Actualité

  • IA : 8 biomarqueurs sanguins pour prédire la maladie de Parkinson identifiés (Nature Communications)

    Le rôle des biomarqueurs dans la détection précoce

    Comme le rappellent les auteurs de cet article, la maladie de Parkinson est de plus en plus courante, passant du stade “prémoteur”, avec des symptômes non moteurs, au stade “moteur” invalidant. Cette maladie neurodégénérative, dont le nombre de cas a doublé en 25 ans, affecte actuellement 10 millions de personnes dans le monde. Pour intervenir assez tôt et ralentir la neurodégénérescence, des biomarqueurs objectifs sont nécessaires.

    L’étude a comporté deux phases :

    • la première, la « cohorte initiale », a inclus 194 participants (99 patients atteints de MP de novo, 36 témoins sains, 41 patients atteints d’autres troubles neurologiques et 18 atteints de trouble comportemental en sommeil paradoxal idiopathique (TCRPi) ;
    • et la seconde, la « cohorte de réplication indépendante », a suivi 54 patients atteints de TCRPi pendant jusqu’à 10 ans.

    Résultats

    Les chercheurs ont ainsi validé un test de spectrométrie de masse sur des échantillons de sang :

    • de patients récemment diagnostiqués avec Parkinson ;
    • de personnes au stade pré-moteur avec un trouble comportemental en sommeil paradoxal ;
    • et de témoins sains.

    Ce test sanguin développé par les chercheurs utilise l’IA pour prédire la maladie de Parkinson plusieurs années avant les symptômes.

    Les chercheurs ont identifié huit biomarqueurs sanguins liés au début de la maladie en combinant le phénotypage protéomique par spectrométrie de masse avec des techniques d’apprentissage automatique.

    Une avancée majeure pour le diagnostic :

    Les résultats de cette étude, publiés en juin dans la revue Nature Communications, montrent que le test sanguin, basé sur l’analyse protéomique ciblée et un modèle d’apprentissage automatique (ML), a réussi à prédire la maladie de Parkinson chez 79 % des patients atteints de TCRPi, jusqu’à sept ans avant l’apparition des symptômes moteurs, avec une précision de 100 %. Ces biomarqueurs sont souvent liés à la gravité des symptômes et peuvent aider à repérer les personnes à risque pour des essais cliniques visant à prévenir ou ralentir la progression de la maladie de Parkinson.

    Des chiffres prometteurs qui, Cette recherche représente une avancée vers un diagnostic moins invasif qu’une ponction lombaire et offre une perspective plus complète pour la prédiction précoce de la maladie de Parkinson.

     

     

    * Plasma proteomics identify biomarkers predicting Parkinson’s disease up to 7 years before symptom onset

    Hällqvist, J., Bartl, M., Dakna, M. et al.

    Nat Commun 15, 4759 (2024). https://doi.org/10.1038/s41467-024-48961-3

     

  • Datatransformeurs : 5 ans d’utilisation des données secondaires de santé en Finlande (M. Siltanen)

    Un guichet national unique

    Findata est l’autorité finlandaise chargée des permis de données sociales et de santé. Elle a été créé conformément à la loi sur l’utilisation secondaire des données de santé et de protection sociale de 2019 (552/2019). Cette loi encadre les différents usages autorisés des données, notamment pour la recherche scientifique, les statistiques, et la gestion des connaissances. Findata fonctionne ainsi comme un guichet unique, où les chercheurs peuvent demander des accès aux données collectées par différents contrôleurs de données.

    Initialement recueillies dans le cadre de traitements ou de réhabilitations de patients, ces données ont été et sont aujourd’hui réutilisées à des fins de recherche scientifique, de statistiques, d’activité de développement et d’innovation ou pour des rapports à destination des autorités. Depuis sa création, Findata a :

    • accordé plus de 1 200 permis d’accès aux données ;
    • et traité plus de 2 000 ensembles de données.

    L’enjeu de la description des données :

    Findata e offre également des services de support via un helpdesk et un catalogue national de métadonnées. Ce dernier est un outil permettant aux chercheurs de consulter les informations sur les ensembles de données disponibles. Il est disponible en finnois, en suédois et en anglais. Findata collabore notamment avec l’Institut finlandais pour la santé et le bien-être (THL) et d’autres contrôleurs de registres pour entretenir ce catalogue et fournir des sessions de formation aux acteurs concernés sur la description des données.

    En 2021, a été promulgué un décret visant à déterminer des principes communs pour la description des données et des informations contenues dans les registres de protection sociale et de santé, afin d’uniformiser ces descriptions et de les rendre plus accessibles. Dans ce sens, plusieurs organisations de santé ont dû préparer des descriptions pour les contenus de leurs ressources de données.

    84 % des demandes sont traitées en moins de 6 mois :

    En Finlande, la demande d’accès aux données de santé est traitée de manière collaborative, entre le demandeur, un spécialiste de Findata et les contrôleurs des registres dont les données sont demandées. Selon Mervi Siltanen, une demande d’accès implique en moyenne les données de 4 à 5 contrôleurs de registres. Le processus reste toutefois assez rapide : 84 % des demandes sont traitées en moins de 6 mois et 61 % en moins de 3 mois.

    Vers l’espace européen des données de santé (EHDS)

    Findata a déjà intégré des pratiques et des réglementations similaires à celles envisagées pour l’EHDS, ce qui la positionne comme un modèle potentiel à suivre pour les autres pays européens. Dans le cadre du projet HealthData@EU Pilot, Findata est responsable d’élaborer des exigences minimales pour une demande d’accès commune aux données de l’EHDS. Toutefois Mervi Siltanen a souligné quelques différences entre l’EHDS et la loi finlandaise pour l’utilisation secondaire des données :

    • l’EHDS propose davantage de sources de données ;
    • les finalités d’utilisation des données sont plus nombreuses pour l’EHDS ;
    • et, enfin, l’EHDS prévoit l’accès transfrontalier aux données, permettant aux informations de traverser les frontières et d’être traitées dans les pays d’origine ou dans des environnements sécurisés fournis par la Commission européenne.

     

  • Datatransformeurs : les 4 axes de la stratégie nationale sur l’utilisation secondaire des données de santé (DNS)

    Première présentation auprès de la communauté des Datatransformeurs

    Le 5 juillet a eu lieu la saison 2 des Datatransformeurs, organisée par Care Insight à Parisanté Campus, une journée entière dédiée à la transformation des données de santé. Pour cette édition, plus de 300 experts se sont réunis autour de plénières, d’ateliers collaboratifs et de retours d’expérience sur les avancées et objectifs en matière de données de santé.

    À l’occasion de cet événement, et sur la base du rapport de Jérôme Marchand-Arvier, « Fédérer les acteurs de l’écosystème pour libérer l’utilisation secondaire des données de santé », publié en janvier 2024, et du nouveau cadre entrant en vigueur sur l’espace européen des données de santé (EHDS), les premiers éléments concernant la stratégie nationale sur l’utilisation secondaire des données de santé ont été présentés par la Délégation au numérique en santé (DNS). Bien que certains points ne soient pas finalisés, cette annonce offre déjà quelques premières perspectives.

    Faire que « l’État parle d’une voix » :

    L’émergence de nouvelles bases de données, les vagues de financement et la multiplication des études scientifiques sur la valorisation des données de santé nécessitent d’harmoniser les actions au niveau national.

    Une stratégie nationale de données de santé a pour ambition :

    • de créer un écosystème en faveur de l’innovation ;
    • de raccourcir les délais d’accès aux données ;
    • et de permettre aux industriels d’être attractifs sur le plan international.

    Une stratégie coconstruite autour de 4 axes

    Lancés en avril et remis début juillet, des groupes de travail (GT) ont permis l’élaboration de la stratégie. Leurs travaux sont articulés autour de quatre grandes thématiques, comme suit :

    • le GT interministériel : instruire la gouvernance et le financement ;
    • le GT pilotage : suivre les sujets lancés par le comité stratégique (catalogue, contrat-type, interopérabilité, socle de données…) et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ;
    • le GT juridique : identifier les thématiques juridiques majeures et adapter la stratégie au regard du règlement européen sur les données de santé ;
    • et le GT offres de services : définir les formations nécessaires pour le système national des données de santé (SNDS).

    Les premiers éléments de la stratégie : 

    📌 Axe 1 : Favoriser la transparence et la confiance des citoyens en mettant en place une gouvernance nationale claire et représentative. Pour les citoyens, garantir l’accès à l’information et l’exercice du droit, et sécuriser la réutilisation des données.

    • Fin 2024 : infrastructure SNDS opérationnelle.
    • Fin 2025 : étude d’impact du règlement EHDS.

    📌 Axe 2 : Constituer et enrichir les bases de données d’intérêt réutilisables, anticiper les partages de données et former les acteurs de l’écosystème à leur bonne utilisation.

    • D’ici le premier trimestre 2025, publier une étude sur les besoins des acteurs de la recherche en innovation et santé.

    📌 Axe 3 : Recenser les bases de données existantes et bâtir un modèle de partage.

    • D’ici 2024, intégrer de nouvelles bases de données volontaires.

    📌 Axe 4 : Simplifier les modalités et réduire les délais d’accès aux données. Aujourd’hui, le délai moyen d’accès (si validé) au SND est de 18 mois.

    • L’objectif pour 2028 est de le réduire à six mois.

    Une consultation ciblée et une autre publique sur le calendrier :

    Un des enjeux de cette feuille de route porte sur les modalités et le calendrier de partage des données entre les acteurs, notamment sur un court délai. Une préparation technique, surtout pour les petites et moyennes structures, serait nécessaire. La mise en place d’un Health data access body (HDAB) comme point d’entrée devrait permettre de réguler l’accès aux bases de données.

    En ce qui concerne l’hébergement, un appel à projet (AAP) a été initié pour sécuriser l’hébergement des données sensibles, exigeant que les services Cloud traitant ces données obtiennent la certification SecNumCloud. Un autre AAP a été lancé en mars 2024 par la Direction générale des entreprises (DGE), le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) et Bpifrance,pour our renforcer les offres et services Cloud de confiance.

    À la suite de la remise des travaux, la consultation ciblée aura lieu jusqu’en septembre 2024, suivie de la consultation publique durant le mois de novembre. La dernière version de la stratégie sera diffusée à la fin de l’année 2024.

     

  • Cybersécurité : éthique, qualité, sécurité des SI… les 7 dimensions du référentiel Maturin SMS 2024

    Répondre à la hausse des cyberattaques dans le secteur médico-social

    Dans la version 2023 de son observatoire des signalements d’incidents de sécurité des systèmes d’information pour les secteurs sanitaire et médicosocial, l’ANS indiquait une hausse de 10 % du nombre d’incidents liés à la menace de rançongiciels, par rapport à 2022, et qui concernait majoritairement des établissements et services médico-sociaux (ESMS). Dans la grande majorité des cas, le chiffrement des données était souvent précédé d’une exfiltration faisant l’objet d’une mise en vente sur Internet. La sécurité des SI s’avère ainsi primordiale.

    Pour s’assurer de la sécurité des SI des établissements médico-sociaux, l’ANS publie régulièrement des référentiels afin d’aider les directeurs des systèmes d’information (DSI) à identifier le niveau de maturité de leurs systèmes. Dans ce sens, le 1er juillet 2024, l’Agence a publié la version 2024 du référentiel Maturin SMS, qui est lui même basé sur un standard commun avec le référentiel du secteur sanitaire, Maturin-H. Il a, entre autres, pour objectifs de permettre aux DSI :

    • d’avoir connaissance des critères d’évaluation de la maturité numérique des établissements ;
    • de simplifier les déclarations de conformité pour l’établissement ;
    • ou encore de se comparer aux différents niveaux internationaux.

    Un référentiel basé sur 7 dimensions

    Le référentiel Maturin SMS se décline sous la forme d’un questionnaire adressé aux établissements qui leur permet de comprendre les attentes en matière de sécurité et de qualité des SI et de mesurer le niveau de maturité du leur. Pour cette version 2024, il se repose sur 7 dimensions, même si seulement 3 d’entre elles (réparties en 15 questions) font partie du socle du référentiel : les pratiques de management des SI, l’adéquation fonctionnelle et l’adéquation de l’infrastructure.

    En répondant aux 64 questions de ces 7 parties, les DSI peuvent noter la maturité de leur SI avec une note allant de 1 à 5, et cela pour chacune de ces 7 dimensions :

    • 1️⃣ les pratiques de management SI ;
    • 2️⃣ l’adéquation fonctionnelle ;
    • 3️⃣ l’adéquation de l’infrastructure ;
    • 4️⃣ la qualité de service ;
    • 5️⃣ la sécurité des SI ;
    • 6️⃣ l’éthique et le développement durable ;
    • 7️⃣ et la performance, l’usage et la satisfaction.

     

  • Obésité : lancement du jeu Nutrimouv pour promouvoir un mode de vie actif auprès des enfants

    L’obésité infantile, problème de santé publique

    En Alsace, 14 % des enfants de 5 ans souffrent de problèmes de poids. Dans la ville de Strasbourg, le taux d’obésité chez les enfants de grande section de maternelle est en moyenne de 14,3 %. Ce taux est particulièrement élevé dans les quartiers populaires, atteignant les 18,8 %.

    Lancée début juillet 2024, Nutrimouv encourage les enfants de 8 à 12 ans à explorer la ville Strasbourg pour capturer des créatures appelées “Nutrimouvs” : elle transforme ainsi les habitudes de bonne santé en avatars tels que “Sédentaria” (pour la sédentarité) et Déshydratos (pour la déshydratation). Pendant chaque session, qui ne dure pas plus de quinze minutes, les enfants attrapent une créature et reçoivent des conseils sur l’alimentation via un quiz. Le jeu, se déroulant dans les rues de Strasbourg, incite à découvrir les équipements sportifs tout en comptabilisant les pas réalisés. Une approche qui vise aussi à remplacer le temps d’écran en une activité bénéfique.

    Pour un changement des comportements sans culpabilité :

    “On se sert de l’appétence des jeunes pour ces jeux pour les aider à être en meilleur santé”, explique le Dr Alexandre Feltz, président de la Maison sport santé de Strasbourg. Il souligne l’importance de renforcer les comportements favorables à la bonne santé. D’où l’idée de ce jeu interactif qui propose des recettes équilibrées, des conseils nutritionnels, des idées d’activités et des défis physiques. Alexandre Feltz explique que, pour encourager les jeunes à bouger, ils ont intégré un compteur de pas et des incitations au mouvement, tout en limitant le temps de jeu à 15 minutes par jour et en prévoyant de restreindre l’accès la nuit.

    Le jeu incite également les utilisateurs à se déplacer quotidiennement en offrant des récompenses que les enfants peuvent récupérer. Les points gagnés en réussissant les jeux et en capturant des personnages peuvent être échangés contre des paniers bio, des accès aux bains municipaux, des stages pendant les vacances scolaires, des billets pour des spectacles sportifs, et bien plus encore. Les créateurs de l’application encouragent aussi les parents à participer en aidant leurs enfants à préparer les recettes, à répondre aux questionnaires ou à chercher les récompenses à pied ou à vélo.

    Un financement à hauteur de 100 000 €

    L’application imaginée par la Maison sport santé de Strasbourg est financée à hauteur de 100 000 euors par l’Agence régionale de Santé du Grand Est et l’Eurométropole de Strasbourg. Elle s’inscrit dans la continuité du programme Preccoss (prise en charge coordonnée des enfants obèses et en surpoids à strasbourg), qui soutient les enfants en situation de surpoids ou d’obésité.

    Créé en juin 2020 et opérationnel depuis le 1er janvier 2021, le groupement d’intérêt public (Gip) “Maison sport santé de Strasbourg” poursuit l’ambition de la Ville de Strasbourg de promouvoir l’activité physique, auprès notamment :

    • des personnes souffrant de maladies chroniques ;
    • des personnes âgées fragiles ;
    • et des enfants et adolescents en surpoids et/ou obèses.

    Vidéo de présentation de l’application éducative Nutrimouv :

     

  • MSSanté : le référentiel de la messagerie annulé par le tribunal administratif de Paris

    Un contentieux qui remonte aux années 2010

    Le système MSSanté a été créé en 2013 par l’Agence du numérique en santé (ANS) afin de sécuriser les échanges d’information de santé entre professionnels. En 2018, cet espace numérique dans lequel les professionnels de santé partagent des données a été intégré à la feuille de route du numérique en santé, soulignant son importance pour l’amélioration de la sécurité des communications dans le domaine médical.

    En avril 2022, l’ANS a publié un référentiel de base pour MSSanté. Ce référentiel devait être obligatoire pour tous les fournisseurs de messagerie souhaitant intégrer MSSanté, visant à uniformiser et sécuriser les pratiques.

    L’Association pour la promotion de l’informatique et la communication en médecine (Apicem), qui possède la messagerie Apicrypt, conteste ce référentiel, arguant que l’ANS n’a pas la “compétence” pour rendre ce document obligatoire.

    Les décisions du tribunal administratif :

    Le 14 juin 2024, le tribunal administratif de Paris a conclu que l’ANS “pouvait seulement soumettre le référentiel à l’approbation du ministre des Solidarités et de la Santé“, qui aurait alors pu émettre un arrêté pour le rendre obligatoire. Cette procédure n’ayant pas été suivie, le tribunal a conclu que la décision de l’ANS était “entachée d’incompétence“. Par conséquent, le référentiel a été annulé sans que les autres arguments de l’Apicem ne soient examinés.

    En parallèle, le tribunal a également statué sur une autre requête de l’Apicem, qui visait l’annulation de l’arrêté du 19 décembre 2019, qui approuvait la convention constitutive de l’ANS. Les conclusions visant l’annulation de cet arrêté avaient été déposées en août 2022, bien après le délai de deux mois prévu par le code de justice administrative, rendant cette demande irrecevable.

    L’Apicem avait aussi demandé l’annulation du contrat-type d’opérateur MSSanté, qui oblige les opérateurs à respecter le référentiel. Le tribunal a rejeté cette requête, arguant que l’Apicem n’avait pas d’intérêt à agir, n’exploitant pas MSSanté et n’ayant pas vocation à conclure un tel contrat avec l’ANS. De plus, le contrat-type “ne constitue pas un acte réglementaire susceptible de porter atteinte à l’objet social” de l’association.

    Cette série de décisions judiciaires marque une nouvelle étape dans le conflit entre Apicem et l’ANS concernant MSSanté, un conflit qui remonte aux années 2010. L’ANS a, par ailleurs, été condamnée à verser 1 500 euros à l’Apicem pour couvrir les frais de justice administrative.

     

  • Recherche médicale : vers un encadrement des nouvelles méthodologies (colloque)

    Un nouveau souffle pour la recherche médicale

    Sous le thème “Next generation of clinical research. AI, in silico and external arm: time to make them real“, ce colloque, organisé au CHU Lille, a réuni des professionnels de santé, des agences d’évaluation et des patients avec l’ambition de discuter du cadre d’utilisation des nouvelles méthodologies d’essais cliniques, dans l’objectif de mettre à disposition de véritables innovations pour les patients.

    Inaugurée par les interventions de Frédéric Boiron, directeur du CHU Lille, et de Lise Alter, directrice générale de l’Agence de l’innovation en santé. Frédéric Boiron a mis en avant les initiatives en cours telles que Tecsanté, Arianes et Resist Omics, et les collaborations avec des unités de recherche comme Oncolille. “Des projets structurants”, qui sont essentiels pour faire avancer la recherche clinique, notamment sur les territoires de la région, grâce au soutien du Groupement interrégional de recherche clinique et d’innovation (Girci) et du Groupement de recherche clinique en Nord et Pas-de-Calais (G2RC).

    Un nécessaire changement de mentalité :

    La plupart des méthodologies “agiles” pour la recherche clinique existent depuis des décennies et sont encore rarement utilisées. Parmi les principaux freins à leur généralisation, des obstacles culturels et techniques sont identifiés par les experts comme empêchant actuellement leur mise en œuvre. Pour y remédier, une meilleure collaboration avec les agences de régulation doit se mettre en place, notamment pour “continuer l’évaluation des médicaments” après l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Les méthodologies agiles pour la recherche clinique existent depuis des décennies mais restent sous-utilisées”. Par ailleurs, un autre levier serait de travailler à “changer les mentalités pouor adopter plus largement ces pratiques innovantes” dans la recherche.

    Le besoin d’impliquer les patients précocement :

    Concernant la place des patients dans la réflexion et les processus de la recherche, au-delà de l’importance d’impliquer les régulateurs très tôt dans le processus, Gérard Raymond, président de France Assos Santé, a déclaré : “Nous sommes à la croisée des chemins. Le numérique révolutionne notre système, et les patients doivent être intégrés dès les premiers stades de la recherche”.

    Ainsi, les besoins, les attentes et les priorités du patient doivent être intégrés, notamment à travers trois axes principaux :

    • participer à la construction, dès les premiers stades, de la réponse qu’apporte la recherche à des problématiques de santé, et à tous les stades de son évolution :
      • doter le patient d’outils pour pouvoir recueillir ses besoins ;
      • les associations de patient peuvent jouer un rôle d’intermédiaire pour accélérer la recherche ;
    • améliorer sa qualité de vie pour continuer à mener un quotidien de citoyen normal ;
    • et développer des études non pas seulement par le promoteur mais pas les structures associatives également.

    Vers une réglementation plus adaptée ?

    Lors d’une keynote sur l’adaptation de la réglmentation aux nouvelles technologies, Alexandre de la Volpilière de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a insisté sur la notion d’accélération, notamment avec “la numérisation et le changement de paradigme induit par l’IA”. Pour lui, la personnalisation de la médecine nécessitera des cohortes plus petites, avec des données spécifiques à chaque groupe, voire à chaque patient. Les jumeaux numériques et les bras externes, intégrant des données de vie réelle, seront ainsi essentiels pour pallier l’impossibilité de réaliser des études en double aveugle. Il a également souligné que les patients pourront contribuer à l’agrégation de ces données grâce aux thérapies numériques (DTx) et autres objets et dispositifs médicaux connectés.

    L’IA ayant un impact significatif sur les essais cliniques, permettant de réduire le nombre d’essais et d’accélérer les modifications d’information aux prescripteurs et aux patients, Alexandre de la Volpilière a également expliqué que les régulateurs devraient pouvoir critiquer et actualiser rapidement les modèles d’IA choisis : “Une régulation ambitieuse combine la précision et la fiabilité des données tout en s’adaptant à l’évolution de l’écosystème, en simplifiant l’accès aux innovations et en rapprochant chercheurs et régulateurs dès le début du processus de développement des produits de santé”, a-t-il conclu. Selon lui, les nouvelles procédures, comme les AMM conditionnelles et les bacs à sable réglementaires, visent à accélérer l’autorisation des innovations.

    Faire évoluer les profils des profesionnels :

    Les simulations étant devenues un standard dans de nombreux domaines, y compris la médecine, Vincent Diebolt, directeur du réseau F-crin, a tenu à rappeler la nécessité de massifier les données et d’évoluer vers des méthodologies plus innovantes. L’IA prend une place de plus en plus grande en médecine, où la relation médecin-patient est essentielle. La création des entrepôts de données de santé met en lumière la nécessité de faire évoluer les profils des médecins, mathématiciens et informaticiens pour une meilleure collaboration, soulignant l’importance de la formation interdisciplinaire. Ainsi, les jumeaux numériques, allant de l’humain générique au patient spécifique et jusqu’à des modèles prédictifs d’évolution et d’organes, sont de plus en plus utilisés. L’exemple du Boston Children Hospital a été cité lors du colloque : l’établissement américain utilise depuis six ans cette technologie en créant 1 500 jumeaux numériques d’enfants traités pour améliorer la prise de décision clinique. En diagnostic aussi, la combinaison de l’imagerie avec des modèles prédictifs se répand, notamment en oncologie.

    L’adoption des solutions par les utilisateurs est un autre enjeu. Les cadres européens émergents, comme l’IA Act et l’espace des données de santé (EHDS), créent un environnement nécessaire pour les industriels et utilisateurs, avec des évaluations visant le remboursement par les assurances maladie. Aux Etats-Unis, la Food and drug administration (FDA), ayant autorisé 1 800 solutions basées sur l’IA depuis 2016, continue d’acquérir de l’expérience dans la recherche clinique et la surveillance post-AMM.

    Les différents intervenants concluent que les principales attentes de l’IA concernent son intégration dans le processus décisionnel médical sans remplacer le médecin, et la définition du degré de confiance des outils. L’IA doit également préserver l’expertise clinique et fournir des outils intelligents utilisables par les cliniciens non experts.

    Elargir le périmètre de l’évaluation des DMN :

    Lors de la table ronde modérée par Line Farah, directrice des grands défis numériques “santé mentale” et “bien-vieillir” à la Délégation du numérique en santé, Corinne Collignon, cheffe de la mission du numérique en santé de la Haute autorité de santé (HAS), a abordé la question de l’évaluation des dispositifs médicaux numériques (DMN) : “L’évaluation doit prendre en compte la qualité de vie des patients et l’impact organisationnel des nouvelles technologies”, a-t-elle déclaré.

    L’évaluation des DMN par la HAS, dite secondaire, est une étape essentielle pour la prise de décision sur le remboursement. Cette évaluation, fondée sur une analyse scientifique rigoureuse, peut mener à différentes formes de prise en charge, telles que la voie dérogatoire ou la prise en charge anticipée numérique (Pecan), chacune répondant à des critères spécifiques. Sa priorité reste toujours le patient, avec une comparaison par rapport à l’arsenal thérapeutique existant, à travers les dimensions d’évaluation que sont le service attendu, la qualité de vie, l’impact organisationnel et la santé publique. Pour la HAS, il est essentiel d’évaluer les DMN sur des données probantes, en objectivant leur impact organisationnel de manière globale. D’ailleurs, une modélisation de cet impact est désormais accepté par l’Autorité, permettant une évaluation plus complète et intégrée des nouvelles technologies.

    … Et une collaboration renforcée ?

    Le colloque a été également l’occasion pour évoquer la création de confiance dans l’innovation médicale. Lionel Collet, président de la HAS, a souligné l’importance de la collaboration continue entre chercheurs, régulateurs et patients. Un cadrage réglementaire bien fait dès le départ permet d’aller plus vite et plus efficacement vers la décision.

    Les appels à renforcer les collaborations entre les différents acteurs de l’écosystème de la recherche ont été multiples lors de cette journée, qu’ils soient chercheurs, régulateurs, industriels ou représentants des patients. Des perspectives prometteuses pour une adaptation rapide du contexte actuel aux nouvelles technologies à l’amélioration de l’accessibilité de ces dernières à l’avenir.

     

  • IA : Doctolib investit 100 M€ pour révolutionner la consultation médicale et accélérer sa croissance

    Devenir une référence de l’IA en Europe

    Cette nouvelle technologie de Doctolib est déja en  phase de test auprès de 360 médecins et promet de révolutionner encore un peu plus leur relation avec leurs patients. Pour le leader français de la gestion des rendez-vous médicaux et de la consultation, cet assistant numérique, en évitant au médecin de prendre des notes, lui permettra de consacrer plus de temps à ses patients. Une vérification des informations est tout de même effectuée avant que le rapport rédigé par l’outil ne soit intégré dans le dossier du patient.

    Pour atteindre son objectif  de devenir une référence de l’IA en Europe, Doctolib annonce l’investissement de 100 millions d’euros cette année dans le développement de nouvelles solutions. Par ailleurs, l’entreprise entend recruter 100 nouveaux salariés pour renforcer ses équipes d’ingénieurs et de développeurs. Et d’autres initiatives sont également en cours de développement :

    • un accueil téléphonique intelligent : depuis l’acquisition de la start-up Aaron.ai, Doctolib propose un répondeur intelligent qui est déjà opérationnel en Allemagne et qui sera disponible en France d’ici 2025 (il permet aux patients de prendre rendez-vous par téléphone en conversant avec une IA capable de détecter l’urgence d’une situation à partir du ton de la voix) ;
    • un assistant à la prévention : également prévu pour 2025, cet outil vise à améliorer le suivi des vaccinations, des dépistages et des maladies chroniques ;
    • et un outil de codification des données médicales : pour simplifier le travail des praticiens.

    Une rentabilité attendue en 2025

    Cette stratégie d’innovation de Doctolib s’inscrit dans un contexte de forte concurrence, notamment face aux Gafam qui cherchent à s’imposer dans le secteur de la santé. A l’origine de Gemini, Google a en effet lancé des tests pour permettre de mieux diagnostiquer les patients en compilant leurs propos et les rediriger vers les bons professionnels de santé.

    Cette nouvelle orientation stratégique intervient après une période difficile due à la crise du Covid-19, pendant laquelle Doctolib s’est positionné comme un acteur de santé publique en offrant gratuitement son logiciel de téléconsultation et en facilitant l’accès à la vaccination. Ce qui s’est, toutefois, fait au détriment de sa croissance, entraînant une perte de deux ans dans la quête de rentabilité. Aujourd’hui, la plateforme est implantée dans différents pays du vieux continent, dont l’Allemagne, où elle compte 20 millions d’utilisateurs.

    Prévue pour atteindre la rentabilité en 2025, Doctolib voit dans l’IA un moyen de rattraper ce retard et de créer de nouvelles opportunités de croissance. Avec un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros et une forte croissance internationale, Doctolib consacre toutes les ressources nécessaires à la réussite de son ambitieuse transformation.

  • IA : une plateforme intégrée pour optimiser le flux de travail des médecins (Hôpital américain de Paris)

    Simplifier la prise en charge médicale

    L’idée de la plateforme APH Med a émergé en 2020, et l’application a été développée entre 2021 et 2023 par la société lilloise Ascent Wai, avec le concours des éditeurs. Dès 2021, l’ambition de l’hôpital s’est clarifiée et a été de simplifier la prise en charge médicale à partir d’une seule interface pour le médecin : son téléphone portable. Ainsi, APH Med est aujourd’hui accessible via une application web sur les smartphones.

    Selon Felix Mamoudy, directeur de la Transformation et de l’Innovation à l’American Hospital of Paris (AHP), l’objectif de son institution à travers ce projet est d’aboutir à :

    • une amélioration de la qualité des informations médicales grâce à des dossiers complétés dès le début du parcours médical ;
    • une programmation opératoire en temps réel ;
    • une facilité de l’accessibilité et du partage de l’information médicale ;
    • une augmentation de l’attractivité des patients ;
    • une estimation du RAC(Reste à charge ) au plus juste ;
    • des gains d’efficience organisationnelle et financière ;
    • et une amélioration de la qualité de vie au travail (QVT) des praticiens.
    Tâches permises par la plateforme centralisée AHP Med – @ American Hospital of Paris

    Chiffres clés liés à AHP Med :

    • L’établissement, qui compte 80 logiciels différents, a joué le rôle de coordinateur.
    • Un groupe élargi de 10 à 15 personnes, comprenant des médecins, des secrétaires et des équipes techniques, a planché sur l’application, autour d’une équipe resserrée de quatre personnes.
    • L’établissement a investi 200 000 euros dans ce projet.

    Fonctionnalités principales

    Cette solution s’inscrit dans une démarche plus large de modernisation du système d’information de l’Hôpital Américain de Paris, qui vise à améliorer la gestion des dossiers patients, le circuit du médicament, et la gestion des urgences. Elle propose les fonctionnalités suivantes :

    • saisie rapide d’informations dans le dossier patient informatisé ;
    • programmation d’interventions chirurgicales ;
    • codage des dossiers médicaux ;
    • collaboration  muti-site avec d’autres praticiens sur des cas cliniques ;
    • et intégration de la technologie de reconnaissance vocale : AHP Med intègre la solution Dragon Medical One, qui offre une saisie simplifiée sur téléphone mobile.

     

    Interfaces APH Med – @ American Hospital of Paris

     

  • Pathologie numérique : la taskforce de France Biotech recommande une inclusion dans le Ségur du numérique

    Répondre à un besoin de digitalisation

    La taskforce de France Biotech dédiée à l’anatomopathologie numérique a été lancée en mai 2023 dans un contexte de nécessité de la digitalisation du secteur alors que les pathologistes ont vu leurs tâches s’intensifier “à la fois en volume et en complexité dans un contexte de médecine de précision” explique l’association. Pour répondre à cette attente en termes de digitalisation, cette taskforce a réuni 130 participants parmi lesquels des médecins pathologistes libéraux, des médecins pathologistes hospitalo-universitaires et hospitaliers, des sociétés savantes, des industriels et des institutionnels.

    De mai 2023 à mars 2024, ils se sont réunis à de plusieurs reprises au travers de groupes pour travailler à :

    • favoriser les échanges entre les acteurs de l’anatomopathologie numérique ;
    • permettre aux acteurs d’assurer une bonne transition vers l’anatomopathologie numérique ;
    • faire émerger les solutions innovantes à même d’optimiser la pratique clinique, en lui offrant un cadre réglementaire et économique favorable ;
    • consolider une filière dynamique et porter des actions prioritaires structurantes à destination des pouvoirs publics. 

    En mai 2024, France Biotech a fait état des travaux de sa taskforce au travers d’un événement de restitution qui s’est déroulé à PariSanté Campus et par le biais duquel les groupes de travaux ont présenté un état des lieux des bénéfices et des enjeux du passage au digital et à l’IA, mais les difficultés du passage à cette digitalisation, ainsi qu’un certain nombre d’actions prioritaires visant à soutenir la filière dans ce passage.

    Quel intérêt à numériser l’ACP ?

    L’ACP est une spécialité médicale qui permet la détection de maladie, leur compréhension, ainsi que le diagnostic des patients grâce à l’analyse d’échantillons biologiques par microscope sur des lames. Le passage d’une lecture sur des lames physiques à une lecture sur des lames virtuelles ouvre donc la porte à une facilitation du travail pour les pathologies.

    Les résultats des groupes de travail de la taskforce ont montré que du côté du soin, la digitalisation de l’ACP permet, entre autres, la facilité d’accès aux données – car de par la numérisation des lames, leur transfert est plus facile entre professionnels de santé – , un confort de lecture pour les pathologistes, une sécurité supplémentaire – puisqu’il y a moins de risque de confusion entre plusieurs lames – , une utilisation plus aisée des algorithmes d’IA qui n’ont qu’a analyser les données numériques, ainsi qu’une meilleure prise en charge, avec des délais plus courts, grâce à une lecture décentralisée des lames.

    Du côté de la recherche, la digitalisation de l’ACP peut faciliter l’exploitation des images qui seront stockées numériquement, ce qui permet aussi la constitution de bases de données de recherche, mais aussi des bases de données pour les entrepôts de données de santé et donc pour la réutilisation secondaire de ces données. Agissant toujours de paire avec l’IA, la collecte de ces données peut aussi faciliter l’exploitation de la multimodalité et la constitution de jumeaux numériques pour accélérer la découverte de médicaments.

    La digitalisation de l’ACP peut aussi avoir des bénéfices dans la cadre de la formation comme la démontré la taskforce : “la digitalisation facilite le partage des cas didactiques, la création de collections pédagogiques, de base de données bibliographiques. Elle a permis notamment l’accès aux bases de données de l’Université numérique en santé et sport (UNESS) qui comprennent des collections de lames de référence par pathologie, annotées par des experts et des cours en ligne, ainsi que la mise en place de la plateforme “UNESS-SIDES”.

    Les bénéfices d’une inclusion de l’IA :

    Pour ce qui est du passage à l’IA, la taskforce a, là aussi, relevé de nombreux bénéfices du côté du soin, de la recherche et de la formation des pathologistes. En effet, l’IA offre des algorithmes destinés à optimiser la pratique du pathologiste et à améliorer le parcours de soin et la décision thérapeutique aux bénéfices des patients. Dans le cadre du soin, les groupes de travaux de la taskforce ont établi que l’IA impacte directement la prise en charge du patient grâce à une analyse plus précises des lames ce qui optimise cette prise en charge. Mais là n’est pas le seul bénéfice, puisque l’IA va aussi assister le pathologiste dans sa prise de décision et lui permettre un gain de temps, notamment grâce aux algorithmes d’analyse comme ceux qui permettent la lecture des frottis cervicaux.

    Pour la recherche, c’est les capacités prédictives de l’IA et l’automatisation qu’elle permet qui sont intéressantes. La taskforce montre que l’IA peut être utilisée pour prédire l’évolution de la maladie ou sa réponse à une thérapie donnée, pour remplacer des techniques existantes, ainsi que pour détecter des signaux faibles invisibles à l’œil et qui seraient des signatures pronostiques ou prédictives de nature à revoir les guidelines diagnostiques.

    Dans le cadre de la formation, l’IA permet “d’illustrer des cas (détecter des évènements, afficher des masques, …) et d’alimenter les contenus de formation et de développer le sens critique des jeunes pathologistes“.

    Les obstacles à une généralisation

    Si une digitalisation de l’ACP à d’ores et déjà débuté, de nombreux freins empêche sa généralisation. Les groupes de travail de la taskforce montre que les principaux freins à une utilisation plus générale de l’IA dans l’ACP résident dans des contraintes techniques et réglementaires. En effet, une généralisation ne pourra prendre forme que lorsqu’un financement sera instauré pour permettre un accès à l’usage de l’IA, mais aussi lorsque les DM numériques à usage professionnel seront évalué et déclaré conforme par la Haute autorité de santé (HAS). Cette généralisation nécessitera aussi une maîtrise des outils d’IA par les professionnels, chose qui n’est pas encore acquise.

    Ces mêmes freins sont constatés pour une digitalisation plus générale : des freins techniques couplés à des coût importants, puisqu’une numérisation des services nécessite d’engager des investissements très lourds. La taskforce a aussi relevé d’autres freins comme l’absence de format d’image standard pour le partage des données, mais aussi l’archivage et le stockage des lames qui, lorsqu’elles seront totalement numérisées, nécessiteront des bases de données conséquentes. Le dernier frein relevé par la taskforce est celui concernant les défis juridiques comme l’obéissance au RGPD pour le stockage des lames numériques, ou encore les procédures pour l’accès et l’utilisation des données des patients, comme l’obtention de leur consentement.

    Les principales préconisations de France Biotech

    Après avoir dressé cet état des lieux, la taskforce préconise 31 actions prioritaires, parmi lesquelles la nécessité :

    • de mettre en place d’un accompagnement financier efficace, indispensable pour soutenir la digitalisation des laboratoires publics et privés ;
    • de favoriser de l’inscription des outils IA dans le RIHN (impliquant le recueil de données) et passage en droit commun d’actes matures tels que les actes de biologie moléculaire (PCR, NGS) de manière à libérer l’enveloppe au profit de nouvelles innovations tels que les actes assistés par IA ;
    • de permettre la création de nouveaux types d’actes pour l’utilisation d’algorithmes, y compris à l’initiative des industriels, tenant compte de la typologie d’IA et coefficienté en fonction de la valeur ajoutée évaluée par la HAS ;
    • d’améliorer la coordination entre les secteurs public et libéral afin de favoriser l’exploitation des datas par les industriels et les chercheurs ;
    • de soutenir la création d’entrepôts locorégionaux de données de santé interconnectés permettant de recueillir des données multimodales et multi origines provenant des secteurs privés et publics ;
    • d’inclure la pathologie digitale dans le Ségur du numérique afin de bénéficier du soutien de la DNS pour conseiller et dynamiser la standardisation et les choix en matière d’interopérabilité pour la filière ;
    • de proposer que l’archivage légal puisse être réalisé en physique ou en digital de manière à pouvoir adapter les stratégies aux dispositions des laboratoires et aux cas d’usage, et éviter un double archivage (physique et numérique) ;
    • et de sensibiliser la Cnil au sujet de la création d’entrepôts de données de santé, en lui demandant de définir des procédures harmonisées et adaptées afin de réduire les délais d’autorisations (public et privé).

    👉 Toutes les actions préconisées par la taskforce de France Biotech sont à retrouver dans la restitution de la taskforce consultable en cliquant sur ce lien.