Actualité

  • Etude : un impact positif des outils de santé numérique sur les professionnels de santé

    Les études dans ce domaine restent de mauvaise qualité

    L’étude est une revue “parapluie” des revues systématiques analysant l’impact des technologies de santé numérique sur les professionnels de la santé. Elle se concentre notamment sur “leur efficacité, leur faisablité, leur acceptabilité et leur rentabilité”. Ses résultats ont révélé que ces technologies ont un impact positif sur :

    • la performance des personnels soignants ;
    • la pratique clinique et la gestion des soins ;
    • ainsi que sur l’accès aux soins.

     

    Les auteurs soulignent cependant que la qualité des études dans ce domaine est “souvent faible”. Ce qui rend difficile l’interprétation de leurs résultats et représente un obstacle à leur généralisation. En outre, la majorité des données proviennent de pays à revenu élevé. Cela nécessite de porter une attention particulière aux contextes des pays à faible et moyen revenu, pour éviter tout biais dans les conclusions tirées.

    Au moins 132 revues systématiques traitent de ce sujet :

    Pour cette étude du Lancet, les preuves sur l’effet des technologies sur les compétences et la performance des professionnels de la santé ont été rassemblées à partir de diverses bases de données jusqu’au 1er mars 2023. Les études incluses ont été évaluées selon les effets des technologies qu’elles évaluent sur divers aspects :

    • organisationnels ;
    • socio-économiques ;
    • cliniques et épidémiologiques ;
    • ainsi que sur les paramètres de performance.

     

    Au total, 12 794 revues examinées ont généré 132 enregistrements éligibles pour l’évaluation. Les résultats ont montré que les technologies de santé numériques influencent positivement la pratique quotidienne des professionnels de la santé dans diverses spécialités médicales, et des associations positives ont été établies entre elles et l’amélioration :

    • de la performance des professionnels de santé (10,9 %) ;
    • de la pratique clinique et de la gestion (9,8 %) ;
    • et de la prestation de soins et de l’accès aux soins (9,2 %).

     

    Résultats :

    Les données extraites, classifiées et évaluées ont révélé que l’amélioration des performances techniques des professionnels de santé était l’effet le plus courant des technologies de santé numérique. Cela consiste en une précision accrue de leurs décisions, une productivité augmentée et un accès plus rapide aux données.

    D’autres effets fréquents comprennent l’amélioration de la pratique clinique et de la gestion, de la prestation de soins, ainsi que la satisfaction des utilisateurs. Une amélioration des processus de diagnostic et de la communication interprofessionnelle a également notée. Cette dernière est définie par les chercheurs sur les critères suivants :

    • la diminution des écarts de communication ;
    • l’amélioration de la qualité de l’information partagée ;
    • l’amélioration de l’échange d’informations et de connaissances ;
    • le renforcement de la qualité et de l’efficacité de la communication ;
    • l’amélioration de l’accessibilité et des relations entre équipes ;
    • et l’élargissement des réseaux professionnels.

     

    Impact de la télémédecine :

    Selon les auteurs, la télémédecine et plus particulièrement la télésurveillance améliorent les processus de prise de décision, renforcent la prestation de soins et réalisent un haut niveau de satisfaction chez les professionnels de santé. Utilisées dans des interventions thérapeutiques, dans la formation et dans le recrutement du personnel, ces technologies permettent d’identifier rapidement de nouveaux problèmes cliniques et d’améliorer l’efficacité de soin prodigué par le soignant. Grâce à des applications de messagerie instantanée, elles améliorent également la communication interprofessionnelle.

    Malgré ses effets bénéfiques sur les dépenses de santé publique, cette revue précise que la télémédecine peuvent augmenter la charge de travail et le taux de burnout chez les professionnels de santé.

    Impact de la santé mobile :

    Une étude a évalué l’impact des technologies de santé mobiles sur les environnements de travail des professionnels de la santé. Les résultats montrent une corrélation significative entre ces technologies et le renforcement de la communication interprofessionnelle, l’amélioration de la prestation de soins, et une meilleure qualité des soins. De plus, elles sont associées à une amélioration des performances techniques des soignants, à des taux de satisfaction élevés parmi les utilisateurs, et à une meilleure gestion et pratique clinique, ainsi qu’à des réponses plus rapides aux urgences. D’autres résultats soulignent également l’amélioration des compétences des équipes de soin, la collecte et l’acquisition de données améliorées, l’adhérence aux protocoles de traitement, et une meilleure utilisation des systèmes de référence d’urgence.

    Impact des dossiers patients informatisés (DPI):

    23 revues parmi celles incluses dans cette publication du Lancet ont examiné l’impact des DPI, ou dossiers médicaux électroniques, sur la pratique des professionnels de santé. Ces systèmes ont été associés à une amélioration de la gestion clinique, de la collecte de données, de la communication interprofessionnelle, et de la performance professionnelle. Les équipes ont rapporté une meilleure coordination et une satisfaction élevée, attribuées à une réduction de la charge cognitive et à une meilleure qualité des soins. Cependant, l’utilisation de ces systèmes peut entraîner une augmentation de la charge de travail et du temps de documentation. Les scores de convivialité varient selon la spécialité, mais la formation des praticiens semble favoriser une meilleure utilisation de ces systèmes.

    Impact des systèmes d’aide à la décision clinique :

    Les systèmes d’aide à la décision clinique ont été évalués dans 20 revues, démontrant leur impact positif sur le comportement clinique, la performance, et les connaissances professionnelles. Leur intégration aux processus de soins a renforcé la prise de décision et l’adhérence aux lignes directrices cliniques. Cependant, leur capacité à améliorer la qualité des soins et les résultats cliniques en Afrique subsaharienne reste incertaine. Des conflits peuvent surgir lorsque les recommandations du système contredisent les connaissances des experts. La rentabilité des systèmes d’aide à la décision a été positive dans quatre revues, mais elle reste indécise dans d’autres, dépendant souvent de la géographie. Ces systèmes ont été jugés utiles dans les diagnostics, les prévisions de pronostic, et la recherche.

    Impact des systèmes d’intelligence artificielle (IA) :

    L’effet des technologies d’intelligence artificielle sur les professionnels de santé a été examiné dans huit revues, révélant l’impact positif de diverses applications telles que le phénotypage numérique, les chatbots et l’apprentissage automatique. Les résultats clés incluent une amélioration de la prestation de soins et de la pratique clinique grâce à une meilleure collecte d’antécédents médicaux et une communication professionnelle accrue. Des taux élevés d’acceptation et de satisfaction de cette technologie ont également été observés. Des indicateurs objectifs et subjectifs, tels que des entretiens et des enquêtes, ont été utilisés pour évaluer ces améliorations. En outre, des outils basés sur l’intelligence artificielle ont été associés à un meilleur contrôle et à la prévention des maladies, ainsi qu’à une amélioration potentielle de la pratique clinique dans les paramètres de soins de santé d’urgence.

     

     

    * The global effect of digital health technologies on health workers’ competencies and health workplace: an umbrella review of systematic reviews and lexical-based and sentence-based meta-analysis

    Israel Júnior Borges do Nascimento, Hebatullah Mohamed Abdulazeem, Lenny Thinagaran Vasanthan, Edson Zangiacomi Martinez, Miriane Lucindo Zucoloto, Lasse Østengaard, Natasha Azzopardi-Muscat, Tomas Zapata, David Novillo-Ortiz

    The Lancet Digital Health, Volume 5, Issue 8, 2023, Pages e534-e544, ISSN 2589-7500,
    https://doi.org/10.1016/S2589-7500(23)00092-4.

  • État des lieux des besoins et des opportunités en santé au travail en France

    Les chiffres clés de la santé au travail en France

    En France, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) au 4e trimestre de l’année 2023, on comptait 27 077 600 salariés dont la moitié étaient des femmes. En 2025, la population active devrait atteindre son pic de vieillissement, avec la part des 50-64 ans salarié qui devrait s’élever à 35 %.

    Selon le gouvernement, les arrêts maladie ont augmenté de 7,9 % en un an en 2023, et de 30 % en 10 ans : on en comptait 8,8 millions en 2022, contre 6,4 millions en 2012. Les indemnités journalières, fiancées par la Sécurité sociale pour payer les salariés malades, coûtent quant à elles 16 milliards d’euros par an.

    Pour plus de détails concernant la politique publique et les évolutions réglementaires concernant la santé au travail, dans cet article H&TI.

    Les entreprises, légitimes pour promouvoir la santé de leurs salariés

    Predilife, spécialiste de l’intelligence artificielle et de la prédiction des maladies a publié une étude avec Ipsos en 2023 sur l’impact des changements sociaux sur la santé au travail. Cette enquête interroge 1 500 employés français de 18 à 65 ans dans des entreprises privées ou semi-publiques de plus de 50 salariés.

    Cette étude fait ressortir 3 points principaux :

    • santé et bien être un moyen de fidéliser les salariés : la santé et le bien-être sont des éléments cruciaux pour attirer et retenir les salariés alors que seulement 44 % des travailleurs se sentent à la fois bien et motivés dans leur emploi, une grande majorité (81 %) considère les initiatives de l’entreprise en matière de bien-être comme un critère de sélection, et 82 % les voient comme un facteur de fidélisation.
    • une légitimité des entreprises à développer des initiatives en rapport avec la santé : il existe un fort degré acceptation des entreprises du fait qu’elles investissent dans la santé préventive des employés, en effet, 76 % des salariés estiment cette démarche comme légitime.
    • le bilan prédictif est un levier pour l’innovation : moins de la moitié des salariés prennent des mesures proactives pour gérer leur santé. En effet, 79 % des salariés montrent un intérêt pour la possibilité d’un bilan prédictif offert par l’entreprise, cet intérêt augmentant avec l’ancienneté dans l’entreprise, et 94 % souhaitent bénéficier d’un suivi annuel.

     

    Une autre étude menée par Ipsos santé sur la santé au travail a été menée auprès de 181 décideurs, travaillant au sein d’entreprises privées comptant au moins 100 salariés. A également été interrogé 1 000 salariés français âgés de 18 à 65 ans  travaillant dans des entreprises privées ou semi-publiques, d’au moins 50 salariés.

    Résultats clés de l’étude de Predilife:

    • au moment de choisir la société dans laquelle ils souhaitent travailler 8 salariés sur 10 se disent sensibles à la considération de la santé des employés par l’entreprise.
    • selon 79 % des salariés, l’entreprise a toute légitimité à se soucier de la santé des salariés (80 % concernant le bien-être). De même, les décideurs insistent sur l’importance de porter une attention spécifique à la santé des collaborateurs (76 %), à un niveau équivalent à celle portée à leur bien-être (77 %).
    • 24 % des entreprises possèdent un budget santé
    • les décideurs indiquent que les actions les plus couramment développées pour prendre soin des salariés sont l’évaluation des risques psycho-sociaux (55 %), l’accompagnement sur la prévention des risques liés à l’alcool/tabac (40 %) et l’encouragement de la pratique sportive (38 %).

     

    Baromètre QVCT de Qualisocial 2024

    Une étude récente menée par Ipsos sur « L’impact de la QCVT sur la santé et le bien-être, l’engagement au travail et la performance des organisations » réalisée auprès de 3002 salariés fait ressortir « une dégradation générale de la santé mentale et un désengagement au travail des actifs du privé et du public ».

    Selon les résultats, 53 % des actifs se sentent désengagés, tandis que 67 % se rendent au travail mécaniquement, voire à reculons. Malgré cela, 88 % estiment que la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) est prioritaire ou importante, bien que seulement 48 % pensent que leur employeur en tient compte.

    Les entreprises ayant mis en place des démarches QVCT observent des résultats positifs : jusqu’à 4,6 fois plus de salariés engagés, en meilleure santé (66 %), et plus heureux au travail (73 %). De plus, ces organisations sont plus performantes (71 %).

    Les impacts sur la santé et le bien-être au travail sont également notables : les entreprises avancées en QVCT ont plus de salariés en bonne santé (71 % contre 37 % pour celles sans démarche QVCT), et une meilleure relation avec leur manager (98 %). Elles déclarent également un sentiment de sécurité physique et mental accru (92 %), avec plus de salariés heureux au travail (55 %).

    Recommandations de l’étude de Qualisocial :

    Pour améliorer la QVCT, l’étude recommande aux employeurs :

    • de créer une ambiance de travail agréable ;
    • de favoriser la communication transparente ;
    • d’impliquer les salariés dans la stratégie de l’entreprise ;
    • et de permettre aux salariés d’utiliser pleinement leurs compétences et de participer activement à la qualité de vie au travail.

    Au niveau gouvernemental, l’étude propose :

    • de financer la recherche et la formation sur la QVCT ;
    • d’instaurer des incitations fiscales et des contraintes pour mettre en place des démarches QVCT ;
    • et d’obliger les organisations à évaluer régulièrement le niveau de QVCT en interrogeant les salariés.

     

  • Santé au travail : santé des femmes et santé mentale comme principaux chantiers réglementaires

    La réforme de la loi santé et sécurité au travail effective depuis 2022

    Grande initiative pour faire progresser la santé et la sécurité au travail, la réforme de la loi qui lui est dédiée est effective depuis le 31 mars 2022 et elle est venue apporter de nombreuses modifications et avancées sur la question.

    De la QVT à la QVCT :

    L’une des mesures phare de cette réforme est le remplacement de la qualité de vie au travail (QVT) par la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) au sein du Code du travail, après la signature d’un accord national interprofessionnel (ANI) sur la santé au travail qui marque la volonté d’assurer santé et sécurité au travail. Cette modification est considérée comme une avancée majeure en termes de prévention des risques professionnels, même si la QVCT n’est une obligation pour l’employeur que dans les entreprises de plus de 50 salariés. Lorsque ce nombre de salariés est atteint dans une entreprise, l’employeur a l’obligation de mettre en place une prévention des risques psychosociaux, ainsi qu’une négociation annuelle sur la qualité de vie et des conditions au travail.

    Pour l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail), la QVCT doit passer par 6 leviers visant à faciliter la vie des salariés :

    • l’ambiance de travail, l’environnement et les conditions de travail ;
    • le contenu du travail (autonomie, moyens mis à disposition, charge de travail) ;
    • la santé au travail ;
    • la formation et le développement professionnel ;
    • l’égalité professionnelle (équilibre vie professionnelle et personnelle, égalité femmes-hommes…) ;
    • les méthodes de management (échanges réguliers, gestion des absences, reconnaissance, engagement).

    Le passeport de prévention sera accessible à tous dès 2025 :

    La disposition concernant le passeport de prévention est entrée en vigueur en octobre 2022, mais n’était pas accessible à tous les travailleurs. Ce passeport dématérialisé et connecté fonctionne comme une plateforme sur laquelle sont recensées toutes les formations en matière de santé et sécurité au travail. Il peut être complété par l’employeur, l’organisme de formation ou le travailleur, en insérant les diplômes obtenus et les attestations de formation, afin de permettre une traçabilité et une mise à jour des compétences des salariés en la matière.

    Depuis le 30 mai 2023, les travailleurs et les demandeurs d’emploi ont accès à une version bêta de ce passeport de prévention et peuvent y insérer des documents, mais ça n’est pas le cas des employeurs, ni des organismes de formation. Ils devront normalement y avoir accès dès 2025, après le report de cette date d’accès par le ministère du Travail, alors que la loi prévoyait un accès en 2024.

    Calendrier du déploiement du passeport de prévention
    Calendrier du déploiement du passeport de prévention

    La préservation de la santé mentale encadrée par la loi

    Si la santé mentale était déjà un enjeu majeur de santé publique avant le Covid-19, depuis la pandémie, le nombre d’arrêts de travail en rapport avec les pathologies mentales a explosé, notamment le burn-out et la dépression post-Covid. Le Code du travail prévoit des obligations pour l’employeur afin de préserver la santé mentale de ses employés.

    Comme le stipule l’article L 4121-1 du Code du travail placé dans le titre relatif à la prévention, l’employeur doit “veiller à la santé physique et psychique de ses salariés et de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs : actions de prévention des risques professionnels, actions d’information et de formation, mise en place d’une organisation et de moyens adaptés”.

    Pour éviter le burn-out et la dépression, l’article L. 4121-2 du Code du travail stipule quant à lui que l’employeur doit “adapter le travail à l’homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé”, mais aussi “planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l’influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes”.

    Le Gouvernement veut légiférer pour réduire les arrêts maladies :

    Après avoir constaté une hausse des arrêts maladies qui ne sont pas du à des pathologies médicales lourdes, ainsi qu’un bond de plus de 30 % des arrêts maladies entre 2012 et 2022, le Gouvernement a commencé à légiférer pour réduire les arrêts maladies en considérant que cette augmentation constante “n’est pas soutenable pour [le] modèle social [français]”.

    Ainsi, le projet de loi de financement de la sécurité social pour 2024 (PLFSS 2024) limite la prescription d’arrêt de travail délivré par téléconsultation à ceux d’une durée n’excédant pas 3 jours, sauf dans certains cas dont la prescription par le médecin traitant du patient arrêté. Le texte renforce aussi les pouvoirs du médecin contrôleur mandaté par l’employeur qui peut désormais suspendre le versement des indemnités aux patients lorsqu’il estime l’arrêt injustifié.

    Le Gouvernement prévoit de légiférer de nouveau d’ici à 2025 pour mettre en place de nouvelles lois visant à réduire le nombre d’arrêts maladies. Une nouvelle qui n’a pas manqué de faire réagir les médecins qui s’indignent en expliquant que cette augmentation des arrêts maladies est nécessaire pour la grande majorité des patients et qu’il n’y a que 1 à 2 % des médecins qui sont des gros prescripteurs d’arrêts maladie (environ 6 000 médecins) qui prescrivent beaucoup plus d’arrêts maladies que la moyenne des médecins.

    Un rapport sur la santé des femmes au travail présenté au Sénat en 2023

    Considérant que la santé des femmes au travail est une thématique qui a été peu étudiée sous l’angle des politiques de santé publique, la délégation aux droits des femmes a décidé de produire un rapport composé de constatations et de recommandations sur la santé des femmes au travail de manière large, en prenant en compte l’état de bien-être physique, mental et social.

    Le rapport a permis de mettre l’accent sur plusieurs maux invisibles en matière de santé des femmes au travail, notamment en ce qui concerne le manque d’approche genrée en matière de santé au travail, la méconnaissance des risques professionnels propres aux femmes (souvent liés à une usure physique et psychique), ou encore le manque de prise en charge concernant la santé sexuelle et reproductive au travail (grossesse, ménopause ou encore menstrues douloureuses).

    Les femmes développent des risques professionnels différents de ceux des hommes, et pourtant ils sont méconnus
    Les femmes développent des risques professionnels différents de ceux des hommes, et pourtant ils sont méconnus

    23 recommandations émises par les 4 rapporteuses

    Présenté au Sénat par 4 rapporteuses le 27 juin 2023, le rapport a été accompagné de 23 recommandations qui se divisent en 3 grands axes :

    • chausser systématiquement les lunettes du genre ;
    • développer et adapter la prévention à destination des femmes ;
    • mieux prendre en compte la santé sexuelle et reproductive au travail, en particulier les pathologies menstruelles incapacitantes et les symptômes ménopausiques.

    De nombreuses études sur l’impact du télétravail sur la santé au travail

    Beaucoup utilisé lors de la pandémie de Covid-19, le mode de travail hybride alternant un temps de travail au bureau avec du télétravail s’est imposé comme une norme au sortir de la crise et est de plus en plus utilisé. De nombreuses études ont montré les différents impacts du télétravail sur la santé au travail, ainsi que sur la manière de travailler. Si certains enseignements tirés de ces études montrent qu’il y a un réel intérêt du télétravail pour une meilleure QVCT, d’autres font état de plusieurs difficultés.

    L’enquête « télétravail, travail hybride : quelles conséquences ? » réalisée par l’Observatoire du télétravail, sous l’impulsion de l’Ugict-CGT et publié en décembre 2023, montre que la majorité personnes (92 %) qui ont recourt au télétravail hybride le vivent bien car cette situation leur permet de bénéficier d’un meilleur équilibre entre temps de vie professionnelle et vie personnelle. Il leur permet aussi de gagner du temps sur le trajet, allant d’une à deux heures et demi par jour, ce qui peut représenter un gain important lorsque deux ou trois jours de la semaine sont télé-travaillés.

    Le télétravail peut entraîner des problèmes de santé :

    Mais l’instauration du télétravail peut aussi avoir des effets néfastes sur les salariés. Cette enquête montre que 35 % des salariés voient leur temps de travail être allongé lorsqu’ils effectuent du télétravail et qu’il n’y a pas de dispositif d’évaluation du temps de travail (55 %). Les salariés expliquent aussi que le télétravail a un coût pour eux, que ce soit pour l’achat d’’un siège ergonomique sans financement de la part de l’employeur, d’un écran sans financement de la part de l’employeur, ou les frais induits par le télétravail.

    Une enquête plus récente a été publiée le 24 avril 2024 par le syndicat de l’encadrement et fait état de 7 enseignements sur le télétravail et le management. S’ils indiquent faire en majorité confiance en leurs collaborateurs lorsqu’ils se trouvent en télétravail, ils expliquent que ce télétravail peut entraîner des tensions entre les salariés qui en bénéficient et ceux qui n’en bénéficient pas. En tant que manager, ils trouvent parfois difficile de travailler avec leurs collaborateurs à distance, notamment à cause d’un déficit de formation à ce télétravail hybride. De plus, ils expliquent qu’ils ont du mal à bénéficier de leurs jours de télétravail qui pourraient avoir un impact positif sur leur QVCT, parce qu’ils ont tendance à s’adapter aux jours de télétravail de leurs équipes et passent plus de temps au bureau afin de voir l’ensemble des membres, qui ne sont pas tous là les mêmes jours.

    Santé publique France a aussi publié les résultats d’une enquête en octobre 2023. Cette dernière montre la corrélation entre le télétravail à temps plein et la survenue de lombalgie : 9 % des télétravailleurs à temps plein ont signalé une lombalgie, soit presque deux fois plus que ceux qui ont recourt à un télétravail hybride ou ceux qui n’ont pas recourt à du télétravail.

    Prévalence de la survenue de lombalgie en fonction de la quotité de télétravail effectuée parmi les travailleurs indemnes de lombalgie au début du 3e confinement
    Prévalence de la survenue de lombalgie en fonction de la quotité de télétravail effectuée parmi les travailleurs indemnes de lombalgie au début du 3e confinement

    Pour réduire ces risques, Santé publique France recommande aux employeurs de :

    • veiller à la quotité de télétravail mise en œuvre et encourager la prise de pauses régulières pour faciliter le mouvement et lutter contre les postures assises prolongées ;
    • fournir un matériel adapté pour le domicile (mobilier, écran à hauteur réglable…) ;
    • diffuser des recommandations ergonomiques pour l’aménagement des postes de travail afin d’améliorer l’ergonomie du poste de travail et la satisfaction des conditions de travail.

     

  • Note aux abonnés : 1er mai, on fait la pause Santé au Travail.

    Connaissez vous l’origine de la Fête du Travail ?

    En 1886, les ouvriers américains se mobilisent dans un mouvement national de grève pour passer d’une journée de travail de 12 heures à une journée de 8 heures. Cette journée de mobilisation sera suivie d’émeutes les jours suivants. Deux grévistes sont tués par la police à Chicago, et une bombe visant la police explose provoquant une dizaine de morts. Le mouvement s’exporte en Europe, en hommage aux ouvriers de Chicago. En 1889, L’internationale socialiste décide la tenue de manifestations tous les 1er-Mai.

    Un jour chômé depuis 1948, associé au muguet depuis 1941.

    Elle devient fête du Travail et de la concorde sociale en 1941. En 1948, le 1er-Mai devient officiellement un jour du travail chômé. Il est désormais célébré dans l’ensemble de l’Union européenne, mais pas aux Etats-Unis où il est synonyme des drames.

    Et l’origine du muguet au  1er-Mai ?
    Il faut remonter à 1560 où le roi Charles IX reçoit un brin de muguet en guise de porte-bonheur et décide par la suite d’en offrir aux dames de sa cour. En 1941, à la place de l’églantine rouge bannie par le régime de Vichy, c’est désormais le muguet qui sera porté lors des manifestations.

    A découvrir demain : spécial “Santé au Travail”.

    Les équipes H&Ti font la pause ce mercredi.
    Retrouvez dès demain le spécial “Santé au Travail – Qualité de vie au travail”  avec :

    • les chiffres clés et l’ état des lieux de la santé au travail en France
    • les évolutions règlementaires récentes et recommandations sur la santé au travail et la QVCT
    • une revue bibliographique sur l’impact du numérique
    • la cartographie des acteurs de l’écosystème de la santé au travail
    • le panorama des solutions disponible en France
    • le panorama des dispositifs QVCT/santé au travail en établissement de santé

     

    Bonne journée,

    bonne fête du travail.

    L’équipe Health&Tech Intelligence

     

     

  • Gouvernement : la santé concernée par le plan d’action de « simplification »

    Faciliter les procédures

    La loi Pacte et la loi de programmation pour la recherche (LPR) ont apporté des changements pour simplifier l’implication des chercheurs dans les projets d’innovation et de valorisation de la recherche publique, notamment dans le domaine de la santé. Malgré ces avancées, des freins persistent à l’innovation, tels que certaines réglementations entravant l’innovation issue de la recherche. Le problème persiste également dans la valorisation des innovations et la mobilité des chercheurs, qui demeurent trop limitées par rapport au potentiel de la recherche publique française.

    Pour remédier à ces obstacles et exploiter pleinement ce potentiel, le Gouvernement souhaite mettre en œuvre de manière plus efficace les dispositions introduites par les lois Pacte et LPR, ainsi que d’identifier et de lever les freins persistants à l’innovation issue de la recherche. Afin d’y parvenir, deux actions sont proposées :

    • réaliser un état des lieux des démarches de mobilité et de valorisation des innovations par les chercheurs ;
    • faciliter les procédures actuellement limitantes pour la valorisation et la mobilité.

     

    La simplification de ces procédures devrait permettre :

    • d’accélérer le transfert des technologies issues de la recherche vers le marché ;
    • de favoriser la création d’entreprises innovantes ;
    • de renforcer l’attractivité de la recherche française pour les chercheurs ;
    • et de contribuer à relever les grands défis sociétaux.

     

    Accélérer la réutilisation des données de santé

    La recherche en santé est confrontée à des obstacles administratifs, notamment des délais de collecte de données trop longs, incompatibles avec les cycles rapides d’innovation malgré la centralisation du système de santé. Les possibilités limitées de recherche par simple déclaration et les procédures d’autorisation complexes entravent la flexibilité et la réactivité des chercheurs. Par ailleurs, les obstacles au transfert d’échantillons biologiques, nécessitant des autorisations spécifiques, retardent également le début des travaux de recherche.

    La prise en compte de l’innovation dans la régulation de la donnée sera intégrée dans le mandat de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), permettant de l’inclure dans ses missions. L’implantation des centres de données sera favorisée, notamment avec les data centers développant de l’intelligence artificielle (IA), qui pourront être identifiés en tant que projets d’intérêt national majeur (PINM).

    3 mesures phares envisagées :

    Afin de lever ces freins et d’accélérer la réutilisation des données de santé, le “Plan d’action :
    simplification !” préconise :

    • la simplification du processus d’autorisation : l’avis du Comité d’éthique et scientifique pour la recherche et l’évaluation en santé (Cesrees) ne sera plus nécessaire pour les recherches, études et évaluations dans le domaine de la santé lorsqu’un avis favorable sera émis par un comité local d’éthique ;
    • la mise en place de méthodologies de référence : la Cnil et les acteurs de la recherche en santé élaboreront un ensemble de nouvelles « méthodologies de référence », permettant aux chercheurs de mener des recherches par déclaration à la Cnil, sans procédure d’autorisation complexe ;
    • et la facilitation du transfert d’échantillons biologiques : les promoteurs de recherches et les gestionnaires de bio-banques dûment autorisés pourront importer ou exporter des échantillons biologiques sans formalité supplémentaire. L’autorisation de mener la recherche vaudra autorisation pour l’importation et l’exportation des échantillons biologiques.

     

  • Grands prix check up santé BFM Business : Klinéo, Presage et Synapse parmi les 8 lauréats

    8 catégories de prix

    Chacun des huit lauréats qui ont été primés dans le cadre des “Grands prix check up santé” porte un projet dans un domaine spécifique du secteur : de la biologie médicale à la e-santé, en passant notamment par la silver économie, les dispositifs médicaux (DM). Les catégories désignées sont :

    • initiative santé ;
    • projet e-santé ;
    • biologie médicale ;
    • action Silver économie ;
    • dispositif médical ;
    • start up santé ;
    • avancée thérapeutique ;
    • et personnalité de l’année.

     

    Les 8 lauréats et leurs projets

    📌 Prix “Projet E-santé de l’année” : Klinéo

    La solution Klineo s’appuie sur une équipe fondatrice pluridisciplinaire composée d’un oncologue médical de l’Institut Gustave Roussy et de deux ingénieurs polytechniciens. Klineo souhaite mettre au service des patients les progrès technologiques afin d’accélérer l’inclusion des patients dans les essais cliniques, avec pour but de favoriser le développement clinique de nouvelles thérapies et de réduire les disparités d’accès aux nouveaux traitements pour tous les patients, qu’ils soient suivis dans un centre expert ou non.

    📌 Prix “Silver économie de l’année” : Presage

    Présage Care est le 1er Dispositif Médical basé sur l’IA qui prédit les passages en urgence avec 7 à 14 jours d’avance et renforce les relations aidants-aidé. Marqué CE. , Présage Care est également un système e-santé (hébergeur de données de santé ISO 27001), interopérable avec les logiciels e-Parcours (Terr-eSanté en Ile-deFrance), qui permet de recueillir l’Identifiant National de Santé (INS), autorise un usage avec les cartes CPS / eCPS pour les professionnels de santé tout en facilitant les échanges d’informations importantes directement via la MSS.

    📌 Prix “Avancée thérapeutique de l’année” : Synapse Medecine

    Alliant expertise en pharmacologie et en datascience, les équipes de Synapse Medicine ont développé une base de connaissance globale sur le médicament, en constante évolution. Cette base de connaissance constitue le socle technologique fondamental pour le développement d’une suite de composants d’aide à la décision, s’appuyant notamment sur les dernières avancées en IA. Celles-ci sont directement intégrables dans les logiciels métiers, permettant aux médecins de mieux prescrire, aux pharmaciens de mieux dispenser et aux patients de mieux utiliser les médicaments.

    📌 Prix “Dispositif médical de l’année” : Archeon Medical

    Archeon Medical développe à ce jour son concept innovant de monitoring de la ventilation manuelle à travers une nouvelle génération de moniteurs qui permettra de garantir une ventilation protectrice et efficace chez les patients. EOlife est le premier dispositif de monitoring de la ventilation manuelle qui mesure les paramètres ventilatoires et donne au secouriste un retour en temps réel sur la qualité de la ventilation prodiguée au patient.

    📌 Prix “Start up de l’année” : Artha France

    Artha France développe un dispositif offrant une autonomie aux personnes déficientes visuelles, leur donnant les moyens de développer une perception tout à fait nouvelle de leur environnement. Il s’agit d’une mini-caméra, clipsable sur des lunettes, qui envoie l’environnement 3D de la personne en langage haptique. Elle est connectée à une ceinture lombaire qui reproduit tactilement ces images dans le dos grâce à une intelligence artificielle intégrée.

    📌 Prix “Personnalité santé de l’année” : Florent Chapel et Samuel Le Bihan, pour l’association Autisme Info Services

    Engagés pour accompagner les personnes atteintes d’autisme et leurs aidants, Florent Chapel et Samuel Le Bihan ont créé en 2019 Autisme Info Service, le premier dispositif gratuit et national, d’écoute et d’information par téléphone et par courriel permettant d’aider et d’orienter les personnes autistes, leur entourage et les professionnels intervenant à leurs côtés, sur les interrogations relatives à ce handicap.

    📌 Prix “Meilleure initiative santé de l’année” : Imagine for Margo

    L’association Imagine for Margo a 4 missions fondamentales : financer la recherche en oncologie pédiatrique au niveau français et européen, fédérer et mobilier tous les acteurs impliqués, sensibiliser le grand public aux cancers de l’enfant et financer des actions de bien-être pour les enfants et leur famille. Toutes les actions sont financées par de nombreux évènements, dont les courses Enfants sans Cancer, qui cette année, sont parrainées par le ministère des Sports dans le cadre de la grande cause nationale.

    📌 Prix “Biologie Médicale” : Alcediag

    ALCEDIAG a développé une plateforme translationnelle unique alliant la biologie moléculaire, l’intelligence artificielle et les neurosciences pour découvrir, valider et appliquer en clinique des biomarqueurs propriétaires basés sur l’édition d’ARN et analysés grâce à l’IA. Objectif : améliorer la prise en charge des troubles de santé mentale, grâce à des solutions de diagnostic sanguin fiables et rapides.

     

  • Prévention : un serious game financé par la DGS pour éviter les accidents domestiques de la petite enfance

    Un enjeu de santé publique

    En France, les AcVC représentent 20% des décès totaux chez les enfants de 1 à 4 ans. Il s’agit de la première cause de décès dans cette tranche d’âge. Selon Santé publique France, environ 3 millions d’enfants de moins de 15 ans – dont un quart âgés de 1 à 3 ans – ont recours aux urgences pour un AcVC.

    Au même titre que les accidents de la circulation ou les accidents du travail, les AcVC font partie des “traumatismes non intentionnels”. Ils regroupent 3 types d’accidents :

    • les accidents domestiques ;
    • les accidents de sports et de loisirs ;
    • et les accidents scolaires.

     

    Le foyer familial, lieu privilégié des AcVC :

    La grande fréquence des AcVC chez les jeunes enfants s’expliquent par les différentes étapes de leur développement psychomoteur. Cela fait de l’habitat le lieu privilégié de survenue de ces accidents, dont les plus fréquents sont les chutes de tables à manger, canapés, lits ou escaliers.

    Pour promouvoir la prévention de ces accidents, les actions de santé publique auprès des parents doivent mettre l’accent notamment sur les risques de chutes, de noyades, de suffocations et d’intoxications.

    Outiller les parents avec les bons réflexes

    Ayant pour objectif d’apprendre aux parents et toute personne responsable d’enfants de moins de 5 ans à sécuriser la maison, ce dispositif préventif “est un jeu sérieux numérique immersif, interactif et scientifiquement éprouvé”. En autonomie, ou avec l’accompagnement d’un professionnel, de la petite enfance ou de la santé du parcours périnatal, les futurs et nouveaux parents peuvent ainsi bénéficier d’un renforcement de “leurs compétences en prévention des risques d’accidents domestiques” de l’enfant de moins de cinq ans.

    Soutenu par la DGS, ce jeu a été développé par le Cesim Santé (centre de simulation en santé), une une structure innovante d’enseignement et de recherche née d’une collaboration entre l’Université de Bretagne Occidentale et le CHU de Brest.

    Un outil ludique et pédagogique

    Disponible sur ordinateurs, tablettes et smartphones, “Zéro accident” est accessible en ligne ainsi que via l’application du ministère de la Santé “1000 premiers jours”. En 3 parties de jeu complémentaires et 2 options de parcours, le joueur :

    • découvre 4 types de risques d’accidents domestiques fréquents ou potentiellement graves ;
    • teste ensuite ses pratiques ;
    • et agit enfin pour sécuriser l’environnement du petit enfant en activant des changements, en remplissant des missions et en répondant à des quiz.
    Serious game Zéro accident, un jeu d'enfant - @ Cesim Santé - DGS
    Serious game Zéro accident, un jeu d’enfant – @ Cesim Santé – DGS

    Le numérique, un outil préventif efficace

    “Zéro accident : un jeu d’enfant” a été conçu en s’appuyant les recommandations du rapport de mission ministérielle de 2020 sur la prévention des accidents de la vie courante en France. Ce rapport souligne que l’efficacité des supports numériques, dont les serious games, pour les “changements comportementaux ciblés par les messages de prévention est démontrée”.

    Le développement du projet du Cesim Santé a été supervisé par un comité de pilotage, comprenant des représentants d’administrations centrales. Un Comité scientifique, réunissant des experts de la santé (sages- femmes, médecin urgentiste pédiatrique et infirmière de puériculture), de la communication digitale, et du développement numérique, a apporté son expertise.

    Pour accompagner les parents dans leur parcours de préparation à la naissance et à la parentalité, ce serious game peut aussi être mis à la disposition des sages-femmes et d’autres professionnels de la petite enfance et de la santé.

     

  • DMN : comment prendre en compte les spécificités des solutions dans leur évaluation ?

    Harmoniser l’évaluation des DMN et sécuriser les données

    L’apparition des DMN au début des années 2000 a transformé les soins en apportant des changements majeurs, comme la collecte en temps réel d’une quantité importante de données sur la santé des patients. Cela a notamment permis d’améliorer l’organisation des soins et la prise de décision médicale. Pour garantir leur sécurité et leur fonctionnement, les DMN nécessitent des évaluations et des réglementation spécifiques.

    C’est dans ce sens que les experts réunis autour de la table ronde des ADG ont exploré les enjeux de l’évaluation en France et en Europe. Parmi leurs conclusions principales :

    • la nécessité d’une évaluation cohérente, pragmatique et proportionnée ;
    • l’importance de la sécurité des données et de l’interopérabilité (les DMN doivent garantir la sécurité des données sensibles des patients en s’intégrant aux systèmes de santé existants) ;
    • le besoin d’adapter le processus d’évaluation à l’évolution rapide des technologies des DMN ;
    • et l’importance de la mise en place d’une collaboration entre les différentes parties prenantes (universitaires et hospitaliers, institutions publiques, organismes de réglementation et industrie de santé) pour développer un cadre d’évaluation efficace.

     

    10 recommandations concrètes 

    La table ronde des ADG 2023 était composée de 14 participants venus de divers horizons : milieux académique et hospitalier, secteur institutionnel et affilié, et secteur industriel. Ce groupe de travail s’est concentré sur l’évaluation des DMN, en excluant les solutions non-DM, en incluant toutes les catégories de DMN (thérapeutiques, de télésurveillance, professionnelles).

    Une évaluation en 3 axes :

    L’évaluation des DMN a été structurée autour de trois axes clés :

    • l’évaluation clinique dans le processus d’obtention du marquage CE, visant à assurer la sécurité, la performance et l’efficacité des DMN conformément aux exigences réglementaires ;
    • l’évaluation économique pour évaluer les coûts et les avantages des DMN ;
    • et l’évaluation des aspects éthiques, sociaux et juridiques liés à l’utilisation des DMN.

     

    Préparer la feuille de route de l’évaluation des DMN :

    Les 10 recommandations proposées ont pour ambition d’être les piliers d’une feuille de route pour mieux évaluer les DMN en Europe et s’assurer de leur bonne intégration dans les systèmes de santé. Les 10 recommandations concrètes proposées par le groupe de travail sont les suivantes :

    • développer un guide d’évaluation spécifique aux DMN ;
    • clarifier les exigences en matière de marquage CE pour les DMN ;
    • accroître les exigences en matière de sécurité des données et de cybersécurité pour les DMN ;
    • assurer l’interopérabilité des DMN en adoptant des normes et des formats de données standardisés ;
    • proposer des méthodes d’évaluation adaptées aux différents types de DMN ;
    • impliquer les patients et les professionnels de santé dans le processus d’évaluation ;
    • renforcer les capacités de recherche et d’évaluation dans le domaine des DMN ;
    • favoriser le partage des données et des meilleures pratiques entre les pays européens ;
    • disposer d’une plateforme d’information centralisée sur les DMN ;
    • et, enfin, organiser des formations et des ateliers pour les professionnels de santé sur les DMN.

     

     

    * Evaluation of digital medical devices: How to take into account the specificities of these solutions?

    Anouk Trancart, Valery-Pierre Riche, Antoine Disset, Dorothée Camus, Anne Josseran, Pascal Bécache, Cécile Charle-Maachi, Laure De Place, Arthur Denninger, Jérôme Fabiano, Charlotte Gourio, Vincent Vercamer

    Therapies, Volume 79, Issue 1, 2024, Pages 137-150,
    ISSN 0040-5957, https://doi.org/10.1016/j.therap.2024.01.001.

     

  • Doctrine du numérique en santé : interopérabilité et usage comme fers de lance pour l’année 2024

    Un accent mit sur les travaux d’interopérabilité et d’éthique

    Comme chaque année depuis 2020, la publication de la doctrine du numérique en santé par l’Agence du numérique en santé et le ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités doit permettre de faire un état des lieux des évolutions du socle de sécurité, d’interopérabilité et d’éthique du numérique en santé en France, mais aussi être appliquée par tous les acteurs du secteur. Le 26 avril 2023, la 5eme version de cette doctrine a été présentée.

    Alors qu’en 2023, d’importants travaux ont été entrepris dans les domaines de l’interopérabilité (notamment les nouveaux volets CI-SIS et SNOMED International) et de l’éthique (télésanté, Éco-score), l’ANS et le ministère indique dans la docrtine que ces efforts devront se poursuivre en 2024. Parallèlement, la sécurité revêt une importance toute particulière cette année avec le lancement du programme CaRE, dédié à l’accompagnement des établissements de santé face au risque cyber. Ce programme inclut le domaine HospiConnect, qui vise à sécuriser l’identification électronique des professionnels de santé. La révision des référentiels d’hébergeurs de données de santé (HDS) est également à noter.

    Gouvernance partagée et régulation du numérique en santé

    Capitalisant sur la logique de co-construction développée ces dernières années avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème, une gouvernance partagée se met en place pour couvrir les travaux de régulation du numérique en santé. Cette approche repose sur des référentiels thématiques (par exemple, l’identification électronique, l’accès au DMP) qui s’assemblent et s’adaptent aux enjeux spécifiques de chaque secteur ou type de services (ville, hôpital, dispositifs médicaux numériques, solutions de téléconsultation).

    Dès cette année, les référentiels sectoriels des systèmes d’information de téléconsultation et des dispositifs médicaux numériques (DMN) donnent lieu à la délivrance de certificats de conformité, obligatoires pour prétendre à des financements ou des prises en charge par la puissance publique. Par ailleurs, de nombreuses évolutions ont été mises en œuvre au niveau des services socles du numérique en santé. Concernant l’INS, un nouveau référentiel thématique sera publié prochainement, intégrant les nouvelles modalités facilitant la qualification de l’INS (par exemple, l’arrivée de l’appli carte Vitale).

    La section de la Doctrine relative à Pro Santé Connect présente de nombreuses nouveautés attendues au sein de l’écosystème. Parmi celles-ci figurent les nouveaux dispositifs d’identification, la nouvelle carte CPS, ainsi que la mise en place d’un espace de confiance. Ces avancées visent à renforcer la sécurité et la fiabilité de l’identification électronique des professionnels de santé.

    Une interopérabilité qui passe par l’usage des solutions du Ségur

    Pour faire évoluer le numérique en santé en France, la doctrine explique que cela doit passer par l’usage de solutions. Les logiciels issus de la vague 1 du programme Ségur numérique sont utilisés par les professionnels de santé, ce qui permet une augmentation régulière des documents de santé accessibles dans Mon espace santé. Mais pour aller plus loin, il faut qu’il y ait une résolution des freins à l’usage des logiciels référencés Vague 1 du Ségur numérique, ainsi qu’une accélération du déploiement la Vague 2, en mettant l’accent sur la sécurité des logiciels (PGSSI-S) et la consultation du DMP par les professionnels.

    Pour ce faire, le programme Sentinelle a été déployé en janvier 2023 pour identifier et résoudre une à une toutes les difficultés identifiées sur le terrain aux nouveaux usages numériques, notamment autour du partage des documents de santé. Cette 5e version de la doctrine du numérique en santé commande d’accélérer ce programme pour que les usages soient adoptés du plus grand nombre.

    Le programme SASN pour favoriser l’usage et la confiance des praticiens et des patients

    Le financement de consortium piloté par les universités pour former les professionnels au numérique en santé, le lancement de tiers lieux d’expérimentation dans les organisations de soins ou médico-sociales pour favoriser la co-conception, et le dispositif de prise en charge anticipée des dispositifs médicaux numériques (PECAN) lancé en 2023, pour un accès plus rapide aux innovations numériques pour les patients, constituent des exemples d’actions du programme Stratégie d’accélération « Santé numérique » (SASN) qui viennent favoriser la confiance et l’usage par les patients et les professionnels des services numériques en santé.

    Répartition des 122 lauréats des 11 appels à manifestation d’intérêt (AMI) et des appels à projets (AAP) lancés dans le cadre du programme SASN
    Répartition des 122 lauréats des 11 appels à manifestation d’intérêt (AMI) et des appels à projets (AAP) lancés dans le cadre du programme SASN

    Le secteur médico-social n’a pas non plus été oublié de la doctrine du numérique en santé puisque des travaux d’urbanisation sectorielle ont été conduits en co-construction avec l’ensemble des acteurs du secteur. Une première version du cadre d’urbanisation sectorielle du médico-social a été publiée. Elle précise concrètement comment s’orchestrent les services socles du numérique en santé autour du Dossier Usager Informatisé (DUI), pour répondre à des cas d’usages et problématiques spécifiques du secteur, notamment les services à utiliser pour l’orientation des usagers et pour coordonner leur accompagnement dans un parcours entre plusieurs structures.

  • Santé des femmes : une Gen AI repère le stress post-traumatique en postpartum

    Un taux de précision de 84 %

    Bâtie sur un modèle OpenAI appelé “text-embeddings-ada-002”, la solution d’IA générative analyse des récits d’accouchements racontés par des femmes. Que les femmes souffrent de TSPT ou non, les textes sont convertis en données numériques où un algorithme d’Apprentissage automatique identifie les « patterns » liés au trouble.

    En évaluant la performance de différents grands modèles de langage (LLM), les variations de ChatGPT et leur capacité à extraire de nouvelles informations à partir d’ensembles de données textuels dérivés des brèves descriptions narratives par les femmes post-partum de leur expérience d’accouchement.

    Les chercheurs ont testé l’efficacité de leur outil d’IA sur un ensemble de données de 1 295 récits d’accouchement. Cet outil a obtenu les résultats suivants :

    • 84 % de précision pour identifier les femmes souffrant de TSPT lié à l’accouchement ;
    • 75 % de précision pour identifier les femmes ne souffrant pas de TSPT à l’accouchement.

     

    Selon l’organisation Prevention & treatment of traumatic childbirth (PATTCh), entre 25 et 34 % des femmes décrivent leur accouchement comme traumatique. Cette expérience peut avoir des conséquences importantes sur la santé mentale et le bien-être des femmes, notamment le développement de TSPT.

     

    Diagnostiquer plus rapidement

    L’équipe du Massachusetts General Hospital défend que l’utilisation de l’IA pour le diagnostic du TSPT lié à l’accouchement présente plusieurs avantages comme :

    • la rapidité : l’outil d’IA peut fournir un diagnostic rapide, permettant aux femmes d’accéder plus rapidement à un traitement approprié ;
    • l’accessibilité : l’outil d’IA peut être utilisé à distance, ce qui le rend accessible aux femmes qui vivent dans des régions éloignées ou qui ont des difficultés à se déplacer ;
    • la réduction des coûts : l’utilisation de l’IA pourrait réduire les coûts liés au diagnostic du TSPT lié à l’accouchement.