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  • France-Allemagne : la santé au programme d’un réseau conjoint de recherche en IA

    « Créer un écosystème commun en matière d’IA afin de susciter de nouveaux projets de coopération. »  C’est l’objectif présenté dans la feuille de route relative à un réseau de recherche et d’innovation en matière d’intelligence artificielle, signée le 16 octobre 2019 à Toulouse par les ministres chargés de l’Économie et de la Recherche, Bruno Le Maire et Frédérique Vidal, avec leurs homologues allemands Peter Altmaier et Anja Karliczek, à l’issue du 21e conseil des ministres franco-allemand. Le communiqué diffusé le même jour par la présidence de la République précise que les 2 pays encouragent le Conseil pour l’innovation (porteur des « Grands défis IA ») et l’Agentur für Sprunginnovationen à « développer et à soutenir des projets communs en 2020 » dans ce domaine « en tenant compte des principes éthiques applicables aux nouvelles technologies ». 

    Est prévue dans l’annexe 1 du document la mise en place de « pôles bilatéraux » en matière d’IA « axés sur certains secteurs d’activité » dont la santé.  Ces pôles associeront les réseaux d’intelligence artificielle des deux pays dans le cadre d’un « protocole d’accord pour promouvoir et approfondir les recherches conjointes ». Le ministère précise que cette coopération s’appuiera, côté français, sur les 4 instituts interdisciplinaires d’IA (3IA) avec une coordination par l’Inria et, côté allemand, sur les 6 pôles de compétence en intelligence artificielle sous la coordination de Mme Katharina Morik (université technique Dortmund). Dans ce cadre, un premier appel à propositions sera lancé en 2020.

    Avant la fin de l’année 2019, le « réseau conjoint en matière d’IA » constituera des groupes de travail thématiques dans 4 secteurs, parmi lesquels la santé, est-il indiqué dans les orientations livrées en annexe 2 de la feuille de route. Ces groupes de travail élaboreront des plans d’action à l’horizon janvier-mars 2020, avant que les ministres n’annoncent (en avril) des « dispositifs incitatifs » pour encourager la création de « consortiums bilatéraux » associant des partenaires issus de l’industrie et de la recherche. En octobre, les 2 gouvernements « se prononceront sur la possibilité de créer un dispositif de financement franco-allemand pour 2021 », est-il précisé.  

    Objectifs du réseau franco-allemand en IA

    1. renforcer les liens entre structures existantes ;

    2. créer un écosystème commun en matière d’IA afin de susciter de nouveaux projets de coopération ;

    3. arrêter des positions communes concernant la politique en matière d’IA au niveau de l’Union européenne et promouvoir une action européenne cohérente à l’échelle internationale.

    Actions prévues dans le cadre du réseau

    1. soutenir des événements et des projets communs ;

    2. mettre en place des groupes de discussion par secteur afin de multiplier les projets concrets de coopération dans le domaine de l’IA ;

    3. élaborer des recommandations communes et encourager des initiatives au niveau européen.

  • Sécurité des systèmes d’information : une étude recommande la formation des personnels (BMJ)

    La plupart des fuites de données de santé sont dues aux réactions inadaptées des professionnels de santé face à des attaques de phishing (hameçonnage ou filoutage) de plus en plus nombreuses visant les établissements de santé. Afin d’augmenter encore le niveau de sécurité des données de santé, une étude* parue dans le British Medical Journal (BMJ) en septembre 2019 et intitulée Phishing in healthcare organisations : threats, mitigations and approaches suggère de sensibiliser le personnel des hôpitaux et organisations de santé à la menace que constitue ce type de piratage. 

    Par la simulation d’une attaque de phishing au Great Ormond Street Hospital for Children de Londres et une recherche bibliographique centrée sur les dispositifs de sécurité anti-phishing mis en place au National Health Service (NHS) et au États-Unis, l’organisme DRIVE (Digital Research, Informatics and Virtual Environments) montre que les infrastructures de sécurité ne suffisent pas à empêcher les personnels de cliquer sur les objets attachés à des emails potentiellement frauduleux. Seules des formations adaptées permettent de protéger les personnels et les données de santé contre ces piratage.

    Par ailleurs, ces formations doivent promouvoir une protection adaptée des données personnelles des employés des hôpitaux notamment sur les réseaux sociaux : l’objectif est de rendre moins aisée l’obtention des identités et adresses électroniques des professionnels de santé par des individus potentiellement malveillants.

    Le phishing : une menace grandissante

    Données de santé et phishing

    Avec l’adoption de solutions de dossiers médicaux électroniques et de stockage numérique de nouveaux types de données de santé telles que des résultats d’examens biologique ou radiologiques, de dépistage du génome entier, etc., la valeur des données personnelles augmente et génère de nouvelles méthodes frauduleuses d’accès à ces informations. En réponse, les techniques de cybersécurité comme le cryptage des données se développent. L’humain, cible d’attaques reposant sur les principes de l’ingénierie sociale telles que les attaques de phishing, devient alors la principale faille des réseaux de sécurité informatique mis en place par exemple dans le domaine de la santé.

    En effet, bien que des causes de fuites de données autres que le phishing perdurent, ce mode d’accès à des données protégées demeure la plus répandue et la plus susceptible d’aboutir : selon le rapport d’enquête Verizon de 2019 sur les compromissions de données, 40 % des logiciels malveillants pénétrant les organisations seraient transmis par courrier électronique malgré un taux de clic total très faible (3 %) sur les liens ou pièces jointes attachés aux messages frauduleux.

    Si les organismes de santé, conscients du risque informatique, se dotent de systèmes de sécurité de plus en plus sophistiqués, les professionnels qui y évoluent semblent peu sensibilisés aux menaces telles que le phishing : la plupart des formations en informatiques reçues par les personnels médicaux ou de soins concernent les fonctionnalités « fonctionnelles » de systèmes d’information (SI) récemment mis en place. Ainsi, de nombreuses violations de données de santé par hameçonnage ont été signalées ces dernières années, comme lors de l’attaque dirigée contre le personnel de l’Augusta University Health (Etats-Unis) en août 2018, qui a exposé plus de 400 000 dossiers de patients.

    La situation du NHS : prise de conscience et efforts

    Aux Royaume-Uni, où l’étude a été menée, des efforts particuliers concernant la sécurité des données de santé sont réalisés depuis 2017 et la diffusion du ransomware WannaCry (le ransomware ou rançongiciel est un logiciel informatique malveillant prenant en otage les données).

    Le NHS England et le NHS Digital ont en particulier mené de nombreuses actions coordonnées visant à mieux sécuriser les données de santé sur le territoire britannique. Par exemple, le NHS Digital organise au sein de toutes les cliniques du NHS des exercices de simulation d’attaque de hameçonnage et propose un lexique permettant aux professionnels de s’informer sur le phishing, le smishing (pishing par SMS), le spear phishing (variante du pishing), les hyperliens suspicieux et une utilisation raisonnable des réseaux sociaux.

    Méthodes

    Principe : simuler une attaque de phishing

    L’étude a été réalisée dans le cadre d’un audit par DRIVE, une organisation indépendante spécialisée dans la sécurité informatique.

    Afin de tester la robustesse des systèmes de sécurité déjà mis en place, DRIVE a réalisé des essais de pénétration classique des SI du Great Ormond Street Hospital for Children de Londres et conduit de fausses attaques de phishing pendant une période d’un mois.

    De fausses adresses emails utilisées

    Les adresses utilisées pour envoyer les emails frauduleux étaient :

    • soit de fausses adresses rappelant des adresses réelles (c’est-à-dire dont la forme correspondait à celle des réels employés de l’hôpital : la structure et le nom de domaine de ces adresses ayant été copiés après quelques recherches sur internet) et adossées à des comptes de l’application web Microsoft Outlook souvent utilisée pour le phishing ;
    • soit des adresses authentiques permettant alors de contourner les dispositifs de sécurité standard à mêmes de bloquer automatiquement les faux emails.

    Puis, les cibles de l’attaque ont été identifiées par le recours à des ressources gratuites, sur internet, telles que Facebook, Linkedin et plusieurs sites de rencontre. Certains employés ont alors directement reçu des messages et « demandes d’amis » depuis un faux compte créé spécialement et exclusivement pour l’étude ou reçu des mail piégés à leur adresse électronique identifiable sur des fichiers ouverts au public proposant des listes d’adresse emails.

    Le contenu des messages envoyés

    Pendant la période test d’un mois, des emails comportant de fausses pièces jointes (faux fichiers Microsoft Word ou Excel) et des liens vers de faux sharepoints ou Dropbox ont été envoyés à la moitié des employés ciblés. L’autre moitié du personnel a reçu des liens vers de fausses pages d’authentification. 

    D’autres messages ont également été envoyés aux employés afin de tenter :

    • de les convaincre que leur mort de passe Facebook avait été changé afin de les pousser à cliquer sur un hyperlien les redirigeant également vers une fausse page d’authentification ;
    • de les persuader qu’il s’agissait d’une offre d’emploi transmise par un PDF joint consistant en fait en un virus permettant d’accéder à distance aux ordinateurs.

    Aucune stratégie de spear fishing ou de whaling (attaque ciblant les cadres supérieurs) n’a cependant été élaborée dans le cadre de cette étude.

    Résultats

    2,2 % des emails identifiés comme des menaces potentielles

    Pendant le mois de test qui s’est déroulé au cours de l’année 2018, l’hôpital a reçu environ 858 200 emails. 139 400 (soit 16,2 %) d’entre eux ont été classés comme des publicités par les systèmes de détection de spams déjà en place et 18 871 soit (2,2 %) d’entre eux ont été identifiés comme des menaces potentielles.

    Des adresses mail facilement accessibles mais aucune pièce jointe téléchargée

    Les adresses électroniques de 468 employés de l’hôpital ont été recueillies sur internet et ciblées pour la simulation d’attaque de phishing. D’autres employés ont été identifiés sur les réseaux sociaux par le port de leur uniforme, voire de leur badge d’identification sur leur photo de profil. 4 d’entre eux ont reçu des fausses demandes d’amis et 1 a répondu par un message.

    Cet employé est cependant le seul à avoir répondu aux messages frauduleux. En effet, aucun autre professionnel n’a cliqué sur les hyperliens ou téléchargé les fichiers proposés : les messages frauduleux ont pour une grande part d’entre eux été automatiquement bloqués, tandis que les autres ont suscité la méfiance des employés.

    Les pare-feux et systèmes de sécurité ainsi que les formations dispensées aux employés de l’hôpital semblent donc efficaces dans la mesure où ceux-ci se montrent méfiants à l’égard du contenu des emails. Cependant, dès progrès restent à faire concernant la protection des données personnelles des personnels, notamment sur les réseaux sociaux.

    Recommandations pour lutter contre le phishing : infrastructures et formations des personnels

    Les systèmes de sécurité mis en place au NHS semblent robustes. Cependant, des formations doivent encore être dispensées pour promouvoir une utilisation raisonnable des réseaux sociaux.

    Mettre en place des infrastructures de qualité

    Cette étude menée au NHS ainsi que d’autres expériences relatées dans la littérature concernant la cybersécurité montrent que disposer de pares-feux efficaces est indispensable pour se prémunir des attaques de phishing : ces pares-feux permettent de bloquer l’accès aux fichiers joints ou aux sites malveillants au cas où les employés n’identifieraient pas les messages comme des menaces potentielles.

    La désactivation de fonctionnalités auxquelles les personnels de santé n’ont pas recours dans le cadre de leurs activités, l’installation de filtres de spams capables de bloquer les emails provenant de sites souvent utilisés par les organisateurs de campagnes de phishing et le recours à des systèmes d’authentification multifacteur protègent également les établissements de santé des actes inconsidérés des utilisateurs vulnérables au hameçonnage.

    Cependant, la sécurité des hôpitaux et autres organisations de santé ne doit pas reposer seulement sur la robustesse de ces pares-feux, filtres et systèmes d’authentification : il semble indispensable de former, de sensibiliser les employés à la protection de leurs données personnelles pour qu’ils ne cliquent jamais sur les liens ou pièces jointes frauduleuses et que leurs adresses électroniques personnelles comme professionnelles ne soient pas facilement accessible.

    Identifier et former les personnels à risque

    Les utilisateurs les plus vulnérables aux attaques de phishing sont les moins méfiants à l’égard des pièces jointes ou hyperliens envoyés par messages électroniques voire via des applications de messagerie instantanée.

    Une étude menée sur un échantillon de 200 personnes a montré que les facteurs de vulnérabilité au hameçonnage concernaient notamment le niveau d’éducation des individus et la connaissance du phénomène. Des interventions pédagogiques simples permettent donc d’agir sur ces facteurs et de réduire la vulnérabilité des personnes au phishing, relèvent les auteurs de l’étude. Des formations sous forme de jeux vidéos plus ou moins complexes permettent de sensibiliser efficacement les utilisateurs aux menaces d’hameçonnage.

    Si certaines techniques de phishing ciblé (spear phishing, whaling) sont centrées sur certaines catégories socio-professionnelles alors à risque, le phishing classique touche toutes les catégories sociales : les caractéristiques personnelles, sociales, financières, etc., des individus ne sont pas des facteurs de vulnérabilité.

    Proposer des formations continues et ciblées plutôt que des interventions ponctuelles et destinées à tout le personnel

    2 études menées aux États-Unis au sein d’établissements de santé ont montré que les formations comprenant des séances, simulations ou rappels réguliers proposés sur de longues périodes, et en particulier aux utilisateurs les plus vulnérables, sont plus efficaces que les enseignements ponctuels dispensés indifféremment à tout le personnel.

    • Une première recherche réalisée sur un échantillon de 5 000 employés d’un établissement de santé ciblés par des attaques de phishing proches de celles mises en place dans la présente étude a mis en évidence qu’une formation obligatoire dispensée ponctuellement et indifféremment à tout le personnel (sans ciblage des utilisateurs les plus vulnérables) n’a aucun effet sur la prévention contre le hameçonnage.
      • Les 3 500 employés qui avaient cliqué sur les hyperliens ou fichiers attachés à au moins 2 messages électroniques envoyés dans le cadre de l’étude et avant de recevoir une formation avaient à nouveau cliqué sur des messages frauduleux après dispensation de la formation.
    • Une autre étude rétrospective et multicentrique menée au sein de 6 établissements du NHS entre 2011 et 2018 avait au contraire montré que des formations répétées, dispensées régulièrement, peuvent diminuer la vulnérabilité des employés au phishing.
      • Alors qu’au début de l’étude, 400 000 des 3 millions (soit 14 %) d’emails frauduleux qui avaient été envoyés avait suscité des téléchargements et des clics sur les hyperliens, ce taux était fortement amoindri après plusieurs sessions de formation.

    Ces formations doivent permettre aux employés :

    • de questionner l’authenticité des messages qu’ils peuvent recevoir ;
    • de questionner l’authenticité des sites internet vers lesquels les hyperliens attachés à des emails potentiellement frauduleux peuvent les rediriger ;
    • de réagir correctement en cas d’identification d’une menace : les formations doivent en particulier conduire les personnels à contacter les services informatiques et à ne pas ouvrir eux-mêmes les pièces jointes ou cliquer sur les liens pour vérifier l’authenticité des messages en cas de doute ;
    • de prendre conscience des risques associés à l’utilisation des réseaux sociaux et d’adopter un comportement plus raisonnable sur ces sites internet.

  • Étude : le deep learning développé par Owkin prédit l’évolution du mésothéliome (Nature Medicine)

    La start-up française Owkin, spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA), a développé un modèle pronostique détaillé et précis basé sur des images de biopsies pleurales pour prédire l’évolution du mésothéliome, une forme rare et sévère de cancer des surfaces mésothéliales qui affecte le revêtement des poumons (plèvre), de la cavité abdominale (péritoine) ou l’enveloppe du cœur (péricarde). Testé par des experts du Centre Léon Bérard de Lyon, le système MesoNet s’est révélé plus performant que tous les modèles existants pour prédire la survie. Les résultats de ces travaux ont été publiés le 7 octobre 2019 dans la revue Nature Medicine.

    Un cancer agressif difficile à diagnostiquer

    Le mésothéliome malin est un cancer agressif principalement diagnostiqué sur la base de critères histologiques, et donc sur des tissus biologiques. C’est une maladie extrêmement complexe et hétérogène, ce qui rend son diagnostic et son typage histologique difficiles. Résultat : les soins ne sont pas optimaux. La start-up française Owkin a donc souhaité développer une nouvelle approche basée sur l’intelligence artificielle (IA).

    « Le mésothéliome est un cancer agressif qui attaque souvent la muqueuse des poumons et est fréquemment associé à l’exposition à l’amiante. Malheureusement, cela s’avère fatal pour la plupart des patients, déclare Thomas Clozel, cofondateur et P.-D.G. d’Owkin. Ceux atteints de mésothéliome présentent une très grande variabilité en termes de survie – allant de quelques mois à quelques années – compliquant ainsi la tâche des médecins pour la prise en charge des patients et la planification du traitement. Nos recherches aident à expliquer les causes biologiques de cette variation et conduiront à la mise au point de médicaments plus ciblés ainsi qu’à une meilleure gestion de cette maladie. »

    Des réseaux de neurones pour prédire la survie

    Concrètement, cette nouvelle approche – appelée « MesoNet » – est basée sur des réseaux de neurones convolutionnels profonds et a pour mission de prédire avec précision la survie globale des patients atteints de mésothéliome à partir d’images numérisées de biopsies de la plèvre de près de 3000 patients. Les auteurs de ces travaux ont validé MesoNet à la fois un vaste ensemble de données issus de la base Mesobank, provenant de plusieurs institutions françaises et d’une cohorte indépendante de l’Atlas du génome du cancer (TCGA). Des experts médicaux en anatomo-pathologie du Centre Léon Bérard à Lyon ont validé les résultats du modèle. 

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 7 octobre 2019 dans la revue Nature Medicine.

    Résultats

    • MesoNet a identifié des régions contribuant à la prévision des résultats pour les patients.
    • Ces régions sont principalement situées dans le stroma et sont des caractéristiques histologiques associées notamment à une inflammation.
    • Des sous-groupes de patients atteints du mésothéliome ont ainsi pu être caractérisés.
    • Le modèle prédisait plus précisément la survie des patients que les pratiques actuelles en pathologie.

    L’intelligence artificielle identifie de nouveaux biomarqueurs

    Ces résultats suggèrent que les modèles d’apprentissage en profondeur (deep learning) peuvent identifier de nouvelles fonctionnalités prédictives de la survie du patient et potentiellement conduire à de nouvelles découvertes de biomarqueurs. En effet, au-delà de ses performances prédictives, le modèle de deep learning développé par Owkin a également permis d’identifier de nouvelles caractéristiques biologiques. Celles-ci ont permis d’apporter une meilleure compréhension biologique de l’hétérogénéité de cette maladie.

    « Ce fut une excellente expérience pour notre laboratoire de travailler en étroite collaboration avec les équipes scientifiques de Owkin pour identifier de nouveaux sous-groupes au sein de notre population de patients, commente Françoise Galateau, professeure de pathologie au Centre Léon-Bérard. Et la collaboration a dépassé nos attentes. En plus d’améliorer nos modèles pronostiques, MesoNet a également été en mesure d’identifier de nouveaux biomarqueurs prédictifs liés à la survie dans les régions stromales du microenvironnement tumoral. »

    Vers des essais médicamenteux

    Désormais, la start-up française travaille avec ses partenaires de l’industrie biopharmaceutique pour utiliser ces connaissances afin d’améliorer le développement de nouveaux médicaments. Ensemble, ils vont identifier les patients les plus à risque et donc les mieux disposés aux nouvelles approches médicamenteuses en phase d’essai. 

    En outre, il faut rappeler que les données personnelles des patients sont conservées en toute sécurité grâce à la plateforme Substra. Cette dernière permet la collaboration entre Owkin, le monde universitaire et l’industrie pharmaceutique : les données recueillies auprès de patients dans le cadre de soins et d’essais cliniques sont utilisées par la start-up pour développer des algorithmes sans que les données ne sortent de l’enceinte des établissements.

  • Étude : former les généralistes au DME par des tutos vidéo pour un meilleur suivi du diabète (BMJ)

    Des tutoriels vidéo pourraient suffire à améliorer l’utilisation des dossiers médicaux électroniques (DME) des patients diabétiques par les médecins généralistes et optimiser le suivi des ces malades.

    Une étude* publiée le 30 septembre 2019 dans le British medical journal (BMJ) menée auprès de généralistes canadiens montre que proposer certains tutoriels vidéo à des généralistes utilisant des solutions de DME tels qu’OSCAR EMR permet à ces professionnels de mieux utiliser des fonctionnalités avancées du DME et de suivre de façon plus rigoureuse leurs patients diabétiques au moyen de ces fonctionnalités dédiées.

    Si les résultats de ces travaux, réalisés auprès d’un faible échantillon de médecins généralistes, doivent être confirmés par des études de plus grande envergure, ils encouragent les fournisseurs de DME à développer des tutoriels vidéo à destination de la majeure partie de leurs utilisateurs : les généralistes.

    Objectifs de l’étude

    La question de recherche sur laquelle est centrée l’étude est la suivante : 

    • Dans quelle mesure un tutoriel vidéo développé selon les principes du CCM (Chronic Care Model)  et adressé aux médecins généralistes permet-il de solliciter l’utilisation de fonctionnalités avancées du dossier médical électronique de patients atteints de diabète de type 1 ou 2 et d’améliorer la prise en charge de ces patients ?

    Contexte : les patients diabétiques pris en charge par des médecins généralistes généralement peu formés à l’utilisation des DME

    Le diabète comme fléau mondial pris en charge par les médecins généralistes

    Selon la Fédération internationale du diabète (IDF), le diabète est le problème de santé publique le plus important et complexe du XXIe siècle : son incidence augmente fortement d’année en année, nécessitant la prise en charge d’un nombre de plus en plus important de patients.

    Le suivi de ces patients atteints d’une maladie chronique est par ailleurs difficile à mettre en place, d’où la révision régulière de recommandations selon les principes de l’evidence based-medecine. Or, il persiste dans le monde entier un écart important entre les prises en charges préconisées par ces textes de référence et les traitements effectivement mis en place par les professionnels de la santé tels que les médecins généralistes, sur lesquels repose la prise en charge de ces patients. En effet, dans le monde, 80 % des patients diabétiques disposant d’un traitement sont suivi par des médecins généralistes.

    CCM et recours aux dossiers médicaux électroniques pour suivre au mieux les recommandations

    Pour réduire cet écart observé entre les recommandations et les pratiques actuelles des médecins généralistes, de nombreux systèmes de santé ont adopté le Chronic care model (CCM), approche organisationnelle innovante pour la prise en charge des malades chroniques en ville qui promeut notamment l’utilisation de solutions informatiques de suivi des patients telles que des dossiers médicaux électroniques.

    Dans le cadre du CCM, des systèmes d’information (SI) cliniques tels qu’un dossier médical électronique doivent donc être utilisés par les professionnels de santé en ville tels que les médecins généralistes afin d’améliorer la saisie, l’organisation et la présentation des informations du patient.

    Dans le cadre de la prise en charge de patients diabétiques, ces dossiers médicaux électroniques peuvent en particulier aider les médecins généralistes :

    • à identifier ces patients diabétiques ;
    • à s’assurer des examens complémentaires qu’un patient a ou non à réaliser ;
    • à déterminer si les patients ont atteint ou non les objectifs biologiques et cliniques fixés en début de prise en charge et révisés fréquemment.

    L’utilisation des dossiers médicaux électroniques par les généralistes n’est pas optimale

    L’utilisation des solutions de dossiers médicaux électroniques par les médecins généralistes (notamment canadiens et américains) n’est pas optimale, et ce en particulier dans le cadre de la prise en charge des maladies chroniques.

    De précédentes recherches montrent d’ailleurs qu’il est nécessaire de former les médecins généralistes non seulement à la prise en main des solutions de dossiers médicaux électroniques mais également à leur utilisation avancée pour un meilleur suivi des patients atteints de maladies chroniques telles que le diabète. Proposer à ces professionnels un support utilisateur pourrait par exemple leur permettre de mieux utiliser ces solutions afin que le recours à ces dernières ait un impact sur la prise en charge des diabétiques. C’est que les médecins généralistes disposent pour la plupart de peu d’aides ou de formations et demeurent incapables d’utiliser les fonctionnalités avancées de ces solutions.

    Former les médecins généralistes par des tutoriels vidéo

    Les auteurs de l’étude se sont intéressés à des tutoriels vidéo concernant l’utilisation de solutions de dossiers médicaux électroniques, destinés aux médecins généralistes et fondés sur le CCM.

    Tout d’abord, ces tutoriels, qui consistent en des guides vidéos montrant comment utiliser de façon optimale un logiciel ou tout autre dispositif informatique ou non, semblent omniprésents sur internet. Aussi, les médecins généralistes, comme la majeure partie de la population active, sont habitués à en visionner : si des tutoriels vidéo étaient développés afin de montrer comment utiliser de façon efficace les diverses fonctionnalités des dossiers médicaux électroniques (de telles vidéos sont encore marginales : les médecins reçoivent pour le moment un enseignement basique dispensé en personne par un formateur immédiatement avant ou après l’adoption d’une solution de dossier médical électronique), les généralistes y seraient sans doute particulièrement réceptifs.

    Par ailleurs, concernant la formation que proposent ces tutoriels, le support vidéo :

    • permet de développer des représentations mentales plus précises des SI ;
    • permet de s’initier bien plus rapidement à l’utilisation d’un logiciel qu’un support plus statique ou classique, physique ;
    • est associé à un meilleur confort d’utilisation que des instructions automatiques plus statiques ;
    • permet aux apprenants de mieux contrôler leur formation.

    Enfin, ces tutoriels peuvent être produits facilement et à moindre coût.

    Il était d’autant plus important pour les auteurs de l’étude de s’intéresser à l’efficacité des tutoriels vidéos sur la formation des médecins généralistes à l’utilisation des fonctionnalités les plus avancées des dossiers médicaux électroniques qu’aucune recherche de ce type n’avait auparavant pris pour population d’étude des médecins généralistes : seuls les effets positifs de tels supports de formation sur l’utilisation des dossiers médicaux électroniques par des internes, des étudiants infirmiers et en médecine avaient été montrés.

    Résultats

    Les tutoriels vidéo permettent de changer les pratiques

    L’étude montre une augmentation statistiquement significative de l’utilisation de la quasi-totalité des fonctionnalités avancées du dossier medical électronique OSCAR des patients diabétiques. Notons cependant que la fonctionnalité « demander un bilan d’analyses biologiques » a été moins utilisée qu’auparavant et ce, non en lien avec les vidéos proposées mais avec des initiatives autres (telles que la campagne canadienne « Choosing Wisely ») destinées à réduire le nombre de d’examens complémentaires abusifs.  

    Pour optimiser l’utilisation des solutions de dossier médical électronique par les médecins généralistes, ces tutoriels vidéo peuvent être adjoints de systèmes d’évaluation et de retours (audits et feedbacks) concernant des aspects précis des vidéos à présenter fréquemment aux médecins.

    Ces tutoriels pourraient être développés par les fournisseurs de dossiers médicaux électroniques eux-mêmes. Ceux-ci pourraient ainsi former régulièrement les médecins aux développements apportés au cours du temps à leurs solutions  par différentes vidéos successives.

  • Création d’un laboratoire de R&D commun entre l’hôpital Saint-Joseph et GE Healthcare

    La Fondation hôpital Saint Joseph et le groupe GE Healthcare s’associent dans un projet de création d’un laboratoire de R&D qui  « valorisera l’impact des technologies digitales sur le parcours de soins ». L’accord prévoit le développement continu du parc d’équipements d’imagerie médicale de la fondation sur 6 ans et le lancement conjoint de 2 projets de recherche, précise les partenaires dans un communiqué daté du 10 octobre 2019.

    • Le premier projet de recherche porte sur l’optimisation grâce à l’intelligence artificielle (IA) des blocs opératoires et des lits d’aval. Il s’agit de construire des outils d’analyse et de pilotage pour « améliorer l’efficacité et l’utilisation » des blocs opératoires par une « refonte des logiques de programmation et de planification ». Le projet a notamment pour objectif d’« estimer la fin des procédures, au plus juste et de façon la moins perturbante possible pour les opérateurs » et de « stabiliser et fiabiliser l’occupation des lits ».  

    • Le deuxième projet de recherche a pour but de mieux comprendre l’impact à long terme des « produits de contraste » que les soignants injectent aux patients en radiologie pour augmenter artificiellement le contraste d’un organe et qu’il ressorte mieux à l’examen. Dans le cadre de cette initiative seront exploitées des données fournies par l’imagerie ainsi que des informations médicales et démographiques collectées notamment « via les dispositifs connectés ou applications mobiles » pour « établir les liens entre doses et potentiels effets cumulés » sur la santé. GE Healthcare se chargera de collecter les données et l’hôpital st Joseph évaluera in situ l’impact des produits.

    L’évaluation et le suivi des sujets de recherche seront arbitrés au sein du comité d’orientation

    Jean-Patrick Lajonchère, directeur général de la Fondation hôpital Paris Saint-Joseph, souligne « l’originalité » de ce laboratoire d’évaluation « co-piloté par les partenaires qui décideront conjointement du choix des sujets de recherche retenus ».

    Il est précisé dans le communiqué que « l’évaluation et le suivi opérationnel des sujets de recherche seront arbitrés au sein du comité d’orientation réunissant des membres des deux parties » avec pour ambition à terme de « déployer cette méthode à d’autres problématiques de prise en charge. »

  • Prix de l’innovation en radiologie des JFR 2019 : Milvue vainqueur, HypnoVR prix « coup de cœur »

    Milvue remporte le prix de l’innovation des Journées francophones de radiologie (JFR) et HypnoVR décroche le prix coup de cœur. Les lauréats ont été annoncés le 11 octobre 2019 lors des JFR, qui se tiennent jusqu’au 14 octobre.

    • Milvue (basé à Paris), dont l’équipe est composée de radiologues et de chercheurs en intelligence artificielle (IA), a mis au point un logiciel d’analyse et de tri des radiographies d’urgence basé sur le machine et le deap learning (apprentissage automatique et profond) afin de réduire les délais et les erreurs de diagnostics aux urgences.

    • HypnoVR est une start-up basée à Strasbourg spécialisée dans la réalité virtuelle (RV ou VR en anglais) appliquée à l’hypnose médicale dans le cadre d’anesthésies chirurgicales.

    Les 4 autres finalistes du concours étaient :
    • Azmed : a mis au point Rayvolve, un logiciel d’IA détectant toutes fractures en radiographie standard (marqué CE) ;
    • Avicenna.AI (Cina.ai) : développe des algorithmes de deep learning analysant les clichés d’imagerie médicale afin de fournir au radiologue une aide au diagnostic ;
    • NetR : propose une plateforme sécurisée de données de santé, dédiée à l’indexation, la structuration et la labellisation des données pour l’intelligence artificielle ;
    • PI.R2 : conçoit un robot (Light Puncture Robot) d’assistance à la radiologie interventionnelle percutanée.

    Prix de l’innovation des JFR 2019 : présentation des gagnants et des finalistes

  • SophI.A Summit : une série de conférences sur le thème « IA & Santé », les 20 et 22 novembre 2019

    Une série de conférences sur le thème « IA & Santé » est organisée les 20 et 22 novembre 2019 dans le cadre du SophI.A Summit, 3 jours de conférences animées par plus de 50 chercheurs et entrepreneurs européens (du 20 au 22 novembre). L’événement s’inscrit dans le cadre de la semaine dédiée à l’intelligence artificielle (IA) porté par la technopole de Sophia Antipolis, qui se tient du 19 au 23 novembre 2019.

    Parmi les moments forts du sommet :

    • la conférence « Analyse des réseaux neuronaux – application aux prévisions de résistance des cancers aux traitements » : le 22 à 10h05 ;
    • la conférence « Définir des modèles synthétiques de génomes chez les femmes enceintes, pour déterminer les intervalles de confiance des tests prénataux non invasifs » : le 22 à 11h25.

    Au cours de la semaine sera par ailleurs lancé l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle 3IA Côte d’Azur. Labellisé en avril par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, il entre dans sa phase concrète, indique la technopole.

    Les inscriptions pour assister à l’événement sont à réaliser sur le site Weezevent.com, accessible via ce lien.

    Organisation de la semaine dédiée à l’IA

    SophI.A Summit 2019 : les sessions dédiés à la santé

    Mercredi 20 novembre 2019

    Vendredi 22 novembre 2019

    Le programme complet du SophI.A Summit est téléchargeable via ce lien.

  • Inno Génération Bpifrance / IA et données : les medtech veulent soigner mieux et moins cher

    « Le système de santé ne peut pas se payer le luxe de passer a côté d’une opportunité de soigner mieux et moins cher. » C’est ce que s’accordent à dire Yann Fleureau (Cardiologs), Eric Carreel (Withings) et Arnaud Rosier (Implicity), intervenus lors d’une table ronde animée par Olivier Clatz (directeur du grand défi « Comment améliorer les diagnostics médicaux par l’intelligence artificielle ? ») le 10 octobre 2019 à l’occasion de l’événement Inno Génération de Bpifrance et intitulée « Comment accélérer la création de valeur à partir de la donnée de santé ? ».

    Les participants s’accordent également sur la nécessité pour les entreprises medtech d’investir aux États-Unis. C’est selon Arnaud Rosier « le seul moyen de réussir » pour une société du secteur, « une fatalité », car « si l’on reste juste en France ou juste en Europe, il y a un problème de marché intérieur ». Également présente, Laura Létourneau, déléguée interministérielle du Numérique en santé, a défendu le rôle de la puissance publique, son mandat de « défendre l’intérêt général », les valeurs derrière les sujets techniques, et notamment l’éthique, ainsi que la mise en place d’un « code de l’urbanisme » pour les « maisons individuelles » que sont les start-ups technologiques.

    Pas de « compétition » entre l’humain et l’IA

    Répondant à la question de savoir si l’intelligence artificielle (IA) en santé allait « remplacer l’humain », Yann Fleureau (Cardiologs) indique que « s’il n’y a pas de médecin, comme dans les zones rurales des pays du Sud, il n’y a personne à remplacer » et qu’« avec l’IA il y aura quelque chose au lieu de rien ». Interrogé sur la possibilité pour l’intelligence artificielle d’ être « supérieure à l’humain », il relève qu’« il y a une énorme variabilité dans la compétence » et que l’IA « donne la possibilité de rendre disponible à tous une compétence égale à celle des meilleurs experts ». « On n’est pas du tout dans un contexte de compétition » entre l’humain et l’IA, conclut-il.

    Eric Carreel (Withings) abonde dans ce sens : avoir peur de l’IA en santé, estime-t-il, « ce serait comme avoir peur de nouveaux instruments de mesure, alors que le médecin aura un métier encore plus beau avec des outils de plus en plus puissants ». Ce serait pour lui comme « mettre en concurrence le stéthoscope avec l’oreille du médecin ». Arnaud Rosier (Implicity) complète en partageant son expérience personnelle : « On entend dire que l’IA va rayer de la carte les cardiologues mais j’entends des radiologues me demander ce qu’il y a sur le marché pour augmenter leurs capacités. Je n’ai jamais entendu un médecin inquiet se demander s’il allait travailler demain ».

    Données : respecter « l’aller-retour » avec le patient

    Il en va de même pour les données, selon Arnaud Rosier. « Si on demande aux patients si on doit utiliser leurs données, tous vont répondre « oui » si c’est pour améliorer leur santé, commente-t-il. Les gens qui refusent [cela] ont peur du dérapage de la manière dont c’est fait, mais globalement les patients sont pour ». Eric Carreel abonde : « Si vous détectez que quelqu’un est acnéique vous pouvez le laisser mourir avec son acné mais vous pouvez aussi lui dire « Est-ce que tu es d’accord pour que j’en parle à ton assureur ? » » En France, cela éveille la suspicion, complète-t-il mais « c’est en train de se développer aux États-Unis, parce que l’assureur y a intérêt financièrement », recevant des financements de l’État s’il a détecté des maladies sur son patient : et celui-ci donne souvent son accord. « Il faut seulement respecter cet aller-retour avec la personne », note-t-il.

    Les États-Unis, « une fatalité » pour les medtech

     « On n’a jamais eu l’ambition d’aller aux États-Unis, déclare Arnaud Rosier. C’est juste l’unique moyen de revenir chez nous en étant une société qui a réussi ». « Je n’aimerais pas être patient aux États-Unis [mais] c’est le meilleur marché pour les entreprises », précise Yann Fleureau, soulignant que dans la medtech cardio « toutes les plus grosses boîtes sont américaines » et qu’« il n’y a pas de leader qui n’est pas d’abord un leader américain ».

    « Le système de santé américain dans son ensemble est beaucoup moins efficace que le système français » par rapport à la dépense engagée, note de son côté Eric Carreel, ajoutant cependant que l’«on observe une dynamique impressionnante aux États-Unis depuis l’Obamacare ». Depuis janvier 2019, signale-t-il, les médecins ont des incitations financières pour suivre les données qui remontent de la vie du patient, c’est pour cela notamment que « le système est en train de démarrer très vite ».

  • Diabète : les PS de 3 régions lancent une expérimentation (art. 51) pour améliorer le suivi

    À partir de 2020, des pharmaciens et infirmiers vont participer à une expérimentation ayant pour but d’améliorer le suivi des patients diabétiques qui éprouvent des difficultés à équilibrer leur glycémie en se basant sur la plateforme Timkl. Cette initiative, lancée le 9 octobre 2019, s’inscrit dans le cadre de l’article 51 de la LFSS 2018, qui permet d’expérimenter de nouvelles organisations en santé reposant sur des modes de financements inédits : son cahier des charges doit être finalisé début 2020. Elle est soutenue par l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil).

    Lancé au printemps 2019, Timkl développe des services d’accompagnement destinés aux patients diabétiques en collaboration avec les professionnels de santé de proximité, en particulier les pharmaciens et les infirmiers libéraux, pour mieux coordonner les parcours de soins. L’outil apporte aux pharmaciens un support logistique et administratif pour livrer le matériel nécessaire au domicile des patients et suivre ces derniers dans la gestion de leur maladie, entre autres par l’intermédiaire d’échanges à distance pour les motiver. Dans le cadre de ce dispositif, les patients peuvent se tourner vers leur pharmacie habituelle et faire appel à un réseau local d’infirmiers libéraux. Avec l’accord de la personne, les données recueillies (mesure de glycémie, résultats d’examens, etc.) pourront être partagées entre les professionnels de santé.

    La plateforme a déjà ouvert des agences en Bourgogne-Franche Comté, en Île-de-France et dans les Pays de la Loire pour recevoir et informer les professionnels. L’expérimentation devrait durer 2 ans et rassembler 300 professionnels de santé autour de près de 3 000 patients.

  • Étude : prédire l’effet des antidépresseurs grâce à l’IA (Nature Human Behaviour)

    Une étude menée par l’University of Texas Southwestern Medical Center démontre qu’il serait possible d’utiliser l’imagerie du cerveau d’un patient pour prédire l’efficacité d’un traitement antidépresseur. Ils ont eu recours à l’intelligence artificielle (IA) pour identifier les schémas de l’activité cérébrale rendant les gens moins sensibles à ces médicaments. Les résultats de ces travaux* ont été publiés dans Nature Human Behaviour le 23 septembre 2019.

    Dépression : la résistance aux médicaments reste une énigme

    Une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie. Cependant, dans 30 % des cas, les traitements antidépresseurs ne seront pas efficaces.

    On parle alors de « dépression résistante ». Le phénomène est bien connu mais les psychiatres s’interrogent encore sur ces différences de réponse au traitement. Le rétablissement du patient est-il dû simplement à un effet placebo ou des critères biologiques propres à chaque personne peuvent-ils influencer le résultat ? La question reste en suspens pour le moment. Cependant, le trouble dépressif majeur est associé à une connectivité fonctionnelle anormale à l’état de repos sur plusieurs réseaux cérébraux en charge du traitement des émotions, de la fonction exécutive et du système de récompense.

    L’IA pour identifier les schémas de l’activité cérébrale

    Des chercheurs américains de l’University of Texas Southwestern Medical Center ont mené une étude ayant pour but de déterminer si les schémas de connectivité à l’état de repos entre les différentes aires du cerveau pouvaient prédire la réponse au traitement antidépresseur (sertraline) par rapport au placebo. « Nous devons mettre fin aux conjectures et trouver des mesures objectives pour prescrire des interventions qui fonctionneront, commente le Dr Madhukar Trivedi, superviseur de les travaux et directeur fondateur du Centre de recherche et de soins cliniques de la UT Southwestern. Les personnes déprimées souffrent déjà de désespoir et le problème peut s’aggraver si elles prennent un médicament inefficace. »

    Les participants de l’étude ont donc subi une IRM structurelle et fonctionnelle à l’état de repos au départ. Ils ont été assignés au hasard à un traitement par sertraline ou à un placebo pendant 8 semaines. Les chercheurs ont ensuite utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour examiner l’activité neuronale dans le cerveau pendant que les participants regardaient des images de nature à susciter diverses émotions. « Nous avons cherché à identifier un phénotype neurobiologique répondant au traitement antidépresseur en testant l’activation du cerveau avant traitement pendant la réponse au conflit émotionnel et au moment de la régulation de ce conflit », explique l’un des auteurs de l’étude. Cette différence pouvant être impliquée dans la modération du bénéfice clinique traitement.

    Les résultats de ces travaux ont été publiés le le 23 septembre 2019 dans Nature Human Behaviour.

    Résultats : la dépression résistante décryptée par l’apprentissage automatique 

    • Les participants ayant eu des réponses neuronales anormales au cours d’un conflit émotionnel étaient moins susceptibles de s’améliorer dans les huit semaines suivant le début du traitement.
    • L’apprentissage automatique reposant sur l’analyse des images cérébrales a été plus performant qu’un modèle reposant sur des données cliniques et démographiques.

    Les scientifiques en concluent que leurs résultats démontrent que l’activité du cerveau sous-tendant une capacité émotionnelle d’autorégulation clé permet de prédire la réponse aux antidépresseurs. « Le recours à des mesures cérébrales en psychiatrie ouvrira la voie à une meilleure personnalisation du traitement, à une analyse mécanistique plus fine et à de meilleurs résultats », prédisent ces derniers.

    Vers un traitement plus personnalisé

    Le Dr Madhukar Trivedi explique que se baser sur l’imagerie de l’activité cérébrale dans différents états était important pour obtenir une image plus précise de la manifestation de la dépression chez un patient donné. Pour certaines personnes, les données les plus pertinentes proviendront de l’état de repos de leur cerveau, alors que chez d’autres, le traitement des émotions sera un élément essentiel et un meilleur prédicteur du fonctionnement d’un antidépresseur.

    « La dépression est une maladie complexe qui affecte les gens de différentes manières, commente le scientifique. De la même manière que la technologie peut nous identifier grâce aux empreintes digitales et aux scanners faciaux, ces études montrent que nous pouvons utiliser l’imagerie pour identifier les signatures spécifiques de la dépression chez les patients. »