Des traqueurs d’activité grand public se révèlent être des bons outils de monitoring médicaux. Des chercheurs américains ont démontré que des patients souffrant de maladies cardiovasculaires supportaient très bien le port d’un Fitbit.
Avec un taux d’adhérence de 90%, ce traqueur était moins abandonné que les accéléromètres traditionnels. En outre, les données collectées par le bracelet étaient cohérentes avec les données cliniques recueillies auprès du patient.
Leurs travaux* ont été publiés le 29 mai 2018 dans Journal of the American Medical Informatics Association (Jamia).
La surveillance à distance des malades afin de poser un diagnostic et d’assurer leur prise en charge représente un enjeu majeur de santé publique. Plusieurs dispositifs de télémonitoring ont déjà été testés mais leur validité scientifique est souvent modérée par le taux d’adhérence des patients. En effet, après une phase d’enthousiasme, bon nombre de patients ont tendance à les abandonner. Leur pertinence est donc diminuée par ce taux d’attrition relativement élevé.
Le télémonitoring assuré par un Fitbit
Face à cette difficulté, des chercheurs américains de l’université de Californie ont voulu savoir si les traqueurs d’activité destinés au grand public étaient mieux acceptés par les patients. Ces bracelets connectés sont perçus comme simples d’utilisation, assurant un bon retour d’information et une sorte de soutien aux malades. Ces approches ont été largement utilisées mais dans des études portant sur de petits échantillons ou chez des sujets sains. Par ailleurs, les données étaient agrégées au fil des jours ou des semaines, ce qui limite la précision avec laquelle les patients peuvent être surveillés et restreint la capacité de détecter des problèmes ou d’intervenir lorsque cela est bénéfique pour les patients.
200 coronariens suivis pendant 3 mois
Les auteurs de l’étude, dont les résultats ont été publiés le 29 mai 2018 dans Journal of the American Medical Informatics Association (Jamia), ont donc inclus quelque 200 insuffisants coronariens traités au Cedars-Sibai Medical Center. Chacun d’entre eux s’est vu confier un Fitbit Charge 2 pour monitorer leur activité physique, leur fréquence cardiaque et leur sommeil. Des questionnaires sur leur état de santé leur ont également été remis et ils ont été suivis pendant 90 jours. Ces patients dont la pathologie cardiaque est stable peuvent cependant souffrir d’événements indésirables majeurs, dont les signes précurseurs ne sont pas détectés cliniquement. « Il existe un besoin urgent de valider et de mettre au point des techniques rentables pour surveiller cette grande population entre les visites de soins de santé, écrivent les auteurs de l’étude. Et les niveaux d’adhérence sont directement liés à la faisabilité de l’utilisation clinique. » Ils ont donc comparé la capacité à détecter l’activité et l’adhérence au bracelet Fitbit aux méthodes standard telles que les accéléromètres.
Résultats
- Le taux d’adhésion médian au Fitbit était de 90%. Le taux d’attrition quotidien était de 0,09%. Au bout de 90 jours, 72% des patients portaient toujours le bracelet.
- Dans des études similaires, le taux d’adhésion à des outils de télémonitoring traditionnels était de 16% pendant quatre semaines.
- Le nombre de pas quotidiens enregistré par le Fitbit était de 4 882 et il était cohérent avec les données recueillis via les questionnaires.
- Le nombre d’heure de sommeil était légèrement sous-estimé. Le retrait du bracelet pendant la nuit peut en partie expliquer ce phénomène.
- Le nombre de battements cardiaques par minute était sous-estimé d’environ 30 battements/mn.
Une surveillance en temps réel
Ce taux d’adhérence au dispositif de 90% peut s’expliquer, selon les auteurs de l’étude, par le fait que le Fitbit enregistre plusieurs variables. Dans les autres études, les malades devaient porter plusieurs dispositifs différents. Par ailleurs, le traqueur d’activité donne accès aux data en temps réel ; les abandons peuvent dont être repérés rapidement et des messages de relance être peuvent alors être envoyés.
En outre, la bonne corrélation entre les données enregistrées par le traqueur et celles recueillies par les questionnaires devraient « permettre aux cliniciens d’évaluer automatiquement l’état de leur patient et éventuellement d’intervenir sans attendre le prochain rendez-vous », écrivent les chercheurs. Les traqueurs pourraient donc se substituer aux questionnaires.
Un outil grand public pertinent en clinique ?
Concernant la sous-estimation des battements cardiaques par minute, elle ne constitue pas un préjudice majeur car les décisions cliniques ne se prennent pas à la suite d’un seul enregistrement mais plutôt par rapport à une moyenne sur une période donnée.
Aujourd’hui, il faudrait mener un essai prospectif afin d’évaluer réellement l’impact positif dans la clinique d’un tel télémonitoring. Le traitement du patient serait alors basé en partie sur les données enregistrées par le Fitbit.