Medtech

  • Suivi des plaies chroniques : un patch connecté testé début 2020 en essais cliniques (CNRS Grenoble)

    Grapheal, une start-up fondée au printemps 2019 et hébergée par le CNRS de Grenoble, développe un patch intelligent (baptisé du nom de la société) équipé d’un biocapteur qui permet de suivre à distance la cicatrisation tout en la stimulant et qui informe les professionnels de santé concernés de l’état d’une plaie à risque, sans avoir à retirer le pansement ou à se déplacer. Portée par 4 chercheurs grenoblois, la solution vise à apporter une solution aux problèmes des plaies chroniques, qui touche en particulier les patients diabétiques. Encore au stade expérimental, l’approche a été validée par 8 essais précliniques. La start-up lance une levée de fonds pour financer les premiers essais cliniques, programmés pour début 2020.

    La particularité de ce pansement est qu’il s’agit de la première innovation à utiliser dans le domaine de la santé le graphène, un nanomatériau découvert en 2004 qui présente l’avantage d’être à la fois léger, flexible et très solide. Le graphène est par ailleurs biostimulant, « c’est-à-dire que les cellules se régénèrent plus vite à son contact », explique la start-up dans un communiqué publié le 24 octobre 2019.

    En France, environ 120 000 patients atteints de diabète sont admis aux urgences pour des ulcères aux pieds, dont environ 10 000 ressortent amputés, rappelle la société, qui a pour objectif d’éviter l’aggravation des plaies à risque par le biais de sa technologie.

    Le graphène, un matériau pertinent pour une application en santé

    Une équipe pluridisciplinaire de 4 chercheurs est à l’origine du projet Grapheal –Advanced Wound Care :

    • Vincent Bouchiat est le P.-D.G. de Grapheal et est spécialisé dans le domaine des nanomatériaux, de l’électronique et de la gestion de projet ;
    • Antoine Bourrier est spécialiste en biophysique et en biotech ;
    • Behnaz Djoharian est ingénieure logiciel et expérimentée en IoT ;
    • Riadh Othmen est docteur en physique et expert en nanomatériaux.

    Ce sont ces chercheurs qui ont découvert que le graphène était biostimulant. « Cette qualité est exceptionnelle car lorsqu’un corps étranger pénètre notre organisme, le système immunitaire peut le détecter et déclencher une série de processus qui permettra de le détruire », note la start-up (communiqué).

    Les travaux des 4 experts ont également révélé que le nanomatériau détectait avec précision un phénomène biologique.

    C’est cette double caractéristique qui leur a donné l’idée d’une application dans le secteur de la médecine. « Ils ont choisi d’apporter une réponse de suivi diagnostique aux patients diabétiques couplé à une solution de télémédecine », est-il indiqué dans le communiqué. En effet, les plaies chez le patient diabétique peuvent entraîner une inflammation chronique qui empêche la cicatrisation. Un mauvais suivi peut aller jusqu’à l’amputation d’un membre.

    Un pansement cicatrisant couplé à un outil de télésuivi

    Des propriétés curatives

    • les caractéristiques physico-chimiques du graphène et son interaction cellulaire provoquent une biostimulation qui accélère le processus de cicatrisation de la plaie :
      • tests in vitro et in vivo réalisés entre 2016 et 2018 chez le porc et la souris (essais précliniques portés par des laboratoires CNRS et Inserm rattachés aux CHU de Grenoble, de Lyon et de Montpellier, ainsi que deux sociétés indépendantes ayant testé la non-toxicité du matériau) ;
    • très fin et souple, le graphène ne gêne pas le mouvement ;
    • respirant, le patch laisse passer les exsudats.

    Un outil de télésuivi

    • Un biocapteur de détection d’infection permet d’alerter les soignants en cas de début d’infection.
    • Le patch dispose d’un circuit pour traiter les signaux électriques, d’un microcontrôleur pour la numérisation des données et d’un module NFC pour leur transmission sans fil. La détection en amont de l’infection est permise grâce à la mesure du pH du lit de la plaie. Les données recueillies sont envoyées par NFC vers un smartphone Android ou iOS via une application qui traite et affiche les informations reçues.
      • Le système permet d’avoir accès à l’historique de l’évolution de la plaie. Y sont également intégrées les observations de l’infirmier et des données sur l’état actuel de la plaie par le biais de probabilités d’infections ou de quantité d’exsudats.
    • La solution évalue par ailleurs l’état du pansement, l’objectif étant de le changer le moins souvent possible afin d’optimiser le processus de cicatrisation et de réduire les coûts.
  • Étude : beaucoup de marketing et de faux espoirs dans les applis mobiles dédiées au cancer (BMJ Open)

    Des chercheurs écossais de l’université d’Aberdeen ont mené une revue exploratoire de la littérature sur les applications mobile dédiées au cancer. Ils en ont étudié 151 et ont constaté que la plupart d’entre elles sont développées par des organisations commerciales. Quant aux promesses d’autonomisation dans la lutte contre le cancer, elles sont tempérées par le fait que beaucoup d’allégations de santé sont exagérées. Les résultats de cette étude ont été publiés en septembre 2019 dans le BMJ Open.

    Cancer : des applis pour rendre les patients plus autonomes

    Pas moins de 200 applications de santé viennent chaque jour grossir les rangs des magasins type Apple Store et Google Play. Une bonne partie d’entre elles sont consacrées au cancer. Elles s’inscrivent dans la tendance à l’empowerment et à l’autogestion de la maladie. Les auteurs d’une étude parue en 2012, dans laquelle 295 applications avaient été analysées, avaient conclu qu’elles avaient une portée limitée et visaient principalement à fournir des informations et à sensibiliser sur le cancer.

    Des chercheurs écossais de l’université d’Aberdeen viennent, quant à eux, de mener une étude sur les applis mobiles à destination des personnes vivant avec le cancer mais aussi de celles qui sont en rémission ou guéries. Leur objectif est de classer et d’organiser les applications – gratuites et payantes – de manière à ce que les cliniciens, les développeurs d’applications et les décideurs puissent donner un sens au marché international actuel des applications mobiles pour les personnes souffrant ou ayant souffert d’un cancer.

    Ayant constaté que « les applications deviennent beaucoup moins pertinentes après les quelques centaines de résultats », ils ont donc décidé de limiter leur recherche dans l’App Store d’Apple aux 500 premiers résultats du terme « cancer ».

    Sur les 1 265 applis sélectionnées dans un premier temps, les auteurs de ces travaux n’en ont finalement sélectionné que 151 ; ils ont exclu celles qui ciblaient uniquement les médecins mais aussi qui étaient devenues indisponibles au cours de l’étude.

    Les résultats de ces travaux ont été publiés dans la revue BMJ Open.

    Résultats : un paysage hétérogène

    • 60 % des applis portaient sur tous les types de cancer (14 % étaient dédiées au cancer du sein).
    • 90 % étaient téléchargeables gratuitement.
    • 64 % d’entre elles ont été développées par des sociétés privées, 20 % par des associations caritatives, 10 % par des organisations de santé, 5 % par des universitaires.
    • 43 % avaient été téléchargées moins de 100 fois (source Google play uniquement).
    • Elles portaient sur 3 thèmes principaux : la lutte pour la vie, reprendre de l’autonomie et du contrôle ainsi que s’orienter dans les différentes étapes.
    • Les applis étaient nombreuses à contenir des métaphores, comparant le cancer à un envahisseur, un ennemi contre lequel il faut livrer une bataille.
    • Le réseautage social et l’accès à des groupes de pairs étaient souvent conseillés dans un but de soutien émotionnel.
    • La majorité des applis se présentaient comme une méthode permettant de s’impliquer activement dans l’autogestion.
    • 16,6 % des applis permettaient aux utilisateurs de saisir et de stocker des informations concernant leurs soins, tels que les résultats d’analyse.
    • 16 % offraient l’accès à une communauté en ligne (réseau social), et quelques-unes offraient aussi une interaction avec des professionnels de la santé.
    • Les thérapies complémentaires et alternatives constituaient un élément important chez 7,9% des applis.
    • Quelques applis vantait les mérites de produits miracles, type « le brocoli ou la tomate guérit le cancer ».

    Des promesses exagérées

    Dans leur conclusion, les auteurs de cette étude ont tenu à souligner que « des applications semblaient faire des affirmations exagérées, par exemple, sur les aliments qui guérissent le cancer et les régimes qui réduisent les tumeurs ». Des applications « commercialisent même des produits avec une efficacité douteuse (par exemple, l’eau Kangen ou l’Aloe Vera) », ajoutent-ils. Par ailleurs, ils estiment que l’utilité potentielle des applications sérieuses peut être compromise par le fait qu’elles apparaissent dans les magasins aux côtés de celles qui le sont moins.

    Des magasins d’applications plus regardants…

    Des questions demeurent donc sur le rôle clinique des applications anticancéreuses, leur incidence sur les soins médicaux et sur les résultats cliniques. « Cependant, certaines des applications que nous avons examinées ont aidé les utilisateurs à générer des listes de questions pouvant être abordées lors de rendez-vous ou pour faciliter l’enregistrement vidéo ou audio de consultations », précisent les chercheurs.

    Actuellement encore, médecins et patients ont potentiellement du mal à se repérer dans ce marché foisonnant des applis mobiles. Les auteurs de l’étude proposent donc que « les magasins d’applications assument davantage leurs responsabilités quant au contenu des applications qu’ils proposent ».

  • Diabeloop (FR), prix européen de l’innovation EIT pour D4Kids, e-solution pour enfants diabétiques

    L’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT) décerne son prix de l’innovation 2019 (EIT Innovators Award) à la société grenobloise Diabeloop pour D4Kids, une solution numérique de gestion du diabète de type 1 destinée aux enfants. Le prix, doté de 50 000 euros, a été remis à la mi-octobre à Budapest (Hongrie) par le commissaire européen chargé de l’Éducation, le Hongrois Tibor Navracsics, en présence de quelque 400 entrepreneurs et décideurs politiques réunis à l’occasion du forum annuel de l’innovation InnovIT.

    D4Kids, présenté par Diabeloop en janvier 2019 au salon CES de Las Vegas, est une adaptation du dispositif adulte DBLG1, visant à «aider les enfants vivant avec un diabète à vivre pleinement, tout en facilitant la gestion de la maladie pour les familles et le personnel soignant».
    La solution comprend :
    • des écrans et datavisualisations adaptés aux enfants et « faciles à comprendre à tout âge » ;
    • une interface sécurisée permettant aux jeunes patients de transporter leur terminal sans risque de mauvaise manipulation ;
    • des programmes de repas et d’activités physiques « adaptés à la routine de l’enfant » ;
    • une « optimisation automatique des paramètres » grâce à l’apprentissage automatique (bonus repas, réponse à l’activité physique).
    Des essais cliniques sont actuellement en cours pour ce dispositif (indiqué à partir de 6 ans et jusqu’à la pré-puberté) dans deux centres pédiatriques en France et un en Belgique.

    L’EIT a été créé en 2008 pour stimuler la capacité d’innovation de l’Europe. Avec plus de 1 500 partenaires et de 50 pôles d’innovation dans toute l’Europe, l’institut constitue le plus grand réseau d’innovation de l’Union. Ses EIT Awards mettent en compétition des solutions européennes innovantes visant à répondre aux défis les plus urgents auxquels les citoyens sont confrontés dans les domaines de la santé, du climat, de l’énergie, du numérique, de l’alimentation et de la gestion des matières premières, tout en œuvrant à la création d’emplois au niveau européen.« Diabeloop bénéficie du soutien de l’EIT Health depuis des années» souligne Marc Julien, patron de Diabeloop, dans un communiqué daté du 16 octobre.

  • Grand prix de l’innovation de la Sécurité sociale 2019 : les 8 projets récompensés

    8 projets ont été distingués parmi quelque 99 candidats (50 émanant de la Cnam) dans le cadre du Grand prix de l’innovation (GPI) de la Sécurité sociale. Organisé le 4 octobre 2019 à Station F à Paris par la Direction de la sécurité sociale et l’Ucanss, ce concours a pour objectif de « récompenser des initiatives de caisses nationales et d’organismes locaux » et de « partager avec les directeurs généraux les toutes dernières innovations de leur branche ».

    Parmi les lauréats, les 4 suivants ont retenu l’attention d’H&TI : 

    • catégorie « Innovation et rupture technologique » : le projet MRAPmotion (Métrologie d’aide à l’analyse des risques liés à l’activité physique) lancé par la Carsat Nord-Picardie. Cette prestation experte de la technologie d’analyse du mouvement motion capture (mesure des angulations et postures au travail) contribue à la lutte contre les troubles musculo-squelettiques (TMS) dans les entreprises ;

    • catégorie « Innovation des réseaux » : le projet Coding Dojo de la Cnam, un concours qui permet d’accompagner et de développer l’innovation opérationnelle proposée par des équipes des CPAM et de la Cnam ;

    • catégorie « Innovation en matière de relation aux usagers » : un service de webinars 100 % personnalisé lancé par l’Urssaf Midi-Pyrénées. Accessible aux cotisants en direct ou en replay, ce webinar multicanal associe une invitation par mail à s’inscrire, une relance par SMS, une séance en visio, un rappel par téléphone dans les 48 heures de ceux qui attendent un complément de réponse, ainsi qu’une prise de rendez-vous si le dossier l’exige.

    • prix spécial du jury : l’assistant virtuel retraite Aria -Cnav. Le chatbot Aria permet de guider le retraité dans la prise en main des services en ligne (attestation de paiement, changement de coordonnées bancaires ou postales, consultation du montant déclaré à l’administration fiscale). Il répond aussi à certaines questions sur le prélèvement à la source, l’Aspa ou encore la retraite de réversion.

    GPI 2019 : les 8 lauréats

    Catégorie « Innovation en matière de relation aux usagers »

    • lauréat : un service de webinars 100 % personnalisé -Urssaf Midi-Pyrénées

    Catégorie « Innovation sociale »

    • lauréat : Projet « Toit+Moi » – Carsat Aquitaine
      • plateforme qui met en relation des seniors européens et des étudiants ou apprentis titulaires d’une bourse Erasmus+ pour partager un logement.

    Catégorie « Innovation managériale »

    • lauréats : « La Cousinade de l’innovation » – Caf et Cpam de Haute-Garonne, Carsat et Urssaf Midi-Pyrénées, Pôle emploi Occitanie
      • rassemblement d’une centaine de collaborateurs des 5 organismes pour une grande journée dédiée au partage d’expériences et à l’émergence de nouvelles idées.

    Catégorie « Innovation en matière de responsabilité sociétale »

    • lauréat : Mécénat de compétences au service de l’insertion – iMSA Tarn-et-Garonne
      • mise à disposition pour les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) des collaborateurs issus des métiers de l’informatique mais aussi de fonctions supports (notamment communication et ressources humaines) pour des simulations d’entretiens de recrutement, l’élaboration de supports d’information, la conception d’outils de communication.

    Catégorie « Innovation et rupture technologique »

    • lauréat : MRAPmotion -Carsat Nord-Picardie

    Catégorie « Innovation des réseaux »

    • Lauréat : Coding Dojo -Cnam

    Prix spécial du jury

    • lauréat : l’assistant virtuel retraite Aria -Cnav

    Prix coup de cœur du jury

    • lauréat : le site internet Parents31.fr – Caf de la Haute-GaronneParents31.fr. Il s’agit du portail officiel pour accompagner les parents de Haute-Garonne dans leur rôle au quotidien. Réalisé par la Caf de la Haute-Garonne, Parents31.fr est un projet partenarial, porté par les signataires du schéma départemental des services aux familles (SDSF).
  • Prix de l’innovation en radiologie des JFR 2019 : Milvue vainqueur, HypnoVR prix « coup de cœur »

    Milvue remporte le prix de l’innovation des Journées francophones de radiologie (JFR) et HypnoVR décroche le prix coup de cœur. Les lauréats ont été annoncés le 11 octobre 2019 lors des JFR, qui se tiennent jusqu’au 14 octobre.

    • Milvue (basé à Paris), dont l’équipe est composée de radiologues et de chercheurs en intelligence artificielle (IA), a mis au point un logiciel d’analyse et de tri des radiographies d’urgence basé sur le machine et le deap learning (apprentissage automatique et profond) afin de réduire les délais et les erreurs de diagnostics aux urgences.

    • HypnoVR est une start-up basée à Strasbourg spécialisée dans la réalité virtuelle (RV ou VR en anglais) appliquée à l’hypnose médicale dans le cadre d’anesthésies chirurgicales.

    Les 4 autres finalistes du concours étaient :
    • Azmed : a mis au point Rayvolve, un logiciel d’IA détectant toutes fractures en radiographie standard (marqué CE) ;
    • Avicenna.AI (Cina.ai) : développe des algorithmes de deep learning analysant les clichés d’imagerie médicale afin de fournir au radiologue une aide au diagnostic ;
    • NetR : propose une plateforme sécurisée de données de santé, dédiée à l’indexation, la structuration et la labellisation des données pour l’intelligence artificielle ;
    • PI.R2 : conçoit un robot (Light Puncture Robot) d’assistance à la radiologie interventionnelle percutanée.

    Prix de l’innovation des JFR 2019 : présentation des gagnants et des finalistes

  • Diabète : les PS de 3 régions lancent une expérimentation (art. 51) pour améliorer le suivi

    À partir de 2020, des pharmaciens et infirmiers vont participer à une expérimentation ayant pour but d’améliorer le suivi des patients diabétiques qui éprouvent des difficultés à équilibrer leur glycémie en se basant sur la plateforme Timkl. Cette initiative, lancée le 9 octobre 2019, s’inscrit dans le cadre de l’article 51 de la LFSS 2018, qui permet d’expérimenter de nouvelles organisations en santé reposant sur des modes de financements inédits : son cahier des charges doit être finalisé début 2020. Elle est soutenue par l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil).

    Lancé au printemps 2019, Timkl développe des services d’accompagnement destinés aux patients diabétiques en collaboration avec les professionnels de santé de proximité, en particulier les pharmaciens et les infirmiers libéraux, pour mieux coordonner les parcours de soins. L’outil apporte aux pharmaciens un support logistique et administratif pour livrer le matériel nécessaire au domicile des patients et suivre ces derniers dans la gestion de leur maladie, entre autres par l’intermédiaire d’échanges à distance pour les motiver. Dans le cadre de ce dispositif, les patients peuvent se tourner vers leur pharmacie habituelle et faire appel à un réseau local d’infirmiers libéraux. Avec l’accord de la personne, les données recueillies (mesure de glycémie, résultats d’examens, etc.) pourront être partagées entre les professionnels de santé.

    La plateforme a déjà ouvert des agences en Bourgogne-Franche Comté, en Île-de-France et dans les Pays de la Loire pour recevoir et informer les professionnels. L’expérimentation devrait durer 2 ans et rassembler 300 professionnels de santé autour de près de 3 000 patients.

  • Étude : la difficile intégration aux DMP des données liées aux objets connectés (JMIR mHealth)

    L’intégration aux dossiers médicaux électroniques des données de santé générées par l’utilisation d’objets connectés ou d’application de suivi de paramètres physiques est encore difficile malgré l’engouement des professionnels pour ce type de dossiers et le succès des dispositifs connectés auprès des patients.

    Selon une étude intitulée « Intégration des technologies de santé portables et des dossiers de santé électroniques : état de l’art et développements futurs » et publiée le 11 septembre 2019 dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR), ces technologies de santé ne pourront être utilisées de façon optimale tant que des problématiques de confidentialité, d’interopérabilité et de stockage des données ne seront pas résolues. 

    Des exemples de partenariats passés entre des développeurs de dispositifs connectés, des sociétés d’assurances et des cliniques encourageant l’utilisation de tels outils afin de dépasser ces obstacles sont par ailleurs identifiées par les auteurs.

    Notons également que l’étude est centrée sur la solution de dossiers médicaux électroniques proposée par Epic Systems, solution particulièrement utilisée aux États-Unis.

    Contexte de l’étude

    Adoption de dossiers médicaux électroniques et accès élargi aux données recueillies par les patients

    L’étude a été réalisée dans un contexte d’adoption massive des dossiers médicaux électroniques par les systèmes de santé du monde entier et en particulier des États-Unis.

    En effet, aux États-Unis, en 10 ans (entre 2001 et 2011), le nombre de médecins utilisant des systèmes de dossier dématérialisé est passé de 18 % à 57 %. En 2015, 87 % d’entre eux avaient adopté de tels dispositifs, en particulier ceux proposés par Epic, Cerner et Meditech.

    Sous l’impulsion de nouvelles législations et campagnes, telles que les standards Meaningful use, ces dossiers numériques évoluent par ailleurs rapidement, se dotent de messageries sécurisées et de multiples fonctionnalités permettant d’afficher, de télécharger et d’échanger simplement des données avec les professionnels de santé. Dans ce cadre, ces dossiers se voient parfois, de plus en plus fréquemment, adjoints de fonctionnalités permettant une intégration des données de santé produites par des dispositifs connectés et des applications de suivi de paramètres physiques.

    Adoption de dispositifs portables de suivi de paramètres physiques

    Ces dispositifs portables comprennent les bracelets, les montres intelligentes, les capteurs portables et autres dispositifs mobiles qui collectent un vaste champ de données comprenant à la fois des mesures de glycémie, des durées de sommeil, des renseignements concernant l’état psychique des individus, etc. et censés accompagner les patients dans le suivi d’affections telles que le diabète, des pathologies cardiaques, des douleurs chroniques, etc. Des technologies prenant la forme de vêtements connectés capables de monitorer des constantes telles que la fréquence cardiaque ou la pression artérielle émergent également.

    Ces outils recueillent les données des patients soit activement (c’est-à-dire par des rapports des consommateurs : les patients doivent alors entrer eux-mêmes dans leurs applications des renseignements concernant leur alimentation, leur sommeil, etc.), soit passivement (les objets connectés mesurent alors automatiquement des constantes au moyen de capteurs). Les données ainsi produites sont ensuite partagées via des agrégateurs de données tels que HealthKit d’Apple ou Google Fit, qui regroupe les données de plusieurs applications de santé.

    En fait, plus de 400 appareils de ce type potentiellement compatibles avec les dossiers de santé électroniques sont actuellement commercialisés aux États-Unis, un chiffre qui devrait, comme l’utilisation (déjà élevée) de ces objets connectés, fortement augmenter dans les années à venir. Selon le Pew Research Center, 60 % des adultes américains ont déjà déclaré suivre leur poids, leur régime alimentaire ou leur routine d’exercices physiques au moyen de ces applications, tandis que 33 % des adultes américains suivraient déjà des indicateurs tels que la pression artérielle, la glycémie ou les habitudes de sommeil par de tels dispositifs bien que l’impact clinique des appareils portables sur la santé des patients n’ait pas été clairement établi – il semble cependant que ces technologies n’influeraient pas de façon significative sur l’activité physique et le sommeil des individus.

    Ainsi, l’objectif de cette étude est de décrire plus précisément l’intégration des données produites par des objets connectés ou applications aux dossiers médicaux électroniques : quels obstacles doivent être dépassés ? Quelles entreprises et organisations participent à cette extension de fonctionnalité des dossiers informatisés tels que le portail Epic, utilisé par 25,8 % des hôpitaux américains de soins de courte durée ?

    Résultats

    Problématiques posées par l’intégration des dispositifs portables

    Bien que les technologies de santé portables puissent potentiellement transformer les soins des patients, des problèmes tels que la confidentialité des données, l’interopérabilité des systèmes et l’immense quantité de données des patients à stocker et analyser constituent un obstacle à l’adoption sûre et efficace de dispositifs portables par les prestataires.

    • Confidentialité insuffisante

    « Actuellement, il existe peu de preuves empiriques dans la littérature de la mise en œuvre appropriée de la sécurité dans les dispositifs portables », indiquent les auteurs de l’étude alors que depuis 2011, les patients semblent particulièrement préoccupés par l’échange de données entre leurs fournisseurs.

    Garantir la confidentialité et la sécurité de ces données est un problème complexe : « Pour se protéger des cyberattaques, il est probable que les systèmes de santé devront configurer un réseau sécurisé dédié aux appareils portables, distinct de leur réseau principal », avertissent les auteurs. Par ailleurs, pour des raisons éthiques et de sécurité, le consentement au partage des données de santé produites par les objets portables connectés devrait être mieux encadré : il s’agit de mieux renseigner la nature et la fréquence des collectes d’informations personnelles, de mieux préciser l’identité des tiers pouvant accéder aux données des patients et finalement d’obtenir un consentement véritablement éclairé. 

    Des études et des normes supplémentaires semblent donc nécessaires afin de garantir le secret médical.

    • Manque d’interopérabilité et de connectivité du système

    « L’intégration des données des patients dans les dossiers médicaux électroniques à l’aide de dispositifs portables étant un phénomène relativement nouveau, des technologies capables d’extraire en continu des flux de données provenant de différents dispositifs n’existent pas encore », notent les auteurs de ces travaux.

    Actuellement, les fabricants d’appareils et les fournisseurs de solutions de dossiers médicaux électroniques recourent à des technologies très différentes. Or, cette hétérogénéité des méthodes empêche les objets connectés et les dossiers informatisés de communiquer efficacement entre eux : toutes les données de santé des patients ne sont pas encore véritablement intégrées mais séparées en des sous-ensembles qui rendent difficiles les analyses transversales. 

    En conséquences, des partenariats doivent être passés entre les fabricants de ces applications ou objets connectés et les fournisseurs de dossiers numériques afin d’atteindre un niveau élevé d’interopérabilité, d’autoriser de meilleures analyses des données et d’augmenter l’efficience des soins de santé.

    • Surcharge de données

    « Les technologies portables produisent une énorme quantité de données qui doivent être compilées et interprétées, expliquent les auteurs. Or, le stockage quotidien de telles quantité d’informations peut constituer un obstacle pour une intégration de ces données aux dossiers médicaux électroniques, pas encore prêts à héberger de si importants volumes d’informations. »

    Aussi, les décisions relatives au cycle de vie de ces données, à leur fréquence de transmission et à la meilleure manière de les intégrer constituent un point-clé des développements à venir. Les algorithmes d’apprentissage automatique (machine learning) et d’intelligence artificielle (IA) devraient également contribuer dans le futur à résoudre ce problème de stockage et d’analyse de volumes importants de données. Les algorithmes actuels sont cependant encore trop peu puissants puisque souvent testés dans des conditions stables, éloignées de leurs conditions réelles d’utilisation. 

    Des partenariats pour dépasser les obstacles

    En réponse à ces défis, plusieurs organisations ont commencé à communiquer entre elles. Ces partenariats visent en particulier à proposer des expériences d’utilisation plus personnalisées aux patients, à mieux analyser les données de santé recueillies, à garantir une meilleure accessibilité à ces technologies et à développer des IA plus adaptées à l’intégration de ces données de santé aux dossiers médicaux électroniques.

    Ces collaborations concernent notamment :

    • des entreprises et start-ups telles que Chevauchement, Royal Philips, Vivify Health, Validic, Doximity Dialer, Xealth , Redox, Conversa Health, Human API et Glooko ;
    • des compagnies d’assurances comme Oscar Health, United Healthcare, Humana et John Hancock ;
    • des hôpitaux et cliniques telles que NYU Langone Health, Penn Medicine, Duke Health, Novant Health et la Icahn School of Medicine of Mount Sinai.
  • Singapour : un programme pilote pour améliorer la gestion des maladies chroniques chez les seniors

    WhiteCoat, une start-up de e-santé fondée en 2018 à Singapour, s’associe à Homage, une plateforme de services de soins à domicile à la demande, afin de lancer un programme pilote de télémédecine. Ce dernier vise à améliorer la gestion des maladies et affections chroniques, comme l’hypertension et le diabète, fréquentes chez les personnes âgées, indique la société dans un communiqué publié fin septembre 2019.

    Concrètement, par le biais de son application mobile, WhiteCoat proposera aux clients de Homage une offre de services médicaux, dont des téléconsultations, l’émission de prescriptions ainsi que la délivrance et la distribution de médicaments.

    Dans le cadre du programme pilote, les 2 partenaires ont établi divers critères afin d’évaluer si les problèmes rencontrés par un client type d’Hommage peuvent être gérés de manière appropriée, et en toute sécurité, par WhiteCoat via la télémédecine. Les professionnels de soins de Homage recevront également une formation sur les procédures appropriées pour qu’ils puissent aider les clients qui souhaitent utiliser l’application WhiteCoat.

    WhiteCoat a par ailleurs signé un partenariat il y a quelques mois avec Grab, une société de réseau de transport basée à Singapour, pour délivrer au patient ses médicaments dans les 90 minutes une fois la téléconsultation terminée. De son côté, Homage s’est associé en février à MyDoc, une entreprise qui propose l’une des principales applications de téléconsultation en Asie. Par le biais de cette alliance, les services de Homage ont été intégrés à l’offre de MyDoc. Via MyDoc, Homage peut de son côté offrir à sa communauté de patients un meilleur suivi en matière de soins ambulatoires.

    « Comme le programme vient d’être lancé et que sa mise en œuvre est toujours en cours, nous allons suivre le déploiement pour les six prochains mois et faire les ajustements nécessaires avant de déterminer les prochaines étapes, précise Bryan Koh, P.-D.G. et fondateur de WhiteCoat (source : Mobihealthnews.com). (…) Les patients âgés ne savent peut-être pas utiliser la télémédecine par leurs propres moyens mais avec l’aide des professionnels de soins de Homage, ils pourront accéder aux soins à la demande. »

  • Rencontres de la cancéro 2019 : mieux intégrer les nouvelles technos en limitant le nombre d’outils

    « Le principal facteur limitant des nouvelles technologies est la multiplicité des outils et le manque d’interopérabilité, obligeant les utilisateurs à se connecter à différentes plateformes ou à télécharger plusieurs applications, explique Maya Gutierrez, oncologue à l’Institut Curie, intervenue fin septembre lors d’une conférence présentant les 12ème Rencontres de la cancérologie française (RCFr), qui se dérouleront à Paris les 26 et 27 novembre 2019. Pour mieux intégrer [ces technologies], il est essentiel de pouvoir concentrer le maximum de fonctionnalités dans un minimum d’outils, tant pour les professionnels de santé que pour les patients. »

    La thématique de cette nouvelle édition des RCFr sera « l’intégration en cancérologie dans un monde en mouvement », abordée à travers plusieurs angles (économique, sociétal, organisationnel, technologique et international).

    Dans le domaine du numérique en santé, le Village CancerTech, initié en 2018, sera renouvelé avec notamment une présentation de projets innovants aux futurs utilisateurs. Le 4ème Prix de la cancérologie connectée sera également remis lors des RCFr.

    Améliorer l’organisation du parcours grâce aux technologies

    Les bénéfices des nouvelles technologies dans le parcours de soins sont liés à différentes étapes de la prise en charge :

    • outils de coordination ville-hôpital pour améliorer la communication entre les soignants et fluidifier le parcours ;
    • portails patients hospitaliers pour consulter les comptes rendus ou les rendez-vous et échanger avec leurs professionnels de santé ;
    • réseaux sociaux de patients et chatbots pour améliorer l’empowerment des patients et rompre l’isolement ;
    • développement de la télémédecine et des nouveaux usages au service du patient ;
    • partage d’information qui permet de gagner du temps aux professionnels et d’éviter les répétitions.

    « Il ne faut pas négliger le temps nécessaire pour utiliser les outils »

    « Il ne faut pas négliger le temps nécessaire pour utiliser les outils et, aujourd’hui, certaines opérations sont redondantes ou non-automatiques, indique Maya Gutierrez. Un professionnel de santé peut être amené à créer un dossier patient pour chaque outil, à chaque fois en renseignant les mêmes items, ou alors, il doit transférer manuellement des documents, tels que des comptes rendus, d’une plateforme à une autre ».

    L’objectif est donc de simplifier et d’automatiser les processus de création et de transfert des dossiers et documents tout en gardant la même sécurité. « Les outils intégrant ces nouvelles technologies sont issus de domaines variés qui n’ont pas forcément une ergonomie adaptée au domaine de la santé. Pour favoriser les usages, il faudrait davantage travailler l’ergonomie pour une meilleure intégration, par exemple, par la mise en place d’une démarche d’expérience et d’interface utilisateur (UX/UI design) », ajoute-t-elle.

    Lutter contre les fake news pour rétablir la confiance

    Dans le cadre de l’intégration des nouvelles technologies, la lutte contre les mauvaises informations devient un enjeu de santé publique. En entrant dans une expérience de cancer, avec toutes les propositions thérapeutiques, les difficultés auxquelles sont confrontés les patients et les incertitudes face au parcours, « c’est très compliqué de faire la part des choses (…) notamment face aux propositions de  traitements substitutifs non-conventionnels, non-validés », explique Giovanna Marsico, déléguée au Service public d’information en santé.

    L’explosion du numérique donne aux informations biaisées une importe visibilité. « Sur les réseaux sociaux, la parole d’une personne vaut des recommandations de la HAS », ajoute-t-elle. Face à ces impacts en santé publique, pour rétablir un climat de confiance envers la science, les pouvoirs publics et le système de santé sont en train de déployer plusieurs dispositif. C’est notamment l’enjeu du site Sante.fr lancé par la ministère des Solidarités et de la Santé.

  • FASN Hôpital du futur : comment le numérique transforme la chirurgie cardio-vasculaire (Pr Fabiani)

    Amélioration du diagnostic médical par le biais de l’intelligence artificielle (IA), évolution du métier de chirurgien avec notamment le déploiement de la robotique (interposition d’un ordinateur entre l’opérateur et le patient), multiplication des organes artificiels implantables (exemple : le cœur artificiel Carmat), modification de l’enseignement à envisager en attribuant une place plus importante à l’utilisation du robot informatisé dans la formation, développement de la prévention par l’intermédiaire des capteurs implantables pour mieux suivre l’état de santé des patients…

    Telles sont les manières par lesquelles les outils numériques contribuent à la transformation de la médecin et de la chirurgie cardio-vasculaire, décrites par le Pr Jean-Noël Fabiani, chirurgien, ancien chef du département de chirurgie cardio-vasculaire et de transplantation d’organes de l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP).

    Le professionnel est intervenu à l’occasion de la journée « Hôpital du futur« , organisée le 3 octobre 2019 par la société Care Insight dans le cadre de la campagne #FASN (Faire avancer la santé numérique).

    Au cours de la discussion, il a partagé sa vision de l’hôpital de demain, exposée par ailleurs dans un article intégré au livre blanc Contribution des outils numériques à la transformation des organisations de santé, publié en juin 2019, à la demande de la présidence de la Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée nationale, coordonnée par le Dr Jean-Pierre Blum, conseiller du groupe Numérique et Santé à l’Assemblée.

    Health & Tech Intelligence revient sur les éléments clés de son discours, illustré par des exemples concrets d’applications du numérique au sein de l’hôpital.

    La révolution numérique dans l’hôpital « reste encore discrète »

    « La révolution numérique a déjà fait son entrée à l’hôpital, dans les cabinets de cardiologues et dans la pratique des soignants. Elle reste cependant encore discrète, se cantonnant pour certains à une meilleure gestion des ses malades et de ses dossiers, commente le Pr Jean-Noël Fabiani (livre blanc). C’est ainsi qu’on n’a peut être pas encore mesuré la portée exacte et évalué les changements qu’elle va entraîner dans l’exercice de la médecine en général et de la cardiologie en particulier. Pourtant une réflexion simple des faits actuellement observés, peut permettre d’en cerner déjà quelques contours. »

    L’IA et le big data au service du diagnostic médical

    Selon le Pr Jean-Noël Fabiani, le diagnostic médical va être « considérablement modifié par la convergence inéluctable de l’intelligence artificielle (IA) et du « big data », qui permettra la consultation immédiate d’un réseau de référence, l’établissement d’un diagnostic extrêmement fiable et bientôt une prise de décision quand les logiciels customisés seront au point ».

    « L’intelligence artificielle doit être utilisée pour extraire du sens »

    Il observe que la plupart des médecins ne sont pas suffisamment préparés « pour l’extraction de connaissances et la demande de prises de décisions rapides qu’exige la médecine moderne ».

    « L’intelligence artificielle doit donc être utilisée pour extraire du sens, déterminer de meilleurs résultats, et permettre des prises de décisions plus efficaces à partir de sources big data massives en perpétuel renouvellement, commente-t-il. Ces possibilités vont modifier indiscutablement la qualité du diagnostic et entraîner un changement radical du métier de médecin dans de nombreuses spécialités. »

    Quelques exemples

    • les résultats d’imagerie, dont la partie technique peut être réalisée par un technicien (scanner, IRM, scintigraphie, PET scan…), pourront être soumis en temps réel à l’expertise du réseau, « permettant un diagnostic d’une remarquable sureté » : « on considère que le résultat donné équivaut au diagnostic des 10 meilleurs experts mondiaux », indique le chirurgien ;
      • les résultats des échocardiographies guidés par le spécialiste sont déjà effectués par des techniciens dans de nombreux établissements et transférés par la biais d’une solution de télémédecine sur le centre expert : « il est vraisemblable qu’ils seront analysés de la même façon dans un futur proche », avance l’expert ;
      • l’interprétation de l’électrocardiogramme est déjà « totalement numérisée » : « les futurs appareils d’enregistrement vont produire immédiatement, l’interprétation fiable, accompagnant le tracé… », analyse-t-il ;
    • les examens biologiques, « largement robotisés actuellement, pourront se passer dans un futur proche de toute intervention humaine » : l’interprétation des résultats (association des banques de données et de l’intelligence artificielle) identifiera les anomalies et « suggérera les diagnostics les plus probables » ;

    « Ces exemples laissent donc supposer une aide au diagnostic à la fois dans la qualité (fiabilité supérieure à celle d’un expert isolé) et dans la rapidité de réponse permettant l’urgence et de toute façon, une meilleure efficacité », synthétise le professeur.

    Évolution du métier de médecin et donc de la formation

    « Ces évolutions, dont les prémisses sont déjà largement amorcées, vont considérablement impacter le rôle du médecin spécialiste », note le chirurgien, expliquant que le praticien pourra consacrer davantage de temps à d’autres tâches que celle de la gestion des examens.

    Conséquences selon le Pr Jean-Noël Fabiani :

    • une formation différente de celle proposée actuellement aux médecins va devoir être envisagée ;
    • la validation de ces examens et l’intervention du spécialiste en cas de doute seront indispensables, notamment pour assumer la responsabilité du résultat, qui ne peut pas être attribuée à l’IA ;
    • le nombre de spécialistes va diminuer : certains d’entre eux vont ainsi pouvoir se concentrer sur des rôles d’organisateurs de plateaux de soins et de chercheurs dans les différents aspects de leur discipline.

    Par ailleurs, selon le professeur, l’enseignement de la médecine « va poser des problèmes majeurs et nécessiter des choix difficiles ». Son analyse met notamment en avant :

    • le risque de l’éloignement du patient de la prise de décision le concernant en cas de trop grande technicité :
      • il propose de privilégier la formation de médecin « rompus aux contacts humains » mais aussi « suffisamment instruits pour effectuer les synthèses indispensables à la traduction des examens et des décisions prises pour son patient » ;
      • l’introduction des sciences humaines dans le cursus médical, et ce, « dès les premières années » est selon lui « nécessaire » ;
    • le besoin de donner « une place plus importante » au robot informatisé dans la formation du médecin.

    La salle d’opération du futur sera hybride et l’ordinateur s’interposera entre l’opérateur et le patient

    « Les chirurgiens ont déjà bien compris que leur évolution était nécessaire et dans de nombreux centres, ils assurent souvent en collaboration avec les cardiologues et les radiologues, la nouvelle prise en charge de ces patients », observe le Pr Jean-Noël Fabiani, ajoutant que devra cependant être envisagé à l’avenir l’institution d’une nouvelle discipline universitaire de « spécialiste interventionnel », qui regroupera les différentes compétences.

    Il complète en imaginant les évolutions relatives : « l’angiographie chère aux cathétériseurs sera remplacée d’abord par le scanner puis par les échographies à trois dimensions, puis par d’autres techniques d’imagerie encore dans les limbes ».

    La salle d’opération du futur devrait ainsi être hybride, comme c’est déjà le cas dans plusieurs centres, estime le chirurgien : possibilité de réaliser une chirurgie sophistiquée (sous circulation extracorporelle par exemple) et d’utiliser toutes les formes d’imagerie actuelles et à venir.

    La robotique sera de plus en plus présente dans le monde chirurgical

    Dans cette salle d’opération de demain, le robot occupera une place centrale selon le professeur. « Plus que la possibilité d’effectuer une opération sans ouverture classique par des trocarts (ce qui peut être obtenu par une simple vidéo chirurgie), il s’agit en réalité de l’interposition d’un ordinateur entre l’opérateur et le patient, explique-t-il. Si les possibilités qui sont actuellement ouvertes semblent d’ores et déjà intéressantes, elles ne permettent que d’imaginer les progrès envisageables par ce qui ne peut être qu’une révolution dans l’acte chirurgical. »

    Quelques exemples d’application de la robotique en chirurgie :

    • « le robot va permettre des gestes ancillaires et répétitifs qui seront commandés par la voix, comme effectuer une série de nœuds ce qui va sans doute permettre de gagner du temps ;
    • le robot permet déjà d’économiser un aide opératoire car on lui confie aisément le soin d’écarter et de présenter le champ à l’opérateur principal ;
    • le robot va permettre de guider le chirurgien si l’imagerie réalisée en préopératoire est intégrée virtuellement dans l’optique du système et permet de superposition des lésions réelles et des lésons virtuelles découvertes au scanner. Il va également servir de guide à la montée des cathéters dans le réseau artériel ou veineux pour effectuer les gestes interventionnels ;
    • en chirurgie cardiaque, il est déjà possible de réaliser un pontage sur un cœur battant, après avoir synchronisé les battements cardiaques et les instruments du robot. Ainsi l’ordinateur permet à l’opérateur d’opérer sur un cœur apparemment arrêté (ce qui lui facilite mentalement la tâche) alors que le cœur bat normalement ;
    • le robot apparaît également comme un remarquable outil d’enseignement, puisqu’un chirurgien situé dans un lieu X peut facilement prendre les manettes pour une intervention située elle dans un lieu y. Ainsi un chirurgien expert situé par exemple à Paris peut intervenir pour effectuer une opération dans une ville située à des milliers de kilomètres de distance. »

    De plus en plus d’organes artificiels

    « À côté de la greffe, s’imposent de plus en plus les organes artificiels implantables, c’est à dire, remplaçant l’organe malade par leur implantation définitive dans l’organisme et activés par une source d’énergie portable, note le Pr Jean-Noël Fabiani. Leur réalisation et la nécessité de prévoir le dysfonctionnement de toutes les pièces constituantes font appel à une électronique particulièrement sophistiquée (comparable à celle employée dans l’aviation civile). De plus, le contrôle de cet organe artificiel est dominé par une informatique spécifique qui permet d’appréhender à chaque moment la situation de l’appareil et du patient. »

    Exemple avec le cœur artificiel implantable Carmat :

    Le cœur Carmat d’Alain Carpentier est un « progrès décisif comparé à ses prédécesseurs », indique le chirurgien.

    Au cours du mois de septembre 2019, la société a levé 60 millions d’euros. Cette somme servira à :

    • finaliser l’étude pivot actuellement en cours en vue d’obtenir le marquage CE en 2020 ;
    • lancer une étude clinique de faisabilité aux États-Unis, rendue possible par le récent feu vert conditionnel de la FDA ;
    • préparer la commercialisation des produits Carmat : amélioration des processus de production dans l’usine de Bois d’Arcy (Yvelines), augmentation de la cadence de production, adaptation de l’organisation.

    Un développement de la prévention par le biais des outils de suivi à distance

    Au centre de la médecine de demain figurera la prévention, analyse le Pr Jean-Noël Fabiani. Il cite notamment les nouvelles stratégies informatiques utilisant les capteurs implantables, qui « pourront dans un avenir proche rationaliser cette prévention ».

    Exemple avec la prévention de l’hypertension artérielle (HTA) :

    Le chirurgien estime que la solution pour la prise en charge de la HTA est « certainement » l’introduction de puces sous-cutanées capables de transmettre en ligne les chiffres tensionnels (et bientôt le débit cardiaque, avance-t-il), « puisque les données seront transférées directement sur un site de surveillance et l’on pourra contrôler la qualité du traitement ou dépister d’éventuelles complications ».

    Vers des prothèses intelligentes

    Le professeur indique par ailleurs qu’il serait « souhaitable d’utiliser les différentes prothèses qui sont introduites actuellement dans le corps humain pour toutes sortes de pathologies et de les transformer en prothèses « intelligentes » bardées de capteurs ».

    Il donne en guise d’exemple le cas d’un patient opéré pour un anévrysme de l’aorte abdominales à l’aide d’une endoprothèse et dont le pronostic ultérieur dépendra de la prise en charge de sa pathologie cardiovasculaire : il indique qu’il serait « facile » de doter la prothèse de capteurs qui, au contact de la circulation sanguine, pourront mesurer la pression, le début, la glycémie et la cholestérolémie.

    « L’organisation des soins doit être revue »

    En conclusion, le Pr Jean-Noël Fabiani estime que, dans ces conditions, « l’organisation des soins doit être revue » :

    • l’hôpital de demain doit se recentrer sur ses missions : « prendre en charge le temps nécessaire les malades les plus lourds (chirurgie et réanimation) mais assurer au maximum des soins ambulatoires pour les examens complexes » :
      • frein à cette évolution : il ne sera, selon lui, pas possible « médicalement et économiquement » d’assurer partout des hôpitaux de proximité de qualité. Il propose donc de revoir les conditions d’accès à l’hôpital universitaire « pour que l’ensemble de la population puisse en bénéficier dans des délais raisonnables » ;
    • cela suppose de « raviver le réseau de soins de ville » pour éviter les hospitalisations non nécessaires et l’afflux d’urgences qui pourraient être traitées « en ville voire à domicile » :
      • cela nécessite en parallèle la prise ne charge du grand âge et de la dépendance, qui justifie, selon lui en France, « des investissements majeurs ».

    « Ces changements prévisibles liés à l’introduction des outils numériques vont modifier profondément le visage d’une médecine qui reste encore souvent dans le schéma du siècle précédent. Les médecins et les pouvoirs publics en ont-il véritablement conscience ? Il ne faudrait pourtant pas que la réalité qui s’imposera de toute façon, ne produise trop de bouleversements avec leur cortège de drames économiques et humains », indique le professionnel.