L’IA au cœur de la pratique radiologique
La radiologie est la spécialité médicale qui a adopté en premier l’IA. Elle s’est en effet tournée très tôt vers l’imagerie numérique, ce qui a permis de disposer de vastes ensembles de données d’images médicales de haute qualité, un élément crucial pour l’apprentissage des algorithmes d’IA. En outre, l’analyse d’images radiologiques implique souvent des tâches bien définies, comme la détection de lésions ou la mesure de structures anatomiques. Ce qui correspond bien aux capacités des algorithmes d’IA basés sur le deep learning.
Cependant, pour que cette technologie entre de plain-pied dans la pratique clinique, encore faut-il que les principaux acteurs soient convaincus de ses bénéfices. C’est pourquoi la Société italienne de radiologie médicale (Sirm) a mené une étude auprès de ses membres. “L’intégration réussie des outils d’IA dans les flux de travail cliniques dépend de l’engagement actif des professionnels de la santé, qui servent de principaux intervenants en interaction quotidienne avec les systèmes d’IA”, a noté Michaela Cellina, du département de radiologie de l’hôpital Fatebenefratelli Sacco à Milan, en Italie. “Par conséquent, comprendre les perceptions et les attitudes des radiologues envers cette technologie transformatrice apparaît comme une priorité critique.”
Un questionnaire pour sonder l’avis des spécialistes de l’imagerie :
Quelque 230 d’entre eux ont répondu au questionnaire qui portait sur la satisfaction actuelle des radiologues quant à :
- l’utilisation des outils basés sur l’IA ;
- les perceptions du potentiel de l’IA à améliorer des aspects tels que les taux de détection et le flux de travail ;
- et l’optimisme par rapport aux avantages futurs qui pourraient découler du perfectionnement de la technologie.
L’enquête a été distribuée à un large éventail de radiologues avec des détails démographiques et des niveaux d’expérience variés. Les résultats de cette étude ont été publiés le 27 juin dans l’European Journal of Radiology.
Résultats : l’IA pas décisive pour 1 radiologue sur 3
- Plus de 80 % des radiologues pensent que l’IA améliorera plusieurs aspects du flux de travail en radiologie. L’optimisme est plus net chez les moins de 30 ans et les plus de 60 ans.
- Environ 40 % des répondants utilisent actuellement l’IA dans leur pratique.
- Seulement un tiers de ces utilisateurs considèrent que les contributions de l’IA sont décisives.
- Plus d’un tiers des radiologues se sentent insuffisamment préparés pour utiliser l’IA.
- 46 % des radiologues de moins de 30 ans déclarent avoir une littératie en IA insuffisante.
- Deux tiers des sondés voient l’IA comme une opportunité pour améliorer leur domaine plutôt qu’une menace pour leur carrière.
- 84 % estiment que les radiologues doivent conserver le dernier mot sur les rapports.
Ces résultats en demi-teinte font dire aux auteurs de l’étude que “malgré l’optimisme général parmi les radiologues, il reste un travail important à accomplir pour améliorer l’intégration et l’utilisation généralisée des outils d’IA dans la pratique clinique.” Ils préconisent donc d’initier des programmes éducatifs sur l’IA pour tous les niveaux d’expérience et que la formation continue en IA soit recommandée tout au long de la carrière des radiologues.
* Radiologists’ perceptions on AI integration: An in-depth survey study.
Cè M, Ibba S, Cellina M, Tancredi C, Fantesini A, Fazzini D, Fortunati A, Perazzo C, Presta R, Montanari R, Forzenigo L, Carrafiello G, Papa S, Alì M.
Eur J Radiol. 2024 Jun 27;177:111590. doi: 10.1016/j.ejrad.2024.111590. Epub ahead of print. PMID: 38959557.




