Une thérapie automatisée délivrée grâce à la réalité virtuelle (RV) pourrait être une solution efficace pour la prise en charge de certaines troubles mentaux. Les résultats d’une étude* randomisée, publiée le 11 juillet 2018 dans le Lancet Psychiatry et menée par des chercheurs de l’Oxford University (Royaume-Uni), montrent qu’un coach de réalité virtuelle peut aider les personnes souffrant d’acrophobie à surmonter leur peur des hauteurs.
La réalité virtuelle, une solution au manque de psychiatres
La peur des hauteurs, appelée aussi acrophobie, touche 2 à 5 % de la population. C’est la phobie la plus fréquente. Très handicapante, cette peur n’est pourtant que rarement traitée. En fait, pour de nombreux troubles anxieux, les thérapies cognitives et comportementales ont fait la preuve de leur efficacité mais le manque de professionnels de santé formés limite l’accès à ces traitements. La réalité virtuelle représente donc une opportunité majeure pour faciliter la prise en charge de patients.
Des chercheurs britanniques de l’Université d’Oxford ont mis sur pied un essai contrôlé et randomisé (lien ci-contre) incluant 100 personnes souffrant d’acrophobie depuis environ trente ans. Ils présentaient tous un score élevé au « Heights Interpretation Questionnaire » (« Questionnaire d’interprétation des hauteurs ») et ne recevaient aucun traitement psychologique.
Tous les participants ont rempli le questionnaire au moment de l’inclusion, à la fin du traitement et quatre semaines après.
Ils ont ensuite été randomisés en 2 groupes : l’un bénéficiait d’une prise en charge via la réalité virtuelle et le groupe contrôle ne bénéficiait d’aucun traitement.
Un coach virtuel contre la peur des hauteurs
Les membres du groupe utilisant la réalité virtuelle ont suivi environ six séances de trente minutes pendant deux semaines, durant lesquelles ils portaient un casque de RV. Lors de la première séance, les participants ont discuté de leur peur des hauteurs avec le coach virtuel, expliquant ce qui a provoqué leur peur, comme par exemple la peur de tomber, de se jeter hors du bâtiment ou de son effondrement.
Les participants pénétraient ensuite dans un immeuble de bureaux virtuels de dix étages et un grand atrium, où ils ont participé à des activités qui ont remis en question leurs phobies et les ont aidés à apprendre qu’ils étaient plus en sécurité qu’ils ne le pensaient. Ils devaient regarder une barrière de sécurité dont le niveau baissait progressivement, marcher sur une plate-forme au-dessus du vide, sauver un chat dans un arbre…
Tout au long des activités, l’entraîneur virtuel encourageait les participants, ces derniers expliquaient ensuite ce qu’ils avaient appris de ces séances et s’ils se sentaient plus en sécurité qu’auparavant.
L’expérience de réalité virtuelle reposait sur une application appelée « Now I can do Heights » (« maintenant, je peux affronter les hauteurs »), conçue spécialement par l’université d’Oxford pour les personnes souffrant d’acrophobie. Elle ne nécessite pas l’intervention d’un thérapeute réel. Les participants portaient également un casque équipé d’un microphone.
Résultats
- Sur les 49 participants, 44 ont suivi l’ensemble des séances de réalité virtuelle.
- À la fin du traitement, ces derniers ont tous constaté que leur peur des hauteurs avait diminué alors qu’aucun changement n’était notable dans le groupe contrôle.
- Le score d’acrophobie mesurée par un questionnaire passait d’un stade sévère à modéré.
- 34 des 49 personnes (70 %) étaient considérées comme ne souffrant plus d’acrophobie.
- 51 % des participants ont observé une réduction de leur peur d’au moins 75 %.
- Au bout de 4 semaines, les effets du traitement par VR se maintenaient.
- Aucun effet indésirable n’a été enregistré et le niveau d’inconfort lié à la réalité virtuelle était jugé comme faible.
Des traitements automatisés pour des troubles plus sévères ?
« Les thérapies de réalité virtuelle immersives qui n’ont pas besoin d’un thérapeute ont le potentiel d’augmenter considérablement l’accès aux interventions psychologiques, a conclu le Pr Daniel Freeman, professeur à l’Université d’Oxford. Nous avons certes besoin d’un plus grand nombre de thérapeutes qualifiés mais pour répondre à la forte demande de traitements de santé mentale, nous avons également besoin de solutions technologiques puissantes », a-t-il ajouté.
« Comme on le voit dans notre essai clinique, les traitements de réalité virtuelle peuvent être efficaces et rapides. Grâce à notre automatisation unique de la thérapie à l’aide de la réalité virtuelle, il est possible d’offrir un traitement de très haute qualité à un plus grand nombre de personnes à un coût abordable. Et nous effectuons actuellement des tests cliniques pour savoir si l’automatisation du traitement psychologique en utilisant la réalité virtuelle fonctionne pour d’autres troubles de santé mentale. »
4,5 millions d’euros pour évaluer la RV
Dans un commentaire** associé à cette étude, Mar Hayward émet quelques doutes sur l’intérêt de la RV pour des troubles plus sévères, tels que des psychoses. « Le profil des patients inclus dans l’essai est très différent de celui que nous voyons dans nos services de santé mentale, par exemple, la plupart avait un emploi, souligne le chercheur britannique. Et comment les racines traumatiques des expériences psychotiques d’un patient pourraient-elles influencer l’engagement dans des situations menaçantes dans le monde virtuel qui pourraient être liées au traumatisme? »
D’autres études devront être menées pour répondre à cette question. Mais le Pr Daniel Freeman a reçu une subvention de 4 millions de livres sterling (4,5 M €) de la part de l’Institut national de recherche en santé pour développer et évaluer les traitements de RV, notamment pour les patients atteints de psychose.