La start-up That Health Again (Thea) a annoncé en novembre 2017 qu’elle recherchait 13 millions de francs CFA (20 000 €) pour surmonter ses difficultés de financements et assurer le développement de son application mobile, Thea, lancée en 2017 au Cameroun par le Dr. Eloi Hermann Monkam Tsokam, médecin généraliste à la clinique du quartier de Logpom, à Douala.
Le dispositif permet aux patients d’obtenir des consultations en ligne via une plateforme unique. L’objectif du Dr. Tsokam est de proposer une alternative au modèle de médecine traditionnelle afin de faire face à l’insuffisance de médecins et d’infrastructures médicales au sein du pays. Il souhaite, à terme, lancer son application à échelle internationale.
Sa route est jonchée d’obstacles, notamment pour cause d’absence d’un cadre légal défini en matière de téléconsultation.
Thea : une application gratuite pour faciliter l’accès aux soins
Cameroun : 1,1 médecin pour 10 000 habitants (OMS)
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le Cameroun fait partie des nombreux pays africains à être touchés par une crise des ressources humaines dans le secteur de la santé.
Le pays compte environ 1,1 médecin et 7,8 infirmières et sages-femmes pour 10 000 habitants. Par ailleurs, le système de santé camerounais a été pointé du doigt a plusieurs reprises ces dernières années en raison de scandales sanitaires, pour certains directement liés à ce manque important de soignants mais aussi à la corruption de plusieurs acteurs de l’industrie.
15 médecins généralistes disponibles à temps plein pour l’appli
That Health Again (Thea) pourrait permettre au Cameroun de résoudre une partie des problèmes actuellement vécus par l’industrie de santé.
L’application (9 Mo) est pour l’instant disponible gratuitement, uniquement sur les terminaux Android. Elle dispose d’une vingtaines de fonctionnalités via lesquelles les utilisateurs peuvent avoir accès à une liste de médecins, à des conseils pratiques sur la santé, à des informations sur les horaires d’ouverture des pharmacies de garde mais aussi à des podcasts, via lesquels certains médecins apportent aux citoyens des recommandations sur diverses maladies.
Le service central de la plateforme est « choisissez votre médecin », une option qui permet au patient d’entrer en contact avec le médecin de son choix par voie numérique. « Quinze médecins généralistes sont disponibles à temps plein pour l’application Thea », précise le Dr. Eloi Hermann Monkam Tsokam (source : Camerounweb.fr).
Par l’intermédiaire de l’outil numérique, « les malades peuvent obtenir des avis médicaux de professionnels de la santé, qui peuvent les orienter vers des médicaments adaptés à leur pathologie », précise le concepteur du dispositif.
Une présence en Afrique mais aussi en France et aux États-Unis
Depuis sa création en avril 2017, l’application a été téléchargée entre 500 et 1 000, indique Google Play Store, mais son créateur assure que 8 000 personnes y sont abonnées.
Malgré ses difficultés de financement, l’outil connaît une croissance rapide, au niveau africain mais aussi mondial. En plus de son traditionnel marché camerounais, That Health again aurait conquis des milliers d’utilisateurs au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Togo, en Angola, en France et même aux États-Unis, indique la start-up.
Thea est accessible dans les pays d’Afrique francophones et anglophones (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’ivoire, Gabon, Ghana, Guinée, Kenya, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Nigeria, République démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad , Ouganda, Zambie) et dans tous les autres pays francophones et anglophones du monde.
Bientôt une version en espagnol et en mandarin ?
Si l’entreprise parvient à récolter suffisamment de fonds, elle devrait prochainement traduire sa solution dans de nouvelles langues, notamment en espagnol et en mandarin.
Thea séduit l’industrie, mais doit encore surmonter des obstacles d’ordre législatif
Les autorités sont ravies du développement du dispositif
Du côté des pouvoirs publics, les avis sont positifs. La délégation régionale du ministère de la Santé publique pour le département du Wouri (région du Littoral) se réjouit de la mise en place d’une telle solution. « Nous avons besoin de telles initiatives pour renforcer le secteur de la médecine au Cameroun », souligne Jean II Dissongo, délégué régional du ministère dans la région du Littoral, à Douala.
L’Ordre des médecins du Cameroun émet quelques réserves
L’Ordre des médecins du Cameroun estime que le produit est une avancée intéressante, mais il émet tout de même quelques réserves. « Une consultation par voie électronique ne sera jamais comparable à une consultation classique, commente Gervais Atedjoe, chirurgien de formation en service à la clinique Marie O, à Douala, et secrétaire général de l’organisation (source : Scidev.net). Le médecin a besoin de voir son patient et de le toucher. »
La protection des données privées pose question
La protection des données personnelles fait également partie des sujets de préoccupation des acteurs de l’industrie. Le fondateur de la start-up affirme cependant avoir pris très au sérieux la question, précisant que le serveur de son application repose sur une infrastructure totalement sécurisée.
La nécessité d’instaurer un cadre légal de l’exercice de la télémédecine
Reste également un problème à régler au niveau législatif. Le cadre légal de l’exercice de la télémédecine n’a en effet pas encore été défini par les autorités camerounaises. « Nos lois ne suivent pas l’évolution de la technologie. Notre pays est lent, commente Mr. Atedjoe . La seule loi qui s’impose maintenant, c’est celle qui encadre l’exercice de la médecine en ligne. »