Medtech

  • Étude : des mini-appareils photo pour surveiller les insuffisants cardiaques (ESC)

    Équiper des patients souffrant d’insuffisance cardiaque de mini appareils photo permet de recueillir des informations précieuses sur le régime alimentaire, l’exercice physique et l’observance du traitement. C’est ce qu’a révélé une étude* présentée le 31 août 2019 au Congrès européen de cardiologie (ESC), qui s’est tenu à Paris jusqu’au 4 août. Les informations capturées par les appareils photo ont permis au médecin d’identifier les points à améliorer dans la prise en charge. Le système d’apprentissage automatique a cependant eu du mal à classer les images.

    Capturer la vraie vie pour mieux soigner

    Les traqueurs d’activité et autres dispositifs mobiles et portatifs peuvent capturer beaucoup de données mais ils sont parfois considérés comme intrusifs et peu respectueux de la vie privée. Cependant, de nombreuses études ont démontré que les systèmes facilitant l’autonomie et l’autogestion de la maladie étaient associés à une réduction de la mortalité, des hospitalisations et donc des coûts de santé.

    Pour des pathologies comme l’insuffisance cardiaque où les traitements efficaces sont très limités, il est donc essentiel que les malades se prennent en charge et respectent une certaine hygiène de vie. Les professionnels de la santé recueillent traditionnellement des informations sur les activités quotidiennes des patients à partir d’auto-déclarations, qui peuvent ne pas être fiables.

    Prendre des photos toutes les 30 secondes

    C’est pourquoi une équipe de chercheurs infirmiers australiens de Melbourne a mené une étude auprès de 30 personnes présentant une insuffisance cardiaque avancée dans un cabinet de cardiologie à Melbourne.

    L’âge moyen des participants était de 73,6 ans et 60 % étaient des hommes. Ils les ont équipés d’un micro-appareils photos ne mesurant pas plus de 2 cm², clipsés sur leurs vêtements au niveau de la poitrine. Portés du matin au soir, ils prenaient des images fixes toutes les 30 secondes. Des techniques d’apprentissage automatique (machine learning) ont été utilisées pour trier les images en 4 domaines : gestion des médicaments, consommation de nourriture, préparation des repas et activité physique.

    Les résultats de cette étude ont été présentés le 31 août 2019 au Congrès européen de cardiologie (ECS),  qui s’est tenu à Paris jusqu’au 4 août.

    Résultats

    • Au bout de 30 jours, plus de 600 000 photos avaient été prises.
    • Le système d’apprentissage automatique est parvenu à identifier les photos relatives à :
      • l’alimentation dans 49 % des cas ;
      • l’activité physique dans 31 % des cas ;
      • l’observance du traitements dans seulement 6 % des cas.
    • Les images ont révélé que les patients étaient souvent trop sédentaires et ne faisaient pas assez d’exercice.
    • Plusieurs « erreurs » au niveau du comportement alimentaire ont également été observées (consommation excessive de sodas, de bières…).
    • 93 % des patients ont déclaré être heureux de porter cet appareil photo.

    Le difficile tri des images par l’intelligence artificielle

    « Les caméras ont apporté plus d’informations aux professionnels de la santé pour qu’ils comprennent vraiment l’expérience vécue par leurs patients insuffisants cardiaques et leurs défis personnels », commente Susie Cartledge, première auteure de l’étude, infirmière et chercheur à la Deakin University à Melbourne, Australie. « C’est un niveau de détail et un contexte qui nous aideront à adapter leurs soins. Nous nous sommes sentis comme si nous avions été avec le patient pour la journée », ajoute-t-elle.

    Concernant les difficultés de triage des photos, les auteurs ont émis l’hypothèse que cela venait peut être du fait que les ordonnances se présentent sous différentes formes – pilules, flacons, vaporisateurs et aérosols – ce qui les rend difficiles à reconnaître. Le Dr Susie Cartledge a fait appel à des experts en intelligence artificielle de la Dublin City University d’Irlande pour créer une plateforme plus spécifique, « capable de trier les images rapidement et de manière significative pour que les praticiens de la santé puissent l’utiliser ».

    Soigner grâce à Big Brother ?

    Enfin, ce système de surveillance de la vie privée soulève des questions éthiques. Les auteurs tiennent à souligner que la majorité des participants avaient indiqué qu’ils étaient heureux de porter la caméra parce qu’ils avaient l’impression que « quelqu’un les surveillait » et que cela les encourageait à adopter un « bon comportement ».

    Tous les participants avaient par ailleurs la possibilité de supprimer des photos avant que l’équipe de recherche ne les voie.

  • Elsan utilise à son tour la plateforme Medgo pour optimiser la gestion des remplacements

    Elsan s’allie à la start-up Medgo afin d’optimiser la gestion des remplacements. Actuellement, la plateforme numérique est « déjà déployée dans une quarantaine d’établissements du groupe« , indiquent les deux partenaires dans un communiqué publié le 3 septembre 2019. Par son biais, les cadres de santé peuvent contacter de manière instantanée des soignants. Elle « inclut également des fonctionnalités de suivi et de pilotage des remplacements, à destination des managers et dirigeants », précisent les 2 sociétés.

    Avec cette solution, Elsan entend diviser par 4 le temps dédié à la gestion des remplacements et par 2 le recours à des agences d’intérim ainsi que les coûts associés, notent le groupe de cliniques et la start-up.

    « Pour aller plus loin », Elsan et medGo envisagent de mobiliser ensemble « des experts métiers et des établissements volontaires pour développer et tester les nouvelles fonctionnalités à venir« .

    Elsan compte 120 établissements, emploie environ  25 000 personnes et travaille avec 6 500 médecins libéraux. De son côté, Medgo a développé sa plateforme dans plus de 1 000 hôpitaux, cliniques et Ehpad depuis sa création fin 2016, indique la société. Sa solution est utilisée par les Hospices civils de Lyon (HCL), Ramsay  Générale de Santé, Vivalto, Korian et plus de 20 groupements hospitaliers de territoire (GHT).

    Faciliter le recrutement et la fidélisation du personnel

    Une communication instantanée par SMS et une gestion complète des contrats de vacations

    La solution Medgo vise à faciliter le recrutement et la fidélisation du personnel grâce :

    • à une communication instantanée par SMS ou notification mobile pour proposer des vacations ;
    • à une gestion complète des contrats de vacations : de la génération automatique du document à la signature numérique.

    Une mutualisation des réseaux de soignants entre différents établissements

    La plateforme permet par ailleurs à l’ensemble des collaborateurs d’Elsan volontaires de bénéficier d’une mobilité sur d’autres structures du groupe par le biais d’une « mutualisation des réseaux de soignants entre différents établissements ».

  • Étude : le cycle menstruel décrypté grâce aux données d’une appli (Nature Digital Medicine)

    La majorité des femmes n’ont pas un cycle menstruel de 28 jours et l’ovulation n’intervient pas le 14ème jour dans la majorité des cas. Ces informations qui remettent en cause les données théoriques antérieures sont issues d’une étude* menée sur l’application mobile Natural Cycles par l’University College London (UCL). Les données ont porté sur 600 000 cycles menstruels de quelque 124 648 femmes. Les résultats de ces travaux, publiés le 27 août 2019 dans Nature Digital Medicine, montrent que les applis mobiles de fertilité ne sont pas assez personnalisées.

    Des data pour tout savoir sur la fécondation

    Le cycle menstruel dure 28 jours, avec la majorité des femmes se situant entre 25 et 30 jours. C’est ce qu’indiquent les informations cliniques. Ces dernières précisent aussi que la phase lutéale (post-ovulation) dure elle presque systématiquement 14 jours. Cependant, en réalité, la variation est beaucoup plus grande que celle-ci : elle dépend de beaucoup de facteurs tels que l’âge, l’indice de masse corporelle, de l’appartenance ethnique, du mode de vie… Et nous manquons de connaissances sur les caractéristiques fondamentales du cycle menstruel dans la population générale.

    Afin de mieux identifier ces caractéristiques, des chercheurs ont eu recours à une application mobile, Natural Cycles. Il existe plus de 100 applications mobiles basées sur la connaissance de la fertilité avec plus de 200 millions de téléchargements et elles deviennent de plus en plus populaires pour la contraception et la planification de la grossesse. Or, elles utilisent toutes des calendriers de règles qui supposent que l’ovulation intervient autour du 14ème jour.

    600 000 cycles analysés à partir d’une appli

    Des chercheurs de l’University College of London et les concepteurs de l’appli Natural Cycles se sont associés pour mener une étude sur le sujet. Ils ont analysé 612 613 cycles ovulatoires chez 124 648 utilisatrices venant de Suède, desÉEtats-Unis et du Royaume-Uni.

    Les femmes âgées de 18 à 45 ans, ayant un IMC compris entre 15 et 50 ans, n’avaient pas utilisé de contraception hormonale au cours de l’année précédente. Le but de l’étude, dont les résultats ont été publiés le 27 août dans Nature Digital Medicine, était de décrire les caractéristiques du cycle menstruel observées à partir d’une grande base de données et d’étudier les associations entre les caractéristiques du cycle menstruel et la durée du cycle, l’âge et l’indice de masse corporelle (IMC).

    Les paramètres du cycle menstruel, y compris les tests de menstruation, de température corporelle basale et d’hormone lutéinisante (LH), ainsi que l’âge et l’IMC, ont été collectés anonymement par des utilisateurs réels de l’application Natural Cycles.

    Résultats : le cycle ne dure pas 28 jours

    • 13 % seulement des femmes avaient un cycle d’une durée de 28 jours.
    • 65 % avaient des cycles de 25 à 30 jours.
    • La longueur moyenne de la phase folliculaire (avant ovulation) était de 16,9 jours et celle de la phase lutéale était de 12,4 jours.
    • La durée du cycle a diminué de 0,18 jour et la phase folliculaire de 0,19 jour par an entre l’âge de 25 ans et 45 ans.
    • La durée du cycle était 14 % plus élevé chez les femmes ayant un IMC supérieur à 35.

    « Pour la première fois, notre étude montre que peu de femmes ont un cycle de 28 jours, certaines ayant des cycles très courts ou très longs, commente la Pr Joyce Harper, de l’Institut de la santé des femmes de l’UCL. Nous démontrons également que l’ovulation ne se produit pas systématiquement le 14e jour. Il est donc important que les femmes qui souhaitent planifier une grossesse aient des rapports sexuels pendant leurs jours fertiles. »

    Vers une amélioration des applis dédiées à la fertilité ?

    « Afin d’identifier la période fertile, il est important de suivre d’autres mesures telles que la température basale du corps car les dates du cycle ne sont pas informatives », ajoute le professeur. L’étude se limite toutefois aux données collectées anonymement auprès des utilisateurs de l’application et pourrait ne pas être représentative de la population en générale.

    Par ailleurs, ces travaux mettent en évidence les faiblesses des applis qui reposent uniquement sur le calendrier des règles. La méthode ne permet de déterminer avec fiabilité le jour d’ovulation. L’application Natural Cycles, bien que certifiée CE en tant que contraceptif en Europe et autorisée en 2018 par la FDA à être commercialisée, est d’ailleurs sous le coup d’une enquête : 37 femmes, sur les 600 venues avorter sur 4 mois à l’hôpital sud de Stockholm, avaient utilisé l’application Natural Cycles comme méthode contraceptive.

  • Philips et la société belge LindaCare s’associent pour le suivi à distance de l’arythmie cardiaque

    Philips et la société de santé numérique belge Lindacare signent un accord de collaboration. Dans ce cadre, le groupe néerlandais va associer sa plateforme de gestion des images et des flux de travail à la solution basé sur le cloud de Lindacare pour la surveillance à distance des patients porteurs d’appareils électroniques implantables cardiaques (CIED). Il a annoncé cette alliance lors de la présentation de ses dernières innovations en matière de soins cardiaques, en amont du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) qui s’est déroulé du 31 août au 1er septembre 2019.

    La combinaison des 2 technologies a pour objectif d’aider les fournisseurs de soins à obtenir des informations supplémentaires relatives aux antécédents cardiovasculaires de chaque patient pour qu’ils puissent prendre de meilleures décisions en termes de traitement, indique Philips.

    Le groupe détient une participation minoritaire dans Lindacare depuis 2018.

  • Été 2019 : la société américaine Neuronytics crée un jeu de santé préventive contrôlé par le souffle

    Health & Tech Intelligence revient sur l’actualité de l’été 2019.

    La start-up américaine Neuronytics développe un serious game de santé préventive présenté par la société comme le premier contrôleur de jeu de type « biosenseur » au monde, piloté ici par le souffle (un biosenseur est un récepteur d’origine biologique en contact avec un transducteur électronique ; un contrôleur de jeu est un appareil qui permet de contrôler un ou plusieurs éléments d’un jeu vidéo). La solution s’appuie sur des biomarqueurs numériques pour comparer et partager l’activité du système nerveux autonome (SNA) de l’utilisateur mais aussi prédire, comprendre, prévenir et traiter les maladies non transmissibles (MNT).

    En 3 minutes, le « wedget », comme le surnomme Neuronytics, transforme l’énergie cinétique respiratoire en contrôles de jeu et mesure des biomarqueurs physiologiques pendant la partie, explique la société dans un communiqué publié le 20 août 2019. Le joueur place le pouce sur le capteur et tient le « wedget » devant sa bouche. Ensuite, il inspire et expire pour jouer de façon totalement intuitive.

    Les maladies non transmissibles : 1ère cause de mortalité

    Les maladies non transmissibles (MNT) ou chroniques, s’étalent dans la durée et évoluent très lentement. Selon l’OMS, elles seraient la première cause de mortalité dans le monde et seraient à l’origine de 86 % des décès en Europe, toutes tranches d’âges confondues. Selon le livre Les maladies chroniques, vers la troisième médecine* publié en 2017, 20 millions de Français souffrent d’une MNT, soit le tiers de la population,.

    « Améliorer la prévention et la prise en charge des maladies chroniques c’est donc répondre à une urgence majeure de santé publique », indique sur la bases de ces éléments l’Inserm, sollicité par le ministère des Sports pour réaliser une expertise collective** afin de disposer d’un bilan des connaissances scientifiques et d’analyser, dans le cadre des maladies chroniques, l’impact de l’activité physique et sa place dans le parcours de soin. Cette expertise collective a été publiée en janvier 2019.

    Démocratiser l’accès à des biomarqueurs physiologiques performants

    Neuronytics cherche à démocratiser l’accès à des biomarqueurs physiologiques performants, déjà utilisés en milieu hospitalier mais aussi par la Nasa, l’armée ou des sportifs de hauts niveaux.

    À la fin du jeu, des algorithmes analysent les données recueillies, les présentent sous forme de visuels simples et épurés afin de permettre à l’utilisateur de visualiser ses indicateurs de progression, ses résultats actuels et les tendances associées pour identifier d’éventuels problèmes à un stade précoce et être incités à les traiter.

    Les « joueurs » sont invités à faire progresser les connaissances médicales et neurologiques en partageant leurs données de façon décentralisée, sécurisée et anonyme avec leur médecin pour un suivi personnel mais aussi avec leur employeur pour contribuer à l’amélioration du bien-être au travail et avec un laboratoire lors d’une recherche.

    « Notre solution peut être intégrée à toutes les initiatives préventives de santé globale »

    Neuronytics se positionne comme une opportunité pour l’évaluation des risque des MNT et des programmes de santé et de bien-être. De plus, l’autonomisation du patient favoriserait l’observance du traitement, la maîtrise du stress et une meilleure communication à double sens.

    « Au cours des 15 dernières années, plus de 20 000 publications scientifiques ont notamment démontré l’intérêt des biomarqueurs sur le système nerveux Autonome (SNA), commente Pierre Bonnat, co-fondateur et P.-D.G. de Neuronytics (communiqué). Notre solution, qui combine des tests de SNA et de la neuromodulation pour mieux identifier et soigner les MNT, peut donc être intégrée à toutes les initiatives préventives de santé globale. »

    Les participants récompensés par une rémunération ou un produit ou service gratuit

    Neuronytics se base sur les recherches en matière de santé et de neurosciences, et notamment sur les travaux relatifs au système nerveux autonome (SNA), partie du système nerveux qui régule toutes les fonctions nécessaires au maintien de la vie.

    Neuronytics mesure et teste l’activité de ces systèmes SNA avec comme références :

    • la variabilité de la fréquence cardiaque (VRC) pour anticiper les affections chroniques et établir le degré de bonne santé et des performances en général ;
    • l’arythmie des sinus respiratoires (RSA), mesure précise et en temps réel de l’impact physiologique du stress, avec la fréquence respiratoire comme base ;
    • la fréquence de respiration.

    Les jeux sont variés et à télécharger gratuitement. Les sessions de jeu sont courtes (3 à 5 minutes). Le retour est immédiat avec une mise à jour à la fin du jeu, une vue d’ensemble pertinente.

    Comme le permet la règlementation américaine, les patients utilisateurs sont récompensés par une rémunération ou un produit ou service gratuit. Cette récompense s’effectue via des crypto-devises (si l’utilisateur a choisi de rester totalement anonyme) ou des bonus individualisés. La solution Neuronytics est non-invasive, sans test clinique ni questionnaire et anonyme.

  • CH de Valenciennes : le numérique et l’IA au service d’un territoire (B. Castells, pôle imagerie)

    Le Centre hospitalier de Valenciennes (CHV) place au centre de sa stratégie la transformation digitale de l’établissement et du groupement hospitalier de territoire (GHT) du Hainaut-Cambrésis (12 hôpitaux), mais aussi la production et de l’utilisation des données ainsi que l’intelligence artificielle (IA), indique Bernard Castells chef du pôle « imagerie médicale et radiologie » et coordinateur du projet médical partagé (PMP) du GHT. Sa direction prévoit d’investir dans ces domaines 1 % du budget du CH chaque année (chiffres d’affaires annuel : 450 millions d’euros).

    Dans un entretien accordé à Health & Tech Intelligence, Bernard Castells présente les particularités du CHV et les défis auxquels il doit faire face. Il détaille également la stratégie de l’établissement pour gagner en performance et en qualité, avec notamment une meilleure exploitation des solutions de e-santé, numérique et IA en tête.

    Selon le chef du pôle « imagerie médicale », l’utilisation de l’IA va notamment changer la pratique des métiers, les organisations, les flux internes des établissements de soins publics et privés et les parcours des patients. La transformation des pratiques va amener les professionnels de santé à projeter leurs activités dans une trajectoire et un suivi : ainsi le radiologue passe du diagnostic image à la production de données qui influent sur le parcours du patient et de son suivi.

    Il souligne par ailleurs l’importance de la démarche territoriale et régionale : les acteurs impliqués dans les parcours et la prise en charge du patient comprennent immédiatement les enjeux sous-jacents, liés à leur quotidien avec leur patient.

    Un territoire touché par la précarité et un taux de mortalité élevé

    Le Centre Hospitalier de Valenciennes (CHV) est l’établissement ressource du groupement hospitalier de territoire (GHT) du Hainaut-Cambrésis (12 hôpitaux) pour 800 000 habitants. Parmi les acteurs majeurs du territoire sur les plans sanitaire et économique, il a instauré et entretient une logique entrepreneuriale, avec un management médicalisé décentralisé. Le CHV présente un excédent financier depuis 7 années.

    En juin 2017, l’analyse des données médico-économiques pour la rédaction du PMP (projet médical partagé du GHT) met en évidence les spécificités du territoire : le Haut-Cambrésis est un des territoires les plus touchés par la précarité et connaît un des taux de mortalité parmi les plus élevé de France (supérieur de 31 % à la moyenne nationale). Ce point est particulièrement marqué pour les morts prématurées liées aux pathologies cardiovasculaires (50 %) et les cancers (30 %). Les femmes diagnostiquées positives lors des campagnes de dépistage de cancer du sein sont à 50 % à l’état métastatique (très nettement supérieur aux données nationales).

    Mise en place d’une collaboration sur la valorisation des données de santé

    De ce fait, l’urgence pour ce GHT n’était pas la mise en place de filières, mais plutôt d’apporter une réponse à l’état de la population et aux problèmes de santé publique.

    Pour répondre à ce challenge, le travail collaboratif basé sur le partage de données est indispensable, note Bernard Castells. La mise en place d’un dispositif d’orientation, d’information et de gestion des cas complexes dans tous les parcours (dont 350 dossiers par an de cas d’urgences graves, complexes et instables) doit répondre à ce besoin.

    Une collaboration en 2 étapes

    • La première étape établie il y a 8 ans par le centre hospitalier de Valenciennes, établissement en charge de la restructuration du système d’information (+ de 150 logiciels métiers), porte sur le déploiement un archivage neutre (VNA). La VNA choisie est faite « maison » et a la particularité de traiter toutes les données (images, mais aussi CR, biologie…) ;
    • L’étape suivante est de structurer les données pour rendre possible leur usage, ce qui est fait à travers un partenariat noué avec la société Alicante. Actuellement, il existe 10 millions de documents dans la VNA dont les données sont en voie d’être toutes structurées. L’objectif est de s’orienter immédiatement sur l’usage de ces données dans une logique « multiservices » : e-santé, épidémiologie, recherche, médico-économique.

    D’autres partenaires interviennent comme Arterys avec un partenariat de 5 ans signé en juin 2018 portant sur l’utilisation d’une solution « plateforme ouverte full cloud », la structuration des informations et le développement d’algorithmes en particulier en imagerie mais avec la possibilité d’y intégrer d’autres algorithmes (pharma, parcours urgences, infectiologie, médico économique…).

    L’intelligence artificielle inscrite dans le projet d’établissement

    Le directeur de l’établissement, Rodolphe Bourret, porte cette démarche autour de la transformation digitale du CH de Valenciennes et du GHT, de la production et de l’utilisation des données et de l’intelligence artificielle (IA). Il a décidé d’y investir 1 % du budget tous les ans (chiffres d’affaires annuel : 450 millions d’euros).

    Actuellement, différents travaux sont en cours :

    • en radiologie, en partenariat avec Arterys (détection de fractures osseuses en radiologie standard associant la société Milvue et l’hôpital Foch, prédiction des tumeurs pulmonaires, mammographie et dépistage mais aussi image pulmonaire conventionnelle) ;
    • en pharma : travail avec la SATT Languedoc et Quinten sur l’analyse clinique de la prescription médicamenteuse ;
    • pour anticiper les flux d’arrivée de patients aux urgences, dans un service accueillant plus de 300 urgences par jour, avec Alicante ;
    • pour l’anticipation et la prévention des infections nosocomiales ;
    • l’utilisation du codage avec Alicante mais aussi une anticipation des éléments médico-économique des parcours patients intra CH et GHT…

    D’autres projets sont envisagés, concernant entre autres la réanimation, la biologie et l’anatomopathologie, indique Bernard Castells.

    L’objectif porté par l’établissement, qui était que l’ensemble du personnel acquière une maturité sur l’IA ainsi que sur la transformation digitale et des organisations du fait de ses outils innovants, est en cours de réalisation, et, selon Bernard Castells, d’ici 12 mois, la prise de conscience et la maturité seront réels. La diversification des thématiques des projets traduit cette dynamique et l’intérêt porté par la communauté médicale à ces innovations.

    L’hôpital de Valenciennes n’est pas un CHU mais est réellement précurseur. Dans ce contexte, l’important est de décliner rapidement les travaux réalisés en usages, et pour cela une unité de recherche clinique et innovation (URSI) a été fondée.

    Une dynamique de co-construction d’algorithmes existe entre le centre hospitalier, Artérys et d’autres sociétés partenaires. Ces algorithmes pourront à terme être portés par le cloud d’Arterys, plateforme robuste. Les modèles économiques associés sont à construire.

    Une démarche territoriale

    L’enjeu est la mise en place d’une approche de médecine populationnelle, note Bernard Castells. L’hôpital joue son rôle de promoteur et de partage.

    La volonté affichée par l’établissement est la mise en place d’un entrepôt de données de santé territorial multi-sites et multiservices, servant de base à un portail ville-hôpital et qui au-delà des services proposés exploitera l’intelligence artificielle.

    Le CHV propose son expérience pour accompagner les autres établissements dans la mise en œuvre de ces environnements complexes. Actuellement, 2 établissements du GHT sont en phase d’installation d’une VNA : le CH de Denain et le CH Fourmies (Nord) avec les mêmes outils et le même classement.

    C’est également dans cette dynamique territoriale que s’inscrit la dynamique d’un pré-projet Tiga : « santé pour tous », avec pour thématique « santé et précarité ». L’objectif est de comprendre les impacts de la précarité sur la santé et vice-versa. Sont parties prenantes l’hôpital, des entreprises privées, le conseil régional, les politiques, l’ARS Haut-de-France…

    À terme, le CH souhaite inclure les données populationnelles du territoire, celles des autres établissements du groupement hospitalier de territoire (GHT), de la médecine de ville dont les maisons de santé, entre établissements publics, privés et professionnels de santé, des dossiers médicaux personnels (DMP) et pharmaceutiques (DP), de l’Insee, vers la plateforme régionale Predice de services…

    Transformation des métiers

    Selon Bernard Castells, l’utilisation de l’IA va changer la pratique des métiers, les organisations, les flux internes des établissements de soins publics et privés et les parcours des patients. La transformation des pratiques va amener les professionnels de santé à projeter leurs activités dans une trajectoire et un suivi : ainsi le radiologue passe du diagnostic image à la production de données qui influent sur le parcours du patient et de son suivi.

    Il souligne le fait qu’à l’hôpital de Valenciennes, dans le cadre du partenariat avec Arterys, l’intelligence artificielle est déjà utilisée en routine en imagerie pour les examens du cœur par IRM, des poumons par scanner et des nodules hépatiques en IRM.

    L’hôpital attend de l’utilisation de l’IA une amélioration de la qualité moyenne des diagnostics (réduction de la variabilité d’analyse entre les praticiens et sur le territoire) ainsi qu’une optimisation de l’utilisation des plateaux d’imagerie et de leurs ressources humaines (attractivité, image de marque…).

    Bernard Castells souligne l’importance de la démarche territoriale et régionale : les acteurs impliqués dans les parcours et la prise en charge du patient comprennent immédiatement les enjeux sous-jacents, liés à leur quotidien avec leur patient. Ainsi par exemple, des travaux en cours sur la cancérologie territoriale fédèrent les professionnels et rendent « naturels » les collectes et partages de donnés.

  • L’application Moovcare Poumon (Sivan) inscrite au remboursement en octobre 2019

    Moovcare Poumon (Sivan), une web-application de télésurveillance du cancer du poumon, devrait être accessible et remboursé d’ici la fin de l’année, ou au plus tard début 2020. Ces précisions ont été apportées fin juin lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à l’Institut Curie, partenaire de Sivan dans le cadre de l’utilisation de cet outil au sein des établissements de soins. En avril, le dispositif médical avait obtenu de la part de la Haute autorité de santé (HAS) un avis favorable pour son remboursement par la Cnedimts. L’outil et l’acte l’accompagnant sont tous les deux concernés.

    La Cnedimts s’était prononcée pour une amélioration modérée du service attendu de la web-application par rapport à la prise en charge conventionnelle seule, « à savoir le suivi par imagerie et par consultations médicales face à face, dans les indications et conditions d’utilisation retenues ». Après cette amélioration modérée de niveau III, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) a six mois pour définir le prix de l’acte associé.

    En effet, il n’existe pas d’acte correspondant à ce type de télésurveillance par l’application Moovcare Poumon. Par conséquent, au regard des contraintes organisationnelles des centres pour garantir la bonne gestion des alertes, son déploiement devrait être restreint dans un premier temps. Selon l’Institut Curie, une cinquantaine de patients utilise le dispositif dans une dizaine de centres français. Il devrait ainsi être inscrit au remboursement en octobre 2019.

  • Withings lance sur le marché ses tensiomètres connectés BPM Core et BPM Connect

    Le BPM Core et le BPM Connect, 2 dispositifs de santé connectés destinés au grand public, sont désormais disponibles sur le marché. Leur lancement officiel a été annoncé le 17 juillet 2019 par Withings, leur fabricant.

    • Équipé d’un électrocardiogramme (ECG) et d’un stéthoscope électronique, le BPM Core est un tensiomètre connecté conçu pour faciliter la détection des signes d’hypertension et de fibrillation auriculaire mais aussi les valvulopathies. L’utilisateur peut enregistrer les 3 suivis en une seule fois ou choisir de programmer une seule des mesures.
    Après une charge par micro USB, la batterie du dispositif peut tenir jusqu’à 6 mois à raison d’un enregistrement par jour. Le BPM Core peut fonctionner en wifi et Bluetooth avec l’application Health Mate, disponible sur iOS et Android.
    La solution a décroché un CES 2019 « Innovation Award » et dispose d’une certification médicale CE.
    Elle est proposée à la vente pour 249,95 euros en Apple stores dès le 17 juillet 2019 et sera disponible sur Amazon, à la Fnac, Darty et Boulanger au cours du mois de septembre.

    • Le BPM Connect est un tensiomètre connecté qui permet aux particuliers de prendre leur tension artérielle à domicile de manière simple. Il est doté d’un écran LED pour lire instantanément le résultat de la mesure. Les informations sont envoyées par wifi ou Bluetooth sur l’appli Health Mate, sur laquelle s’affiche un historique des mesures afin d’assurer un meilleur suivi de la tension de l’utilisateur.
    La batterie du dispositif tient elle aussi jusqu’à 6 mois entre 2 charges. La solution dispose des certifications médicales CE et FDA.
    Elle est proposée à la vente pour 99,95 euros sur withings.com, sur Amazon.fr mais aussi en Apple stores, à la Fnac, Darty et Boulanger.

  • Chronolife obtient le marquage CE pour son t-shirt connecté Nexkin

    Chronolife obtient le marquage CE pour son t-shirt multiparamétrique Nexkin. La société française a annoncé la nouvelle sur Twitter le 10 juillet 2019.

    Nexkin est un t-shirt qui « collecte en permanence des données sur six paramètres physiologiques » (électrocardiogramme, respiration abdominale, respiration thoracique, impédance pulmonaire, activité physique et température corporelle), indique Chronolife. La société précise dans un communiqué daté de janvier 2019 que « tous les capteurs et composants électroniques sont entièrement intégrés au tissu » du t-shirt, qui peut être lavé sans extraire les composants électroniques. Les données biométriques collectées sont transmises via le protocole BlueTooth Low Energy (BTLE). Elles peuvent être analysées via les serveurs de la société en fonction des applications et des cas d’usage.

  • Consultation publique sur un projet de recommandations pour la cybersécurité des DM (ANSM)

    L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) lance une consultation publique sur un projet de recommandations pour la cybersécurité des dispositifs médicaux (DM) intégrant du logiciel. Elle s’adresse à tous les fabricants de DM. Le formulaire, téléchargeable via ce lien, est à retourner à dmcdiv@ansm.sante.fr au plus tard le 30 septembre 2019.

    L’objectif de ce projet est que la cybersécurité soit prise en compte lors du développement des produits afin de « réduire au maximum le risque d’attaque informatique« , explique l’ANSM dans un communiqué publié le 19 juillet 2019.

    « C’est la première fois en Europe que des recommandations dans ce domaine sont élaborées, indique l’agence, ajoutant avoir partagé ses travaux avec la Commission européenne pour que la réglementation évolue pour l’intégrer.

    Les retours des fabricants seront analysés par l’ANSM. Les recommandations finales seront envoyées à ces derniers en décembre 2019.

    Objectif : prévenir toute attaque malveillante à l’encontre des DM

    « Cette consultation publique s’inscrit dans la continuité des travaux menés par l’Agence sur la cybersécurité des DM qui ont abouti en 2017 à la création d’un comité d’experts spécialisé dans la cybersécurité », note l’ANSM.

    Elle a été élaboré sur la base des constats suivants :

    • la culture de la cybersécurité est très hétérogène au sein des fabricants de dispositifs médicaux, bien que la mise sur le marché des DM soit bien encadrée d’un point de vue réglementaire. Cela est dû :
      • à une méconnaissance des exigences de cybersécurité ;
      • à un défaut de prise en compte de la cybersécurité dans le processus de conception et de développement du dispositif médical ;
      • à l’absence de textes réglementaires ou recommandations dédiés spécifiquement à la cybersécurité informatique.
    • si les DM intégrant du logiciel sont de plus en plus connectés (wifi, Bluetooth, radiofréquence, etc.), ils vont devoir faire face aux nouvelles menaces liées aux progrès technologiques, dont les malveillances informatiques.

    À l’issue des travaux du comité d’experts, « l’ANSM et les experts ont donc rédigé un projet de recommandations à l’attention des fabricants de dispositifs médicaux de manière à ce qu’ils puissent prendre les mesures nécessaires pour prévenir toute attaque malveillante à l’encontre de leurs [dispositifs médicaux] et ainsi empêcher la compromission des données et l’utilisation détournée des DM qu’ils mettent sur le marché », explique l’agence.