La sous-direction chargée du programme de vaccination au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière d’Algérie (MSPRH) a annoncé début décembre 2017 le lancement d’une opération pilote visant à numériser l’ensemble des dossiers de vaccination, l’une des étapes du grand projet national de numérisation des dossiers médicaux de tous les patients algériens.
Afin de cerner les enjeux relatifs au déploiement de la santé numérique en Algérie, une rencontre nationale sur la télémédecine et la e-santé a été organisée à l’occasion de la première édition des Health Digital Days (HDD), qui s’est tenue le 13 novembre 2017 à l’École supérieure algérienne des affaires, à Alger.
Une numérisation générale pour améliorer la coordination des soins
L’instauration d’un dossier national numérique de vaccination consiste à rassembler sur un même système informatique toutes les données relatives aux vaccinations (date des rappels, liste des vaccins réalisés sur tel patient à telle date…). Cette numérisation se fera progressivement avant d’être généralisée à l’ensemble du pays au cours de l’année 2018, précise les autorités.
Le projet s’inscrit dans le cadre de l’action initiée par le ministère de la Santé algérien depuis plusieurs années, soit la numérisation globale des dossiers médicaux de tous les patients à travers tout le pays. L’ensemble des acteurs de l’industrie pourront ainsi améliorer leur capacité à produire et à partager des données de santé de manière sécurisée dans le but de mieux coordonner les soins.
Proposer des soins de meilleure qualité et limiter les dépenses via la e-santé
Concrètement, le but est que les professionnels de la santé aient plus facilement accès aux résultats des examens de leurs patients, à leurs radios ou à d’autres tests médicaux, sans que le malade soit contraint d’apporter les documents physiques avec lui lors de la consultation.
L’objectif final est d’améliorer la qualité des soins et de mieux maîtriser les dépenses de santé.
Développement de la télémédecine : les acteurs de l’industrie discutent des enjeux
La rencontre nationale sur la télémédecine et la e-santé a été organisée dans l’optique de vulgariser ces nouvelles solutions numériques.
À cette occasion, un certain nombre de professionnels et d’experts algériens du secteur de la santé ont ainsi eu la possibilité de partager les meilleures pratiques qu’ils ont pu observer dans le domaine ces dernières années et cerner les éléments qui permettent de soutenir le développement de la santé numérique dans un pays aussi vaste que l’Algérie, où les besoins sur le plan sanitaire sont de plus en plus importants en raison de l’augmentation de la population.
La nécessité d’un cadre légal
La présentation du professeur Zoubir Sari, membre fondateur de la Société algérienne de télémédecine et d’e-santé (SATeS), a porté sur l’état des lieux et les perspectives de la télémédecine en Algérie. Selon lui, la mise en place d’un cadre légal est nécessaire à l’instauration d’un système de santé permettant de fournir des soins à distance en toute sécurité et de manière éthique (source : Elmoudjahid.com, quotidien national d’information algérien).
En attendant la finalisation de ce dossier sur lequel est en train de se pencher le MSPRH, le Pr. Sari a proposé dans un premier temps de lancer des essais de téléconsultation, de télésurveillance et de téléassistance médicale, notamment dans le cas du traitement de maladies chroniques, le tout en essayant de surmonter les obstacles réglementaires, financiers, techniques et humains.
Lors du débat, le ministère de la Santé a affiché sa volonté d’instaurer des bases législatives solides pour permettre de déployer dans les meilleures conditions possibles des services de télémédecine au sein du pays.
L’importance d’une coordination des soins via la télémédecine
De son côté, le Dr. Abdelghani Benhabla, membre de la Société algérienne de médecine générale (SAMG), a insisté sur l’importance du rôle du médecin généraliste au sein d’un système de santé organisé. La coordination des soins via la télémédecine est primordiale pour la SAMG, qui a cité en exemple la commodité du transfert par e-mail des dossiers médicaux.
La télémédecine participe à améliorer l’accès aux soins
Mohamed Zeroug, professeur en gastro-entérologie et secrétaire général de la SATeS, a quant à lui mis en avant l’avantage que représente la télémédecine dans l’amélioration de l’accès aux soins. Il a ainsi donné en exemple quelques tentatives d’implémentation réussies de certains services médicaux en dehors d’Alger.
« L’exercice de la médecine en dehors des CHU, en particulier dans notre spécialité, a été d’une extrême richesse, tant humaine que professionnelle », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que, selon lui, la télémédecine devait être considérée comme « un simple outil ». « Sans une compétence avérée du médecin généraliste, tout le système sera fragilisé et inefficient. C’est lui qui [doit déclencher] le processus de soins (…) : c’est lui le premier filtre. »
Première étape : informer la population, majoritairement attirée par la e-santé
Fazia Graine, cofondatrice et directrice générale de l’agence de conseil en communication Sense Healthcare, a conclu la rencontre en expliquant que la télémédecine devait être instaurée dans le pays de manière progressive et structurée.
Selon une enquête sur la perception de la e-santé en Algérie réalisée par la société d’études et de conseil marketing IMMAR Research & Consultancy et menée sur 1 100 personnes (51 % d’hommes et 49 % de femmes réparties sur tout le territoire national), 74 % des personnes interrogées souhaiteraient posséder un dossier médical électronique et 72 % aimeraient pouvoir communiquer en ligne avec leur médecin. Par ailleurs, 67 % des sondés ont déclaré qu’ils apprécieraient recevoir les résultats de leurs analyses par voie électronique.
Les résultats de cette étude montre que l’attrait pour la santé numérique est évident en Algérie. Cependant, un problème se pose : 80 % des Algériens questionnés admettent ignorer totalement l’existence de la télémédecine. C’est à ce niveau que les autorités et les acteurs de l’industrie doivent agir en premier lieu, en cherchant tout d’abord à informer la population sur les nouvelles technologies disponibles dans le domaine des soins avant de lancer à grande échelle le déploiement de la e-santé.