Lire des images issues d’IRM cardiaques prend en moyenne 13 minutes à un expert. Ce temps d’analyse pourrait être considérablement réduit, sans perte de fiabilité, grâce à l’intelligence artificielle (IA) sous forme d’apprentissage automatique (machine learning). Il pourrait passer à seulement 4 secondes, soit une analyse 186 fois plus rapide, comme le montre une étude* menée par des chercheurs britanniques et dont les résultats ont été publiés le 24 septembre 2019 dans Circulation : Cardiovascular Imaging, une revue de l’American Heart Association.
L’apprentissage automatique pour repérer les anomalies cardiaques
L’IRM cardiaque est un examen fréquemment utilisé pour mesurer la structure et les fonctions cardiaques. De nombreuses décisions cliniques importantes, notamment le choix du moment d’une chirurgie cardiaque, l’implantation de défibrillateurs et la poursuite ou l’arrêt de la chimiothérapie cardiotoxique reposent sur des mesures précises.
Or, alors que l’imagerie par résonance magnétique cardiovasculaire pour mesurer la fraction d’éjection ventriculaire gauche est réalisée à haute résolution, l’analyse du clinicien est remarquablement variable.
Les techniques automatisées utilisant l’apprentissage automatique (machine learning – intelligence artificielle) pourraient permettre de gagner du temps et d’améliorer la confiance mais elles doivent avoir démontré qu’elles sont précises et reproductibles avant d’être adoptées en clinique.
Un réseau de neurones formé à l’analyse d’IRM
Des chercheurs britanniques ont mené une étude pour évaluer la fiabilité et la rapidité d’analyse de l’intelligence artificielle (IA) pour des IRM cardiaques. Ils ont formé un réseau de neurones à la lecture des résultats de l’IRM cardiaque et des résultats de près de 600 patients. 110 patients (de 5 établissements différents) ont ensuite été soumis à un examen d’IRM. Les volumes, la masse et la fraction d’éjection de la chambre ventriculaire gauche ont été mesurés par un expert, un jeune clinicien formé et le réseau de neurones convolutifs entièrement automatisés.
Au Royaume-Uni, où l’étude a été menée, on estime que plus de 150 000 IRM cardiaques sont effectuées chaque année. Sur la base du nombre d’analyses par an, les chercheurs pensent que l’utilisation de l’IA pourrait potentiellement permettre d’économiser 54 jours-cliniciens par an dans chaque centre de santé britannique.
Les résultats de cette étude ont été publiés le 24 septembre 2019 dans Circulation : Cardiovascular Imaging, une revue de l’American Heart Association.
Résultats : 186 fois plus rapide
- L’expert, le jeune clinicien et le système automatisé d’IA parvenait à la même précision d’analyse.
- L’analyse de la fonction cardiaque sur les examens d’IRM prenait environ 13 minutes aux humains contre environ 4 secondes au système de machine learning.
- La formation des jeunes cliniciens à l’analyse d’image dure environ 1 mois contre seulement 9 heures pour le réseau de neurones.
L’IA au secours de l’erreur humaine
Cette étude a démontré pour la première fois qu’une technique d’analyse automatisée faisant appel à l’apprentissage automatique avait une précision équivalente à celle d’un expert et qu’elle permettait de gagner un temps supplémentaire de 13 minutes environ.
Bien que l’étude n’ait pas démontré la supériorité de l’IA par rapport aux experts humains, l’auteur principale de l’étude, Charlotte Manisty, estime que « l’IRM cardiovasculaire offre une qualité d’image inégalée pour évaluer la structure et la fonction cardiaques ; toutefois, l’analyse manuelle actuelle reste basique et obsolète ». Les techniques d’apprentissage automatique automatisées « peuvent changer la donne et améliorer radicalement l’efficacité, complète-t-elle. Nous attendons avec intérêt de nouvelles recherches susceptibles de valider sa supériorité par rapport à l’analyse humaine. »
Un potentiel « sur-humain »
« Notre ensemble de données de patients atteints de diverses maladies cardiaques et qui ont été soumis à des analyses nous a permis de démontrer que les principales sources d’erreur de mesure provenaient de facteurs humains », ajoute Charlotte Manisty. Cela indique que les techniques automatisées sont au moins aussi efficaces que celles utilisées par l’homme, avec le potentiel d’être bientôt « surhumain ».