Afin de répondre au défi posé par la formation médicale dans le cadre de la Stratégie de transformation du système de santé du ministère des Solidarités et de la Santé et du ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le 14 mars 2018 a été instauré le Comité de suivi du processus d’universitarisation des formations paramédicales et de maïeutique.
L’universitarisation a déjà commencé dans les territoires et il s’agit d’établir un diagnostic à échelle nationale, traduit en 5 objectifs opérationnels, pour identifier et préserver les initiatives qui ont fait leurs preuves, comme l’ancrage territorial des formations. Le numérique a un rôle prépondérant dans la révolution des métiers de santé, car il permet la mutualisation de ressources, l’homogénéisation des pratiques de formation et contribue au décloisonnement de l’enseignement.
À ce titre, un zoom a été fait sur deux initiatives, à savoir le projet Epione d’Amiens et l’initiative de la région Nouvelle Aquitaine visant la fédération des IFSI autour d’un nouveau modèle de formation.
La qualité des formations proposées aux professionnels de santé est un enjeu pour le système de santé de demain qui doit s’adapter aux évolutions épidémiologiques, soigné en ambulatoire, et à l’exigence d’une meilleure prévention.
4 axes de réforme et 5 objectifs prioritaires pour 2018
À la suite d’une période de concertation menée par Stéphane le Boulier depuis septembre 2017, en charge du projet de l’universitarisation, sont ressortis 4 axes :
- repenser l’interprofessionnalité ;
- promouvoir la recherche ;
- créer de nouveaux parcours étudiants ;
- promouvoir les initiatives territoriale.
Les ministres compétents ont fixé 5 objectifs prioritaires devant être atteints en 2018 et qui font l’objet d’un premier travail de concertation et d’expertise :
- la simplification des modalités d’admission dans les formations ;
- la possibilité de recruter des enseignants-chercheurs en maïeutique, soins infirmiers, et réadaptation ;
- l’établissement d’un cadre national simplifiant les relations institutionnelles et financières entre régions, instituts de formation et universités ;
- la mise en œuvre de formations aux nouveaux métiers en débutant par les pratiques avancées infirmières dès la rentrée 2018 ;
- la reprise, enfin, d’une réflexion sur les référentiels incluant des temps de formation communs à plusieurs filières comme cela va se faire dans le cadre du service sanitaire.
Uniformiser et rapprocher avant de consolider
Qu’il sera nécessaire de favoriser la transversalité, rapprocher les cursus paramédicaux et universitaires, mieux les articuler, et bâtir des métiers intermédiaires est apparu comme une évidence.
Il sera également nécessaire de remédier à l’absence de certains domaines de l’université, comme les soins infirmiers, afin de constituer un panel d’enseignants-chercheurs issus des filières paramédicales et de maïeutique apte à prendre en charge les projets de recherche et à contribuer au management des formations, et cela passe par la qualification des enseignants-chercheurs.
Enfin, il faudra faciliter l’intégration des organismes de formations au sein de l’université, par le biais de partenariats de coopération, mais également de façon physique en incorporant les écoles et les instituts de formation au sein de l’université locale.
Cela permettra à la fois d’harmoniser les parcours et les accès aux formations paramédicales, partager des ressources d’enseignement et politique de stages, harmoniser les procédures d’évaluation, et promouvoir l’inter-professionnalité et le développement de la recherche.
S’appuyer sur le numérique
Le gouvernement considère que la constitution et la mise à disposition des ressources numériques constituent une dimension déterminante de l’universitarisation et un sujet majeur de la collaboration entre les universités, les régions et les instituts.
Le déploiement du numérique et les ressources numériques apportent une réponse à plusieurs enjeux-clés :
- homogénéiser les pratiques de formation malgré la dispersion des institutions ;
- constituer des ressources pédagogiques de façon efficiente ;
- faciliter les pratiques d’enseignement décloisonnées.
EPIONE – le projet du futur campus santé numérique d’Amiens
Il s’agit d’un projet porté par l’Université Picardie, Jules Verne en partenariat avec le CHU d’Amiens Picardie, mais de nombreux acteurs se sont mobilisés pour apporter leur pierre à l’édifice, tels le rectorat, la région, le Bloc qui est le cluster e-santé d’Amiens Métropole et les associations étudiantes.
Le projet est au service de 3 objectifs :
- dynamiser la transformation des apprentissages par les outils numériques et proposer des méthodes participatives, personnalisées et transversales (autoformation, simulation, pédagogie inversée, intergénérationnelle…) ;
- favoriser le décloisonnement par la mutualisation pour les étudiants du champ santé ;
- identifier l’émergence de nouveaux cursus issus de compétences récentes liées à l’évolution des besoins en santé et à la structuration des coopérations interprofessionnelles.
Le projet a été labellisé en 2017 par l’Agence nationale de la recherche dans le cadre de l’appel à projets Nouveaux cursus universitaires.
Nouvelle Aquitaine mutualise les ressources pédagogiques numérisées pour les IFSI et développe des serious game
Dans le cadre de sa volonté de fédérer la formation au sein des 26 instituts de formation en soins infirmiers, la région Nouvelle Aquitaine a mis en place des actions visant à :
- l’harmonisation et mutualisation des contenus pédagogiques ;
- la modernisation des outils numériques ;
- l’élaboration partenariale entre les trois universités de santé (Bordeaux, Limoges, Poitiers), les IFSI et l’Agence régionale de santé.
Une première initiative concerne la création d’une plateforme régionale accessible aux étudiants comme aux enseignants. Des groupes de travail ont procédé à la refonte des maquettes d’enseignements et ont produit des contenus nouveaux enregistrés en studio sur un diaporama animé, sonorisé et chapitré puis déposés sur ladite plateforme.
Cette initiative a été complétée par une expérimentation fondée sur la simulation numérique. Elle a donné lieu à la création de 10 serious games (jeux sérieux). L’objectif de chaque jeu est de faire travailler les étudiants sur une des 10 compétences du référentiel de la formation d’infirmier.
Ce nouveau mode de formation, développé en partenariat avec la société Interaction Healthcare, sera intégré à la plateforme de cours numérisés en juillet 2018.
Mise en œuvre et déroulement des opérations
Trois instances, le comité de suivi, les groupes de travail transversaux et les groupes filières vont œuvrer à la concrétisation des mesures liées aux objectifs fixés.
Le comité de suivi aura pour rôle d’impulser les concertations sur les mesures techniques permettant que ces objectifs connaissent une déclinaison opérationnelle rapide.
Les groupes de travail travailleront d’une part sur les objectifs transversaux aux différentes filières et d’autre part sur des points plus spécifiques d’un ensemble de métiers. Leur retour est attendu en mai 2018.
Entre mars et septembre 2018, la concertation sur les 5 premiers objectifs et leurs évolutions réglementaires va avoir lieu. Un rapport final sera publié et les objectifs pour 2018-2019 seront définis.
S’ensuivra une mise en œuvre de certaines mesures à la rentrée 2018, telles l’inscription des formations sur Parcoursup, la possibilité de recruter des enseignants-chercheurs de ces disciplines sur la campagne d’emploi 2019, et d’un second ensemble à la rentrée 2019.