Des chercheurs de l’Université de Technologie d’Eindhoven ont élaboré une méthode visant à permettre l’administration contrôlée de médicaments dans la circulation sanguine à l’aide d’ « ordinateurs ADN ».
Une des applications potentielles du système élaboré par les chercheurs serait de mesurer la quantité d’anticorps thérapeutiques présents dans le sang et de décider s’il est nécessaire d’administrer tout médicament supplémentaire.
Or, l’utilisation d’anticorps thérapeutiques, notamment monoclonaux, s’applique à de nombreux domaines dans le cadre de thérapies ciblées : pathologies auto-immunes (SEP, polyarthrite rhumatoïde, lupus), pathologies tumorales (oncologie – cancer colorectal, hématologie – lymphome, pathologies infectieuses, les maladies inflammatoires ou encore le rejet de greffe.
L’étude « Antibody-controlled actuation of DNA-based molecular circuits » relatant les travaux des chercheurs a été publiée dans Nature Communications le 17 février 2017.
L’ADN, système intelligent distributeur de médicaments
Connu pour son rôle de support de l’information génétique, l’ADN est une molécule également appropriée pour effectuer des « calculs moléculaires » : les chercheurs expliquent que la séquence au sein d’une molécule d’ADN détermine avec quelles autres molécules d’ADN elle peut réagir, ce qui permet aux scientifiques de programmer les circuits de réaction désirés.
La méthode développée par les chercheurs repose sur un « ordinateur » ADN capable de détecter plusieurs anticorps dans le sang et d’effectuer des calculs en conséquence.
Afin d’expliquer ce nouveau concept, les chercheurs s’appuient sur l’analogie d’un système de sécurité ouvrant une porte en fonction de la personne qui s’y présente : si la personne est reconnue par le système de sécurité, la porte se déverrouille. Maarten Merkx l’ingénieur biomédical dirigeant l’équipe de chercheurs, explique que « la recherche sur les tests diagnostiques tend à se concentrer sur la ‘reconnaissance“, mais ce qui est spécial dans ce système c’est qu’il peut penser et être connecté à l’actionnement comme la délivrance de médicaments. »
Pour mémoire, le diagnostic de certaines pathologies repose sur la détection et la mesure de la concentration d’anticorps spécifiques, produits par notre système immunitaire lorsque nous sommes malades. Or, le système mis au point par les chercheurs pourrait contrôler l’activité d’un anticorps thérapeutique. Par ailleurs, face à des pathologies chroniques comme la maladie de Crohn, ces anticorps sont utilisés comme traitement médicamenteux.
Le procédé élaboré permet de traduire la présence de chaque anticorps en un seul élément ADN : « l’ordinateur ADN » décide ensuite, en fonction de la présence d’un ou plusieurs anticorps si l’administration de médicament est nécessaire. L’étudiant doctorant auteur principal de l’étude indique que « la présence d’une molécule d’ADN particulière provoque une série de réactions conduisant à l’exécution par l’ordinateur ADN de divers programmes ».
Une des applications potentielles du système élaboré par les chercheurs serait de mesurer la quantité d’anticorps thérapeutiques présents dans le sang et de décider s’il est nécessaire d’administrer tout médicament supplémentaire.
Maarten Merkx précise qu’ « en liant directement la mesure des anticorps au traitement de la maladie, nous pouvons être en mesure d’éviter les effets secondaires et de réduire les coûts à l’avenir. »