Plafonner le prix des Ehpads et les facturer selon les revenus des résidents mais aussi mettre en place un mode de financement privé de la dépendance, telles sont les propositions clés de la Mutualité française pour ce début d’année, des recommandations émises par son président, Thierry Beaudet, dans le cadre d’une interview accordée au Parisien – Aujourd’hui en France et publiée le 11 février 2019.
Thierry Beaudet indique par ailleurs que les organismes de complémentaires santé vont présenter le 14 février un accord sur la lisibilité des contrats afin de permettre aux usagers de comparer plus facilement les offres.
Propositions clés de la Mutualité française
Favoriser le maintien à domicile
« Les mutuelles réfléchissent à une assurance dépendance généralisée et obligatoire, qui s’ajouterait au socle du financement public », explique Thierry Beaudet. Par exemple, à partir de 40 ans, une cotisation supplémentaire dédiée à la dépendance, de 10 à 15 euros par mois, pourrait être intégrée aux contrats d’assurance « responsables », qui représentent 96 % des contrats.
Selon le président de la Mutualité française, cette cotisation permettrait d’apporter 500 euros par mois d’aide aux résidents en GIR 1 et GIR 2, soit les catégories de personnes les plus dépendantes.
Réguler le reste à charge, de 2 000 euros en Ehpad en moyenne en France, contre 180 euros en Suède :
- en faisant payer chacun en fonction de ses revenus, « comme pour les crèches ». Thierry Beaudet précise qu’il faudra pour cela bénéficier d’ »aides publiques pérennes » pour garantir l’équilibre financier des établissements ;
- en fixant des tarifs plafond pour chaque service proposé par l’établissement. « Chaque résident conserverait bien sûr la liberté de choix », souligne le président.
Comparaison des offres entre elles
Le 14 février 2019, les organismes de complémentaires santé vont présenter un accord sur la lisibilité des contrats, dont la Mutualité française espère qu’il sera validé par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.
Pour permettre aux usagers de comparer les offres :
- le texte dévoilera un tableau des garanties selon un rubriquage commun à toutes les complémentaires : soins de ville, dentaires, etc ;
- en parallèle sera présenté en euros le montant pris en charge pour une quinzaine d’exemples significatifs : lunettes, prothèses, etc.
Réduire le coûts des assurance en facilitant la résiliation : « une trappe à pauvreté »
Thierry Beaudet émet par ailleurs quelques critiques quant à la volonté du gouvernement de réduire le coût des assurances santé en facilitant la résiliation des contrats. « Cela risque de créer des mutuelles à deux vitesses, estime-t-il. Celles, plus compétitives, dont bénéficieront les gens les plus mobiles, et celles de ceux qui ne savent pas faire, souvent les plus modestes, qui continueront eux à payer le prix fort. Ce projet est une trappe à pauvreté. »
Les hausses des cotisations « suivent l’évolution de la consommation de soins »
« Si on ne veut plus de hausses, qu’on cesse de nous transférer des charges »
Interrogé par le Parisien – Aujourd’hui en France sur une éventuelle « flambée des tarifs » des cotisations, Thierry Beaudet note que pour 2019, la hausse des cotisations « n’est que de 1,8 % » en moyenne selon une étude menée par la Mutualité sur un échantillon représentatif de 14 millions d’adhérents aux mutuelles.
« À quelques exceptions près qui concernent des contrats déficitaires, les hausses suivent l’évolution de la consommation de soins, qui augmente depuis trente ans, et pas seulement du fait du vieillissement, détaille-t-il. Entre 2006 et 2017, alors que nos remboursements ont progressé de 38 %, les cotisations ont augmenté de 40 %, soit 3 % par an. Sans compter le passage des taxes de 2,5 % à 13,27 %. La santé est plus taxée que le hamburger ! Si on ne veut plus de hausses, qu’on cesse de nous transférer des charges. »
« Si aucune charge nouvelle n’est votée d’ici là, nous devrions pouvoir absorber son surcoût »
« En 2020 entrera pleinement en application la réforme 100 % santé, qui laissera zéro reste à charge sur certains soins d’optique, dentaire et audioprothèse. C’est une bonne réforme, commente Thierry Beaudet. Si aucune charge nouvelle n’est votée d’ici là, nous devrions pouvoir absorber son surcoût (environ 250 millions d’euros par an). Mais si de nouvelles dépenses nous sont imposées, nous les répercuterons. Et nous n’éviterons pas la hausse « mécanique » habituelle de 2,5 à 3 %, puisque les dépenses de l’Assurance maladie, dont nous dépendons, vont encore progresser. »