Différents acteurs de l’industrie de santé se sont rassemblés à Singapour le 20 et le 21 avril 2018 à l’occasion d’un workshop organisé au campus de l’Essec sur le thème : « Industries numériques des produits de santé et de soins centrées sur le patient : des opportunités en Asie-Pacifique ». H&TI était présent.
La deuxième journée était consacrée aux différents modèles de dossier de santé numériques (DSE) déployés en Asie-Pacifique et notamment à Singapour et au Japon, deux pays aux contextes différents et inspirants. Alors que Singapour s’apprête à lancer un dossier de santé unique pour l’ensemble du pays, le Japon réfléchit à l’établissement d’un business modèle adapté aux particularités de son système de santé.
Singapour : un dossier de santé unique pour toute la cité-État
Le gouvernement singapourien collabore avec IHiS (Integrated Health information System), une entreprise qui numérise, connecte et analyse l’écosystème de la santé de Singapour. « D’ici l’année prochaine, nous allons mettre en place un DSE pour tout le pays, a expliqué M. Chua Chee Yong, directeur de la division « Planning Group » à IHiS et responsable « IT Strategy and Planning » au sein du ministère de la Santé singapourien (MOH). Rejoindre la base nationale de données des patients électronique sera obligatoire à partir d’octobre 2018 pour tous les fournisseurs de santé du pays. »
« Les ministères jouent un rôle clé » dans le changement que connaît actuellement le secteur de la santé en matière de numérique, insiste M. Chua Chee Yong. Cette transition est assurée par IHiS à travers une feuille de route concentrée autour de sept programmes :
- 1. Le profilage de la population.
L’idée est d’exploiter le potentiel des systèmes d’analyse des données pour connecter toutes les informations disponibles au sein du secteur de la santé.
- 2. L’engagement de la population.
Ce programme fournira aux consommateurs et aux soignants les connaissances, les idées et les capacités nécessaires à la gestion de leur propre santé et de leurs dépenses de santé mais aussi de celles des personnes à leur charge.
- 3. La prévention et la continuité des soins.
L’objectif est de développer un ensemble de capacités communes pour permettre aux systèmes régionaux de santé (RHS) d’exécuter des programmes de prévention au niveau des soins primaires, secondaires et tertiaires mais aussi d’intégrer différents systèmes informatiques de prestataires dans différents contextes afin d’assurer la continuité des soins aux patients.
- 4. L’excellence des soins et des opérations chirurgicales.
Le but est de permettre au secteur des soins primaires et intermédiaires et de longue durée disposant de matériel IT basique de se connecter avec les établissements de santé publique afin de partager plus facilement les informations sur les patients dont ils disposent.
- 5. L’excellence au niveau financier.
Ce programme assurera l’accessibilité financière des soins aux patients et améliorera la visibilité des coûts et des résultats afin de générer une meilleure rentabilité du secteur.
- 6. L’établissement de politiques de santé publique.
L’objectif est d’identifier les besoins d’information communs et de développer des capacités communes pour collecter et analyser les données de santé dans l’optique de soutenir la mise en place des politiques de santé publique et la gestion du secteur.
- 7. Des fondements solides en matière d’IT.
L’objectif est de développer des capacités informatiques fondamentales communes pour améliorer leur évolutivité et leur résilience.
L’idée général du projet du MOH est de « digitaliser » toute la population pour créer une connexion entre tous les acteurs de l’industrie de santé, le tout « en déployant des stratégies adaptées à chaque secteur de soins », explique M. Yong. « Par exemple, si vous souhaitez inciter la population à marcher davantage et que vous ciblez la famille tout entière, en convaincant le père, vous convaincrez la mère (ou inversement), puis les enfants. »
Une collaboration renforcée entre secteur public et secteur privé
Le gouvernement singapourien collabore de plus en plus avec des start-up du secteur de la santé numérique et des institutions. « Dans certains cas, le secteur privé est plus à même de répondre aux attentes [de l’industrie] que le secteur public car ses acteurs sont plus efficaces, ils savent rendre commercialisable et profitable une idée. »
Cette sollicitation des entreprises privées crée une certaine concurrence sur le marché, admet M. Chua Chee Yong, c’est pourquoi les acteurs du secteur ont un devoir de transparence. « Nous devons réfléchir à la manière dont nous collections les données, les utilisons et les partageons. Voilà pourquoi nous avons décidé de créer une plateforme nationale unique, [afin d’uniformiser les pratiques]. »
Le modèle de DSE déployé par Singapour est certes, inspirant, mais sa réussite est peut-être en partie due à la petite taille du pays. Le même modèle serait probablement plus difficilement applicable à l’échelle d’un État plus vaste et plus peuplé.
Japon : à la recherche d’un business modèle viable
NDB : une base de données nationale encore imparfaite
Au Japon, il existe plusieurs bases de données médicales. L’une des plus importantes est la NDB, la base de données nationale, recueillant plus d’1,8 milliard de données par an et environ 27 millions de données centrées sur les contrôles de santé chaque année.
Les avantages de la NDB selon le Pr. Hiroshi Nakamura (Keio Business School) :
- une couverture à quasi 100 % ;
- un suivi possible même si les patients changent d’hôpital ;
- la standardisation des données, garantissant une simplicité d’utilisation.
Le principal point faible de la NDB :
- la réclamation des informations : le nom de la maladie du patient n’est pas toujours disponible, tout comme la date à laquelle a été enregistrée l’information (le système d’enregistrement est mensuel).
Vers une plateforme ouverte dédiée au bien-être de la population
Le gouvernement entend également développer d’ici 2020 PeOPLE, une plateforme ouverte dédiée au bien-être des citoyens qui rassemble sur un même espace numérique des données de santé fragmentées et isolées afin d’améliorer l’analyse des dossiers de santé des patients et leur fournir des conseils médicaux davantage personnalisés.
Une absence de business modèle
« Le défi principal à surmonter est l’absence de business modèle, reconnaît le Pr. Nakamura. Comment financer les coûts de maintenance ? Au Japon, les hôpitaux paient généralement les frais liés aux dossiers de santé en espérant attirer davantage de patients et réduire les dépenses personnelles à travers le système d’assurance santé national mais, en réalité, nous avons besoin de développer un [nouveau] business modèle. »
Depuis début 2018, les consultations médicales en ligne et les prescriptions électroniques commencent à être couverte par le système d’assurance santé nationale mais ce n’est qu’un début. Des alternatives doivent être trouvées par les acteurs du secteur de la e-santé et les gouvernements pour continuer à développer le numérique au sein de l’industrie de santé japonaise.