La réalité virtuelle (RV) semble un outil prometteur pour aider les personnes autistes à surmonter leurs phobies sociales. Des chercheurs de l’université de Newcastle, en Angleterre, ont utilisé une chambre d’immersion à 360° pour plonger des personnes atteintes d’autisme dans un environnement virtuel et les confronter à des situations de la vie courante qui déclenchent des phobies. L’étude*, publiée le 15 février 2019 dans le Journal of Autism and Developmental Disorders, montre que près de la moitié des personnes autistes parvenaient à maîtriser leurs peurs 6 mois après le traitement.
Une chambre d’immersion virtuelle pour traiter les phobies
Environ un quart des enfants atteints d’autisme souffriraient de phobies. Ces peurs violentes bouleversent leur quotidien et celui de leur famille, qui tente d’éviter les situations déclenchant ces crises d’angoisse. Or, les options thérapeutiques pour traiter ces phobies sont rares.
Des chercheurs de l’université de Newcastle ont voulu tester la réalité virtuelle (RV) pour la prise en charge de ce type de phobies. Ils ont donc mis au point avec la société Third Eye Neuro Tech la « Blue Room », une chambre d’immersion à 360 degrés. Grâce à ces quatre grands écrans bleus, la Blue Room permet de projeter des scènes et de proposer des activités interactives. Dans cet environnement virtuel, qui ne nécessite pas de lunettes de RV, l’enfant peut facilement explorer et naviguer dans différents scénarios avec un thérapeute, à l’aide de commandes iPad, tout en gardant le contrôle total de la situation.
Des scénarios pour traiter progressivement la phobie
Afin d’évaluer l’efficacité d’une telle stratégie thérapeutique, les chercheurs ont mené une étude randomisée et contrôlée incluant 32 enfants souffrant de troubles autistiques, âgés de 8 à 14 ans. La moitié d’entre eux a immédiatement été pris en charge dans la « Blue room » et l’autre moitié a constitué le groupe témoin, recevant un traitement 6 mois plus tard.
Accompagnés d’un psychologue, ils ont suivi 4 séances par semaine sur un scénario personnel dans la Blue room. Il s’attaquait à des phobies très diverses, notamment celles des guêpes, des ascenseurs, de l’obscurité, des poupées, des ballons, des transports en commun, de l’école…
La réalité virtuelle permettait de procéder par paliers : pour la phobie du chien, par exemple, il était possible de jouer sur la taille de l’animal, sur la laisse, sur la proximité avec l’enfant, sur le fait d’aboyer… Cette gradation permet au participant d’expérimenter des niveaux de maîtrise dans la gestion de son anxiété et de pratiquer de manière répétée un niveau de défi avant de passer au niveau suivant. À tout moment, des psychologues pouvaient intervenir pour proposer des techniques de relaxation et de gestion de l’anxiété.
Après avoir reçu le traitement et avec le soutien de leurs parents, les enfants ont ensuite été initiés au scénario dans le monde réel.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 15 février 2019 dans le Journal of Autism and Developmental Disorders.
Résultats
- 2 semaines après le traitement, 25 % des patients étaient capables de faire face à une phobie spécifique.
- 6 mois après l’expérience de réalité virtuelle, 45,8 % des enfants étaient classés comme répondeurs au traitement.
- 1 enfant a vu ses symptômes s’aggraver.
La réalité virtuelle efficace chez les adultes atteints d’autisme
Pour la première fois, le traitement Blue room a aussi été proposé à des adultes atteints d’autisme.
Dans une publication distincte publiée par la même équipe dans Autism in Adulthood, il a été démontré que la RV était efficace chez 5 adultes autistes sur 8.
De 18 à 57 ans, les adultes ayant participé à ces travaux ont suivi 4 séances de 20 minutes avec une scène personnalisée générée par ordinateur. 6 mois après les sessions, 5 des 8 participants bénéficiaient encore d’améliorations quotidiennes en ce qui concerne leur phobie.
« Incroyablement encourageant »
« Les personnes souffrant de troubles autistiques peuvent avoir des difficultés à imaginer une scène. C’est la raison pour laquelle la Blue room a été si bien acceptée », ont déclaré les auteurs de cette étude.
« Nous fournissons la situation de manière contrôlée à travers la réalité virtuelle et nous sommes assis à leurs côtés pour les aider à apprendre à gérer leurs peurs », précise le Dr Morag Maskey, chercheur à l’Institute of Neuroscience de l’Université de Newcastle et l’un des auteurs des travaux. C’est incroyablement encourageant de voir l’effet que cela a eu chez certains d’entre eux, qui ont été capables de surmonter une situation qui aurait été si pénible il y a une semaine à peine. »
Cette recherche soutenue par le NHS ne portait que sur un petit nombre d’enfants mais l’université de Newcastle a annoncé son intention de poursuivre l’évaluation de la réalité virtuelle dans le traitement des phobies chez les autistes.