Selon les indicateurs publiés par le NHS England le 25 septembre 2026, 142 établissements hospitaliers publics (trusts) et 35 structures territoriales de coordination des soins (integrated care boards, ICB) utilisaient la Federated Data Platform (FDP) à fin août 2026. Cette plateforme, déployée depuis avril 2024, réunit des données opérationnelles jusque-là dispersées entre plusieurs systèmes. 170 trusts ont signé un protocole d’adhésion et 137 déclarent en retirer des bénéfices.
Le NHS dispose d’un outil de pilotage opérationnel déployé à grande échelle, dont l’usage et les effets sont publiés produit par produit. Ces effets restent observationnels. Pour un décideur, l’enseignement porte moins sur la technologie que sur la méthode : un socle commun, des cas d’usage mutualisés et une évaluation à prévoir dès le départ.
Un socle national, des produits mutualisés
La FDP repose sur un principe simple : un socle technique commun, sur lequel le NHS England met à disposition des produits commandés au niveau national et développés localement. Un outil conçu dans un établissement peut ainsi être proposé à tous les autres. Cette mutualisation pourrait expliquer la vitesse de diffusion.
Listes d’attente : le premier gisement de valeur
Les volumes les plus élevés concernent la mise à jour des listes d’attente. Jusqu’à fin juin 2026, l’outil de suivi du délai entre adressage et traitement (RTT) a permis de revoir 5 751 136 dossiers et de retirer 1 164 821 personnes des listes. Ces retraits ne sont pas tous des erreurs corrigées, ils incluent des patients déjà traités, réorientés vers leur médecin généraliste ou ayant renoncé aux soins. Ce cas d’usage, à faible risque clinique, libère surtout du temps administratif.
Sorties d’hospitalisation : partager les données avec le secteur social
L’outil OPTICA relie le dossier patient de l’hôpital aux systèmes des services sociaux locaux, afin de repérer les patients médicalement sortants qui restent hospitalisés. Selon NHS England, le nombre moyen de jours de retard a baissé de 12,50 % pour les séjours de plus de 7 jours et de 14,34 % pour ceux de 21 jours ou plus. Une étude de la Health Foundation ne constaterait toutefois pas d’amélioration notable, conclusion contestée par Palantir.
Des bénéfices observés, pas démontrés
Le NHS England précise que ses calculs comparent des périodes avant et après le déploiement, sans contrôler les autres facteurs : il ne peut donc pas conclure à un lien de cause à effet. Cela vaut pour les 117 539 patients supplémentaires opérés dans les trusts équipés de l’outil de programmation des blocs. Certains gains sont modestes : avec Cancer 360, le respect de l’objectif de traitement à 31 jours progresse de 0,37 %.
Être raccordé ne signifie pas utiliser
L’adoption varie fortement selon les produits. Si 142 trusts sont en production, chaque produit n’en mobilise que 16 à 40, et Cancer 360 seulement 6. Les outils cliniques demandent plus de temps d’appropriation : le NHS England n’en mesure les effets qu’après 90 jours d’usage. Le nombre d’établissements raccordés ne suffit donc pas à juger la réussite d’un programme.
Le contrat, attribué en novembre 2023 à un consortium mené par Palantir, est estimé à 330 M£ sur sept ans. Selon le Financial Times, cité par Computing, le coût global du programme aurait été réévalué à 1,1 Md£ pour 808 M£ de bénéfices attendus, alors que le gouvernement doit se prononcer sur une clause de sortie en 2027.
Transposabilité en France et en Europe
En France, la structuration des données hospitalières passe surtout par les entrepôts de données de santé hospitaliers (EDSH), orientés vers la recherche. Un appel à projets de 2,325 M€, lancé en septembre 2026, vise à en élargir les réseaux. L’exemple anglais montre qu’un socle de données peut aussi servir au pilotage quotidien des parcours. À l’échelle européenne, le règlement sur l’espace européen des données de santé, applicable à partir de mars 2027, fixe le cadre du partage de ces données.
Ce que cela change
- Pour les décideurs publics : l’exemple anglais invite à adosser aux réseaux de données des cas d’usage opérationnels mutualisés, assortis d’un protocole d’évaluation.
- Pour les directeurs d’hôpitaux : la validation des listes d’attente et la gestion des sorties constituent des premiers chantiers à faible risque, aux effets rapidement mesurables.
- Pour les industriels : les acheteurs publics devraient exiger davantage de preuves d’impact et des garanties de réversibilité.
À surveiller
Le NHS England publiera la prochaine mise à jour de ses indicateurs en décembre 2026.
Source : NHS England, mise à jour du 25 septembre 2026 – fiabilité : officielle

