Incubateurs

  • Étude : le deep learning développé par Owkin prédit l’évolution du mésothéliome (Nature Medicine)

    La start-up française Owkin, spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA), a développé un modèle pronostique détaillé et précis basé sur des images de biopsies pleurales pour prédire l’évolution du mésothéliome, une forme rare et sévère de cancer des surfaces mésothéliales qui affecte le revêtement des poumons (plèvre), de la cavité abdominale (péritoine) ou l’enveloppe du cœur (péricarde). Testé par des experts du Centre Léon Bérard de Lyon, le système MesoNet s’est révélé plus performant que tous les modèles existants pour prédire la survie. Les résultats de ces travaux ont été publiés le 7 octobre 2019 dans la revue Nature Medicine.

    Un cancer agressif difficile à diagnostiquer

    Le mésothéliome malin est un cancer agressif principalement diagnostiqué sur la base de critères histologiques, et donc sur des tissus biologiques. C’est une maladie extrêmement complexe et hétérogène, ce qui rend son diagnostic et son typage histologique difficiles. Résultat : les soins ne sont pas optimaux. La start-up française Owkin a donc souhaité développer une nouvelle approche basée sur l’intelligence artificielle (IA).

    « Le mésothéliome est un cancer agressif qui attaque souvent la muqueuse des poumons et est fréquemment associé à l’exposition à l’amiante. Malheureusement, cela s’avère fatal pour la plupart des patients, déclare Thomas Clozel, cofondateur et P.-D.G. d’Owkin. Ceux atteints de mésothéliome présentent une très grande variabilité en termes de survie – allant de quelques mois à quelques années – compliquant ainsi la tâche des médecins pour la prise en charge des patients et la planification du traitement. Nos recherches aident à expliquer les causes biologiques de cette variation et conduiront à la mise au point de médicaments plus ciblés ainsi qu’à une meilleure gestion de cette maladie. »

    Des réseaux de neurones pour prédire la survie

    Concrètement, cette nouvelle approche – appelée « MesoNet » – est basée sur des réseaux de neurones convolutionnels profonds et a pour mission de prédire avec précision la survie globale des patients atteints de mésothéliome à partir d’images numérisées de biopsies de la plèvre de près de 3000 patients. Les auteurs de ces travaux ont validé MesoNet à la fois un vaste ensemble de données issus de la base Mesobank, provenant de plusieurs institutions françaises et d’une cohorte indépendante de l’Atlas du génome du cancer (TCGA). Des experts médicaux en anatomo-pathologie du Centre Léon Bérard à Lyon ont validé les résultats du modèle. 

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 7 octobre 2019 dans la revue Nature Medicine.

    Résultats

    • MesoNet a identifié des régions contribuant à la prévision des résultats pour les patients.
    • Ces régions sont principalement situées dans le stroma et sont des caractéristiques histologiques associées notamment à une inflammation.
    • Des sous-groupes de patients atteints du mésothéliome ont ainsi pu être caractérisés.
    • Le modèle prédisait plus précisément la survie des patients que les pratiques actuelles en pathologie.

    L’intelligence artificielle identifie de nouveaux biomarqueurs

    Ces résultats suggèrent que les modèles d’apprentissage en profondeur (deep learning) peuvent identifier de nouvelles fonctionnalités prédictives de la survie du patient et potentiellement conduire à de nouvelles découvertes de biomarqueurs. En effet, au-delà de ses performances prédictives, le modèle de deep learning développé par Owkin a également permis d’identifier de nouvelles caractéristiques biologiques. Celles-ci ont permis d’apporter une meilleure compréhension biologique de l’hétérogénéité de cette maladie.

    « Ce fut une excellente expérience pour notre laboratoire de travailler en étroite collaboration avec les équipes scientifiques de Owkin pour identifier de nouveaux sous-groupes au sein de notre population de patients, commente Françoise Galateau, professeure de pathologie au Centre Léon-Bérard. Et la collaboration a dépassé nos attentes. En plus d’améliorer nos modèles pronostiques, MesoNet a également été en mesure d’identifier de nouveaux biomarqueurs prédictifs liés à la survie dans les régions stromales du microenvironnement tumoral. »

    Vers des essais médicamenteux

    Désormais, la start-up française travaille avec ses partenaires de l’industrie biopharmaceutique pour utiliser ces connaissances afin d’améliorer le développement de nouveaux médicaments. Ensemble, ils vont identifier les patients les plus à risque et donc les mieux disposés aux nouvelles approches médicamenteuses en phase d’essai. 

    En outre, il faut rappeler que les données personnelles des patients sont conservées en toute sécurité grâce à la plateforme Substra. Cette dernière permet la collaboration entre Owkin, le monde universitaire et l’industrie pharmaceutique : les données recueillies auprès de patients dans le cadre de soins et d’essais cliniques sont utilisées par la start-up pour développer des algorithmes sans que les données ne sortent de l’enceinte des établissements.

  • Étude : former les généralistes au DME par des tutos vidéo pour un meilleur suivi du diabète (BMJ)

    Des tutoriels vidéo pourraient suffire à améliorer l’utilisation des dossiers médicaux électroniques (DME) des patients diabétiques par les médecins généralistes et optimiser le suivi des ces malades.

    Une étude* publiée le 30 septembre 2019 dans le British medical journal (BMJ) menée auprès de généralistes canadiens montre que proposer certains tutoriels vidéo à des généralistes utilisant des solutions de DME tels qu’OSCAR EMR permet à ces professionnels de mieux utiliser des fonctionnalités avancées du DME et de suivre de façon plus rigoureuse leurs patients diabétiques au moyen de ces fonctionnalités dédiées.

    Si les résultats de ces travaux, réalisés auprès d’un faible échantillon de médecins généralistes, doivent être confirmés par des études de plus grande envergure, ils encouragent les fournisseurs de DME à développer des tutoriels vidéo à destination de la majeure partie de leurs utilisateurs : les généralistes.

    Objectifs de l’étude

    La question de recherche sur laquelle est centrée l’étude est la suivante : 

    • Dans quelle mesure un tutoriel vidéo développé selon les principes du CCM (Chronic Care Model)  et adressé aux médecins généralistes permet-il de solliciter l’utilisation de fonctionnalités avancées du dossier médical électronique de patients atteints de diabète de type 1 ou 2 et d’améliorer la prise en charge de ces patients ?

    Contexte : les patients diabétiques pris en charge par des médecins généralistes généralement peu formés à l’utilisation des DME

    Le diabète comme fléau mondial pris en charge par les médecins généralistes

    Selon la Fédération internationale du diabète (IDF), le diabète est le problème de santé publique le plus important et complexe du XXIe siècle : son incidence augmente fortement d’année en année, nécessitant la prise en charge d’un nombre de plus en plus important de patients.

    Le suivi de ces patients atteints d’une maladie chronique est par ailleurs difficile à mettre en place, d’où la révision régulière de recommandations selon les principes de l’evidence based-medecine. Or, il persiste dans le monde entier un écart important entre les prises en charges préconisées par ces textes de référence et les traitements effectivement mis en place par les professionnels de la santé tels que les médecins généralistes, sur lesquels repose la prise en charge de ces patients. En effet, dans le monde, 80 % des patients diabétiques disposant d’un traitement sont suivi par des médecins généralistes.

    CCM et recours aux dossiers médicaux électroniques pour suivre au mieux les recommandations

    Pour réduire cet écart observé entre les recommandations et les pratiques actuelles des médecins généralistes, de nombreux systèmes de santé ont adopté le Chronic care model (CCM), approche organisationnelle innovante pour la prise en charge des malades chroniques en ville qui promeut notamment l’utilisation de solutions informatiques de suivi des patients telles que des dossiers médicaux électroniques.

    Dans le cadre du CCM, des systèmes d’information (SI) cliniques tels qu’un dossier médical électronique doivent donc être utilisés par les professionnels de santé en ville tels que les médecins généralistes afin d’améliorer la saisie, l’organisation et la présentation des informations du patient.

    Dans le cadre de la prise en charge de patients diabétiques, ces dossiers médicaux électroniques peuvent en particulier aider les médecins généralistes :

    • à identifier ces patients diabétiques ;
    • à s’assurer des examens complémentaires qu’un patient a ou non à réaliser ;
    • à déterminer si les patients ont atteint ou non les objectifs biologiques et cliniques fixés en début de prise en charge et révisés fréquemment.

    L’utilisation des dossiers médicaux électroniques par les généralistes n’est pas optimale

    L’utilisation des solutions de dossiers médicaux électroniques par les médecins généralistes (notamment canadiens et américains) n’est pas optimale, et ce en particulier dans le cadre de la prise en charge des maladies chroniques.

    De précédentes recherches montrent d’ailleurs qu’il est nécessaire de former les médecins généralistes non seulement à la prise en main des solutions de dossiers médicaux électroniques mais également à leur utilisation avancée pour un meilleur suivi des patients atteints de maladies chroniques telles que le diabète. Proposer à ces professionnels un support utilisateur pourrait par exemple leur permettre de mieux utiliser ces solutions afin que le recours à ces dernières ait un impact sur la prise en charge des diabétiques. C’est que les médecins généralistes disposent pour la plupart de peu d’aides ou de formations et demeurent incapables d’utiliser les fonctionnalités avancées de ces solutions.

    Former les médecins généralistes par des tutoriels vidéo

    Les auteurs de l’étude se sont intéressés à des tutoriels vidéo concernant l’utilisation de solutions de dossiers médicaux électroniques, destinés aux médecins généralistes et fondés sur le CCM.

    Tout d’abord, ces tutoriels, qui consistent en des guides vidéos montrant comment utiliser de façon optimale un logiciel ou tout autre dispositif informatique ou non, semblent omniprésents sur internet. Aussi, les médecins généralistes, comme la majeure partie de la population active, sont habitués à en visionner : si des tutoriels vidéo étaient développés afin de montrer comment utiliser de façon efficace les diverses fonctionnalités des dossiers médicaux électroniques (de telles vidéos sont encore marginales : les médecins reçoivent pour le moment un enseignement basique dispensé en personne par un formateur immédiatement avant ou après l’adoption d’une solution de dossier médical électronique), les généralistes y seraient sans doute particulièrement réceptifs.

    Par ailleurs, concernant la formation que proposent ces tutoriels, le support vidéo :

    • permet de développer des représentations mentales plus précises des SI ;
    • permet de s’initier bien plus rapidement à l’utilisation d’un logiciel qu’un support plus statique ou classique, physique ;
    • est associé à un meilleur confort d’utilisation que des instructions automatiques plus statiques ;
    • permet aux apprenants de mieux contrôler leur formation.

    Enfin, ces tutoriels peuvent être produits facilement et à moindre coût.

    Il était d’autant plus important pour les auteurs de l’étude de s’intéresser à l’efficacité des tutoriels vidéos sur la formation des médecins généralistes à l’utilisation des fonctionnalités les plus avancées des dossiers médicaux électroniques qu’aucune recherche de ce type n’avait auparavant pris pour population d’étude des médecins généralistes : seuls les effets positifs de tels supports de formation sur l’utilisation des dossiers médicaux électroniques par des internes, des étudiants infirmiers et en médecine avaient été montrés.

    Résultats

    Les tutoriels vidéo permettent de changer les pratiques

    L’étude montre une augmentation statistiquement significative de l’utilisation de la quasi-totalité des fonctionnalités avancées du dossier medical électronique OSCAR des patients diabétiques. Notons cependant que la fonctionnalité « demander un bilan d’analyses biologiques » a été moins utilisée qu’auparavant et ce, non en lien avec les vidéos proposées mais avec des initiatives autres (telles que la campagne canadienne « Choosing Wisely ») destinées à réduire le nombre de d’examens complémentaires abusifs.  

    Pour optimiser l’utilisation des solutions de dossier médical électronique par les médecins généralistes, ces tutoriels vidéo peuvent être adjoints de systèmes d’évaluation et de retours (audits et feedbacks) concernant des aspects précis des vidéos à présenter fréquemment aux médecins.

    Ces tutoriels pourraient être développés par les fournisseurs de dossiers médicaux électroniques eux-mêmes. Ceux-ci pourraient ainsi former régulièrement les médecins aux développements apportés au cours du temps à leurs solutions  par différentes vidéos successives.

  • Création d’un laboratoire de R&D commun entre l’hôpital Saint-Joseph et GE Healthcare

    La Fondation hôpital Saint Joseph et le groupe GE Healthcare s’associent dans un projet de création d’un laboratoire de R&D qui  « valorisera l’impact des technologies digitales sur le parcours de soins ». L’accord prévoit le développement continu du parc d’équipements d’imagerie médicale de la fondation sur 6 ans et le lancement conjoint de 2 projets de recherche, précise les partenaires dans un communiqué daté du 10 octobre 2019.

    • Le premier projet de recherche porte sur l’optimisation grâce à l’intelligence artificielle (IA) des blocs opératoires et des lits d’aval. Il s’agit de construire des outils d’analyse et de pilotage pour « améliorer l’efficacité et l’utilisation » des blocs opératoires par une « refonte des logiques de programmation et de planification ». Le projet a notamment pour objectif d’« estimer la fin des procédures, au plus juste et de façon la moins perturbante possible pour les opérateurs » et de « stabiliser et fiabiliser l’occupation des lits ».  

    • Le deuxième projet de recherche a pour but de mieux comprendre l’impact à long terme des « produits de contraste » que les soignants injectent aux patients en radiologie pour augmenter artificiellement le contraste d’un organe et qu’il ressorte mieux à l’examen. Dans le cadre de cette initiative seront exploitées des données fournies par l’imagerie ainsi que des informations médicales et démographiques collectées notamment « via les dispositifs connectés ou applications mobiles » pour « établir les liens entre doses et potentiels effets cumulés » sur la santé. GE Healthcare se chargera de collecter les données et l’hôpital st Joseph évaluera in situ l’impact des produits.

    L’évaluation et le suivi des sujets de recherche seront arbitrés au sein du comité d’orientation

    Jean-Patrick Lajonchère, directeur général de la Fondation hôpital Paris Saint-Joseph, souligne « l’originalité » de ce laboratoire d’évaluation « co-piloté par les partenaires qui décideront conjointement du choix des sujets de recherche retenus ».

    Il est précisé dans le communiqué que « l’évaluation et le suivi opérationnel des sujets de recherche seront arbitrés au sein du comité d’orientation réunissant des membres des deux parties » avec pour ambition à terme de « déployer cette méthode à d’autres problématiques de prise en charge. »

  • Prix de l’innovation en radiologie des JFR 2019 : Milvue vainqueur, HypnoVR prix « coup de cœur »

    Milvue remporte le prix de l’innovation des Journées francophones de radiologie (JFR) et HypnoVR décroche le prix coup de cœur. Les lauréats ont été annoncés le 11 octobre 2019 lors des JFR, qui se tiennent jusqu’au 14 octobre.

    • Milvue (basé à Paris), dont l’équipe est composée de radiologues et de chercheurs en intelligence artificielle (IA), a mis au point un logiciel d’analyse et de tri des radiographies d’urgence basé sur le machine et le deap learning (apprentissage automatique et profond) afin de réduire les délais et les erreurs de diagnostics aux urgences.

    • HypnoVR est une start-up basée à Strasbourg spécialisée dans la réalité virtuelle (RV ou VR en anglais) appliquée à l’hypnose médicale dans le cadre d’anesthésies chirurgicales.

    Les 4 autres finalistes du concours étaient :
    • Azmed : a mis au point Rayvolve, un logiciel d’IA détectant toutes fractures en radiographie standard (marqué CE) ;
    • Avicenna.AI (Cina.ai) : développe des algorithmes de deep learning analysant les clichés d’imagerie médicale afin de fournir au radiologue une aide au diagnostic ;
    • NetR : propose une plateforme sécurisée de données de santé, dédiée à l’indexation, la structuration et la labellisation des données pour l’intelligence artificielle ;
    • PI.R2 : conçoit un robot (Light Puncture Robot) d’assistance à la radiologie interventionnelle percutanée.

    Prix de l’innovation des JFR 2019 : présentation des gagnants et des finalistes

  • SophI.A Summit : une série de conférences sur le thème « IA & Santé », les 20 et 22 novembre 2019

    Une série de conférences sur le thème « IA & Santé » est organisée les 20 et 22 novembre 2019 dans le cadre du SophI.A Summit, 3 jours de conférences animées par plus de 50 chercheurs et entrepreneurs européens (du 20 au 22 novembre). L’événement s’inscrit dans le cadre de la semaine dédiée à l’intelligence artificielle (IA) porté par la technopole de Sophia Antipolis, qui se tient du 19 au 23 novembre 2019.

    Parmi les moments forts du sommet :

    • la conférence « Analyse des réseaux neuronaux – application aux prévisions de résistance des cancers aux traitements » : le 22 à 10h05 ;
    • la conférence « Définir des modèles synthétiques de génomes chez les femmes enceintes, pour déterminer les intervalles de confiance des tests prénataux non invasifs » : le 22 à 11h25.

    Au cours de la semaine sera par ailleurs lancé l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle 3IA Côte d’Azur. Labellisé en avril par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, il entre dans sa phase concrète, indique la technopole.

    Les inscriptions pour assister à l’événement sont à réaliser sur le site Weezevent.com, accessible via ce lien.

    Organisation de la semaine dédiée à l’IA

    SophI.A Summit 2019 : les sessions dédiés à la santé

    Mercredi 20 novembre 2019

    Vendredi 22 novembre 2019

    Le programme complet du SophI.A Summit est téléchargeable via ce lien.

  • Inno Génération Bpifrance / IA et données : les medtech veulent soigner mieux et moins cher

    « Le système de santé ne peut pas se payer le luxe de passer a côté d’une opportunité de soigner mieux et moins cher. » C’est ce que s’accordent à dire Yann Fleureau (Cardiologs), Eric Carreel (Withings) et Arnaud Rosier (Implicity), intervenus lors d’une table ronde animée par Olivier Clatz (directeur du grand défi « Comment améliorer les diagnostics médicaux par l’intelligence artificielle ? ») le 10 octobre 2019 à l’occasion de l’événement Inno Génération de Bpifrance et intitulée « Comment accélérer la création de valeur à partir de la donnée de santé ? ».

    Les participants s’accordent également sur la nécessité pour les entreprises medtech d’investir aux États-Unis. C’est selon Arnaud Rosier « le seul moyen de réussir » pour une société du secteur, « une fatalité », car « si l’on reste juste en France ou juste en Europe, il y a un problème de marché intérieur ». Également présente, Laura Létourneau, déléguée interministérielle du Numérique en santé, a défendu le rôle de la puissance publique, son mandat de « défendre l’intérêt général », les valeurs derrière les sujets techniques, et notamment l’éthique, ainsi que la mise en place d’un « code de l’urbanisme » pour les « maisons individuelles » que sont les start-ups technologiques.

    Pas de « compétition » entre l’humain et l’IA

    Répondant à la question de savoir si l’intelligence artificielle (IA) en santé allait « remplacer l’humain », Yann Fleureau (Cardiologs) indique que « s’il n’y a pas de médecin, comme dans les zones rurales des pays du Sud, il n’y a personne à remplacer » et qu’« avec l’IA il y aura quelque chose au lieu de rien ». Interrogé sur la possibilité pour l’intelligence artificielle d’ être « supérieure à l’humain », il relève qu’« il y a une énorme variabilité dans la compétence » et que l’IA « donne la possibilité de rendre disponible à tous une compétence égale à celle des meilleurs experts ». « On n’est pas du tout dans un contexte de compétition » entre l’humain et l’IA, conclut-il.

    Eric Carreel (Withings) abonde dans ce sens : avoir peur de l’IA en santé, estime-t-il, « ce serait comme avoir peur de nouveaux instruments de mesure, alors que le médecin aura un métier encore plus beau avec des outils de plus en plus puissants ». Ce serait pour lui comme « mettre en concurrence le stéthoscope avec l’oreille du médecin ». Arnaud Rosier (Implicity) complète en partageant son expérience personnelle : « On entend dire que l’IA va rayer de la carte les cardiologues mais j’entends des radiologues me demander ce qu’il y a sur le marché pour augmenter leurs capacités. Je n’ai jamais entendu un médecin inquiet se demander s’il allait travailler demain ».

    Données : respecter « l’aller-retour » avec le patient

    Il en va de même pour les données, selon Arnaud Rosier. « Si on demande aux patients si on doit utiliser leurs données, tous vont répondre « oui » si c’est pour améliorer leur santé, commente-t-il. Les gens qui refusent [cela] ont peur du dérapage de la manière dont c’est fait, mais globalement les patients sont pour ». Eric Carreel abonde : « Si vous détectez que quelqu’un est acnéique vous pouvez le laisser mourir avec son acné mais vous pouvez aussi lui dire « Est-ce que tu es d’accord pour que j’en parle à ton assureur ? » » En France, cela éveille la suspicion, complète-t-il mais « c’est en train de se développer aux États-Unis, parce que l’assureur y a intérêt financièrement », recevant des financements de l’État s’il a détecté des maladies sur son patient : et celui-ci donne souvent son accord. « Il faut seulement respecter cet aller-retour avec la personne », note-t-il.

    Les États-Unis, « une fatalité » pour les medtech

     « On n’a jamais eu l’ambition d’aller aux États-Unis, déclare Arnaud Rosier. C’est juste l’unique moyen de revenir chez nous en étant une société qui a réussi ». « Je n’aimerais pas être patient aux États-Unis [mais] c’est le meilleur marché pour les entreprises », précise Yann Fleureau, soulignant que dans la medtech cardio « toutes les plus grosses boîtes sont américaines » et qu’« il n’y a pas de leader qui n’est pas d’abord un leader américain ».

    « Le système de santé américain dans son ensemble est beaucoup moins efficace que le système français » par rapport à la dépense engagée, note de son côté Eric Carreel, ajoutant cependant que l’«on observe une dynamique impressionnante aux États-Unis depuis l’Obamacare ». Depuis janvier 2019, signale-t-il, les médecins ont des incitations financières pour suivre les données qui remontent de la vie du patient, c’est pour cela notamment que « le système est en train de démarrer très vite ».

  • Diabète : les PS de 3 régions lancent une expérimentation (art. 51) pour améliorer le suivi

    À partir de 2020, des pharmaciens et infirmiers vont participer à une expérimentation ayant pour but d’améliorer le suivi des patients diabétiques qui éprouvent des difficultés à équilibrer leur glycémie en se basant sur la plateforme Timkl. Cette initiative, lancée le 9 octobre 2019, s’inscrit dans le cadre de l’article 51 de la LFSS 2018, qui permet d’expérimenter de nouvelles organisations en santé reposant sur des modes de financements inédits : son cahier des charges doit être finalisé début 2020. Elle est soutenue par l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil).

    Lancé au printemps 2019, Timkl développe des services d’accompagnement destinés aux patients diabétiques en collaboration avec les professionnels de santé de proximité, en particulier les pharmaciens et les infirmiers libéraux, pour mieux coordonner les parcours de soins. L’outil apporte aux pharmaciens un support logistique et administratif pour livrer le matériel nécessaire au domicile des patients et suivre ces derniers dans la gestion de leur maladie, entre autres par l’intermédiaire d’échanges à distance pour les motiver. Dans le cadre de ce dispositif, les patients peuvent se tourner vers leur pharmacie habituelle et faire appel à un réseau local d’infirmiers libéraux. Avec l’accord de la personne, les données recueillies (mesure de glycémie, résultats d’examens, etc.) pourront être partagées entre les professionnels de santé.

    La plateforme a déjà ouvert des agences en Bourgogne-Franche Comté, en Île-de-France et dans les Pays de la Loire pour recevoir et informer les professionnels. L’expérimentation devrait durer 2 ans et rassembler 300 professionnels de santé autour de près de 3 000 patients.

  • Étude : prédire l’effet des antidépresseurs grâce à l’IA (Nature Human Behaviour)

    Une étude menée par l’University of Texas Southwestern Medical Center démontre qu’il serait possible d’utiliser l’imagerie du cerveau d’un patient pour prédire l’efficacité d’un traitement antidépresseur. Ils ont eu recours à l’intelligence artificielle (IA) pour identifier les schémas de l’activité cérébrale rendant les gens moins sensibles à ces médicaments. Les résultats de ces travaux* ont été publiés dans Nature Human Behaviour le 23 septembre 2019.

    Dépression : la résistance aux médicaments reste une énigme

    Une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie. Cependant, dans 30 % des cas, les traitements antidépresseurs ne seront pas efficaces.

    On parle alors de « dépression résistante ». Le phénomène est bien connu mais les psychiatres s’interrogent encore sur ces différences de réponse au traitement. Le rétablissement du patient est-il dû simplement à un effet placebo ou des critères biologiques propres à chaque personne peuvent-ils influencer le résultat ? La question reste en suspens pour le moment. Cependant, le trouble dépressif majeur est associé à une connectivité fonctionnelle anormale à l’état de repos sur plusieurs réseaux cérébraux en charge du traitement des émotions, de la fonction exécutive et du système de récompense.

    L’IA pour identifier les schémas de l’activité cérébrale

    Des chercheurs américains de l’University of Texas Southwestern Medical Center ont mené une étude ayant pour but de déterminer si les schémas de connectivité à l’état de repos entre les différentes aires du cerveau pouvaient prédire la réponse au traitement antidépresseur (sertraline) par rapport au placebo. « Nous devons mettre fin aux conjectures et trouver des mesures objectives pour prescrire des interventions qui fonctionneront, commente le Dr Madhukar Trivedi, superviseur de les travaux et directeur fondateur du Centre de recherche et de soins cliniques de la UT Southwestern. Les personnes déprimées souffrent déjà de désespoir et le problème peut s’aggraver si elles prennent un médicament inefficace. »

    Les participants de l’étude ont donc subi une IRM structurelle et fonctionnelle à l’état de repos au départ. Ils ont été assignés au hasard à un traitement par sertraline ou à un placebo pendant 8 semaines. Les chercheurs ont ensuite utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour examiner l’activité neuronale dans le cerveau pendant que les participants regardaient des images de nature à susciter diverses émotions. « Nous avons cherché à identifier un phénotype neurobiologique répondant au traitement antidépresseur en testant l’activation du cerveau avant traitement pendant la réponse au conflit émotionnel et au moment de la régulation de ce conflit », explique l’un des auteurs de l’étude. Cette différence pouvant être impliquée dans la modération du bénéfice clinique traitement.

    Les résultats de ces travaux ont été publiés le le 23 septembre 2019 dans Nature Human Behaviour.

    Résultats : la dépression résistante décryptée par l’apprentissage automatique 

    • Les participants ayant eu des réponses neuronales anormales au cours d’un conflit émotionnel étaient moins susceptibles de s’améliorer dans les huit semaines suivant le début du traitement.
    • L’apprentissage automatique reposant sur l’analyse des images cérébrales a été plus performant qu’un modèle reposant sur des données cliniques et démographiques.

    Les scientifiques en concluent que leurs résultats démontrent que l’activité du cerveau sous-tendant une capacité émotionnelle d’autorégulation clé permet de prédire la réponse aux antidépresseurs. « Le recours à des mesures cérébrales en psychiatrie ouvrira la voie à une meilleure personnalisation du traitement, à une analyse mécanistique plus fine et à de meilleurs résultats », prédisent ces derniers.

    Vers un traitement plus personnalisé

    Le Dr Madhukar Trivedi explique que se baser sur l’imagerie de l’activité cérébrale dans différents états était important pour obtenir une image plus précise de la manifestation de la dépression chez un patient donné. Pour certaines personnes, les données les plus pertinentes proviendront de l’état de repos de leur cerveau, alors que chez d’autres, le traitement des émotions sera un élément essentiel et un meilleur prédicteur du fonctionnement d’un antidépresseur.

    « La dépression est une maladie complexe qui affecte les gens de différentes manières, commente le scientifique. De la même manière que la technologie peut nous identifier grâce aux empreintes digitales et aux scanners faciaux, ces études montrent que nous pouvons utiliser l’imagerie pour identifier les signatures spécifiques de la dépression chez les patients. »

     

  • Dispositifs innovants pour les personnes atteintes d’un handicap visuel

    Smart glasses et smart watches, applications mobiles, logiciels et autres aides techniques innovantes permettent actuellement d’améliorer le quotidien des personnes souffrant de déficience visuelle voire de cécité totale d’être : lecture synthétisée de textes, descriptions d’images, traduction immédiate en braille, etc.

    De grandes entreprises comme Samsung et Microsoft, tout comme des start-ups telles que OrCam, se penchent sur le développement de solutions pratiques pour accompagner les 253 millions de personnes atteintes d’un handicap visuel dans le monde (36 millions d’entre elles sont aveugles et 217 millions présentent une déficience visuelle modérée à sévère). Selon une étude publiée par la revue The Lancet Global Health (2017), le nombre de personnes aveugles devrait tripler d’ici à 2050, passant ainsi à 115 millions, et celui de personnes atteintes d’une déficience visuelle devrait atteindre les 588 millions. Les principales raisons invoquées par les auteurs de ces travaux sont la croissance démographique et le vieillissement de la population.

    À l’occasion de la Journée nationale des aveugles et malvoyants, le 4 octobre, et de la Journée mondiale du handicap, le 9 octobre, Health & Tech Intelligence fait le point sur les dispositifs innovants mis récemment sur le marché et vous propose la synthèse des caractéristiques de dispositifs parmi les plus porteurs.

    À noter notamment que Pixium Vision, qui développe des systèmes de vision bionique, a annoncé en juillet 2019 les résultats positifs à 12 mois de la première étude de faisabilité de son système Prima chez des patients atteints de forme sèche de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

    L’essor des innovations dans le domaine du handicap visuel

    Si plusieurs entreprises développent des solutions innovantes dédiées aux personnes atteintes d’une déficience visuelle, des initiatives émergent par ailleurs au niveau académique. Parmi les produits porteurs figurent notamment Sound of Vision, un système d’assistance portable permettant aux déficients visuels de percevoir leur environnement et de se déplacer de manière autonome via des sons dans des espaces intérieurs et extérieurs. Le projet a été coordonné par l’université d’Islande et l’université polytechnique de Bucarest. Les partenaires – universités, associations de malvoyants et entreprises – sont issus d’Islande, de Roumanie, de Pologne, de Hongrie et d’Italie.

    Des yeux bioniques pour recouvrer la vue

    Depuis 2008, des centaines de personnes dans le monde ont été équipées d’un œil bionique et ont toutes retrouvé une partie de leur vision. Il existe deux modèles aboutis : Argus II, conçu aux États-Unis en 2008 et remboursé par la Sécurité sociale en France, et Alpha-IMS, mis au point en Allemagne en 2010 et actuellement testé en Europe.

    Le développement de la télé-expertise en ophtalmologie

    Des solutions de télé-expertise en ophtalmologie se développent sur le marché française, dont E-ophtalmo, qui a développé sa solution en 2016 en se spécialisant dans le dépistage de la rétinopathie dans des entreprises développant des solutions pour la santé publique. Krys Group a par ailleurs crée un protocole de télémédecine dédié à la vue en partenariat avec MédecinDirect.

    À noter : « Depuis le 10 février 2019, la télé-expertise permet à un médecin de solliciter l’avis d’un confrère face à une situation médicale donnée et d’assurer ainsi une prise en charge plus rapide des patients, indique la Cnam. Ouverte dans un premier temps à certaines catégories de personnes, elle pourrait s’élargir d’ici fin 2020 à tous les patients. »

    Par ailleurs, Novartis a lancé en 2018 une application destinée à permettre à des patients de participer à des études cliniques en ophtalmologie depuis leur domicile. Ce produit, baptisé FocalView, s’appuie sur la plateforme Apple ResearchKit. L’application n’est actuellement disponible que sur l’AppStore aux États-Unis.

  • Étude : la difficile intégration aux DMP des données liées aux objets connectés (JMIR mHealth)

    L’intégration aux dossiers médicaux électroniques des données de santé générées par l’utilisation d’objets connectés ou d’application de suivi de paramètres physiques est encore difficile malgré l’engouement des professionnels pour ce type de dossiers et le succès des dispositifs connectés auprès des patients.

    Selon une étude intitulée « Intégration des technologies de santé portables et des dossiers de santé électroniques : état de l’art et développements futurs » et publiée le 11 septembre 2019 dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR), ces technologies de santé ne pourront être utilisées de façon optimale tant que des problématiques de confidentialité, d’interopérabilité et de stockage des données ne seront pas résolues. 

    Des exemples de partenariats passés entre des développeurs de dispositifs connectés, des sociétés d’assurances et des cliniques encourageant l’utilisation de tels outils afin de dépasser ces obstacles sont par ailleurs identifiées par les auteurs.

    Notons également que l’étude est centrée sur la solution de dossiers médicaux électroniques proposée par Epic Systems, solution particulièrement utilisée aux États-Unis.

    Contexte de l’étude

    Adoption de dossiers médicaux électroniques et accès élargi aux données recueillies par les patients

    L’étude a été réalisée dans un contexte d’adoption massive des dossiers médicaux électroniques par les systèmes de santé du monde entier et en particulier des États-Unis.

    En effet, aux États-Unis, en 10 ans (entre 2001 et 2011), le nombre de médecins utilisant des systèmes de dossier dématérialisé est passé de 18 % à 57 %. En 2015, 87 % d’entre eux avaient adopté de tels dispositifs, en particulier ceux proposés par Epic, Cerner et Meditech.

    Sous l’impulsion de nouvelles législations et campagnes, telles que les standards Meaningful use, ces dossiers numériques évoluent par ailleurs rapidement, se dotent de messageries sécurisées et de multiples fonctionnalités permettant d’afficher, de télécharger et d’échanger simplement des données avec les professionnels de santé. Dans ce cadre, ces dossiers se voient parfois, de plus en plus fréquemment, adjoints de fonctionnalités permettant une intégration des données de santé produites par des dispositifs connectés et des applications de suivi de paramètres physiques.

    Adoption de dispositifs portables de suivi de paramètres physiques

    Ces dispositifs portables comprennent les bracelets, les montres intelligentes, les capteurs portables et autres dispositifs mobiles qui collectent un vaste champ de données comprenant à la fois des mesures de glycémie, des durées de sommeil, des renseignements concernant l’état psychique des individus, etc. et censés accompagner les patients dans le suivi d’affections telles que le diabète, des pathologies cardiaques, des douleurs chroniques, etc. Des technologies prenant la forme de vêtements connectés capables de monitorer des constantes telles que la fréquence cardiaque ou la pression artérielle émergent également.

    Ces outils recueillent les données des patients soit activement (c’est-à-dire par des rapports des consommateurs : les patients doivent alors entrer eux-mêmes dans leurs applications des renseignements concernant leur alimentation, leur sommeil, etc.), soit passivement (les objets connectés mesurent alors automatiquement des constantes au moyen de capteurs). Les données ainsi produites sont ensuite partagées via des agrégateurs de données tels que HealthKit d’Apple ou Google Fit, qui regroupe les données de plusieurs applications de santé.

    En fait, plus de 400 appareils de ce type potentiellement compatibles avec les dossiers de santé électroniques sont actuellement commercialisés aux États-Unis, un chiffre qui devrait, comme l’utilisation (déjà élevée) de ces objets connectés, fortement augmenter dans les années à venir. Selon le Pew Research Center, 60 % des adultes américains ont déjà déclaré suivre leur poids, leur régime alimentaire ou leur routine d’exercices physiques au moyen de ces applications, tandis que 33 % des adultes américains suivraient déjà des indicateurs tels que la pression artérielle, la glycémie ou les habitudes de sommeil par de tels dispositifs bien que l’impact clinique des appareils portables sur la santé des patients n’ait pas été clairement établi – il semble cependant que ces technologies n’influeraient pas de façon significative sur l’activité physique et le sommeil des individus.

    Ainsi, l’objectif de cette étude est de décrire plus précisément l’intégration des données produites par des objets connectés ou applications aux dossiers médicaux électroniques : quels obstacles doivent être dépassés ? Quelles entreprises et organisations participent à cette extension de fonctionnalité des dossiers informatisés tels que le portail Epic, utilisé par 25,8 % des hôpitaux américains de soins de courte durée ?

    Résultats

    Problématiques posées par l’intégration des dispositifs portables

    Bien que les technologies de santé portables puissent potentiellement transformer les soins des patients, des problèmes tels que la confidentialité des données, l’interopérabilité des systèmes et l’immense quantité de données des patients à stocker et analyser constituent un obstacle à l’adoption sûre et efficace de dispositifs portables par les prestataires.

    • Confidentialité insuffisante

    « Actuellement, il existe peu de preuves empiriques dans la littérature de la mise en œuvre appropriée de la sécurité dans les dispositifs portables », indiquent les auteurs de l’étude alors que depuis 2011, les patients semblent particulièrement préoccupés par l’échange de données entre leurs fournisseurs.

    Garantir la confidentialité et la sécurité de ces données est un problème complexe : « Pour se protéger des cyberattaques, il est probable que les systèmes de santé devront configurer un réseau sécurisé dédié aux appareils portables, distinct de leur réseau principal », avertissent les auteurs. Par ailleurs, pour des raisons éthiques et de sécurité, le consentement au partage des données de santé produites par les objets portables connectés devrait être mieux encadré : il s’agit de mieux renseigner la nature et la fréquence des collectes d’informations personnelles, de mieux préciser l’identité des tiers pouvant accéder aux données des patients et finalement d’obtenir un consentement véritablement éclairé. 

    Des études et des normes supplémentaires semblent donc nécessaires afin de garantir le secret médical.

    • Manque d’interopérabilité et de connectivité du système

    « L’intégration des données des patients dans les dossiers médicaux électroniques à l’aide de dispositifs portables étant un phénomène relativement nouveau, des technologies capables d’extraire en continu des flux de données provenant de différents dispositifs n’existent pas encore », notent les auteurs de ces travaux.

    Actuellement, les fabricants d’appareils et les fournisseurs de solutions de dossiers médicaux électroniques recourent à des technologies très différentes. Or, cette hétérogénéité des méthodes empêche les objets connectés et les dossiers informatisés de communiquer efficacement entre eux : toutes les données de santé des patients ne sont pas encore véritablement intégrées mais séparées en des sous-ensembles qui rendent difficiles les analyses transversales. 

    En conséquences, des partenariats doivent être passés entre les fabricants de ces applications ou objets connectés et les fournisseurs de dossiers numériques afin d’atteindre un niveau élevé d’interopérabilité, d’autoriser de meilleures analyses des données et d’augmenter l’efficience des soins de santé.

    • Surcharge de données

    « Les technologies portables produisent une énorme quantité de données qui doivent être compilées et interprétées, expliquent les auteurs. Or, le stockage quotidien de telles quantité d’informations peut constituer un obstacle pour une intégration de ces données aux dossiers médicaux électroniques, pas encore prêts à héberger de si importants volumes d’informations. »

    Aussi, les décisions relatives au cycle de vie de ces données, à leur fréquence de transmission et à la meilleure manière de les intégrer constituent un point-clé des développements à venir. Les algorithmes d’apprentissage automatique (machine learning) et d’intelligence artificielle (IA) devraient également contribuer dans le futur à résoudre ce problème de stockage et d’analyse de volumes importants de données. Les algorithmes actuels sont cependant encore trop peu puissants puisque souvent testés dans des conditions stables, éloignées de leurs conditions réelles d’utilisation. 

    Des partenariats pour dépasser les obstacles

    En réponse à ces défis, plusieurs organisations ont commencé à communiquer entre elles. Ces partenariats visent en particulier à proposer des expériences d’utilisation plus personnalisées aux patients, à mieux analyser les données de santé recueillies, à garantir une meilleure accessibilité à ces technologies et à développer des IA plus adaptées à l’intégration de ces données de santé aux dossiers médicaux électroniques.

    Ces collaborations concernent notamment :

    • des entreprises et start-ups telles que Chevauchement, Royal Philips, Vivify Health, Validic, Doximity Dialer, Xealth , Redox, Conversa Health, Human API et Glooko ;
    • des compagnies d’assurances comme Oscar Health, United Healthcare, Humana et John Hancock ;
    • des hôpitaux et cliniques telles que NYU Langone Health, Penn Medicine, Duke Health, Novant Health et la Icahn School of Medicine of Mount Sinai.