Etablissements

  • L’ASIP fait le bilan provisoire de la convergence des SI des GHT et identifie les défis persistants

    Les groupements hospitaliers de territoire (GHT) ont été introduits par la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé. La loi prévoit la mutualisation des systèmes d’information des GHT. L’Agence des Systèmes d’information partagés de Santé a été missionnée en 2016 par la Direction générale de l’offre de soins pour accompagner les acteurs concernés par la convergence des systèmes d’information des GHT.

    Dans un document de travail publié le 27 février 2018, l’ASIP Santé rappelle que « la convergence SI des GHT doit permettre d’améliorer la prise en charge des patients, par un partage de l’information médicale entre établissements du GHT, offrir aux professionnels de santé des applications uniformes sur l’ensemble du GHT et mutualiser les moyens liés aux SI ».

    Ce document, destiné aux directeurs des systèmes d’information d’établissements de santé d’un groupement hospitalier de territoire (GHT), constitue un « point d’étape de la convergence SI des GHT ». Ce point d’étape offre une synthèse chiffrée des actions engagées à l’échelle des comités régionaux et un rappel des défis se présentant actuellement aux GHT.

    La mission de l’ASIP Santé consiste à organiser et animer des comités régionaux SI GHT permettant d’assurer le suivi de la convergence des systèmes d’information, en partenariat avec les Agences régionales de santé (ARS). Une seconde campagne de comités régionaux s’est tenue de septembre à décembre 2017.

    Cette campagne a permis de dresser un point d’étape, téléchargeable sur le site de l’ASIP Santé.

    L’ASIP Santé identifie quatre chantiers à mener pour la convergence SI des GHT

    • Définir une stratégie SI en équipe et la mettre en oeuvre ;
    • Mener les démarches en intégrant une réflexion sur l’urbanisation des SI de GHT, des SI régionaux et des SI nationaux ;
    • Construire un socle technologique et de sécurité convergent ; 
    • Construire un socle fonctionnel convergent. 

    Chantier 1 : Définir une stratégie SI en équipe et la mettre en oeuvre

    L’élaboration d’un schéma directeur du système d’information (SDSI) et l’alignement des acteurs concernés à travers un pilotage commun représentent, selon l’ASIP, « les premières étapes indispensables au projet de convergence du SI de GHT ».

    Synthèse chiffrée des projets existants : L’ASIP fournit plusieurs indicateurs chiffrés relatifs aux initiatives engagées par les GHT à ce jour pour définir une stratégie SI : 

    • 76% des GHT ont créé une instance opérationnelle pilotant la convergence SI ;
    • 40% des GHT ont nommé un DSI de GHT et 53% sont en cours de nomination ; 
    • des postes de chefs de projet SI GHT, chargés d’animer les équipes et de piloter les projets de convergence, ont été ouverts ;
    • La majorité des GHT constitue une DSI de GHT de manière incrémentale ; 
    • Une minorité de GHT fusionne actuellement leurs équipes dans une DSI commune ; 
    • Plusieurs GHT structurent une DSI commune centre de service, tournée vers l’usager.

    Défis persistants : l’ASIP Santé précise que le rapprochement des équipes au sein d’une DSI commune implique une réflexion sur le volet RH.

    Chantier 2 : Intégrer une réflexion sur l’urbanisation des SI

    L’ASIP rappelle qu’au delà du GHT, il est indispensable que « la mise en place du SI de GHT soit réalisée en cohérence avec son environnement régional ou national. L’objectif est de limiter les redondances et les surcouches applicatives ». Les GHT peuvent s’inspirer du guide de l’ASIP Santé « Intégrer le système d’information de son établissement dans l’espace e-santé » publié le 28 décembre 2017.

    Synthèse chiffrée des projets en cours : actuellement, certains GHT « envisagent de capitaliser sur des projets existants », explique l’ASIP. Parmi ces projets : le dossier médical partagé, le MS Santé, la mise en oeuvre de l’identifiant national de santé, les applications prévues dans le cadre des Services numériques d’appui à la coordination (SNACs). D’autres GHTs privilégient des « démarches communes pour favoriser l’urbanisation des SI », comme la sélection d’un même prestataire AMOA entre GHT d’une même région.

    Défis persistants : parmi les défis se présentant aujourd’hui aux GHT identifiés par l’ASIP : la nécessité d’ « acquérir une visibilité sur les stratégies nationales et régionales pour pouvoir se coordonner avec elles », et la mise en oeuvre éventuelle de « solutions transitoires » 

    Chantier 3 : Construire un socle technique et de sécurité convergente 

    La mise en place d’un socle technique commun permet d’assurer le recueil, le stockage, la distribution et l’échange de données utiles au fonctionnement des établissements de santé parties au GHT. L’élaboration d’une politique de sécurité du SI du GHT au cours des mois à venir s’avère également essentielle.

    Synthèse chiffrée des projets engagés  :

    • 74% des GHT ont aménagé l’interconnexion des réseaux ;
    • 57% des GHT tendent à externaliser l’hébergement des données de santé.

    Défis persistants : l’ASIP Santé rappelle que l’hébergement des données de santé constitue « un défi majeur ». Les GHT doivent satisfaire aux exigences de conformité (certification et agrément) en cas d’internalisation. Une estimation précise des moyens nécessaires à la mise en oeuvre de solutions externalisées doit également être réalisée. A l’ASIP de rappeler que les GHT doivent se conformer au nouveau cadre de régulation introduit par le RGPD et recruter leur RSSI pour assurer la sécurité des SI.

    Chantier 4 : Construire un socle fonctionnel convergent 

    La construction d’un socle fonctionnel convergent vise à « répondre aux besoins des professionnels de santé et des équipes » exprimés dans le cadre des ateliers menés autour du Projet Médical Partagé (PMP) et de la mise en oeuvre des fonctions mutualisées.

    Synthèse des démarches engagées par les GHT : Plusieurs GHT se sont équipés d’applications uniques, tel le DPI. En support de leur PMP, les GHT envisagent de mettre en place un dossier patient informatisé unique.

    Parmi les défis persistants identifiés par l’ASIP : Les GHT doivent avoir une vision plus précise des solutions technologiques proposées par les éditeurs de logiciels. Les applications doivent être capables de couvrir l’ensemble des activités MCO/PSY/EHPAD.

  • 85 % des utilisateurs de la prise de rendez-vous en ligne de l’AP-HP recommandent le service

    80 000 rendez-vous ont été pris en ligne depuis que le service a été inauguré dans les établissements de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) selon un communiqué de cette dernière en date du 20 février 2018.

    Dans le cadre d’une enquête de satisfaction, sur 25 000 usagers interrogés, 85% ont exprimé leur souhait de recommander le service utilisé et 58% des utilisateurs ont attribué au service la note maximale de 10/10.

    Une seconde enquête est programmée par l’AP-HP à l’automne 2018.

    Service satisfaisant du point de vue des utilisateurs

    Service fourni en partenariat avec Doctolib et disponible à ce jour dans 22 établissements sur les 39 qui composent l’AP-HP, il apparaît comme plébiscité par les 25 000 usagers ayant accepté de partager leur retour d’expérience.

    Les principaux résultats de l’enquête dévoilent :

    • 85% des utilisateurs désireux de recommandent le service attribuent une note d’au moins 8/10 ;
    • 1/3 des utilisateurs n’aurait pas choisi de consulter au sein de l’AP-HP sans l’existence du service.

    Parmi les traits du service les plus appréciés, on compte :

    • l’ergonomie de la plateforme de pris de rendez-vous ;
    • la facilité d’accès aux consultations ;
    • le récapitulatif des informations communiquées avant le rendez-vous ;
    • le rappel de rendez-vous par SMS ;
    • l’existence d’une liste d’attente permettant d’avoir un rendez-vous avancé en cas de désistement.

    Évolutions et suivi du service

    Une seconde enquête afin d’évaluer la satisfaction des usagers et l’impact des améliorations sera menée à l’automne 2018.

    Parmi les évolutions visant à améliorer la qualité du service, l’AP-HP cite la possibilité pour les patients d’indiquer le nom du médecin qui les a adressé à un praticien de l’AP-HP.

  • Usagers et professionnels, 2 axes de réfléxion du groupe de travail sur l’avenir du système de santé

    De la démarche personnelle engagée par le président du Syndicat des Managers Publics de Santé, Jérémie Sécher, en collaboration avec Philippe Denormandie, chirurgien orthopédique et directeur des relations santé de MNH GROUP, est née l’initiative du groupe de réflexion sur l’avenir du système de santé qui vise notamment à repenser la place et le rôle du service public à moyen et long terme. L’initiative a vu jour une semaine après l’annonce de la stratégie de transformation du système de santé par le Premier ministre Édouard Philippe, le 21 février 2018.

    Réfléchir à l’organisation du soin, des parcours, la place du patient, le rôle de l’hôpital et du CHU de demain, du réseau sanitaire au service du patient à l’échelle de l’établissement ainsi que du territoire, tels sont les objectifs du groupe. Les paradigmes de la réalité hospitalière ont subi des modifications fondamentales et le système de santé ne peut pas les ignorer. Pour les appréhender, le groupe entame une réflexion autour des notions du temps et du sens pour repenser le rôle de l’hôpital de demain.

    Le groupe de réflexion s’est engagé à formuler des recommendations opérationnelles pour début mai 2018 à destination notamment des pouvoirs publics.

    Le rapport de l’usager-patient avec l’établissement au cœur de la réflexion

    La motivation du groupe, dont les membres actuels sont listés ci-dessous, consiste à apporter une réponse collective et convergente aux défis que rencontrent les professionnels de santé hospitaliers et s’inscrit dans la discussion actuelle autour de la transformation du système de santé. Les membres du groupe sont différents acteurs de la santé issus du monde hospitalier et des représentants d’usagers.

    Le travail du groupe s’articule autour de 2 axes principaux avec en perspective l’élaboration d’un livrable rapide à destination du public et des autorités à horizon Hôpital expo 2018. Il inclura des propositions opérationnelles et très probablement des études d’appui.

    Les deux thématiques qui vont alimenter la réflexion des hospitaliers tournent autour de :

    • l’impact des nouvelles attentes des usagers, du nouveau rapport aux technologies de l’information, des télécommunications et de l’émergence des collectifs et des associations sur le système hospitalier à l’échelle des établissements, d’une part, et des territoires, d’autre part ;
    • la façon dont on peut redonner du temps et du sens aux professionnels de santé.

    Les membres placent au cœur de leur démarches les usagers, car toutes les réformes de l’organisation hospitalières n’ont de sens que si elles sont au service des usagers. L’usager et ses rapports à l’hôpital seront examinés à travers le prisme des paradigmes régissant la vie des établissements qui sont en train de se métamorphoser.

    Le professionnel n’est plus le détenteur de la connaissance

    Le constat est fait d’une rupture dans la démarche du patient envers sa santé, résultat notamment de l’accès du patient à une grande quantité d’informations en amont de la rencontre avec le professionnel de santé qui influe sur la relation soignant-soigné où le patient veut être acteur et constructeur de la décision clinique et qui doit être empreinte de croyance, au sens de la confiance en le médecin, en le système de soin.

    Ce changement a des conséquences à différents niveaux – le professionnel de santé n’est plus le détenteur de la connaissance, mais doit posséder de bonnes compétences pour construire une relation permettant un parcours clinique efficace et garant de résultats. L’implication du patient est nécessaire dans un processus de décision totalement nouveau qui a un impact sur le rapport avec le médecin, avec les professionnels et l’établissement de santé et aussi sur l’organisation des soins et les structures de santé de façon globale.

    La question se pose de savoir quel sens doit être donné aux organisations de santé pour répondre à ces nouvelles exigences du patient.

    Cette question du rapport au soin a un lien direct avec une deuxième notion structurante, celle du temps.

    La temporalité du soin et le temps administratif

    Les professionnels de santé n’ont pas le temps d’exercer leur métier.

    Le temps est la grande interrogation des professionnels de santé tous secteurs confondus. Qu’il s’agisse du temps matériel dont les professionnels disposent, que l’on organise, ou du temps immatériel qui est la sérénité du professionnels le plaçant dans de bonnes dispositions face à son patient pour une relation de qualité.

    Le Dr Denormandie évoque la pénétration du digital dans les soins et le temps que les soignants passent face à un écran et non pas face aux patients, notamment pour gérer les tâches administratives. Il souligne l’influence de cet aspect sur le rapport des médecins à leurs patients et les rapports entre les professionnels de santé eux-mêmes.

    Pour bien comprendre les rapports entre ces différentes catégories, le groupe de réflexion se propose d’établir un portrait sociologique des différents intervenants et de redéfinir le sens des missions et du relationnel à différents niveaux – hôpital-ville, entre différentes catégories professionnels, etc.

    Une réflexion plurielle face à une perte de sens généralisée et un cadre de soins profondément modifié

    Les différentes catégories de professionnels de santé sont unanimes et partagent la sensation de perte de sens dans la cadre de l’exercice de leur métier.

    Les professionnels de santé adoptent une démarche unie et pluri-professionnelle pour agir sur l’adaptation du modèle de soin en prenant en compte les problèmes au sein des établissements de santé et les nouvelles exigences posées par l’évolution de la société :

    • la gestion des maladies chroniques nécessitant des prises en charge innovantes ;
    • le besoin d’une réponse collective de plusieurs spécialités face à des pathologies nouvelles ;
    • l’individualisation des thérapies pour une réponse optimale par le patient ;
    • les modèles de formation professionnelle enfermés dans une approche de silos entre catégories professionnelles et loin d’un modèle de transmission de compétences transversales ;
    • la synchronisation du temps médical, administratif et de soin à l’hôpital et l’impact sur les équipes ;
    • la capacité à travailler ensemble et la création de conditions favorable à l’émergence de la cohésion d’équipe ;
    • la nécessité de réorganisation des parcours et des structures pour une réponse médicale adaptée et efficace face à des changements de paradigmes de soins majeurs ;
    • la modification de l’offre et de l’organisation de soin au sein de l’établissement et au sein des territoires ;
    • la prévalence des nouvelles technologies dans la société contemporaine ;
    • les attentes du patient vis-à-vis du médecin qui le suit ;
    • les risques psycho-sociaux chez les professionnels et la détection de situations anormales ;
    • la motivation professionnelle de jeunes praticiens et des perspectives d’évolution de carrière ;
    • l’usage comme partie prenante dans l’élaboration des stratégies d’établissements de santé.

    Selon les professionnels de santé, tous ces éléments ont besoin d’être interrogés et leur rôle dans la santé ainsi que leurs interactions et rapports qui les animent, redéfinis.

    Oui au numérique s’il peut être synonyme de gains de temps

    Le numérique, les systèmes d’information et les outils au service de la traçabilité introduisent trop de contraintes pour les professionnels de santé. Pour sortir de cette perception de charge numérique, il faut penser les outils numériques dans une logique d’usage afin qu’ils ne constituent pas une perte de temps, mais un moyen d’en gagner. Selon le Dr Denormandie, il faut sortir de la logique technologique et adopter celle de l’usage pour produire des outils adaptés.

    Par ailleurs, les directions d’établissement manque de visibilité sur l’utilité que peuvent présenter certains nouveaux outils et la façon dont ils pourraient être implémentés dans la finalité de faciliter le quotidien des professionnels. Le groupe envisage de se pencher sur la question et de guider les professionnels dans les usages qu’ils pourraient faire de nouveaux outils numériques.

    Les membres actuels du groupe de réflexion

    Les promoteurs du groupe de réflexion, qui n’a toujours pas de nom officiel, ont souligné leur volonté d’associer l’ensemble des acteurs et des professionnels de santé. C’est pourquoi la composition du groupe est appelée à évoluer en enrôlant de nouveaux membres.

    Actuellement, il se compose des membres suivants:

    • Jérémie SECHER, Directeur d’établissements, Président du Syndicat des Manageurs Publics de Santé (SMPS)
    • Dr Philippe DENORMANDIE, Chirurgien orthopédique, Conseiller Médical, Directeur Relations Santé MNH GROUP
    • Pr Laurent BERTOLETTI, Médecin Pneumologue, CHU de Saint Etienne
    • Dr Rachel BOCHER, Médecin Psychiatre, Présidente de l’Intersyndicat National des Praticiens Hospitaliers (INPH)
    • Guy COLLET, ancien Conseiller FHF et Directeur d’ARH
    • Philippe EL SAIR, Directeur Général du CHU de Brest
    • Dr Bruno FAGGIANELLI, Médecin urgentiste, Président de CME, Secrétaire Général, Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF)
    • Dr Pierre FOUCAUD, Médecin, CH de Versailles, ARS Ile-De-France
    • Thierry GAMOND RIUS, Directeur d’établissements, Président de la Conférence Nationale des Directeurs de Centres Hospitaliers (CNDCH)
    • Marie HIANCE, Déléguée Nationale du Syndicat des Manageurs Publics de Santé (SMPS)
    • Laurent HOUDART, Avocat, Cabinet HOUDART
    • Dr Jean Patrick SALES, Chirurgien, Vice-Président Comité Économique des Produits de Santé
    • Thomas SANNIE, Représentant des usagers, Président de l’association française des hémophiles, Représentant des usagers au conseil d’administration de l’AP-HP
    • Dr Pierre SIMON, Médecin, ancien Président de la Société Française de Télémédecine
    • Guillaume WASMER, Directeur d’établissements, Administrateur de la Fédération Hospitalière de France (FHF).

  • Agence nationale de santé publique : la composition du conseil d’administration modifiée

    La composition du conseil d’administration de l’Agence nationale de santé publique (Santé publique France) est modifiée comme suit, par arrêté de la ministre des Solidarités et de la Santé, publié le 22 février 2018.

    Sont nommés membres du conseil d’administration de l’Agence nationale de santé publique :
    • en qualité de représentant de l’État : M. Jérôme Salomon, en tant que suppléant, représentant de la ministre des solidarités et de la santé, en remplacement de M. Benoît Vallet ;
    • en qualité de représentant des partenaires institutionnels de l’agence Mme Anne Bouygard, en tant que suppléante, représentant les agences régionales de santé, en remplacement de Mme Cécile Courrèges ;
    • en qualité de personnalité qualifiée choisie en raison de ses compétences dans les domaines relevant des missions de l’agence M. Roger Salamon, en remplacement de M. Jérôme Salomon.

  • Le NHS England envisage d’introduire le modèle américain des ACOs en Grande-Bretagne (Consultation)

    Le NHS England lance une seconde concertation publique à destination des professionnels de santé et des usagers du système de santé pour évaluer les modalités de transposition des Accountable Care Organizations (ACOs) au modèle britannique. Des voix se sont élevées en Grande-Bretagne contre ce mode d’organisation des soins.

    Introduits aux Etats-Unis pour Medicare par l’Affordable Care Act (2010), les ACOs sont des groupes de prestataires de soins (médecins, hôpitaux, etc.), qui se réunissent sur la base du volontariat pour dispenser des soins coordonnées de qualité à l’échelle d’un territoire et bénéficient de financements publics annuels.

    Les Accountable Care Organizations (ACO) aux Etats-Unis

    Le système de santé américain présente le niveau de dépense de santé le plus élevé au monde (17,2% du PIB en 2016 selon l’OCDE) et par habitant, pour des résultats de santé globalement inférieurs aux autres pays développés. Les ACOs ont été créées par le Patient Protection and Affordable Care Act (2010) pour Medicare pour tenter de contenir l’augmentation des dépenses de santé aux Etats-Unis.

    Le Center for Medicare and Medicaid Services (CMS) définit les ACOs comme des groupes de médecins, hôpitaux ou autres offreurs de soins, qui se réunissent volontairement pour délivrer des soins coordonnées de haute qualité à leurs patients Medicare. Les ACOs américains relèvent exclusivement du programme fédéral Medicare traditionnel (Part A & B) et s’adressent aux assurés pris en charge par des offreurs de soins payés à l’acte.

    Les participants de l’ACO, sélectionnés par le CMS à l’issue d’un appel à candidature annuel et signataires d’un contrat de trois ans, sont collectivement responsables (accountable) de l’intégralité de la prise en charge des patients qui leur sont assignés. Les prestataires de soins sont payés à l’acte par Medicare au cours des trois années. Le financement est indexé sur des indices de performance et de qualité. Les ACOs se démarquent des modèles d’organisation des soins antérieurs à plusieurs titres : 

    • une ACO est responsable de l’intégralité de la prise en charge de ses patients, que cette prise en charge soit assurée par un membre de l’ACO ou non;
    • 75% de l’instance dirigeante est constituée de professionnels de santé membres de l’ACO;
    • les modalités d’organisation internes sont laissées à l’appréciation de chaque ACO.

    Le CMS dénombre aujourd’hui 561 ACOs aux Etats-Unis, aux contours et formes variables. La France s’y intéresse de près, l’article 35 du Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 proposait d’offrir une base légale permettant d’expérimenter un dispositif d’ACO à la française. Un rapport administratif publié en novembre 2017 par le Ministère des Solidarités et de la Santé interrogeait les « modalités de transposition au système de santé français » des ACOs.

    La Grande-Bretagne envisage pour sa part de le transposer en droit britannique et de l’intégrer au système de soins national, non sans difficulté.

    Le NHS (re)lance une consultation sur la transposition des ACOs en Grande Bretagne

    Le National Health Service britannique s’est saisi de la question dès 2014, en faisant de l’intégration des offres de soins l’un des objectifs prioritaires de son programme Five Year Forward Review. Le gouvernement britannique juge que les ACOs constituent à ce jour l’un de vecteurs d’intégration des soins les plus pertinents.

    Chaque ACO signe un contrat pluriannuel définissant les objectifs qui lui sont assignés dans le respect du budget imparti. En août 2017, le NHS England a publié un projet de contrat permettant aux Clinical Commissioning Groups (agences rattachées au NHS en charge de la planification et de la délivrance des soins sur un territoire donné) de constituer des ACOs sur leur territoire respectif.

    Le gouvernement britannique a lancé une consultation publique de près de deux mois entre le 11 septembre et le 3 novembre 2017 pour amender la version initiale du projet de contrat établi par le NHS. Point de désaccord majeur : la clause qui prévoyait la dissolution du contrat qui relie un médecin généraliste au NHS s’il rejoint une structure ACO.

    Les membres de l’opposition parlementaire travailliste ont déploré l’insuffisance des débats autour des ACOs. Le 25 janvier 2018, le NHS a annoncé le lancement d’une seconde consultation de trois semaines aux termes de laquelle le contrat dans sa version amendée deviendra effectif. Deux procédures judiciaires ont été ouvertes contre l’initiative, illustrant les difficultés de transposition du modèle américain en Grande-Bretagne. Les réticences portent sur le contenu du projet de contrat et sur les modalités pratiques de consultation :

    • 999 Call for the NHS : les membres de cette campagne contestent la légalité du dispositif ACO. Le fait de substituer au mode de financement actuel fondé sur le paiement à l’acte, un budget annuel alloué à un ACO (comme le prévoit le projet de contrat) constitue à leur sens une violation de la législation en vigueur. 
    • JR4NHS : quatre requérants (médecins et/ou professeur de médecine) contestent la légalité de la procédure consultative engagée par le NHS entre septembre et novembre 2017.

    Les requérants seront auditionnés les 14 mars et 28 avril 2018. L’issue des auditions ne devraient pas compromettre la mise en oeuvre du contrat ACO, qui laisse présager d’évolutions profondes du système de santé britannique.

  • Ethik-IA propose de reconnaître la RSE digitale dans le numérique, l’IA et la robotisation en santé

    Après une première conférence de presse organisée à Paris le vendredi 19 janvier 2018, à laquelle H&TI a participé, Ethik-IA publie une note de cadrage le vendredi 16 février 2018 appelant à la reconnaissance de la RSE digitale. 

    Initiative citoyenne et universitaire, Ethik-IA entend jouer un rôle moteur dans la définition d’un cadre juridique de déploiement de l’intelligence artificielle et de la robotisation en santé. Elle présente dans sa note de nouvelles formes de RSE associées au numérique, à l’IA et à la robotisation dans le secteur sanitaire et médico-social.

    Accompagner l’adaptation des métiers impactés par l’IA et la robotisation en santé

    Lors d’une conférence de presse organisée le vendredi 19 janvier 2018 – dont H&TI a rédigé le compte-rendu – les membres d’Ethik-IA ont présenté l’initiative Ethik-IA dont la finalité première est de « réguler positivement les innovations » dans champ de la santé et du médico-social.

    Cette initiative se fonde sur un constat bien précis : si un nombre croissant d’acteurs de santé (médecine de ville, hôpitaux) s’équipent de robots utilisant l’intelligence artificielle et autres dispositifs innovants, ce mouvement d’innovation n’est pas encore accompagné par un effort de définition d’un cadre de régulation.

    Ces ruptures technologiques sont par ailleurs susceptibles d’impacter les métiers des secteurs sanitaire et médico-social. Ethik-IA propose ainsi de « définir les bases d’une méthodologie d’évaluation des effets majeurs – déjà en cours ou à venir – de ces ruptures technologiques sur les ressources humaines sanitaires et médico-sociales ». L’initiative publiera un document de cadrage sur le sujet dans le courant du mois d’avril 2018.

    L’initiative engagera au cours du mois de février 2018 un appel à commentaires sur un modèle de norme de synthèse. Cinq « clés de régulation » seront précisées dans le document de synthèse. La quatrième clé porte sur l’accompagnement de l’adaptation des métiers. La note de cadrage publiée par Ethik-IA le 16 février 2018 préconise d’ores et déjà de réinjecter les « gains d’efficience » issus du déploiement de l’IA et de la robotisation dans le financement de la formation des professionnels impactés.

    De nouveaux modes d’exercice de la responsabilité sociale d’entreprise 

    « Dans ce contexte, l’investissement dans la régulation du déploiement de l’IA et de la robotisation doit pouvoir être reconnu comme une nouvelle forme d’exercice de la responsabilité sociale d’entreprise (RSE). Le choix d’investir dans un cadre responsable de recours à l’IA et à la robotisation s’inscrit, en effet, directement dans une logique de développement durable au sens large ».

    La notre de cadrage décrit les déclinaisons possibles de cette nouvelle forme de RSE associée au numérique, à l’IA et à la robotisation : 

    • engager des actions de sensibilisation des salariés aux enjeux du numérique ;
    • adapter des outils de formation et de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ;
    • participer, dans le cadre de régimes de mécénat ou de contributions volontaires, au financement de dispositifs d’intérêt général contribuant à l’adaptation de l’ensemble de la société au « fait numérique » ;
    • développer des dispositifs de self-compliance et de certification volontaire pour s’assurer du caractère éthique et responsable de l’engagement d’un acteur socio-économique.

    Les modalités de déploiement de ce nouveau champ de la RSE sont donc multiples. Ethik-IA entend participer au débat organisé dans le cadre des États-généraux de la bioéthique et favoriser l’avènement de ce nouveau mode d’exercice de la RSE.

  • Intelligence artificielle : le NHS encourage la collaboration entre l’Inde et le Royaume-Uni

    Une délégation britannique, composée de représentants des meilleurs hôpitaux du National Health Service (NHS) et des principaux fournisseurs de soins du Royaume-Uni, s’est rendue en Inde du 4 au 8 février 2018 pour encourager l’innovation dans le domaine de la santé.

    Dirigée par le président du NHS England, Sir Malcolm Grant, la délégation a concentré son attention sur les technologies de santé novatrices telles que l’intelligence artificielle (IA) et la promotion de la collaboration entre les deux pays.

    Le NHS souhaite soutenir l’Inde dans la transformation de son industrie de santé

    Une attention particulière portée sur l’IA et la réalité virtuelle

    Le haut-commissariat britannique en Inde a déclaré que la mission était focalisée « sur l’innovation dans les soins et [qu’elle avait pour objectif de répondre] aux besoins changeants de l’offre médicale car les technologies (…) telles que l’intelligence artificielle (IA), les capteurs portables et la réalité virtuelle [devenaient] de plus en plus courantes. »

    Réduire les coûts et proposer des soins plus personnalisés grâce à aux nouvelles technos

    Les délégués médicaux britanniques ont expliqué à leurs homologues indiens comment ils pouvaient réduire les coûts au sein de l’industrie, augmenter l’accès aux soins dans les zones reculées et fournir des solutions de soins plus personnalisées grâce aux nouvelles technologies.

    Health tech : le NHS collaborera avec l’Inde pour déployer de nouvelles solutions

    Le NHS dispose d’un « solide héritage dans le développement (…) de la technologie »

    « Alors que le National Health Service fête son 70e anniversaire, il continue d’être classé parmi les plus importants systèmes de santé au monde, a déclaré Sir Grant dans un communiqué (source : Digitalhealth.net). Nous sommes fiers de notre solide héritage dans le développement de la science et de la technologie mais nous continuons à investir dans l’innovation pour améliorer [l’offre de soins délivrée] aux patients et relever les défis du XXIe siècle. »

    Inde : une industrie de la santé de plus en plus tournée vers la health tech

    La délégation commerciale britannique a assisté aux événements suivants :

    • une conférence organisée à Delhi sur l’avenir des soins avec des directeurs d’hôpitaux, des instituts médicaux, des universités et des sociétés de soins ;
    • une table ronde à Delhi avec dix directeurs d’hôpitaux locaux ;
    • au sommet India-UK Createch, qui s’est tenu à Bombay le 6 février 2018. L’événement avait pour but d’explorer les avantages de la convergence de la créativité et de la technologie (Createch) au sein de l’industrie de santé et plus précisément la manière dont cette fusion permet la création de nouveaux produits, services et expériences à valeur ajoutée.
    • Elle a également visité à Hyderabad (sud de l’Inde) le site d’un hôpital Apollo. Les hôpitaux Apollo sont les premiers centres de soins hyper spécialisés du pays à proposer des services axés sur la médecine moderne.

    Par le biais de cette visite commerciale, le NHS souhaite « développer l’intérêt commun et croissant entre l’Inde et le Royaume-Uni en ce qui concerne les derniers systèmes intelligents et les nouvelles solutions novatrices [disponibles sur le marché] en matière de soins », a ajouté Sir Malcolm Grant.

  • Artificial intelligence: NHS encourages collaboration between India and the United Kingdom

    A UK delegation composed of representatives from top NHS hospitals and leading healthcare providers in the UK visited India from February 4-8th to encourage innovation in the field of health.

    Led by chairman of NHS England Sir Malcolm Grant, the delegation focused on disruptive health technologies such as artificial intelligence (AI) and promoted collaboration between the two countries.

    NHS would like to support India to transform its health industry

    A special focus on AI and virtual reality

    The British High Commission in India stated that the mission was focused on « innovation in healthcare » and it was intended to « address the changing needs of medical provision as disruptive technologies such as artificial intelligence (AI), wearable sensors, and virtual reality become increasingly commonplace. »

    To reduce costs, improve access to health and offer more personalized care via new technology

    The UK healthcare delegates explained to their Indian counterparts how they could reduce costs in the industry, increase access to care in remote areas, and provide more personalized care solutions through new technology.

    Health Tech : NHS wants to work closely with India to deploy new solutions

    The NHS has a « strong heritage in science and technology development »

    « As the National Health Service reaches its 70th anniversary year it continues to be ranked amongst the foremost health systems in the world, » Sir Malcolm Grant said in a statement (source: Digitalhealth.net). « We are proud of our strong heritage in science and technology development, but we continue to invest in innovation to improve patient care and meet the challenges of the 21st century. »

    India: Healthcare industry increasingly focused on health tech

    The trade delegation attended the following events:

    • A conference in Delhi focused on the future of healthcare with senior management of hospitals, medical institutes, colleges and healthcare companies;
    • A round-table meeting in Delhi with ten local hospitals’ CEOs;
    • The India-UK Createch Summit, held in Mumbai on February 6th 2018. The event aimed to explore the convergence of creativity and technology (Createch) and how it’s enabling the creation of new value-added products, services and experiences.
    • It also visited the site of an Apollo hospital in Hyderabad (southern India). Apollo Hospitals are the country’s leading super specialty hospital which give patients the best of modern healthcare.

    Through this trade visit, NHS wants to « nurture the common and growing interest between India and the UK regarding the latest smart systems and pioneering new healthcare solutions, » Sir Malcolm Grant added.

  • 63 % des Français favorables au développement de la e-santé (Sondage Odoxa)

    L’institut Odoxa a rendu public le jeudi 15 février 2018 les résultats d’une enquête sur la e-santé, réalisée auprès d’un échantillon de 982 Français par internet les 7 et 8 février 2018.

    Il ressort de cette enquête que l’essor de la e-santé est bien perçu par 63% des personnes interrogées. En revanche, les Français ont une connaissance et un usage encore inégaux des outils de la e-santé, invitant davantage de « communication et d’information » de la part des pouvoirs publics et des acteurs privés.

    Si le développement de la e-santé est globalement bien perçu, les innovations en la matière sont inégalement connues

    L’essor de la e-santé est globalement bien perçu

    Le développement de la e-santé constitue une source d’espoir pour 63% des personnes interrogées. Parmi elles, les jeunes sont les plus optimistes (72%), talonnés de près par les CSP+ (70%), les hommes (68%) et les femmes (58%). Les personnes âgées de plus de 65 ans se montrent positives, bien que d’une courte majorité : 55% des seniors interrogés se disent optimistes.

    Les innovations en e-santé sont inégalement connues

    Les personnes interrogées connaissent les dispositifs de télémédecine et des objets connectés : 75% d’entre elles en ont déjà entendu parler. En revanche, la chirurgie augmentée et le big data en santé leur sont moins familiers : 62% des sondés ignorent l’existence de la chirurgie augmentée. Seuls 28% d’entre eux déclarent connaître le big data en santé.

    Pour progresser, l’usage des outils de e-santé doit être encouragé par les secteurs public et privé

    Un usage encore modéré des outils de santé

    Seuls 37% des sondés disent se servir « souvent » ou « de temps en temps » d’objets connectés pour suivre leur santé ou leur activité physique. Les jeunes les utilisent en majorité (60%) tandis que les CSP+ y ont recours pour une petite moitié d’entre eux (46%). A Emile Leclerc, directeur d’études à Odoxa, de conclure : « de l’information et de la communication sont donc toujours nécessaires ».

    L’essor de la e-santé doit résulter d’un effort conjoint des secteurs public et privé

    65% des personnes interrogées considèrent que la e-santé se développera efficacement par une bonne coopération entre les secteurs public et privé. Seuls 24% d’entre elles pensent que le public doit encadrer le développement de la e-santé pour prévenir le risque de dérives ou d’abus. 10% des sondés y sont défavorables.

  • Santé populationnelle : est-elle transposable au modèle français ? La FHF s’interroge

    Un sondage rendu public le 6 février 2018 réalisé par le Deloitte Center for Health Solutions pour le compte de NEJM Catalyst, révèle que les financeurs et pourvoyeurs de soins américains concentrent désormais l’essentiel de leurs efforts sur le « population health management ». 

    Le concept de population health management (PHM) consiste à suivre la trajectoire d’une population présentant un même profil de santé et à adapter les stratégies de soins et de suivi en fonction de ses besoins. Si ce concept a été développé aux Etats-Unis, le Canada francophone, au début des années 2000, a adopté une notion similaire – celle de « responsabilité populationnelle en santé – dont la France et la Grande-Bretagne s’inspirent actuellement.

    La Fédération hospitalière de France a fait de la santé populationnelle une priorité politique pour la période 2017-2022. Elle élabore actuellement un guide sur le sujet à l’usage des acteurs du système de santé, à paraître en mai 2018.

    Dans un entretien accordé à H&TI en juillet 2017, Antoine Malone, directeur de projets à la FHF, définissait l’approche populationnelle en santé de la manière suivante : « La responsabilité populationnelle vise à suivre la trajectoire du patient sur l’ensemble de la chaîne de création de valeur, et à répondre ainsi au défi posé par la triple transition épidémiologique, démographique et technologique via des systèmes intégrés. Elle se distingue donc de la notion de parcours par une intégration complète de l’ensemble des services et acteurs autour des besoins des patients et de la population, avec eux et pour eux. »

    Genèse nord-américaine du concept de population health management 

    Un concept développé aux Etats-Unis pour structurer un système de soins intégrés

    Développé aux Etats-Unis au cours des années 1990, le concept de population health management (PHM) est l’extension du disease management (qui renvoie au ciblage de patients atteints d’une maladie définie) à une population spécifique pour une pathologie donnée, par exemple tous les assurés diabétiques d’une région.

    Le PHM est un mode d’organisation et de financement des soins, dont la finalité première est d’aider les professionnels de santé et les financeurs à évaluer le profil de santé et les besoins de populations présentes sur un territoire défini, dans une logique curative et préventive. L’objectif du PHM est de segmenter des populations de patients atteints de la même maladie, d’évaluer leurs besoins et de leur dispenser des soins adaptés.

    L’objectif financier du modèle, tel qu’il a été développé aux Etats-Unis, consiste à réduire les dépenses en prévenant les risques d’apparition de pathologies au sein de populations « bien-portantes » et d’améliorer le suivi et l’état de santé de populations atteintes de maladies chroniques. La logique inhérente au dispositif est préventive : le ciblage de population doit permettre d’identifier et de combler les failles dans la prise en charge de populations à risque ou « bien-portantes ».

    Rôle fondamental des outils numériques dans l’approche populationnelle

    Le concept de « Population Health Management » a été consacré en droit américain par le Patient Protection and Affordable Care Act (PPACA) promulgué le 30 mars 2010. Il repose sur plusieurs leviers technologiques, financiers et institutionnels : 

    • technologiques : le PHM repose sur de puissants systèmes d’agrégation et de traitement des données issues de sources multiples, permettant d’identifier et de segmenter les populations selon leur profil médical sur un territoire défini, d’analyser leurs besoins, de dispenser les soins appropriés, d’assurer leur suivi de long terme et de prédire l’évolution de leur état de santé. 
    • financiers : le système repose sur des indicateurs de performance et des leviers financiers incitatifs visant à encourager les médecins à faire porter leurs actions sur les populations les plus malades ou reléguées aux marges du système de soins (car défavorisées, ou mal informées, etc.).
    • institutionnels : les données permettant de faire émerger le profil sanitaire d’une population donnée à l’échelle d’un territoire proviennent de multiples sources : les acteurs institutionnels pourvoyeurs de données doivent accepter de mutualiser ces données et d’engager une dynamique partenariale.

    Une approche québécoise centrée sur la « responsabilité des parties prenantes » 

    Le Québec a développé au cours des années 2000 un concept proche intitulé « responsabilité populationnelle en santé », qui met en avant la notion de responsabilité des acteurs du systèmes de santé (médecins, assureurs, acteurs de la prévention). L’objectif de la « responsabilité populationnelle » est d’assurer un état de santé maximal chez la population d’un territoire, compte tenu des ressources disponibles. Elle est destinée à coordonner l’offre de soins et de services médico-sociaux en fonction d’une population donnée plutôt qu’en fonction d’un individu. 

    La notion de « responsabilité » constitue la clé-de-voute de ce modèle. Elle est fondée sur l’idée que les autorités locales ont une responsabilité vis-à-vis de leurs administrés, et doivent garantir l’accessibilité aux services concernés, mener des actions de prévention et prévenir les ruptures dans la prise en charge. La responsabilité populationnelle en santé et ses déclinaisons canadiennes ont fait l’objet de plusieurs travaux d’évaluation.

    L’imputabilité change avec la responsabilité populationnelle : les acteurs du territoire doivent s’organiser pour améliorer l’expérience de soins du patient et la santé de la population. L’approche populationnelle doit permettre de générer une triple amélioration de la prise en charge, du bien-être au travail et de l’équilibre budgétaire du système. C’est une modalité de transformation du système, comme l’expliquait Antoine Malone dans l’entretien accordé à H&TI en juillet 2017.

    Un concept transposable au contexte français ?

    La FHF s’est saisie de la question et l’a érigée en priorité politique pour la période 2017-2022

    La Fédération hospitalière de France (FHF) a repris à son compte le concept de « responsabilité populationnelle » – inspiré du modèle québecois.

    La FHF publiait le 28 mars 2017 sa « plateforme politique » pour la période 2017-2022, en vue d’impulser « un nouvel élan rassembleur au sein du système de santé » dans le contexte de l’élection présidentielle de 2017. La Fédération identifiait ainsi 12 priorités, dont la deuxième proposait « d’engager une révolution dans l’organisation de notre système en le fondant sur le principe de la responsabilité populationnelle ».

    La FHF a dégagé cinq lignes directrices permettant de mettre en oeuvre la santé populationnelle en France

    La responsabilité populationnelle recouvre plusieurs enjeux. La FHF en retient une définition analogue au modèle canadien. La responsabilité populationnelle en santé implique selon elle « l’engagement de l’ensemble des acteurs du territoire autour d’objectifs communs pour l’amélioration de la santé de la population sur leur territoire. Elle leur demande d’agir collectivement afin de rendre accessible un ensemble de services sociaux et de santé pertinents et coordonnés ».

    La Fédération dégage cinq lignes directrices pour traduire le concept de responsabilité populationnelle en action : aligner les standards de qualité sur les standards mondiaux, placer les professionnels de santé au coeur de la démarche populationnelle, intégrer la qualité aux objectifs des territoires de santé, développer « massivement » les enquêtes et recherches médico-économiques territorialisées, développer à l’échelle territoriale les outils incitatifs nécessaires à l’atteinte des objectifs qualité.

    Responsabilité populationnelle en santé dans le contexte français : un guide en préparation, à paraître en mai 2018

    Antoine Malone, directeur de projet à la FHF, prépare actuellement un guide dédié à la responsabilité populationnelle, à l’usage des professionnels de santé et des acteurs institutionnels. Elaboré en collaboration avec trois étudiants et un tuteur de l’Executive MBA Santé Paris Dauphine (Université Paris Dauphine), ce document examinera la mise en oeuvre pratique de la responsabilité populationnelle dans un contexte français. Ce guide sera rendu public en mai 2018, à l’occasion de Hôpital Expo.

    Ce guide interrogera les modalités de transposition de ce modèle nord-américain au contexte socio-sanitaire français et ses applications possibles en France à travers, notamment, les GHT.