Medtech

  • Étude comparative : les chatbots santé n’ont pas encore gagné la confiance des utilisateurs (USA)

    Les chatbots santé Ada, Mediktor, Your.MD, Symptomate et HealthTap ont encore des efforts à faire pour gagner la confiance des usagers, révèle une étude comparative de ces 5 applications réalisée par société californienne User Testing, spécialiste de l’amélioration de l’expérience client. Les travaux, dont les résultats ont été publiés début 2019, démontre que, selon les utilisateur, ces outils gèrent encore imparfaitement les affections complexes et qu’ils manquent de convivialité.

    500 consommateurs ont évalué les applications en fonction de 5 paramètres : facilité d’utilisation, vitesse, crédibilité, esthétique et plaisir. Les participants ont reçu une liste de symptômes pour le rhume et l’intoxication alimentaire, et ont été invités à utiliser les chatbots pour obtenir un diagnostic. Ils ont ensuite répondu à une série de questions quantitatives et qualitatives sur leur ressenti.

    Résultats clés de l’étude :
    • Les agents conversationnel réagissaient correctement pour des affections faciles à diagnostiquer mais dans ces cas-là, une recherche sur Google aurait probablement rapporté les mêmes résultats, notent les auteurs de l’étude.
    • Les tentatives de diagnostic d’une intoxication alimentaire ont débouché sur des résultats nettement moins satisfaisants.
    • Une part important de testeurs a été rebuté par des problèmes d’ergonomie assez basiques.

    Chatbot : une image nuancée auprès des utilisateurs

    L’étude signale par ailleurs que selon le cabinet Accenture, l’un des principaux dangers pour les chatbots santé est le refus des patients de les utiliser.

    User Testing indique que seules 2 applications sur 5 se voyaient attribuer plus de 50 % de votes en termes de « crédibilité ». La société souligne cependant qu’à l’issue de l’expérience, 73 % des testeurs jugeaient ces applications « utiles », contre 12 % qui les trouvaient « inutile »».

  • Étude : une appli vidéo améliore l’observance du traitement de la tuberculose (The Lancet)

    Le suivi des patients souffrant de tuberculose grâce à une application mobile serait plus efficace que la prise en charge habituelle, montre une étude randomisée et contrôlée réalisée par une équipe de l’University College London et publiée le 21 février 2019 dans The Lancet. Selon ces travaux, les patients équipés de cette appli qui permet d’enregistrer et d’envoyer par vidéo la prise de médicaments étaient plus observants que ceux du groupe contrôle. En outre, cette technique dite de TOV (traitement sous observation vidéo) s’est révélée beaucoup moins chronophage pour les équipes soignantes.

    Tuberculose : l’enjeu majeur de l’observance

    Depuis le début des années 90, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise la mise en place d’une « observation directe de la thérapie » (DOT). Cette méthode, qui consiste à ce que le malade prenne son médicament journalier sous le regard d’un soignant ou d’une autre personne, mais pas d’un membre de la famille), a pour but d’améliorer le taux d’observance, peu élevé dans le cas de la tuberculose. Le schéma thérapeutique (prise de médicaments tous les jours ou 5 jours par semaine et en auto-traitement le week-end) rend le DOT très lourd à gérer pour les équipes et pour les patients qui doivent se déplacer.

    Une appli vidéo pour un meilleur suivi à distance

    Les progrès de la vidéo sur smartphone ont permis d’envisager une autre stratégie, plus légère : le traitement sous observation vidéo (TOV), qui est commandé comme alternative au DOT. À l’origine, cela nécessitait un appel vidéo en direct (TOV synchrone) entre le patient et l’observateur.

    Plus récemment, des applications pour smartphone permettant l’enregistrement et la transmission de clips vidéo pour un visionnage ultérieur (TOV asynchrone) ont été développées. Cette procédure est actuellement utilisée dans certaines cliniques aux États-Unis mais le niveau de preuves est encore faible du fait du nombre limité d’essais contrôlés randomisés disponibles. En outre, le TOV n’a pas encore été évalué chez des patients socialement complexes.

    Une étude menée dans 22 centres

    Des chercheurs britanniques de l’University College London ont mené le premier essai randomisé, contrôlé, en double aveugle et multi-centrique comparant un TOV asynchrone et le DOT traditionnel.

    Quelque 226 patients souffrant de tuberculose (non multi-résistante) ont été recrutés dans 22 centres de soins puis randomisés en 2 groupes. La majorité d’entre eux avaient connu la prison, la rue, la toxicomanie, l’alcoolisme ou des pathologies mentales.

    Ceux appartenant au groupe TOV se voyaient remettre un smartphone : ils ont été formés à l’enregistrement et à l’envoi de vidéos via l’appli dédiée. Ils devaient transmettre une vidéo chaque jour lors de la prise du traitement. Des observateurs de traitement formés visionnaient les vidéos via un site web protégé par mot de passe. Afin de répondre aux préoccupations selon lesquelles une réduction des contacts en face à face pourrait conduire à une non-détection des effets indésirables, les patients ont été encouragés à signaler les effets indésirables du médicament sur les vidéos.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 21 février 2019 dans The Lancet.

    Résultats : efficace et économe

    • 70 % des patients suivis via l’application mobile atteignaient un taux d’observance d’au moins 80 % alors qu’ils n’étaient que 31% dans le groupe contrôle.
    • Après 6 mois de suivi, l’observance se maintenait à 77 % dans le groupe vidéo.
    • Il n’y avait pas de différence dans le taux de positivité dans les cultures de crachats.
    • Le personnel consacrait en moyenne 3,2 minutes par prise médicamenteuse dans le groupe vidéo, contre 56 minutes dans le groupe TOV lors d’un contrôle à domicile et 15 minutes au centre de soins.
    • Le coût de la prise en charge pour 6 mois était de 5 700 livres (environ 6 650 €) pour 5 prises par semaine, contre 1 645 livres (environ 1 920 €) avec l’appli vidéo, soit un coût 3 fois moins important.

    Une prise en charge vidéo pour l’hépatite C ?

    Le traitement sous observation vidéo s’est donc révélé très efficace. Même dans des populations socialement complexes, le taux d’abandon du traitement de la tuberculose était plus faible que dans le groupe « observation directe de la thérapie ». L’absence de contacts humains n’a eu aucune incidence sur les événements indésirables. En outre, le système est nettement plus économique, même en incluant le coût des téléphones et des forfaits.

    Certes, l’étude présente quelques limites – des bugs informatiques, l’exclusion des tuberculoses multi-résistantes – mais les chercheurs estiment que ces résultats sont généralisables à l’ensemble des patients car les malades étaient issus de 22 centres et avaient des profils très différents.

    Par ailleurs, compte tenu de l’accueil très favorable réservés par les patients au TOV, les auteurs de ces travaux estiment que ce type de prise en charge pourrait être décliné dans le cadre d’autres maladies, telles que l’hépatite C.

  • Ottawa accorde 26,5 millions d’euros à Blackberry pour développer ses systèmes sécurisés QNX

    Le gouvernement fédéral canadien accorde une subvention de 40 millions de dollars canadiens (26,5 millions d’euros) à la société Blackberry afin de l’aider à financer sa division QNX. Cette unité développe un système d’exploitation embarqué en temps réel dédié aux applications critiques en matière de sécurité, comme l’automobile et l’industrie mais aussi les services médicaux. Ce financement devrait se faire via le fonds stratégique pour l’innovation (FSI).

    QNX for Medical 2.0, présenté en octobre 2018, est la version du système QNX chargée de sécuriser la production d’appareils médicaux tels que des robots chirurgicaux, des pompes de perfusion ou des systèmes de surveillance des patients.

    Ce système dédié au monde médical peut se prévaloir de « centaines de millions d’heures d’utilisation sur le terrain dans des applications critiques, y compris des dispositifs et équipements pour le diagnostic sanguin, l’imagerie par ultrasons, la perfusion, la surveillance cardiaque, la réanimation et la chirurgie robotique », explique Blackberry dans un communiqué publié le 15 février 2019.

  • Microsoft annonce la fin des applications et services liés à son bracelet connecté

    Microsoft a annoncé le 1er mars 2019 son intention de supprimer les services et applications liés à son bracelet « traqueur d’activité » Microsoft Band. Au 31 mai, la plateforme Microsoft Band Dashboard, qui permettait de télécharger les données mesurées, aura été désactivée et les applications correspondantes retirées du Microsoft Store, de Google Play et de l’App Store d’Apple.

    La firme de Redmond s’était lancée en 2014 sur le marché des wearables, concurrençant l’Apple Watch avec cet appareil permettant à l’utilisateur de surveiller ses pas quotidiens, son rythme cardiaque et son sommeil. Après un deuxième bracelet lancé en 2015, elle avait renoncé dès 2016 à lancer une troisième version, tout en continuant à faire fonctionner ses applications pour les utilisateurs existants.

    Les critiques de ce produit pointaient notamment la faible autonomie de sa batterie et son prix trop élevé, ou encore une communication maladroite et une commercialisation limitée à quelques pays, qui l’auraient rendue invisible aux yeux des consommateurs.

    Microsoft fait le deuil de ses ambitions en matière de santé connectée auprès des particuliers mais maintient le cap dans le domaine santé avec une stratégie dévoilée lors du HIMSS 2019, qui repose notamment sur l’intelligence artificielle, un chatbot santé et le dialogue médecin-patient.

  • La start-up Oova développe un outil de suivi de la fertilité féminine par intelligence artificielle

    La société Oova, issue du Mount Sinai Hospital, prépare le lancement d’un appareil de contrôle de la fertilité féminine : il s’agit de proposer aux femmes une nouvelle façon de suivre leur concentration d’hormone lutéinisante et de progestérone, deux indicateurs clés en matière de fertilité.  

    Jerome Scelza, directeur technique et cofondateur d’Oova, souligne dans un communiqué publié le 26 février 2019 que cet appareil permettra à ses utilisatrices de recueillir ces données « en temps réel » et d’accéder à « des informations personnalisées en matière de santé reproductive ».

    Le prototype actuellement en développement marie biotechnologie et apprentissage automatique : la quantité d’hormones présentes dans un échantillon d’urine est d’abord mesurée grâce à une bandelette, qui est ensuite scannée et décodée par un algorithme d’intelligence artificielle avec la caméra d’un smartphone. Grâce à un suivi quotidien des niveaux hormonaux, l’appareil est capable de gérer l’évolution des cycles menstruels, de prévoir les pics de fertilité et de donner à l’utilisatrice des recommandations fondées sur des objectifs.

    Le lancement de l’appareil est prévu pour le troisième trimestre 2019 : un partenariat avec Thorne Research, qui commercialise des compléments nutritionnels pour femmes enceintes, devrait permettre d’atteindre plus de 3 millions de consommatrices potentielles.

    « Cet outil permettra aux patientes de prendre le contrôle de leur propre fertilité, un besoin auquel aucun produit du marché ne répond encore », relève le Dr Alan Copperman, conseiller scientifique principal de la société. « Le corps des femmes ne doit pas être une boîte noire », résume Aparna (Amy) Divaraniya, P.-D.G. d’Oova.

  • L’hôpital américain Cedars-Sinai équipe 100 patients de l’assistant vocal d’Amazon

    L’hôpital Cedars-Sinai de Los Angeles a équipé une centaine de ses patients avec le système Alexa d’Amazon : dans le cadre de cette expérience pilote, la plateforme Aiva basée sur Alexa leur permet d’interagir avec le personnel et de commander à distance les appareils électroniques. Elle permet ainsi aux infirmières de se concentrer sur les tâches les plus urgentes.

    L’établissement précise dans un communiqué, daté du 25 février 2019, que par le biais des enceintes Amazon Echo installées dans leurs chambres, les patients peuvent allumer et éteindre leur téléviseur ou changer de chaîne par commande vocale. Ils sont également en mesure de communiquer par Alexa avec les infirmières et les médecins : leurs messages sont transférés sur le téléphone mobile de leur correspondant, et en cas de non-réponse, le système les transmet à l’échelon hiérarchique supérieur.

    Très actif en matière d’innovation technologique, l’hôpital Cedars-Sinai a été via son accélérateur un des premiers financeurs d’Aiva, la société qui a adapté le système Alexa au contexte hospitalier. Aiva est également soutenu par le programme Alexa (Amazon) ainsi que par Google Assistant. Les détracteurs de ce programme soupçonnent les GAFA de vouloir recueillir les données des patients pour mieux les suivre une fois sortis de l’hôpital.

  • Diabète : une formation obligatoire pour les patients utilisateurs de l’application FreeStyle Libre

    Le laboratoire pharmaceutique Abbott annonce l’introduction d’une formation obligatoire pour l’utilisation de son système FreeStyle Libre, qui permet de mesurer le taux de glucose en continu sans piqûre au bout du doigt.

    La formation sera dispensée pendant une période d’essai d’1 à 3 mois par un diabétologue ou un pédiatre expérimenté en diabétologie, dans le cadre d’une structure « impliquée dans les programmes d’éducation thérapeutique validés par l’ARS » : il s’agit d’apprendre au patient à poser le capteur, à interpréter et à utiliser les informations fournies par le système. Le praticien procèdera à l’issue des 3 mois à une évaluation des connaissances du patient afin d’envisager ou non sa poursuite de l’utilisation du dispositif.

    Le patient aura également la possibilité d’apprendre à l’utilisation de FreeStyle Libre « à tout moment, partout et à son rythme » avec une formation en ligne proposée sur le site Freestylesiabete.fr. Il lui suffira pour ce faire de se créer un compte en utilisant le numéro de série de son lecteur.

  • L’Institut du cerveau et de la moelle épinière lance une appli pour tester les capacités cognitives

    L’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) et le cabinet de conseil Accuracy s’associent pour tester BRAiN’ US, une application mobile pour les directions RH, développée par les équipes de recherche de l’ICM.

    BRAiN’ US recueille les connaissances sur le fonctionnement du cerveau. Par le biais de 8 jeux, les différentes capacités cognitives exécutives comme l’attention ou la mémoire sont testées. Grâce à ces capacités, le cerveau contrôle le traitement de l’information et adapte le comportement de manière continue et flexible selon les objectifs.

    L’objectif est de développer l’utilisation de la soution dans le bien‐être en entreprise, comme un outil de recherche sur le cerveau, utile dans un contexte de ressources humaines. Des modèles mathématiques permettent d’analyser les données de cette expérience scientifique afin d’effectuer une synthèse quantitative des différents mécanismes mentaux qui déterminent la prise de décision. Une étude pilote est menée avec une cinquantaine de consultants d’Accuracy.

    Innover grâce aux neurosciences

    L’application mobile BRAiN’ US a été développée par Jean Daunizeau, codirecteur de l’équipe « motivation, cerveau, comportement » de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière. Elle vise à recueillir des connaissances sur la manière dont le cerveau fonctionne grâce à 8 jeux pour tester différentes capacités cognitives.

    Les neurosciences associées à des modèles mathématiques vont permettre d’identifier les différents mécanismes mentaux qui déterminent la prise de décision. L’ICM a ainsi conclu un partenariat avec le cabinet Accuraxy pour développer l’utilisation de BRAiN’ US sur le segment du bien‐être en entreprise et des ressources humaines.

    Une cinquantaine de consultant dans l’étude

    Dans une étude pilote, la cinquantaine de participants réalisera les 8 jeux composant l’application. L’Institut du cerveau et de la moelle épinière enverra à chaque utilisateurs un bilan personnalisé. Le cabinet recevra un bilan global anonymisé. « La première version de BRAiN’ US est un outil de recherche, ce type d’étude va nous permettre de définir quelles modalités mettre en place par la suite, » explique Jean Daunizeau (communiqué).

    L’apport des équipes d’Accuracy concernera en particulier le renforcement du modèle économique de la future start-up et ses possibles applications dans le monde de l’entreprise. Les premiers résultats devraient être rendus en milieu d’année avant une poursuite à plus grande échelle de ces travaux et la mise au point de la solution digitale.

  • Impliquer en amont les patients dans la conception des applis et objets connectés (conférence)

    L’enquête sur l’impact des nouvelles technologie sur la santé et la qualité de vie des personnes vivant avec une maladie chronique, réalisée par le collectif d’associations de patients [im]Patients, chroniques & associés (ICA), a montré une sous utilisation des applications et objets connectés. Afin de mettre en perspective ce constat et les autres résultats de l’étude avec les attentes des médecins, des industriels, des institutionnels et surtout des patients, ICA a organisé le 20 février 2019 un débat intitulé « Homo Connectus et Dr Data ».

    Selon le Dr Didier Mennecier, hépato-gastro-entérologue, l’un des intervenants de la conférence, « les réseaux sociaux deviennent le point de contact et d’échange majoritaire des patients chroniques sur internet. » Les praticiens doivent être plus présents, estime-t-il. « Il s’agit d’un enjeu pour maintenir la confiance et l’adhésion thérapeutique ».
    L’une des autres observations qui ressort de la sous utilisation des applications, selon Guillaume Marchand, P.D.G. de DMD Santé, est la faiblesse de l’offre d’outils à valeur ajoutée, utilisables par le professionnel de soins dans le cadre du parcours de soins. « Les patients les utilisent d’ailleurs plus pour identifier des risques ou des effets secondaire que pour monter en compétence », indique-t-il.

    Cette inadéquation est en partie liée au mode de conception de ces outils qui n’intègrent pas, ou trop tard, les représentants de patients. Il s’agit d’une revendication forte exprimée par Frédéric Lert, président d'[im]Patients, chroniques & associés. Les associations pourraient d’ailleurs avoir leur propre lab pour concevoir avec leurs membres des applications et outils connectés, suggère-t-il. Un travail qui se ferait en coconstruction avec les professionnels, parce que, selon Guillaume Marchand, la réticente professionnelle vient aussi du fait que les arbres décisionnels derrière l’application ne correspondent pas toujours à la logique des praticiens.

    Une approche qui ouvre la porte à une nouvelle enquête pour ICA : interroger les professionnels de santé en reprenant la classification de la première étude, soit en distinguant les hyperconnectés (utilisateurs réguliers d’internet, d’applications mobiles et d’objets connectés), des biconnectés (utilisateurs fréquents d’applications mobiles et d’internet mais pas d’objets connectés) et des hypoconnectés (utilisateurs très occasionnels d’internet mais pas d’applications ni d’objets connectés).

  • Dispositifs médicaux connectés : la HAS précise les spécificités d’évaluation clinique (guide)

    La « rapidité d’évolution de la solution technologique« , « les interactions avec d’autres dispositifs/objets/plateformes » et « l’existence de systèmes experts qui traitent l’information« , tels que « ceux faisant appel à des algorithmes d’intelligence artificiel », font partie des caractéristiques communes aux dispositifs médicaux connectés (DMC) à prendre en considération dans leur évaluation clinique visant à déterminer s’ils feront l’objet d’un remboursement par l’Assurance maladie, indique la Haute autorité de santé (HAS) dans un rapport publié en ligne le 19 février 2019.
    Ce guide, à visée didactique, est destiné à « aider les entreprises qui fabriquent ou exploitent des DMC à anticiper les exigences cliniques requises par [la Commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et technologies de santé (Cnedimts)] pour déterminer l’intérêt d’un DMC en vue de sa prise en charge par la solidarité nationale », explique la HAS.

    Les DMC évaluables par la Cnedimts remplissent les conditions suivantes :
    • ils sont destinés à être utilisés à des fins médicales, leur finalité impliquant qu’ils soient marqués CE ;
    • ils sont à usage individuel (implantés ou utilisés par le patient lui-même) ;
    • ils disposent d’une fonction de télécommunication, éventuellement liée à une intelligence artificielle ;
    • l’industriel a déposé un dossier de demande de prise en charge par la solidarité national.

    Pour répondre au mieux à ces particularités, l’organisation présente 4 axes spécifiques, dont un recueil de données en vie réelle, assortis à l’évaluation des DMC, qui doivent être anticipés par le fabricant ou l’entreprise qui assure l’exploitation du dispositif.

    La conception de ce guide figurait au programme de travail 2018 de la Haute autorité de santé, qui comprenait plusieurs nouveaux chantiers dans le domaine de la e-santé.

    Exemples de DMC susceptibles de faire l’objet d’un remboursement individualisé par l’Assurance maladie :

    • DM ƒutilisés à des fins de télésurveillance médicale : par exemple, un défibrillateur cardiaque implantable associé à une télésurveillance médicale ;
    • DM générant une action du patient à des fins d’auto-traitement ou d’autosurveillance (par exemple, un neurostimulateur utilisé dans le traitement de la douleur connecté avec une application smartphone qui permet au patient de gérer lui-même son traitement) ;
    • DM générant ou recevant des informations en vue de l’optimisation du traitement : par exemple, une pompe à insuline couplée à un capteur de mesure en continu du glucose interstitiel exploitant le carnet électronique du patient pour optimiser son traitement.

    4 axes spécifiques

    Quel que soit le dispositif médical, connecté ou non, les critères d’évaluation réglementaires en vue de leur remboursement par l’Assurance maladie sont les mêmes, déclare la Haute autorité de santé (HAS).

    « Selon la finalité du DM, ils prennent en compte l’intérêt thérapeutique, diagnostique ou de compensation du handicap du DM, ainsi que son intérêt de santé publique, précise-t-elle. La démonstration de ces intérêts s’appuie sur des essais cliniques. »

    L’instance annonce que les 4 axes spécifiques suivants, assortis à l’évaluation des DMC, doivent être anticipés par le fabricant ou l’entreprise assurant l’exploitation du dispositif :

    1. Le programme de développement clinique optimisé

    • Enjeu premier pour l’entreprise concernée : construire un programme de développement clinique en cohérence avec la finalité recherchée par l’utilisation du DMC.
      • Pour tout DMC à usage individuel, l’évaluation de son impact en termes de bénéfice clinique, d’acceptabilité ou d’amélioration de la qualité de vie pour l’usager est nécessaire ;
      • d’autres impacts peuvent aussi être recherchés, notamment en termes d’accès aux soins, de qualité de prise en charge, et d’organisation des soins.
    • ƒL’évaluation doit porter a priori sur la solution technologique dans son ensemble, c’est-à-dire sur tous les éléments recueillant, traitant et transmettant des informations à distance en prenant en considération l’organisation des soins instaurée.
      • « Dans certains cas, notamment lorsque certains composants sont fonctionnels par eux-mêmes, l’évaluation de l’effet propre du DMC pourra être un enjeu pour le développeur », commente la HAS.

    2. Les prérequis mis en place indépendamment de toute évaluation par la CNEDiMTS pour l’accès au remboursement :

    • le respect des exigences en termes de traitement et d’hébergement des données qui sont couvertes par la réglementation en vigueur, notamment par le RGPD ;
    • l’obtention du marquage CE, dont le but est de garantir le respect des exigences générales relatives à la sécurité et à la performance durant l’ensemble du cycle de vie du dispositif ;ƒ
    • les éléments déployés par l’industriel permettant de garantir la maîtrise de la qualité des résultats tout au long de la mise à disposition du DMC auprès du patient.

    3. En cas de traitement automatique de données, il ne revient pas à la Cnedimts d’évaluer le fonctionnement mathématique du modèle

    Cependant, « des informations seront à fournir à la fois sur la manière dont l’algorithme a été créé (choix et sélection des variables, choix et entraînement des modèles, etc.) et sur le suivi de la pertinence de l’algorithme créé (vérification régulière, absence de biais, etc.), note l’autorité. Ces points doivent être pris en compte dès le « design » du modèle. »

    4. Un recueil de données en vie réelle

    « L’évolutivité de certains DMC pourrait impliquer qu’après inscription sur la liste des produits remboursables, un recueil de données en vie réelle soit mis en place afin de surveiller sa non-régressivité, explique la Haute autorité de santé. L’objectif est d’éviter les conséquences négatives d’une dérive possible des évolutions de la solution technologique. »

    Dans certains cas, la Cnedimts aura la possibilité de demander la mise en place d’études post-inscription. Ces études permettront entre autres une confirmation de l’intérêt du DMC en situation réelle d’utilisation. Elles seront à la charge de l’entreprise qui fabrique ou assure l’exploitation du dispositif.

    Des algorithmes « intelligibles et interprétables »

    Parmi les spécificités à prendre en considération dans l’évaluation clinique figure l’existence de systèmes experts qui traitent l’information, « des plus classiques, tels que des algorithmes décisionnels programmés, aux plus innovants, tels que ceux faisant appel à des algorithmes d’intelligence artificielle ».

    • En cas de traitement automatique de données par le dispositif via des algorithmes dits « classiques », c’est-à-dire n’ayant pas la capacité de se modifier par eux-mêmes, la HAS note que ces derniers doivent être « intelligibles et interprétables »pour les décisions proposées et prises « par le modèle ayant des impacts sur la santé des patients ».
      • L’industriel doit décrire les données ayant permis la validation de l’algorithme (complétude, qualité et représentativité) et fournir une estimation de ses performances le cas échéant (par exemple au travers de la valeur prédictive positive ou négative du paramètre évalué).
    • Dans le cas des algorithmes apprenants, et notamment des technologies d’apprentissage automatique (machine learning) non supervisé, « il ne revient pas à la Cnedimts d’évaluer le fonctionnement mathématique du modèle » mais « sa pertinence clinique », précise l’instance.
      • Ainsi, l’industriel doit faire apparaître dans son dossier « toutes les informations permettant d’expliciter à la fois la manière dont l’algorithme a été créé (choix et sélection des variables, choix et entraînement des modèles) et le suivi de la pertinence de l’algorithme créé mis en place (vérification régulière, absence de biais, etc.) », détaille la HAS, précisant que ces points doivent être pris en compte « dès le design du modèle ».

    Les technologies, les connaissances, la législation, les normes, les bonnes pratiques, les chartes, etc. liées au numérique « évoluant très rapidement, notamment en ce qui concerne l’intelligence artificielle », ce guide « évoluera au fil du temps, faisant l’objet de mises à jour autant que de besoin », annonce la HAS.