L’implant cochléaire a 40 ans. Le brevet a été déposé le 16 mars 1977. A cette occasion, Health&Tech Intelligence a interrogé le Pr Michel Mondain, responsable de l’équipe médicale ORL et audiologie pédiatrique au Centre Hospitalier Universitaire de Montpellier, qui met en évidence le rythme d’innovation soutenu de ce secteur.
La première implantation d’un implant cochléaire a eu lieu en France. A quoi ressemblait ce 1er implant électronique ?
Au tout début, l’appareil n’était doté que d’une électrode, l’implant était réservé aux adultes, souffrant d’une surdité profonde. Dans les années 1980/1990, les électrodes et le matériel se sont miniaturisés, les stratégies de codage du son se sont sophistiquées, les batteries sont devenues plus autonomes. Progressivement, nous avons pu implanter des enfants présentant une surdité congénitale, à partir de 2 ans au début, puis aujourd’hui dès 9 mois. Dans les années 2000, nous avions suffisamment de recul pour démontrer que l’implant cochléaire donnait de très bons résultats auditifs. La parole peut être reconnue facilement dans le silence.
Grâce à cela, l’extension d’indication à des surdités incomplètes est devenue possible. D’autant que parallèlement, la chirurgie a elle aussi progressé. Le travail sur le design des électrodes et bientôt le recours à des robots chirurgicaux permettent de réaliser des actes moins agressifs. La pose d’un implant cochléaire chez une personne sourde d’une seule oreille, qui n’est pas totalement handicapée, est maintenant en cours de diffusion.
Aujourd’hui, les implants cochléaires sont des objets connectés. Est-ce un gadget ou un vrai plus pour le patient ?
Bien sûr, être capable de fournir au cerveau un signal sonore le plus proche possible de la réalité, c’est l’essence de la recherche. Mais nous devons aussi favoriser le confort du patient et répondre à ses besoins. Un implant relié à un smartphone en bluetooth permet d’écouter de la musique. Pour les personnes âgées, un implant communicant présente aussi des avantages : il devient possible de réaliser des réglages à distance, par des systèmes de télé-audiologie.
Par ailleurs, recueillir des « data » via l’implant fait l’objet de développements intéressants. En effet, le succès de l’appareillage repose sur le réglage des paramètres de stimulation. Pour cela, un examen s’impose : le recueil des potentiels évoqués auditifs. Si nous sommes capables de les réaliser en continu, nous pourrons affiner le réglage et faire du sur-mesure.
La France a été pionnière dans l’implant cochléaire. A-t-elle réussi à maintenir son avance ?
Nous avons des scientifiques, des structures de recherche et des cliniciens de renommée internationale. Mais, quand vous allez en Allemagne; en Australie, ou aux États-Unis – des pays en pointe dans le secteur -, vous vous rendez compte que les industriels et les chercheurs travaillent vraiment ensemble. Les moyens financiers des industriels arrivent directement. En France, ce rapprochement est en train de s’opérer mais il n’est pas encore optimal. C’est un handicap pour notre développement industriel. Si nous voulons accélérer les phases de développement et accéder plus rapidement au marché, nous devons améliorer l’interpénétration des mondes universitaire et industriel.
Dans le secteur du dispositif médical, la majorité des entreprises sont des PME. Est-ce le cas dans l’audition et est-ce un handicap pour soutenir l’innovation ?
Les compagnies qui fabriquent des implants cochléaires pèsent lourd. Par ailleurs, le marché est en train de se restructurer. Depuis quelques années, nous assistons à des rachats d’entreprises qui modifient le paysage économique. Il y a eu la fusion de Phonak et d’Advanced Bionics puis en 2013, la PME française Neurelec, spécialiste de l’implant cochléaire, a été rachetée par le groupe danois William Demant, qui fabrique des aides auditives. Ces rapprochements de professionnels de la restauration auditive permettent des convergences de compétences, de mieux valoriser l’innovation et de proposer un éventail de solutions plus large, allant de la simple déficience auditive à la surdité profonde. Enfin, des regroupements vont peut-être « booster » la phase de développement industriel.