Actualité

  • Co-Scientist : Google présente une IA capable de générer de nouvelles hypothèses biomédicales

    Une IA conçue pour accompagner la découverte scientifique

    Dans un article publié dans Nature, une équipe réunissant des chercheurs de Google DeepMind, Google Research, Google Cloud AI Research, de l’Université Stanford, de l’Imperial College London et de plusieurs autres partenaires académiques et industriels, présente Co-Scientist, un système d’IA destiné à soutenir le processus de recherche, à savoir : formuler des hypothèses originales puis à les soumettre à une validation expérimentale.

    L’objectif est d’aider les scientifiques à produire de nouvelles hypothèses de recherche à partir d’un objectif scientifique donné et des connaissances déjà disponibles dans la littérature. Le système ne vise pas à remplacer l’expérimentation, mais à accélérer la phase de génération et d’évaluation des idées qui précède.

    Une architecture multi-agents fondée sur Gemini

    Co-Scientist repose sur une architecture multi-agents développée à partir de Gemini. Plusieurs agents spécialisés interagissent de manière continue pour proposer, critiquer, améliorer et sélectionner des hypothèses de recherche.

    Les auteurs décrivent un cadre d’exécution asynchrone qui permet d’augmenter les ressources de calcul mobilisées au moment de l’inférence. Cette approche de « test-time compute scaling » consiste à consacrer davantage de calcul à l’exploration et à l’évaluation des pistes scientifiques, plutôt qu’à s’appuyer uniquement sur les capacités acquises durant l’entraînement du modèle.

    Le système intègre également un mécanisme d’« évolution par tournoi ». Les hypothèses générées sont mises en compétition, évaluées puis progressivement raffinées afin d’améliorer leur qualité au fil des itérations.

    Selon les auteurs, les évaluations automatisées montrent que l’augmentation des ressources de calcul mobilisées pendant cette phase améliore continuellement la pertinence et la qualité des hypothèses produites.

    Trois cas d’usage biomédicaux

    Bien que présenté comme un système généraliste, Co-Scientist a été évalué dans trois domaines de recherche biomédicale :

    • le repositionnement de médicaments ;
    • l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques ;
    • l’explication des mécanismes de résistance aux antimicrobiens.

    Les travaux les plus avancés concernent la leucémie aiguë myéloïde. Le système a proposé de nouveaux candidats au repositionnement thérapeutique ainsi que des associations médicamenteuses susceptibles d’agir de manière synergique.

    Ces propositions ont ensuite été testées expérimentalement in vitro, permettant aux chercheurs de valider certaines des hypothèses générées par l’IA.

    Pour les auteurs, ces résultats illustrent la possibilité d’utiliser des systèmes d’IA non seulement pour analyser des données existantes, mais également pour participer à la production de nouvelles connaissances scientifiques.

    Référence

    Gottweis J., Weng W.-H., Daryin A. et al. Accelerating scientific discovery with Co-Scientist. Nature, 2026.

     

  • Pro Santé Connect : l’ANS ouvre une concertation sur la délégation d’authentification avant une publication par arrêté ministériel

    Un nouveau mécanisme de délégation dans l’espace de confiance Pro Santé Connect

    L’Agence du Numérique en Santé a lancé une concertation publique sur un nouveau volet du Référentiel Pro Santé Connect consacré à la délégation d’authentification à un Fournisseur d’Identité habilité.

    Cette évolution s’inscrit dans la continuité des expérimentations conduites lors de la phase Alpha du programme HospiConnect. Elle prolonge également le déploiement de l’Espace de confiance Pro Santé Connect, déjà utilisé pour les échanges de données via les API PSC connectées.

    Le nouveau dispositif, présenté comme optionnel, définit les exigences applicables aux logiciels de gestion des identités et des accès (IAM) ainsi qu’aux Fournisseurs d’Identité qui suhaitent mettre en œuvre ce mécanisme.

    Réduire la multiplication des identités numériques

    L’objectif est de simplifier l’accès aux services numériques pour les professionnels de santé. L’ANS entend limiter la multiplication des identités et des parcours d’authentification. Cette évolution facilite l’usage des services numériques de santé.

    Une réorganisation du référentiel

    La concertation s’accompagne d’une restructuration documentaire du Référentiel Pro Santé Connect. Cette nouvelle version complète, identifiée comme la V2.1, a pour objectif d’améliorer la lisibilité du corpus documentaire et son organisation. Deux ensembles de documents sont principalement concernés :

    • Le nouveau volet « Espace de Confiance – Délégation d’authentification ».
    • Les évolutions du volet « Communauté PSC » rendues nécessaires par l’arrivée de Pro Santé Identité.

    Un webinaire le 18 juin

    Afin de présenter les évolutions proposées et de recueillir les retours des acteurs concernés, un webinaire dédié est programmé le 18 juin.

    À l’issue de la phase de concertation, la nouvelle version du Référentiel Pro Santé Connect a vocation à être publiée par arrêté du ministre chargé de la Santé, ouvrant la voie à son intégration dans le cadre de référence des services numériques en santé.

  • Le CHU de Rouen généralise l’IA générative à l’échelle de son GHT

    Un déploiement à l’échelle du groupement hospitalier

    Le CHU de Rouen, établissement support du GHT Rouen Cœur de Seine, a retenu la solution Live Intelligence d’Orange Business pour mettre à disposition de l’ensemble des professionnels du groupement un environnement d’IA générative présenté comme sécurisé et adapté aux exigences de souveraineté du secteur hospitalier. Le dispositif concerne les neuf établissements du GHT et près de 15 000 professionnels.

    L’objectif affiché est double : encadrer les usages de l’IA générative au sein des établissements et accompagner l’acculturation de l’ensemble des métiers, qu’ils soient médicaux, soignants, administratifs ou techniques. Le projet vise également à favoriser l’émergence de nouveaux cas d’usage susceptibles d’améliorer l’organisation hospitalière.

    Des premiers usages déjà opérationnels

    Au sein des équipes de recherche du CHU de Rouen, l’outil est utilisé pour faciliter la préparation des demandes de subventions. Selon les informations communiquées, certaines tâches qui nécessitaient jusqu’à trois semaines peuvent désormais être réalisées en deux jours.

    La direction des achats figure également parmi les premiers utilisateurs. La plateforme est mobilisée pour la rédaction de cahiers des charges et de grilles d’évaluation. Certaines étapes rédactionnelles, auparavant réalisées en quinze jours, pourraient être ramenées à une journée.

    À plus long terme, le CHU de Rouen ambitionne de développer un programme de co-innovation avec d’autres centres hospitaliers universitaires afin de concevoir des cas d’usage réutilisables à l’échelle de la filière santé.

    Le projet s’inscrit dans une logique de maîtrise des usages de l’IA générative. Hébergée en France et connectable aux systèmes d’information hospitaliers, la plateforme doit répondre aux contraintes de souveraineté propres aux établissements de santé.

    Un partenariat inscrit dans la durée

    Au-delà du déploiement technologique, le CHU de Rouen indique rechercher un accompagnement de long terme portant sur les infrastructures, la stratégie et le soutien opérationnel. Cette collaboration doit permettre au groupement d’anticiper les évolutions du marché, notamment le développement des systèmes d’IA dits « agentiques ».

    Le CHU de Rouen compte 10 300 professionnels et assure des missions de soins, de formation et de recherche. Établissement support du GHT Rouen Cœur de Seine, il coordonne un réseau de neuf établissements publics de santé répartis sur le territoire.

  • Téléconsultation en pharmacie : Tessan et DoctorBox lancent une offre en Allemagne

    Un partenariat franco-allemand pour accélérer la téléconsultation en officine

    La société française Tessan et l’allemand DoctorBox ont conclu un partenariat pour déployer des solutions de téléconsultation augmentée dans les pharmacies allemandes. L’annonce intervient alors que les officines du pays pourront prochainement facturer un forfait de 30 € pour chaque téléconsultation réalisée sur site.

    Dans ce dispositif, Tessan fournit les équipements et la technologie, tandis que DoctorBox prend en charge le déploiement opérationnel sur le marché allemand. Les premières installations doivent débuter dans les semaines à venir.

    Un cadre réglementaire favorable

    Selon les deux partenaires, ce nouveau mode de rémunération crée les conditions économiques permettant le développement de la téléconsultation en pharmacie en Allemagne.

    Le projet s’appuie sur la complémentarité des deux acteurs. Tessan apporte son expérience acquise en France, où ses solutions sont déployées dans plus de 1 700 lieux de santé. DoctorBox met à disposition sa connaissance du système de santé allemand, son réseau de médecins et son expertise opérationnelle locale.

    Une téléconsultation assistée par des dispositifs médicaux connectés

    La solution DoctorBox x Tessan permet aux patients de consulter un médecin à distance depuis leur pharmacie. La consultation s’appuie sur plusieurs dispositifs médicaux connectés, parmi lesquels un stéthoscope, un otoscope, un dermatoscope, un oxymètre, un tensiomètre et un thermomètre.

    Durant l’échange, le praticien peut piloter ces équipements à distance et accéder en temps réel aux constantes recueillies auprès du patient. L’offre a également été conçue pour s’intégrer aux usages du système de santé allemand. Le parcours inclut notamment la lecture de la carte d’assuré, la prescription électronique et l’émission d’arrêts de travail dématérialisés. Les consultations sont assurées par les médecins du réseau DoctorBox via une plateforme certifiée.

    Trois formats adaptés aux contraintes des officines

    Les partenaires proposent trois configurations destinées à s’adapter à la diversité des pharmacies allemandes.

    • La borne de téléconsultation occupe une surface de 0,43 m² et vise les établissements disposant d’un espace limité, à condition de pouvoir être installée dans une zone garantissant la confidentialité des échanges.
    • La cabine Uno, d’une surface de 0,86 m², reprend les fonctionnalités de téléconsultation dans un format compact et mobile, sans nécessiter de travaux d’aménagement.
    • La cabine Slim, qui occupe 1,4 m², constitue un espace dédié, insonorisé et ventilé, pouvant accueillir un adulte et un enfant, là encore sans travaux préalables.

    Un déploiement localisé en Allemagne

    Les équipements sont stockés sur le territoire allemand afin de permettre une livraison et une installation annoncées sous une à deux semaines. La formation des équipes officinales, l’accompagnement et le service après-déploiement sont assurés depuis Berlin par les équipes de DoctorBox.

     

  • Alzheimer : un test sanguin pour accélérer l’accès au diagnostic

    Des délais pouvant atteindre un an pour accéder au diagnostic

    Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer repose sur un enchaînement d’étapes associant médecine générale, évaluation neurocognitive spécialisée, imagerie cérébrale et, dans certains cas, analyse du liquide céphalo-rachidien par ponction lombaire.

    Si ce parcours fait référence sur le plan clinique, son accessibilité demeure limitée.

    Les consultations dans les centres mémoire affichent des délais d’attente pouvant varier de trois mois à un an selon les territoires. Cette situation contribue au sous-diagnostic de la maladie : en France, près de 53 % des personnes concernées seraient non ou mal diagnostiquées, alors que près de 225 000 nouveaux cas sont recensés chaque année.

    La pression sur la filière devrait s’intensifier avec le vieillissement démographique. Le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans devrait atteindre 5 millions d’ici 2050, contre environ la moitié aujourd’hui.

    Un test sanguin pour mieux orienter les patients

    C’est dans ce contexte que Cerba HealthCare introduit le dosage du biomarqueur sanguin pTau217 dans son offre de biologie spécialisée. Réalisé à partir d’une simple prise de sang, ce test vise à mieux sélectionner les patients devant bénéficier d’examens complémentaires.

    L’objectif est d’identifier plus précocement les patients devant être adressés vers les filières spécialisées. À l’inverse, il pourrait éviter à certains patients des explorations complémentaires lourdes lorsqu’une origine Alzheimer apparaît peu probable.

    Cette approche vise à mieux hiérarchiser les demandes adressées aux centres experts et à optimiser l’utilisation des ressources diagnostiques disponibles.

    Le biomarqueur sanguin le plus performant à ce jour

    Le pTau217 est aujourd’hui considéré comme le biomarqueur sanguin le plus performant pour détecter les processus biologiques associés à la maladie d’Alzheimer.

    Selon les données disponibles, sa précision discriminative atteint une aire sous la courbe comprise entre 0,90 et 0,96, contre 0,75 à 0,90 pour le biomarqueur pTau181, utilisé jusqu’à présent comme référence.

    Le pTau217 présente également une meilleure corrélation avec les marqueurs de référence de la maladie, qu’il s’agisse de la charge amyloïde observée au PET-scan ou des biomarqueurs mesurés dans le liquide céphalo-rachidien.

    L’intérêt du pTau217 dépasse la seule performance analytique. Son intégration dans le parcours de soins pourrait contribuer à réorganiser la prise en charge diagnostique de la maladie d’Alzheimer en rapprochant les capacités de dépistage du premier recours.

    En permettant un tri plus précoce des patients avant l’accès aux examens spécialisés, ce test pourrait réduire l’errance diagnostique et accélérer l’orientation vers les consultations mémoire.

    Pour les acteurs du système de santé, l’enjeu est désormais d’intégrer ce nouvel outil dans des parcours déjà fortement sollicités.

     

  • Urgences : les délais s’allongent dans les services les plus fréquentés, un patient sur dix attend plus de 2h30 avant le début des soins (Drees)

    Des délais initiaux très variables selon l’affluence

    Dix ans après la précédente édition de l’enquête Urgences, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques publie une analyse détaillée des différentes étapes du parcours des patients aux urgences : enregistrement, tri, prise en charge médico-soignante, orientation vers une unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD) ou recherche d’un lit d’aval.

    Selon les données recueillies lors d’une journée moyenne d’activité en semaine en juin 2023, la moitié des patients attendent moins de 8 minutes entre leur enregistrement et la première évaluation, dite « tri ». À l’inverse, un patient sur dix attend plus de 30 minutes avant cette étape.

    Après le tri, la moitié des patients accèdent à une prise en charge médico-soignante en moins de 16 minutes. Toutefois, pour un patient sur dix, ce délai dépasse deux heures.

    Au total, entre l’enregistrement et le début effectif des soins, moins de 30 minutes s’écoulent pour la moitié des patients, tandis qu’un patient sur dix attend plus de 2 heures 30.

    Les pics de fréquentation pèsent sur les temps d’attente

    L’étude met en évidence un effet marqué de l’affluence sur les délais observés.

    Les temps d’attente avant la prise en charge médico-soignante sont plus élevés pour les personnes arrivant en début d’après-midi, période correspondant aux pics quotidiens de fréquentation des urgences. Les points d’accueil enregistrant les volumes les plus importants présentent également des délais plus longs.

    Ces résultats illustrent l’impact de la pression d’activité sur les premières étapes du parcours de soins, malgré les mécanismes de priorisation mis en œuvre lors du tri.

    Plus de deux heures de prise en charge pour la moitié des patients

    Une fois les soins engagés, la moitié des patients quittent les urgences plus de deux heures après le début de leur prise en charge. Les patients nécessitant une admission dans un autre service hospitalier connaissent des parcours plus longs que ceux retournant à domicile.

    Des difficultés pour trouver un lit d’hospitalisation

    La recherche d’un lit d’aval demeure un point de tension important.

    Pour la moitié des patients concernés, un lit est trouvé en moins de 15 minutes, un niveau comparable à celui observé lors de l’enquête de 2013. En revanche, pour un patient sur dix, cette étape nécessite désormais plus de 6 heures 10, soit une augmentation de 2 heures 20 par rapport à 2013.

    L’obtention d’un lit apparaît plus difficile le matin, pour les personnes âgées et dans les structures accueillant les volumes les plus importants de patients.

     

  • Parcours : 98 % des généralistes déclarent des difficultés d’adressage vers les spécialistes

    Une difficulté devenue quasi générale

    L’URPS Médecins libéraux Île-de-France a interrogé les médecins généralistes franciliens sur leurs conditions d’adressage vers les spécialistes. L’enquête, diffusée auprès de 8 118 praticiens, a recueilli 299 réponses, soit un taux de participation de 4 %.

    Parmi les répondants, 98 % indiquent rencontrer des difficultés pour orienter leurs patients vers d’autres spécialités médicales sur leur territoire. Les rares médecins ne déclarant pas de difficultés exercent pour moitié à Paris.

    La fréquence du phénomène est élevée : 29 % des répondants affirment y être confrontés plusieurs fois par jour et 39 % plusieurs fois par semaine. Au total, plus des deux tiers des médecins interrogés signalent des difficultés récurrentes dans leur activité quotidienne.

    Faute d’accès aux spécialistes, 63 % des médecins prescrivent davantage d’examens

    Ces difficultés d’accès aux spécialistes ont des conséquences sur la prise en charge des patients. Près des deux tiers des répondants (63 %) déclarent prescrire davantage d’examens complémentaires qu’ils ne le feraient dans un parcours de soins fluide. Cette proportion atteint 77 % concernant les arrêts maladie.

    Pour les médecins interrogés, l’impossibilité d’obtenir rapidement un avis spécialisé conduit à prolonger certaines situations cliniques, à retarder les prises en charge et à maintenir plus longtemps les patients hors de leur activité professionnelle.

    Dermatologie et psychiatrie en première ligne

    La dermatologie apparaît comme la spécialité la plus difficile d’accès, citée par 74 % des répondants.

    Elle est suivie par la psychiatrie (50 %), la rhumatologie (35 %), l’endocrinologie-diabétologie-nutrition (28 %), la neurologie (24 %), puis l’allergologie et la cardiologie-maladies vasculaires (17 % chacune).

    Par ailleurs, plusieurs spécialités citées comme les plus difficiles à mobiliser comptent une forte proportion de praticiens âgés de plus de 60 ans, notamment la dermatologie (57 %), la psychiatrie (54 %) ou encore la rhumatologie (42 %), alimentant les inquiétudes concernant les départs à la retraite à venir.

    La télé-expertise comme solution partielle

    Face aux difficultés d’accès, 63 % des répondants déclarent avoir recours à la télé-expertise, contre 37 % qui n’y recourent pas. Les usages concernent principalement la dermatologie, mais aussi l’hématologie, la cardiologie ou l’endocrinologie, via des plateformes telles qu’Omnidoc ou Direct AP-HP.

    Les médecins y voient un moyen d’obtenir rapidement un avis spécialisé et de faciliter certaines prises en charge. Toutefois, les répondants évoquent également plusieurs limites : temps consacré à la constitution des dossiers, organisation jugée complexe, réponses parfois incomplètes ou absence de retour, ainsi qu’une inadéquation pour certaines situations nécessitant un examen clinique.

    L’enquête souligne également que certains praticiens perçoivent la télé-expertise comme un passage devenu nécessaire pour accéder aux soins spécialisés plutôt qu’un simple outil complémentaire.

    Dépassements d’honoraires, coordination et démographie médicale

    De nombreux répondants pointent la raréfaction de l’offre spécialisée, l’allongement des délais de rendez-vous et les difficultés d’accès aux spécialistes exerçant en secteur 1. Les dépassements d’honoraires sont fréquemment mentionnés comme un facteur de renoncement aux soins, notamment pour les patients les plus précaires.

    Les médecins évoquent également des problèmes organisationnels : difficulté à joindre directement les confrères, multiplication des canaux de communication, manque de coordination entre professionnels ou encore insuffisances des outils d’orientation. Plusieurs répondants regrettent l’absence d’un annuaire opérationnel permettant d’identifier rapidement les spécialistes disponibles.

    Enfin, plusieurs témoignages alertent sur les conséquences des départs à la retraite attendus dans certaines spécialités et territoires, en particulier en grande couronne francilienne, où les patients doivent parfois parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour obtenir une consultation spécialisée.

    Une pression sur la médecine générale

    Au-delà des difficultés d’orientation, les répondants décrivent un transfert progressif de certaines missions vers la médecine générale. Faute d’accès rapide à un spécialiste, les généralistes déclarent être amenés à assurer davantage de suivi, à multiplier les examens intermédiaires et à gérer des situations complexes relevant habituellement d’autres disciplines.

  • Anthropic ouvre Claude Mythos à l’ENISA avant l’entrée en vigueur des pouvoirs de contrôle de l’AI Act

    L’ENISA obtient un accès inédit à Claude Mythos

    Pour la première fois, une institution européenne se voit proposer un accès à Claude Mythos, le modèle d’Anthropic. La décision a été transmise à la Commission européenne durant le week-end du 31 mai, après plusieurs semaines d’échanges.

    Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, a évoqué auprès du Financial Times « les dernières avancées concernant un accès futur potentiel ».

    De son côté, un porte-parole de l’ENISA a indiqué à GovInfoSecurity que l’agence examinait encore les conditions de cet accès. Au 2 juin 2026, les modalités opérationnelles n’étaient pas finalisées. Jusqu’à présent, seuls les États-Unis et le Royaume-Uni, par l’intermédiaire de l’AI Security Institute, disposaient d’un accès au modèle.

    Une séquence qui précède les pouvoirs d’exécution de l’AI Act

    Cette ouverture intervient dans une période transitoire du règlement européen sur l’intelligence artificielle. Depuis le 2 août 2025, les fournisseurs de modèles d’IA à usage général présentant un risque systémique sont soumis aux exigences de sécurité et de sûreté prévues par l’article 55 de l’AI Act.

    En revanche, les pouvoirs exclusifs de supervision et de mise en œuvre confiés à la Commission européenne par l’article 88 n’entreront en vigueur que le 2 août 2026.

    Les obligations des articles 53 et 55, notamment en matière de documentation technique, de coopération avec l’AI Office et de signalement d’incidents, sont déjà applicables. À partir du 2 août 2026, l’article 101 permettra à la Commission d’infliger des sanctions pouvant atteindre 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial ou 15 millions d’euros, le montant le plus élevé étant retenu, notamment en cas de refus de fournir un accès au modèle dans le cadre d’une évaluation de conformité.

    Dans ce contexte, la négociation engagée directement avec Anthropic traduit l’absence actuelle de levier contraignant pour les autorités européennes.

    Un contraste avec l’approche d’OpenAI

    L’ouverture accordée à l’ENISA contraste avec les annonces réalisées par OpenAI quelques semaines plus tôt. Le 11 mai 2026, l’entreprise avait indiqué que GPT-5.5-Cyber serait accessible à des partenaires européens, incluant des gouvernements, des autorités de cybersécurité, des entreprises ainsi que l’AI Office de la Commission européenne.

    Dans le cas d’Anthropic, l’accord en cours concerne l’ENISA et non directement l’AI Office. Jusqu’au 1er juin 2026, l’entreprise maintenait son refus d’ouvrir Mythos aux autorités européennes, près de deux mois après l’annonce de Project Glasswing.

    Une continuité avec les accords conclus aux États-Unis et au Royaume-Uni

    L’accord envisagé avec l’ENISA s’inscrit dans une série de coopérations déjà engagées par Anthropic avec des institutions publiques. Aux États-Unis, le NIST a annoncé dès août 2024 des accords de collaboration avec Anthropic et OpenAI portant sur la recherche, les tests et l’évaluation de la sécurité des systèmes d’IA. Au Royaume-Uni, l’AI Security Institute conduit depuis novembre 2023 des évaluations de modèles d’IA de frontière selon une logique de coopération volontaire comparable à celle qui se dessine aujourd’hui avec l’ENISA.

  • Etude : les règles autour de l’IA médicale restent largement non contraignantes (Nature)

    Après plusieurs années centrées sur les performances des algorithmes, les débats autour de l’intelligence artificielle en santé se déplacent progressivement vers les questions d’encadrement et de responsabilité. Les hôpitaux ne cherchent plus seulement à tester des outils capables d’analyser une radio ou d’aider au diagnostic. Ils doivent désormais prendre à bras le corps l’encadrement de ces outils.

    C’est pourquoi des chercheurs de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai ont souhaité faire un état des lieux. Ils ont donc développé un outil baptisé “Health & AI Policy Index” (HAPI) afin de cartographier les politiques liées à l’IA en santé publiées entre 2016 et 2025. Leur objectif : analyser l’évolution de ce paysage réglementaire et identifier les principaux thèmes de gouvernance qui émergent à mesure que les usages de l’IA se développent dans les systèmes de santé.

    240 textes pour réguler l’IA analysés

    Pour mieux comprendre comment l’IA médicale est progressivement encadrée, ils ont passé au crible pas moins de 240 textes publiés entre 2016 et 2025 : réglementations, recommandations, standards techniques ou cadres de bonnes pratiques. Ces documents provenaient d’acteurs variés tels que des autorités publiques, des régulateurs, des organismes de normalisation ou encore des institutions de santé. Plus de 100 organismes impliqués dans la gouvernance de l’IA médicale ont été inclus dans l’étude.

    Leur objectif était de cartographier les grandes tendances de gouvernance qui émergent à mesure que les outils d’IA se déploient dans les soins. Chaque texte a donc été analysé pour identifier les priorités mises en avant par les différents acteurs : transparence des algorithmes, sécurité des patients, gestion des risques, responsabilité en cas d’erreur ou encore surveillance des systèmes d’IA après leur déploiement. Les auteurs ont également étudié l’évolution du nombre de textes publiés au fil des années afin de suivre la montée en puissance de ces questions de gouvernance.

    Les résultats de leur travail ont été publiés le 25 mai 2026 dans npj Digital Medicine.

    Résultats : les hôpitaux en 1ère ligne dans la supervision de l’IA médicale

    • Une forte accélération du nombre de textes publiés à partir de 2023-2024.
    • 60 % des textes centrés sur la transparence et la gouvernance des systèmes d’IA.
    • 48 % consacrés à la sécurité et à la gestion des risques.
    • 35 % portant sur la qualité clinique et l’efficacité des outils.
    • 26 % abordant les biais algorithmiques et les questions d’équité.
    • 25 % traitant des données de santé et de la protection de la vie privée.
    • 22 politiques sur 240 seulement (9 %) considérées comme ayant un impact réglementaire élevé.
    • Une majorité de recommandations, standards techniques et cadres de bonnes pratiques plutôt que de règles contraignantes.
    • les textes de gouvernance demandent principalement aux hôpitaux, aux autorités de santé et aux entreprises qui développent les IA de superviser et contrôler ces outils.

    Les auteurs décrivent un paysage réglementaire encore très dispersé. Et une gouvernance reposant encore largement sur des recommandations et des standards techniques plutôt que sur des obligations réglementaires fortes. Cette approche souple est certes adaptée à un domaine en évolution rapide, mais elle pourrait montrer ses limites à mesure que les outils d’IA sont utilisés dans des situations cliniques de plus en plus sensibles. « L’intelligence artificielle arrive dans les soins plus vite que de nombreuses organisations ne sont capables de l’évaluer ou de l’encadrer correctement », souligne en outre Will Moss, premier auteur de l’étude.

    Le besoin d’une « supervision solide »

    Cette évolution illustre aussi un changement plus large dans l’IA en santé. Ces dernières années, les publications se concentraient surtout sur les capacités diagnostiques des algorithmes. Désormais, les questions deviennent plus organisationnelles : qui valide ces outils ? Comment surveiller leurs performances après leur déploiement ? Comment gérer les biais ou articuler les différentes réglementations, comme l’AI Act européen ou les règles applicables aux dispositifs médicaux ? « Le déploiement réussi de l’IA ne repose pas seulement sur l’installation de nouveaux outils », rappelle Girish N. Nadkarni, directeur du Windreich Department of Artificial Intelligence and Human Health à Mount Sinai. « Il dépend aussi d’une supervision solide, de structures internes de gouvernance et d’une répartition claire des responsabilités autour de l’usage de ces technologies. »

    *Mapping AI regulation in health care with the Health & AI Policy Index.

    Moss, W., Glicksberg, B.S., Lim, S. et al.

    npj Digit. Med. 9, 413 (2026).

    https://www.nature.com/articles/s41746-026-02734-y

     

  • HDH : la Plateforme des données de santé dévoile son bilan pour l’année 2025

    Une activité en forte croissance

    En 2025, la PDS a accompagné 233 projets de recherche, dont 74 nouveaux lancés dans l’année. Ces projets impliquent des établissements de santé pour 140 d’entre eux, 59 partenaires industriels – dont une majorité de start-ups – et couvrent des domaines aussi variés que la cancérologie, les maladies rares ou la médecine d’urgence. La plateforme dispose désormais de 22 bases de données destinées à être appariées à la base principale du Système national des données de santé (SNDS).

    Sur le plan de l’accès réglementé, 340 projets ont été déposés au guichet de la PDS en vue d’un avis du CESREES, et 2 479 projets ont été enregistrés dans le cadre de procédures simplifiées. Le répertoire public recense désormais plus de 13 000 projets mobilisant des données personnelles de santé, témoignant d’un effort continu de transparence.

    L’open science et l’IA au cœur de la stratégie :

    La PDS a consolidé son engagement en faveur de la science ouverte. Sa Bibliothèque ouverte d’algorithmes en santé (BOAS) comptabilise 40 ressources référencées, et 5 bases de données anonymisées ont été mises à disposition en accès libre. Le programme Data Challenges, lancé dans le cadre de France 2030, a également produit des résultats notables : le défi CytologIA, distingué lors du Sommet pour l’action sur l’IA de Paris en février 2025, a réuni 250 équipes internationales pour développer des modèles atteignant plus de 93 % de précision dans la classification des leucocytes.

    Le projet PARTAGES, lancé opérationnellement en avril 2025, mobilise un consortium de 30 partenaires – dont des hôpitaux majeurs, des équipes universitaires, et les start-ups Mistral et reciTAL – pour développer des grands modèles de langage adaptés au domaine médical et un corpus inédit de plus de 6 000 comptes-rendus de patients fictifs.

    La migration vers un cloud souverain comme chantier prioritaire

    Le rapport consacre une large place à l’enjeu de souveraineté numérique. Depuis 2020, la plateforme technologique est hébergée sur Microsoft Azure, ce qui soulève des questions liées aux législations extraterritoriales. En juillet 2025, la PDS a lancé un appel d’offres pour une solution dite « intercalaire ». Mais à la lumière des analyses menées en 2025, la trajectoire a évolué : dès le 5 février 2026, les pouvoirs publics ont décidé d’accélérer la migration directement vers une solution « cible » souveraine, jugée plus économique, plus couvrant et plus rapide dans ses livraisons intermédiaires.

    Un ancrage européen renforcé :

    Sur le plan européen, la PDS a contribué à 11 livrables dans le cadre du projet TEHDAS2, qui réunit 29 pays autour de la mise en œuvre de l’Espace européen des données de santé (EEDS). Elle a également finalisé le projet pilote HealthData@EU et lancé Shaiped, dédié au développement de dispositifs médicaux fondés sur l’IA. La PDS a par ailleurs entamé la conversion d’un échantillon du SNDS au format OMOP-CDM, ouvrant la voie à sa participation au réseau européen Darwin EU dès 2026.

    Une gouvernance en transition :

    Enfin, 2025 a été une année de transition pour la PDS : le départ de sa directrice historique a conduit à la mise en place d’une direction intérimaire, tandis que la gouvernance du numérique en santé a été réorganisée autour du Conseil du numérique en santé. La PDS y siège désormais au comité exécutif, confirmant sa place d’acteur incontournable dans l’écosystème français et européen des données de santé.