Quant à l’information du public sur les signes d’alerte de l’AVC et l’importance d’appeler le 15, elle reste largement insuffisante, déplore la Cour. Deux recommandations sont émises :

    • Elaborer un plan national de lutte contre l’hypertension
    • Et définir une stratégie de communication grand public sur les réflexes à adopter.

    Des soins d’urgence inégalement accessibles : seulement la moitié des patients pris en charge dans une UNV

    En 2024, la Cour des comptes a analysé un investissement public total de 4,5 milliards d’euros consacré à la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC). Malgré cette enveloppe, les résultats demeurent en retrait. Selon les Sages de la rue Cambon, seule une moitié des patients accède à une unité neuro-vasculaire (UNV), loin de l’objectif de 90% fixé par les plans précédents. L’absence de pilotage global et la fragmentation du parcours de soins entraînent des ruptures majeures tout au long de la filière. Malgré les avancées thérapeutiques — thrombolyse dès les années 2000, thrombectomie à partir de 2015 —, seuls la moitié des patients sont pris en charge dans une unité neuro-vasculaire (UNV). L’offre spécialisée est inégalement répartie, tant pour les UNV que pour les services de neuroradiologie interventionnelle (NRI), aggravant les disparités territoriales.

    Les difficultés de recrutement dans ces structures spécialisées, les fermetures de lits et l’absence de permanence des soins 24h/24 limitent encore l’accès aux traitements d’urgence. La Cour préconise de renforcer le maillage via le télé-AVC, d’élaborer un plan de gestion prévisionnelle des compétences, et de réviser l’organisation des filières régionales de soins.

    7 000 patients sans suivi médical 18 mois après un AVC

    Le rapport souligne un manque de cohérence dans l’orientation post-hospitalière.. Après l’hospitalisation, le parcours reste fragmenté. En 2022, près de 17 000 patients lourdement handicapés sont rentrés à domicile sans avoir eu accès aux soins médicaux de réadaptation (SMR), tandis que 10 000 patients faiblement atteints y ont été admis. Le programme de retour à domicile (Prado) n’a concerné que 12 000 patients. La coordination entre soins aigus et médecine de ville est jugée déficiente : 7 000 victimes d’AVC n’avaient consulté aucun médecin de ville 18 mois après leur accident. La moitié des victimes avec séquelles sévères sont orientées vers les Ehpad, souvent inadaptés à des patients jeunes ou à des besoins de rééducation complexes.

    Un pilotage défaillant : dix recommandations pour refonder la stratégie nationale

    Pour la Cour des comptes, les parcours de soins doivent être repensés dans leur ensemble. Le rapport souligne que seule une minorité de patients bénéficie du « parcours de référence » (UNV + SMR), pourtant associé à de meilleures chances de survie et de récupération. À ce titre, les Sages estiment qu’une optimisation de l’orientation des patients, une coordination renforcée entre les acteurs de santé, et une réduction des durées de séjour permettraient de générer 200 millions d’euros d’économies annuelles, à qualité de soins améliorée. Face à ces constats, dix recommandations sont formulées, dont l’élaboration d’un nouveau plan AVC et le déploiement du programme Prado dans toutes les structures disposant d’une UNV. Le renforcement du rôle des associations de patients et l’intégration des parcours post-aigus dans les schémas régionaux de santé figurent également parmi les leviers identifiés.

    • Élaborer un plan d’action sur l’hypertension artérielle
      Améliorer le dépistage et la prise en charge de l’hypertension, principal facteur de risque d’AVC.
      (Responsables : ministère de la Santé, Cnam)
    • Définir une stratégie nationale de communication sur l’AVC
      Renforcer la connaissance des signes de l’AVC dans la population et promouvoir l’appel au 15 en urgence.
      (Responsables : ministère de la Santé, Cnam)
    • Développer le recours au télé-AVC
      Étendre le maillage territorial en associant les établissements de proximité aux UNV grâce à la télémédecine.
      (Responsable : ministère de la Santé)
    • Élaborer un plan de gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC)
      Anticiper les besoins en personnels médicaux et paramédicaux dans la filière neuro-vasculaire.
      (Responsable : ministère de la Santé)
    • Actualiser la circulaire ministérielle du 6 mars 2012
      Mieux organiser les filières régionales de soins en mutualisant les ressources et intégrant les établissements de proximité.
      (Responsable : ministère de la Santé)
    • Déployer le programme PRADO AVC dans toutes les UNV
      Étendre le programme de retour à domicile aux patients sortant d’une unité neuro-vasculaire.
      (Responsables : ministère de la Santé, Cnam)
    • Assurer un médecin traitant à chaque victime d’AVC
      Mobiliser l’Assurance maladie et les CPTS pour garantir un suivi médical régulier en ville.
      (Responsables : ministère de la Santé, Cnam)
    • Impliquer les associations de patients et d’aidants
      Les intégrer dans les instances nationales de concertation sur les politiques de santé, de handicap et de dépendance.
      (Responsable : ministère de la Santé)
    • Mieux articuler les filières aiguës et post-aiguës
      Inscrire cette articulation dans un avenant aux schémas régionaux de santé pour fluidifier les parcours entre UNV, SMR, HAD, médecine de ville et médico-social.
      (Responsable : ministère de la Santé)
    • Élaborer un nouveau plan national AVC
      Assurer un pilotage global, efficace et fondé sur des indicateurs pertinents, pour coordonner tous les acteurs de la chaîne de soins.
      (Responsable : ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles)

     

    Cour des comptes – Rapport d’évaluation de la politique publique sur la prévention et la prise en charge des AVC (rapport thématique, octobre 2025).

  • Europe : 11,4 M€ d’indemnisations pour des erreurs médicales évitables en 2023

    Des pratiques hétérogènes et un manque de définition partagée

    L’analyse 2025 menée par Relyens sur plus de 10 000 sinistres enregistrés en 2023 dans quatre pays européens (France, Espagne, Italie, Allemagne) met en évidence 339 événements indésirables totalement évitables, survenus principalement dans les blocs opératoires et les plateaux techniques lourds. Ces Never Events — oubli de compresse, erreur de côté, prothèse inadaptée ou brûlure de patient — représentent 3 % des sinistres analysés, mais révèlent des fragilités systémiques persistantes dans l’organisation des soins. Vingt ans après l’introduction du concept, aucun cadre commun n’existe en Europe. Chaque pays applique ses propres critères, freinant la reconnaissance et la prévention de ces erreurs évitables. Pour y remédier, Relyens propose une définition harmonisée : des événements graves, identifiables et évitables si les recommandations de sécurité sont respectées.

    Erreurs évitables : un coût moyen de 36 000 € et 8 % de décès selon Relyens

    L’étude chiffre à 11,4 millions d’euros le coût global des Never Events indemnisés en 2023, pour un coût moyen de 36 000 € par cas, pouvant atteindre 600 000 € dans les situations les plus graves. Au-delà des montants, ces incidents entraînent des séquelles irréversibles (19 % des cas), des décès (8 %) et un fort impact psychologique sur les soignants, souvent isolés après l’événement.

    8 fragilités identifiées en bloc: surcharge info, pression temps, REX faible

    Huit fragilités récurrentes sont identifiées: surcharge informationnelle, pression temporelle, insuffisance de formation initiale, rituels de checklists vidés de leur sens, signaux faibles ignorés, technologie mal intégrée, faiblesse du retour d’expérience, poids du silence. Les experts de Relyens en France, Espagne, Italie, Allemagne soulignent un dilemme permanent entre sécurité et contraintes opérationnelles, avec un intérêt pour des solutions technologiques contraignantes et l’automatisation au‑delà des seules listes de contrôle. La formation aux limites cognitives et l’initiation à la culture de sécurité durant l’internat sont présentées comme des pistes.

    Six typologies dominent en 2023:

    • Oubli de matériel 35%,
    • Brûlure de patient 20%,
    • Prothèse ou implant inadapté 17%,
    • Erreur de procédure 16%,
    • Erreur médicamenteuse grave 10%,
    • Erreur de patient 2%.

    Les spécialités les plus exposées sont l’orthopédie 32%, la gynéco‑obstétrique 20%, la chirurgie viscérale 15%, la chirurgie plastique 5%, l’urologie 4%, en lien avec des actes longs, complexes ou de latéralité. Quatre niveaux de gravité sont distingués avec 19% de séquelles irréversibles et 8% d’issues mortelles, ce qui justifie un effort de prévention prioritaire malgré la rareté statistique

    Relyens propose une définition commune des Never Events et une dynamique européenne de partage d’analyses, avec systèmes nationaux de déclaration centralisés, non punitifs et à critères clairs. L’usage de checklists doit être ergonomique, intégré au dossier patient et activé à trois temps clés avant anesthésie, avant incision, en fin d’intervention, porté par un échange d’équipe, avec appui possible de l’IA. Le plan recommande formation initiale et continue, simulation, information des patients, soutien des soignants impliqués, publication de données anonymisées et valorisation des actions correctrices.

    Le modèle recommandé suit six étapes:

    • Adopter une définition commune,
    • Installer des barrières concrètes checklists et protocoles aux étapes critiques,
    • Clarifier rôles et communication,
    • Signaler et informer,
    • Systématiser le retour d’expérience au bloc,
    • Suivre et mesurer l’efficacité des actions.

    Relyens. Panorama 2025 – Never Events en Europe. Données 2023 traitées 2024‑2025. Lyon: Relyens; 2025. S0174FRA25A.

  • Supercalculateur pharmaceutique: Lilly s’allie à NVIDIA pour accélérer R&D et production

    • Eli Lilly et NVIDIA s’allient pour construire une « usine à IA » dédiée à la recherche pharmaceutique, reposant sur l’architecture logicielle avancée de NVIDIA.
    • Ce supercalculateur assurera tout le cycle de vie des modèles d’IA : collecte, entraînement, expérimentation et inférence à grande échelle
    • Objectif : accélérer la découverte de nouvelles cibles thérapeutiques et améliorer la conception moléculaire grâce à l’IA générative.
    • L’infrastructure servira aussi à développer des jumeaux numériques pour les procédés industriels, optimisant coûts et fiabilité de production.

    Lilly–NVIDIA: une AI factory pour scaler la découverte de médicaments

    Eli Lilly et NVIDIA ont officialisé un partenariat destiné à bâtir un supercalculateur dans la recherche pharmaceutique. Ce projet, présenté comme une « usine à IA », assurera l’ensemble du cycle de vie des modèles d’intelligence artificielle, de la collecte de données à l’inférence à grande échelle. Selon Diogo Rau, directeur des systèmes d’information et du numérique chez Lilly, cette infrastructure permettra d’élargir la capacité d’innovation scientifique et d’introduire des découvertes thérapeutiques. Ce supercalculateur reposera sur l’architecture et les solutions logicielles d’IA de NVIDIA, déjà adoptées par plusieurs acteurs du secteur. Lilly prévoit de l’utiliser pour entraîner des modèles capables d’identifier de nouvelles cibles, d’optimiser la conception moléculaire et de prédire les interactions biologiques.

    Le modèle retenu s’inscrit dans une tendance du secteur biopharmaceutique : la conception de laboratoires pilotés par IA. Des groupes tels que Novo Nordisk, Roche et Genentech déploient déjà, avec NVIDIA, des plateformes dites « laboratorie en boucle », où les algorithmes d’apprentissage conçoivent, testent et améliorent des prototypes moléculaires de façon autonome. Lilly entend pousser cette logique grâce à sa plateforme TuneLab, évaluée à près de 1 milliard de dollars, qui mettra à disposition des partenaires biotechnologiques certains modèles de découverte, en échange de données d’entraînement. Cette ouverture devrait renforcer les capacités collaboratives et favoriser le développement mutualisé de solutions thérapeutiques fondées sur l’IA.

    Outre la recherche, le supercalculateur servira à créer des systèmes de jumeaux numériques pour la production et la maintenance industrielle. Ces outils permettront de réduire les arrêts de chaîne, d’optimiser les flux d’approvisionnement et d’améliorer la reproductibilité des lots. Lilly prévoit aussi d’exploiter ces capacités pour identifier de nouveaux biomarqueurs favorisant le développement de traitements personnalisés. Consciente des enjeux environnementaux liés aux infrastructures d’IA, Lilly affirme vouloir aligner ce projet sur ses objectifs de développement durable à horizon 2030. Ces engagements incluent la neutralité carbone, l’alimentation électrique entièrement renouvelable et le recours à l’infrastructure d’eau glacée existante pour le refroidissement liquide du supercalculateur.

     

  • Cancer du poumon : une étude pilote en Île-de-France prépare le dépistage organisé national

    • 53 000 nouveaux cas de cancer du poumon sont diagnostiqués chaque année en France.
    • L’étude OPTI-DEPIST-MUT, lancée en janvier 2025 par l’Institut Curie et l’Institut Mutualiste Montsouris, évalue la faisabilité d’un dépistage organisé.
    • Le programme cible les fumeurs et ex-fumeurs de 50 à 74 ans, associant scanner thoracique à faible dose et accompagnement au sevrage tabagique.
    • Les études internationales montrent qu’un dépistage ciblé peut réduire la mortalité du cancer du poumon de 20 à 40% (INCa).
    • 500 volontaires seront recrutés sur 18 mois dans 10 centres de santé franciliens, via le réseau de la Mutualité Française (5,2 millions d’adhérents).

    Cancer du poumon en 2021 : 53 000 nouveaux cas/an, et 30 400 décès

    Première cause de mortalité par cancer en France, le cancer du poumon touche près de 53 000 nouveaux patients chaque année. Responsable de 30 400 décès en 2021, il reste souvent diagnostiqué à un stade avancé. Pour inverser cette tendance, l’Institut Curie et l’Institut Mutualiste Montsouris conduisent, avec le soutien de la Fédération nationale de la Mutualité Française, l’étude OPTI-DEPIST-MUT, lancée en janvier 2025 en Île-de-France. Ce programme vise à démontrer la faisabilité d’un dépistage organisé pour les personnes à risque — fumeurs et ex-fumeurs de 50 à 74 ans — en combinant scanner thoracique à faible dose et accompagnement au sevrage tabagique. Selon le Pr Nicolas Girard, pneumologue et coordinateur de l’étude à l’Institut Curie, « le dépistage organisé du cancer du poumon pourrait considérablement modifier le pronostic, en permettant un diagnostic précoce dans une population ciblée ».

    Réduire la mortalité de 20 à 40 %

    L’étude prévoit le recrutement de 500 volontaires sur 18 mois dans 10 centres de santé franciliens, en s’appuyant sur le réseau de la Mutualité Française Île-de-France (5,2 millions d’adhérents). Un questionnaire en ligne permet aux volontaires de vérifier leur éligibilité selon plusieurs critères : âge, statut tabagique et lieu de résidence. Les participants éligibles sont ensuite orientés vers un centre investigateur pour un scanner réalisé sous quatre semaines. Les suivis sont programmés à un, trois et cinq ans.

    Des études internationales ont montré qu’un dépistage ciblé par scanner pouvait réduire la mortalité liée au cancer du poumon de 20 à 40 %. En France, trois dépistages organisés existent actuellement (sein, côlon, col de l’utérus). L’étude OPTI-DEPIST-MUT s’inscrit dans la stratégie décennale de lutte contre les cancers de l’INCa, pour identifier les freins et leviers à la mise en œuvre d’un dépistage pulmonaire à grande échelle. Au-delà du dépistage, l’étude prévoit la collecte d’images radiologiques pour développer des outils numériques d’aide à la lecture des scanners. Les images seront analysées conjointement par radiologues et pneumologues afin d’optimiser l’interprétation, d’affiner la sélection des profils à risque et d’améliorer la prise en charge des résultats positifs.

    Etude OPTI-DEPIST-MUT : curie.fr/opti-depist-mut

     

  • Le Collectif SI MS Bretagne prolonge son action et révise sa feuille de route 2025-2026

    • 1 700 ESSMS bretons disposent d’un Dossier Usager Informatisé (DUI), soit une couverture régionale inédite.
    • 76% des structures sont en phase d’acquisition d’une solution métier entre 2024 et 2025 (Collectif SI MS Bretagne).
    • Les services socles (MSSanté, INS, RPPS+, Mon Espace Santé, Via Trajectoire) sont déployés en lien opérationnel avec le GReS Bretagne et l’ARS.
    • Les besoins d’accompagnement portent surtout sur la maîtrise du DUI, les écrits professionnels et l’adaptation managériale post-Ségur.
    • Le Collectif poursuivra ses actions après juin 2025, avec une feuille de route actualisée pour 2025-2026 centrée sur la maturité numérique des ESSMS.

    1 700 ESSMS équipés et 76 % en phase d’acquisition

    Le Collectif SI MS Bretagne annonce la continuité de ses actions après juin 2025 et la mise à jour de sa feuille de route pour 2025-2026. L’objectif : accompagner la clôture du programme ESMS Numérique et soutenir la montée en maturité des usages numériques dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) bretons. La gouvernance a été consolidée par une convention interfédérale signée en novembre 2024, précisant le rôle du comité stratégique et du comité restreint. L’ambition reste centrée sur l’équipement et l’acculturation de l’ensemble des ESSMS, avec une attention particulière portée aux structures de petite taille et à l’appropriation du Dossier Usager Informatisé (DUI) et des services socles.

    Ecrits professionnels et management au cœur de l’accompagnement

    En Bretagne, plus de 1 700 ESSMS disposent désormais d’un DUI, et 76 % des structures se sont engagées dans l’acquisition d’une solution métier entre 2024 et 2025. Le Collectif observe un besoin fort d’accompagnement autour de la prise en main des outils, des écrits professionnels et de l’organisation managériale dans le contexte post-Ségur. Les services socles — MSSanté, INS, RPPS+, Mon Espace Santé, Via Trajectoire — sont déployés de manière conjointe au DUI, en lien opérationnel avec le Groupement régional e-Santé (GReS) Bretagne et l’ARS.

    Pair-aidance Num’acteurs: réseau animé, club SI structuré, ateliers et retours d’expérience 2024-2025

    Le Collectif anime un réseau de Num’acteurs, mobilisés pour des témoignages, ateliers et retours d’expérience. Ce réseau favorise la pair-aidance et la production de ressources communes. Une plateforme collaborative sécurisée a été expérimentée auprès de 81 utilisateurs (dont 41 non-connectés), avec 129 visioconférences et 271 messages enregistrés en 2024-2025. Le Collectif structure également un club SI et des réunions thématiques issues des besoins exprimés par les grappes locales. Le rapprochement avec le GRADES, formalisé en juillet 2025, renforce la coordination territoriale et la mutualisation inter-Collectifs régionaux.

    Suivi des usages numériques

    • Un guide pratique, co-construit avec l’ARACT et le GReS, aborde les thématiques du DUI, de la conduite du changement et de la cybersécurité. Entre le 5 mai et le 30 juin 2025, il a été téléchargé 501 fois.
    • L’événement régional ESSMS Bretagne Connect 2025 a réuni 49 participants sur 86 inscrits, soit un taux de participation de 55 %, en recul de 11 points par rapport à 2023.
    • En 2024-2025, la communication s’est intensifiée : 93 publications LinkedIn (taux d’engagement moyen 22 %) et un taux d’ouverture moyen des emailings de 31,4 %. La série WebConnect et le Flash Infos ont contribué à renforcer la visibilité du collectif et l’échange de pratiques.

    La nouvelle feuille de route inclut des groupes de réflexion dédiés à la création d’outils métiers et de supports mutualisables entre ESSMS. Le partenariat avec l’ARACT se poursuivra autour des liens entre travail, numérique et qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), avec des contributions au guide référentiel sur l’accompagnement des équipes. Le Collectif maintiendra un appui spécifique aux petites structures et participera aux instances régionales de pilotage en télésanté et cybersécurité. Des webinaires et mises à jour du guide viendront compléter le dispositif d’acculturation numérique.

    Collectif SI Médico-Social Bretagne. Rapport d’activité 2024-2025. Bretagne: Collectif SI MS; 2025. 15 p

  • 330 000 séjours en 2024 : la FHF appelle à intégrer l’HAD dans les stratégies médicales des GHT

    Hospitalisation à domicile : la FHF appelle à une meilleure articulation avec les établissements publics

    Avec 330 000 séjours en 2024 (+10 % par rapport à 2023) et 7,6 millions de journées enregistrées, l’hospitalisation à domicile s’impose de plus en plus dans l’offre de soins publique. Cette dynamique, portée par l’évolution démographique, la prévalence des maladies chroniques et une demande en augmentation de soins personnalisés, reste entravée par une structuration territoriale hétérogène et un manque d’intégration dans les GHT. La Fédération hospitalière de France (FHF) appelle donc à faire de l’HAD un levier des groupements hospitaliers de territoire. À travers son dispositif FHF HAD, elle formule une série de recommandations, issues de diagnostics territoriaux réalisés par ses délégations régionales.

    Trois priorités pour structurer l’HAD au sein des GHT

    Intégrer l’HAD dans les projets médico-soignants partagés (PMSP) : La FHF recommande une inscription explicite de l’HAD dans les PMSP des GHT, notamment dans les filières en oncologie, pédiatrie, soins palliatifs ou SSR. Cela suppose un pilotage structuré, appuyé par des données d’activité et des objectifs de performance suivis régulièrement. Des outils d’aide à la décision comme ADOP-HAD sont également mobilisés.

    Renforcer l’activité et les coopérations territoriales : Un seuil d’activité de 30 à 50 patients par jour est jugé nécessaire pour garantir la viabilité médico-économique des services. Pour y parvenir, la FHF encourage le développement de parcours coordonnés avec les EHPAD, les médecins de ville ou les SAD, et la pré-admission anticipée des patients dans certaines situations (ex. en soins palliatifs ou en sortie d’intervention chirurgicale).

    Structurer les ressources et mutualiser les moyens : Les GHT sont invités à mutualiser les fonctions support (SI, logistique, médicaments, flotte automobile), à développer des équipes mixtes ville-hôpital et à renforcer les binômes médecin-cadre. L’intégration des IPA, des infirmiers de coordination et des postes partagés est encouragée pour faciliter la coordination des soins.

    Gouvernance, maillage et coopérations : des exemples territoriaux

    Plusieurs GHT ont déjà mis en œuvre les principes recommandés par la FHF :

    • GHT Basse-Alsace Sud Moselle : parcours post-chirurgie cardiaque structuré avec un guichet unique, réduisant la DMS de 3 semaines à 6 jours.
    • GHT Aude-Pyrénées et AP-HP : création d’une équipe d’intervention rapide en soins palliatifs (PALLIDOM), devenue un modèle national.
    • GHT Hôpitaux Publics Grand Lille : couverture homogène sur l’ensemble des 4 mentions HAD (socle, réadaptation, ante/post-partum, pédiatrie).
    • GHT 77 Sud : déploiement d’antennes HAD sur chaque site et coordination avec un opérateur non lucratif pour élargir l’offre.

    Des modèles de gouvernance partagée ont également vu le jour, comme dans les GHT de Franche-Comté ou de la Somme, où des groupements ou associations réunissent acteurs publics et privés non lucratifs pour atteindre une taille critique.

    Pour la FHF, l’HAD doit devenir un mode de prise en charge intégré et stratégique pour le service public

    L’analyse conduite par la FHF souligne plusieurs menaces : fragmentation des structures, difficultés à assurer la permanence des soins, ou encore concurrence d’opérateurs privés intégrés. En parallèle, les opportunités identifiées sont nombreuses : rentabilité au-delà d’un certain seuil d’activité, soutien institutionnel à l’innovation organisationnelle, ou encore attentes sociétales favorables à l’HAD. Pour répondre aux besoins des territoires et aux impératifs d’efficience, la FHF appelle à une mobilisation des établissements, des professionnels et des instances de gouvernance. L’objectif est clair : faire de l’HAD un mode de prise en charge pleinement intégré, visible et opérationnel dans les parcours de soins publics.