Une thérapie cognitivo-comportementale basée sur une application de réalité virtuelle entièrement autonome et à faible coût, avec des lunettes de réalité virtuelle rudimentaires, peut favoriser une importante réduction des symptômes de l’acrophobie. C’est le résultat d’une étude*, parue le 20 mars dans le Jama Psychiatry. Elle est la première à montrer que l’acrophobie peut être traitée en réalité virtuelle, à domicile sans l’intervention d’un thérapeute.
La réalité virtuelle pour affronter ses peurs
Les phobies figurent parmi les troubles de la santé mentale les plus répandus. Et l’acropophobie, la peur des hauteurs, est la plus fréquente des phobies. Ce trouble se traite essentiellement par thérapie cognitivo-comportementale (TCC), en exposant progressivement les individus à la situation qu’ils redoutent. Une forme émergente d’exposition est la thérapie par exposition à la réalité virtuelle (TERV), dans laquelle les environnements virtuels immersifs remplacent les environnements réels. Des méta-analyses ont montré que cette stratégie était aussi efficace que le traitement d’exposition conventionnel. Cependant, la TERV a jusqu’à présent exigé la participation d’un thérapeute et le recours à un équipement de réalité virtuelle (RV) haut de gamme.
Un dispositif de RV peu coûteux
Des chercheurs néerlandais de psychologie clinique de l’Université libre d’Amsterdam ont donc mené une étude randomisée afin d’évaluer l’efficacité et la convivialité de ZeroPhobia, une application mobile de réalité virtuelle entièrement autonome visant à traiter les symptômes de l’acrophobie. Pour garantir l’évolutivité, l’application s’appuie sur le smartphone des participants et sur des lunettes de RV de base (10 dollars), et permet que le programme puisse être suivi à domicile. Quelque 193 personnes souffrant d’acrophobie – non traitées – ont été incluses dans l’essai. Les participants ont été randomisés en 2 groupes : intervention ou liste d’attente.
Les patients étaient invités à réaliser 6 modules animés (en 2D et avec une voix off en guise de thérapeute virtuel) basés sur des techniques de TCC via l’appli, le tout en 3 semaines. Outre les techniques de psychoéducation et de TCC, l’application Zerophobia comprenait un environnement de réalité virtuel immersif gamifié et quatre vidéos à 360 ° couvrant tout le spectre d’exposition. Au cours des trois semaines, les participants ont reçu des courriels de motivation standardisés chaque semaine avec des rappels leur demandant de commencer ou de continuer avec l’application. Les chercheurs ont utilisé un questionnaire d’anxiété et un questionnaire spécifique à l’acrophobie pour évaluer cette thérapie.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 20 mars dans le Jama Psychiatry.
Résultats : des symptômes maîtrisés
- 77% des personnes qui ont utilisé l’appli de réalité virtuelle sont allées au bout de l’expérience
- La réalité virtuelle entraînait une réduction significative des symptômes de l’acrophobie au bout de 3 mois
- Le niveau d’anxiété avait diminué
- Les patients éprouvaient un plus grand sens de la maîtrise de leurs émotions
- Les symptômes dépressifs n’ont pas changé de manière significative entre les deux groupes
- Plus l’appli de RV était utilisée, plus les symptômes diminuaient
- 24 patients ont souffert du « mal du simulateur » (nausées, vertuge…)
- 75% des participants ont jugé l’appli de RV conviviale
Soigner les phobies sans thérapeute
« À notre connaissance, cet essai clinique randomisé est le premier à évaluer un traitement de l’acrophobie entièrement autogéré, écrivent les chercheurs. Nous avons montré qu’un programme de thérapie cognitivo-comportementale en réalité virtuelle basée sur une application utilisant des lunettes de protection à faible coût était à la fois efficace et convivial. Des réductions importantes des symptômes de l’acrophobie ont été obtenues. » Et les résultats se maintenaient au suivi de trois mois. L’un des principaux atouts de l’étude réside dans « sa validité écologique », car l’intervention a été menée dans l’environnement naturel des participants plutôt que dans un laboratoire de recherche.
Cependant, cet essai présente quelques limites : un taux d’attrition relativement important pour des raisons d’incompatibilité entre le téléphone et l’appli, des résultats basés uniquement sur de l’auto-déclaration et une période de suivi relativement courte. Ces résultats confortent tout de même l’hypothèse selon laquelle une thérapie par RV à domicile et sans l’intervention d’un thérapeute serait efficace. Une précédente étude, publiée en juillet dans le Lancet Psychiatry, parvenait à des conclusions similaires : 70% des personnes étaient considérées comme ne souffrant plus d’acrophobie.