Le CHU de Toulouse figure parmi les six lauréats du premier appel à manifestation d’intérêt (AMI) sur l’intelligence artificielle (IA), dévoilés le 21 novembre 2018 par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique. Le centre de soins a retenu l’attention du jury pour son initiative s’articulant autour de l’utilisation de l’IA pour aider au diagnostic et ainsi optimiser la préparation des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) dans le cas des traitements post-opératoires du cancer du poumon, un projet porté par Prosper Burq, spécialiste de l’analyse des données au sein de l’établissement.
Les lauréats seront accompagnés pendant dix mois par l’équipe Etalab* de la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (Dinsic) et la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP), aussi bien d’un point de vue technique pour développer une preuve de concept (POC) que d’un point de vue stratégique pour anticiper l’impact métier potentiel de ce POC, grâce à un financement du programme d’investissements d’avenir (PIA). À la suite de ce suivi, une évaluation sera réalisée pour déterminer si les solutions ont fait leurs preuves et si elles peuvent être déployées à plus large échelle.
Lancé en juin dans le cadre du PIA par la Dinsic et la DITP, deux entités chargées d’accompagner la modernisation de l’État, cet AMI s’adressait aux acteurs publics (ministère, administrations, opérateurs et établissements publics) souhaitant expérimenter des technologies basées sur l’IA.
Une IA pour extraire les bonnes informations issues de situations passées
Cancer du poumon : « des traitements post-opératoires extrêmement complexes »
« [Le cancer du poumon est l’un des cancers] que l’on traite malheureusement aujourd’hui de la façon la plus artisanale possible : il y a beaucoup de chirurgie, et à la fin, des traitements post-opératoires extrêmement complexes, divers et différents d’un patient à un autre », a déclaré Mounir Mahjoubi lors de la présentation des lauréats.
Les professionnels rassemblés lors des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) doivent émettre des propositions de traitement post-opératoire, a-t-il rappelé, soulignant qu’il n’y avait « pas de science dure derrière ». « On ne peut pas dire que pour tel patient, c’est exactement ça qu’il faut faire », a-t-il commenté.
Optimiser la prise de décision en évitant aux médecins de « retravailler les bases de données »
Dans ce cas, l’usage de l’intelligence artificielle (IA) proposé par le CHU de Toulouse vise à retrouver des situations similaires chez des patients déjà pris en charge par le passé, par le biais de méthodes d’extractions de données et de traitement automatique du langage appliquées à l’historique des dossiers numérisés du centre de soins, dans l’optique de produire des « résumés standardisés » et des recommandations de prise en charge.
L’idée est d’optimiser la préparation des RCP pour que les professionnels réunis n’aient pas besoin de « retravailler les bases de données » et suivent les recommandations établies par l’IA afin de prendre une décision médicale éclairée, a expliqué le secrétaire d’État. « Ça ne remplace pas la décision du médecin, ça la renforce », a-t-il ajouté.
Impacts attendus :
- « optimisation de la recherche d’information médicale » ;
- « amélioration de la cohérence des dossiers patients » ;
- « gain de temps » pour les médecins (source : dossier de presse portant sur l’AMI).
Les 5 autres lauréats de l’AMI sur l’IA
52 dossiers de candidature provenant de tous les secteurs de l’action publique (enseignement supérieur, environnement, économie et finances, sécurité, santé, etc.) ont été reçus et examinés par un jury pluridisciplinaire d’entrepreneurs, de chercheurs et de représentants de l’État.
En dehors du CHU de Toulouse, les administrations et projets sélectionnés sont les suivants :
- l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (ACOSS) : « développer un agent vocal conversationnel – voice bot – pour répondre aux interrogations des utilisateurs du Chèque emploi associatif (CEA) » (source : Etalab.gouv.fr) ;
- l’Agence française pour la biodiversité (AFB) : « mieux orienter les contrôles de la police de l’environnement grâce à l’IA » ;
- L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) : « permettre une meilleure exploitation des données contenues dans les lettres de suite d’inspection » ;
- la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de l’Hérault : « détecter automatiquement les irrégularités d’occupation des sols (constructions illégales, décharges sauvages, etc.) à partir d’images aériennes et satellites » ;
- la Direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation : « affiner le ciblage des établissements à inspecter dans le secteur de la remise directe aux consommateurs (restaurants, métiers de bouche, distributeurs) grâce aux commentaires des consommateurs sur les sites d’avis en ligne ».
Cet AMI s’inscrit dans la stratégie nationale « IA », en partie centrée sur l’ouverture et l’usage des données et la transformation publique présentée par le président de la République, Emmanuel Macron, le 29 mars 2018 au Collège de France.