Les réseaux sociaux pourraient rapidement devenir des outils de promotion, de rapprochement, de partage, appliqués à la santé, et plus particulièrement en pharmacovigilance.
C’est la conclusion de la séance thématique de l’Académie nationale de Pharmacie organisée le 12 octobre 2016 à la faculté Paris Descartes sur le thème: « Réseaux sociaux, un nouvel outil de pharmacovigilance ? ».
Cinq projets ayant pour objectif de rechercher et analyser des EI rapportés par les patients dans les réseaux sociaux ont été présentés lors de cette séance:
– Vigi4MED, financé par l’ANSM et présenté par Cédric Bousquet, Pharmacien, INSERM St-Etienne, Coordinateur du projet.
– ADR-PRISM, financé par le Fond Unique inter-ministrériel et présenté par Mr Schuck, président de Kappa Santé.
– Le projet pilote SANOFI présenté par le Dr Stéphanie TCHERNY-LESSENOT, Responsable de l’unité pharmco-épidémiologie, pharmacovigilance globale et épidémiologie, Sanofi.
– Web RADR, présenté par Mr Houÿez, Directeur de l’Information et de l’Accès aux Traitements (Director of Treatment Information and Access), Eurordis, membre du groupe de travail « Patients and consumers » de EMA.
– Le projet RENALOO, présenté par le Dr Evelyne PIERRON, Médecin, Consultant Pharmacovigilance, Conseil d‘Administration de RENALOO.
Un avantage évident des réseaux sociaux est qu’ils pourraient rapidement devenir des outils de promotion, de rapprochement, de partage, appliqués à la santé, et plus particulièrement en pharmacovigilance. Ils pourraient être une solution complémentaire de la déclaration à la BNPV qui rebute nombre de patients.
Une sous-notification des effets indésirables
Alain Saint-Pierre, docteur et membre de l’Académie nationale de Pharmacie, indique que malgré plusieurs dispositifs réglementaires, il existe une réelle sous notification des EI.
Selon l’ANSM, l’origine des déclarants est constituée à :
- 65 % par des médecins spécialistes
- 20 % de pharmaciens
- 8 % de médecins généralistes
- 5 % par des non professionnels de santé, c’est-à-dire les patients.
Ceci se confirme au niveau européen : l’EMA indique un nombre total de notifications d’1 228 342, le pourcentage relatif aux déclarations patients étant de 4 %. Sur les réseaux sociaux l’information est bien plus disponible mais de moindre qualité, contrairement aux notifications réalisées sur la BNPV sur laquelle il y a peu d’information, mais fiable.
Surabondance de données sur les réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux l’information est bien plus disponible mais de moindre qualité, contrairement aux notifications réalisées sur la BNPV sur laquelle il y a peu d’information, mais fiable.
A titre d’exemple, Doctissimo héberge 5 millions de messages rien que sur le cancer. L’anonymat, la recherche d’informations, de soutien, de partage, incitent les patients à davantage se confier sur les réseaux sociaux plutôt que sur la BNPV.
Si bien que l’EMA a déjà mis en place une ébauche réglementaire pour encadrer ce qui pourrait constituer des données « exploitables » en pharmacovigilance. Les titulaires d’AMM ont certaines obligations quant à leurs supports numériques :
- Les bonnes pratiques de PV européennes prévoient déjà dans certaines circonstances la déclaration d’EI potentiels détectés sur internet ou médias numériques
- Les titulaires d’AMM doivent régulièrement rechercher les EI potentiels sur internet ou les médias numérique sous leur responsabilité pour une éventuelle déclaration
- Les médias numériques sont considérés comme dépendant du titulaire de l’AMM s’ils appartiennent, sont financés ou contrôlés par lui
- Si le titulaire de l’AMM est au courant d’une notification d’un EI potentiel sur un média numérique non sponsorisé par lui, cette notification doit être évaluée pour savoir si elle doit faire l’objet d’une notification aux autorités.
Le défi du traitement des informations recueillies sur les réseaux sociaux réside dans le fait de traduire en langage médical ce qui ne l’est pas. Puis de répertorier tous les EI, ce qui constitue un problème de temps.
Réseaux sociaux et pharmacovigilance: les 5 projets présentés
Faire redescendre l’information vers les professionnels
Le président de l’Académie nationale de Pharmacie, Claude Monneret, a conclu cette séance en résumant les trois informations importantes qu’il avait lui-même retenues :
- Les réseaux sociaux pourraient permettre de renforcer la PV par croisement des données, si des précautions sont instaurées.
- Il est nécessaire de faire « redescendre » l’information vers les professionnels et favoriser le partage des données entre eux.
- Les réseaux sociaux devraient pouvoir participer à l’amélioration de l’éducation thérapeutique des patients.