« Le FreeStyle Libre (FSL) est une évolution technologique majeure en diabétologie« , commente le Pr Elise Bismuth, médecin au service « endocrinologie et diabétologie pédiatrique » à l’hôpital Robert-Debré (AP-HP), intervenue le 28 mars 2019 lors d’un symposium dédié au dispositif, auquel Health & Tech Intelligence a assisté. La session était organisée dans le cadre du Congrès de la Société francophone du diabète (SFD), qui se tient à Marseille jusqu’au 29 mars.
Le système de mesure du glucose en continu FSL est un dispositif médical sans piqûre, sans lancette et sans bandelette développé par Abbott. Il a rencontré un engouement immédiat lors de sa mise sur le marché en 2017. Remboursé par l’Assurance maladie depuis le 1er juin 2017 et proposé dans 7 pays d’Europe, il est aujourd’hui de plus en plus sollicité, l’occasion de faire le point.
Le Pr Elise Bismuth insiste sur l’importance d’une éducation thérapeutique : « Mieux [les familles] connaissent et maîtrisent l’outil, moins d’erreurs elles commettent, meilleurs sont les résultats », indique-t-elle.
De son côté, le Pr Michael Joubert, endocrinologue et diabétologue au CHU de Caen, est revenu de son côté sur le télésuivi des patients porteurs de FreeStyle Libre dans le cadre du programme Étapes avec le lancement d’une plateforme unique conçue pour faciliter la mise en place de la télésurveillance : le portail LibreView, attendu au cours de l’été 2019.
L’importance de l’éducation thérapeutique en pédiatrie (Dr Bismuth)
L’éducation thérapeutique est essentielle pour apprendre à utiliser le FreeStyle Libre, insiste le Dr Elise Bismuth (service pédiatrie, hôpital Robert-Debré), « aussi bien du côté des patients enfants que de leurs parents ».
D’autant plus que le dispositif dispose d’un nouveau référentiel, étant passé d’un système capillaire (piqûre du doigt) à système interstitiel (mesure en continu du taux de glucose dans le tissu interstitiel). Il y a beaucoup plus d’informations de générer.
- avantages pour les soignants : « Bye bye le carnet papier ». Ils peuvent annoter et télécharger toutes les données.
- avantages pour les familles : elles apprécient le confort de la mesure interstitielle parce qu’il n’y plus besoin de piquer le doigt de son enfant. À l’école, c’est aussi plus simple de gérer ses jeunes patients pour les enseignants et les aides scolaires.
« Toutes les études soulignent l’importance de l’éducation thérapeutique »
Le Pr Elise Bismuth revient sur les résultats d’une étude observationnelle prospective multicentrique (9 centres) menée par l’Association du diabète infantile de la Méditerranée (Adim) sur 347 enfants et adolescents de décembre 2016 à juillet 2017.
Il en ressort que l’éducation thérapeutique, soit la formation des patients et des familles à l’utilisation du dispositif, est nécessaire pour améliorer le suivi et les résultats.
La satisfaction des utilisateurs de FSL était d’environ 60 %, sachant que parmi les principales critiques avancées figuraient le coût du dispositif, qui n’était pas encore remboursé alors.
« Les mêmes résultats ont été observés en Belgique, au Royaume-Uni et en Israël, par exemple, note la pédiatre. Toutes les études soulignent l’importance de l’éducation thérapeutique. Les conditions de remboursement sont un facteur très important. »
En juin 2017, les autorités émettent ces recommandations pour la MGC :
-
comprendre ce qu’est la mesure interstitielle ;
-
avoir des pistes pour réagir en cas d’alerte ;
-
être capable d’analyser les données recueillies.
« Face à ces recommandations, nous n’avions quasiment pas d’outils adaptés et en pédiatrie, aucun outil », explique la praticienne.
Selon elle, une utilisation optimale de l’outil se présente comme suit :
« L’idée est de passer de l’outil soignant à l’outil patient », commente la spécialiste.
Il existe 5 domaines pour lesquels les soignants ont besoin d’outils, constate ainsi le Pr Elise Bismuth :
-
poser le diagnostic éducatif : qui réclame l’outil ? Le patient ? La famille ? ;
-
comprendre le fonctionnement du dispositif pour une bonne interprétation des données en temps réel ;
-
réagir de manière adaptée ;
-
analyser les données reçues ;
-
évaluer les modalités d’accompagnement des patients.
À partir de ce constat et afin de pouvoir suivre les recommandations relatives à la MGC, la praticienne a co-construit en équipe avec ses collègues et les patients les outils suivants :
-
guide d’entretien avant la 1ère pose ;
-
diagnostic éducatif des enfants déjà équipés ;
-
guide de bonnes pratiques ;
-
présentation d’une journée type ;
-
guide du déchargement et d’interprétation des données ;
-
outils pour les population spécifiques : vidéos et applications mobiles à destination des adolescents, vidéo expliquant la pose du dispositif chez le jeune enfant ;
-
mallette de jeux de mise en situation Libre n’Play.
« Certains outils n’ont finalement pas été retenus parce qu’ils se sont avérés peu adaptés à la pratique quotidienne », précise le Pr Elise Bismuth.
Ceux qui ont été retenus vont être distribués dans les centres hospitaliers de France. « L’un des enjeux est de gagner la confiance des familles dans le système, analyse la pédiatre. Mieux elles connaissent et maîtrisent l’outil, moins d’erreurs elles commettent, meilleurs sont les résultats. »
« Je tiens à souligner l’importance de la co-construction dans ce projet, commente la praticienne. Quand on connaît le fonctionnement de l’hôpital public, ce genre de collaboration fait du bien. »
Conclusions du Pr Elise Bismuth :
-
le FreeStyle Libre est une évolution technologique majeure en diabétologie ;
-
l’accompagnement ETP est indispensable ;
-
référentiel de compétence, messages éducatifs, outils, etc. : « tout est à créer » ;
-
la co-construction entre les soignants et les patients est importante ;
-
l’évaluation des modalités d’accompagnement des patients est essentielle.
FS LibreView, une plateforme validée dans le cadre du programme Étapes (Pr Joubert)
Le Pr Michael Joubert, diabétologue au CHU de Caen, est revenu de son côté sur l’utilisation du FSL dans le cadre du programme Étapes, visant à expérimenter la télémédecine au niveau national.
Les modalités d’Étapes, dont le texte fondateur date de 2010, ont été mises à jour en 2018 :
Les limites et les freins de la télésurveillance selon le Pr Michael Joubert :
-
la méconnaissance du programme Étapes par plus de 50 % des médecins ;
-
les indications restrictives : toutes les situations, comme le diabète gestationnel, ne sont pas prises en compte dans le programme ;
-
les difficultés de mise en place :
-
réticence des administrations hospitalières : « À Caen, j’ai longtemps été bloqué pour mettre en place la télésurveillance, alors que je m’y étais pris un an avant le lancement du programme Étapes, explique le diabétologue. L’administration a peur qu’il y ait un doublon entre la télésurveillance et le dossier patient informatisé. Il faudrait un moyen d’unifier les systèmes. » ;
-
difficultés organisationnelles (temps dédié, continuité des soins…) : quand une professionnelle présente dans l’auditoire demande si ce suivi n’est pas chronophage (Combien de temps faut-il pour enregistrer un patient ? Combien de temps faut-il pour lui répondre ?), le diabétologue explique qu’il n’est pas encore possible de le savoir puisque personne en France n’utilise pour l’instant la plateforme, qui n’a pas encore été mise en place. « Ce que je vous ai présenté ici est un cabinet virtuel, explique-t-il. Nous verrons à l’usage les avantages et les inconvénients de l’outil. » ;
-
-
le modèle médico-économique : « L’outil n’est peut-être pas viable dans le système économique actuel », admet le praticien, précisant que dans le public, il faut environ 130 patients télésuivis pour financer 1 infirmière à temps plein ;
-
les solutions techniques inadaptées au glucose interstitiel.
En ce qui concerne la sécurisation des données, toutes les solutions proposées sont validées par les autorités de santé et acceptées par le ministère, y compris en matière de sécurité des données, indique le Pr Michael Joubert. Le FSL figure dans la liste des dispositifs accrédités par la DGOS, précise-t-il.
Actuellement, peu de patients partagent les données générées par le FreeStyle Libre avec leur médecin, note le diabétologie :
LibreView : une plateforme pour mettre en place le télésuivi d’un patient
Actuellement, le FreeStyle Libre est composé :
-
du FSL Link, une appli permettant de faire remonter les données aux médecins ;
-
du FSL lecteur, un outil utilisé quand les patients téléchargent leurs données.
Abbott est en train de mettre à jour le portail LibreView, une solution validée dans le cadre du programme Étapes.
Le portail permet d’envoyer des notifications individualisées, d’échanger entre les professionnels de santé et leurs patients mais aussi entre les professionnels de santé eux-mêmes par le biais d’une messagerie sécurisée. Il permet de centraliser sur un même espace les données de FSL et de FSL Link.
« La grande nouveauté c’est la fonction de télésurveillance, intégrée dans le cadre d’Étapes, commente le Pr Michael Joubert. Elle permet d’activer et de suivre une télésurveillance pour inclure un ou plusieurs patients dans ce programme Étapes ». Toute la démarche peut être effectuée sur la plateforme, du document permettant de demander le consentement du patient, nécessaire, au contrat de surveillance relatif à la gestion des données.
Conclusion du Pr Michael Joubert :
- Le FreeStyle Libre a maintenant sa solution de télésurveillance adaptée au glucose interstitiel dans le cadre du programme Étapes : LibreView ;
- LibreView permet :
- d’inclure un patient dans le programme Étapes ;
- de paramétrer des notifications en rapport avec :
- l’observance ;
- les événements d’hypoglycémie et le temps en hypoglycémie ;
- le temps en hyperglycémie ;
- le temps dans la cible ;
- la variabilité (CV) ;
- d’effectuer le suivi des patients télésurveillés de façon très flexible (suivi individuel, suivi par équipe soignant, rythme des notifications…)
« Avant, quand un patient venait en consultation tous les 6 mois, je n’étais pas en mesure de lui proposer une réponse, de faire évoluer son traitement, témoigne le Pr Michael Joubert. Avec FSL, j’ai envie de voir mes patients plus souvent pour les aider à mieux gérer leur état parce que je vois plus de choses avec ce suivi en continu, par exemple des hypoglycémies nocturnes que je ne pouvais pas identifier auparavant. »