Des chercheurs américains de l’Université de l’Iowa ont évalué la pertinence d’un thermomètre intelligent qui collecte des données anonymisées et les transmet à une application mobile. Les résultats de leurs travaux* publiés en ligne le 8 février dans le journal Clinical Infectious Diseases démontrent la pertinence d’un tel dispositif qui permet de prédire l’arrivée d’une épidémie de grippe avec plusieurs semaines d’avance.
Twitter, Google… pour suivre l’épidémie à la trace
Trouver un moyen fiable de prévoir une épidémie de grippe agite les spécialistes du digital et le monde scientifique depuis de nombreuses années. Lancé en 2008, le service Google Flu Trends prétendait prédire l’arrivée de la grippe grâce à des algorithmes qui analysaient des mots-clés tels que « grippe », « douleurs musculaires » ou encore « fièvre » tapés dans Google. Le système, qui surévaluait de 50% les prévisions, a finalement été interrompu en 2015. Des chercheurs ont mené une étude sur Twitter. Le suivi en temps des tweets semblait quant à lui plus efficace.
Un thermomètre intelligent et des données en temps réel
Des chercheurs de l’Université de l’Iowa ont expérimenté une nouvelle méthode. Cette dernière repose sur un thermomètre qui collecte des data anonymisées et les transmet à une application mobile. Entre le 30 août 2015 et le 23 décembre 2017, 8 millions de relevés de température ont été générés par près de 450 000 dispositifs uniques. Ces relevés provenaient de 50 états et ont été agrégés afin de générer des estimations régionales et par groupe d’âge. La société Kinsa, qui fabrique ce thermomètre intelligent, a facilité l’accès aux données afin que les chercheurs puissent les étudier en toute indépendance.
Les auteurs de cette étude, dont les résultats sont parus le 8 février dans le journal Clinical Infectious Diseases, ont ensuite comparé les relevés de température recueillis via le thermomètre intelligents aux données sur l’activité grippale recueillies par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC).
Résultats
- Les relevés de thermomètre sont fortement corrélés avec les données nationales
- L’activité grippale régionale et par groupe d’âge est également cohérente avec le système traditionnel
- L’enregistrement des données en temps réel permet de prédire l’épidémie de grippe avec 3 semaines d’avance
- Les fièvres qui durent entre 3 et 6 jours et le phénomène de fièvre biphasique (température élevée pendant quelques jours puis pas de fièvre et réapparition de la fièvre) surviennent essentiellement pendant la saison grippale
- Les cas de transmission de maladies fébriles à l’intérieur du foyer sont plus fréquents chez les enfants que chez les adultes.
3 semaines d’avance sur l’épidémie : de gros avantages
Le système de thermomètre intelligent permet d’anticiper l’arrivée de l’épidémie car les prises de température se font avant même de consulter un médecin. « Nos résultats suggèrent que les données des thermomètres intelligents sont une nouvelle source d’information pour suivre avec précision la grippe avant les approches standard, a déclaré Philip Polgreen, auteur de l’étude. Une information plus en amont peut aider à alerter les professionnels de santé que la grippe circule, aider à coordonner les efforts d’intervention, aider à anticiper les besoins en personnel clinique et hospitalier et augmenter les visites associées à des niveaux élevés d’activité grippale. » En outre, les auteurs de ces travaux estiment qu’une telle information peut inciter les personnes à se faire vacciner.
Aaron Miller, co-auteur de ce travail, indique par ailleurs que comme « cet appareil donne aux utilisateurs la possibilité de déclarer volontairement des informations anonymes sur le sexe et l’âge, nous avons pu estimer l’incidence spécifique par groupe d’âge ». Enfin, le suivi des épisodes de fièvre biphasiques pourrait, selon les chercheurs, fournir des informations intéressantes pour analyser d’autres maladies infectieuses.