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  • Philips et la société belge LindaCare s’associent pour le suivi à distance de l’arythmie cardiaque

    Philips et la société de santé numérique belge Lindacare signent un accord de collaboration. Dans ce cadre, le groupe néerlandais va associer sa plateforme de gestion des images et des flux de travail à la solution basé sur le cloud de Lindacare pour la surveillance à distance des patients porteurs d’appareils électroniques implantables cardiaques (CIED). Il a annoncé cette alliance lors de la présentation de ses dernières innovations en matière de soins cardiaques, en amont du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) qui s’est déroulé du 31 août au 1er septembre 2019.

    La combinaison des 2 technologies a pour objectif d’aider les fournisseurs de soins à obtenir des informations supplémentaires relatives aux antécédents cardiovasculaires de chaque patient pour qu’ils puissent prendre de meilleures décisions en termes de traitement, indique Philips.

    Le groupe détient une participation minoritaire dans Lindacare depuis 2018.

  • USA : NTT Data s’allie à Google Cloud pour développer des solutions basées sur le cloud et l’IA

    NTT Data Services, entreprise de services technologiques parmi les leaders mondiaux, collabore avec Google Cloud pour développer des solutions de santé nouvelle génération afin d’améliorer l’expérience patient, tout en créant des opérations plus efficaces ainsi qu’en réduisant les coûts pour les prestataires de soins et les régimes de santé.

    Dans le cadre de cette collaboration, annoncé par NTT dans un communiqué publié le 27 août 2019, le groupe américain va travailler avec le géant de l’internet sur des offres numériques dans les domaines du cloud, de l’analyse de données et de l’intelligence artificielle (IA), en particulier le machine learning (apprentissage automatique). L’objectif est de permettre aux fournisseurs d’accéder plus facilement aux informations et aux solutions nécessaires pour améliorer les résultats des patients.

    Ces solutions vont également aider les régimes de santé à mieux s’engager auprès de leurs membres et des fournisseurs « dans un environnement caractérisé par l’évolution rapide des modèles de paiement, des réglementations et de la technologie », commente NTT, précisant qu’il envisage de partager davantage d’informations sur ces nouveaux produits plus tard cette année.

    NTT Data, n°2 des fournisseurs de services informations dans le secteur des soins

    Les solutions de santé NTT Data prennent en charge près de 80 millions de médecins, de patients et d’employés aux États-Unis seulement, indique la société dans son communiqué.

    La société d’analyse HfS Research a récemment classé l’entreprise au deuxième rang des fournisseurs de services informatiques dans le secteur des soins les plus importants et les plus expérimentés au monde (n°1 des fournisseurs et n°1 en termes de couverture géographique).

    Une société spécialisée en value-based healthcare

    L’entreprise, qui est récemment devenu un partenaire « Google Cloud Premier », s’est engagée à accélérer les soins basés sur la valeur (value-based healthcare) en fournissant des services de base en matière de technologie, d’infrastructure, d’application, de processus métier et de sécurité, générant des gains d’efficacité dans l’ensemble de l’écosystème de la santé.

    La société propose des solutions sectorielles ciblées à plus de 45 systèmes de santé, 50 plans de santé, 50 clients du secteur des sciences de la vie et 40 000 cliniciens, précise-t-elle. Ces dernières concernent notamment les domaines de l’implication des patients, de la gestion de la relation client, de la santé de la population mais aussi des analyses, des support des infrastructures et du cloud ainsi que des innovations en matière d’automatisation des soins, .

  • Étude : les erreurs médicamenteuses pourraient être réduites par l’apprentissage automatique (JAMIA)

    Des chercheurs israéliens du Centre médical Sheba ont évalué une plateforme d’aide à la décision clinique basée sur l’intelligence artificielle (IA). La solution, baptisée « Medaware », recueille les données liées aux prescriptions médicamenteuses dans les dossiers électroniques et alertent en cas d’erreurs, de contre-indications ou encore de risques de dépendance. Testé pendant 16 mois, le système d’apprentissage automatique s’est révélé pertinent : 80 % des alertes étaient utiles sur le plan clinique et près de la moitié ont été suivis de pratiques correctives. Les résultats de cette étude* ont été publiés le 7 août 2019 dans le Journal of American Medical Informatics Association (JAMIA).

    Le lourd fardeau des erreurs médicamenteuses

    Entre 2013 et 2017, l’Agence nationale de sécurité du médicament a recensé plus de 12000 erreurs médicamenteuses. Parmi elles, 60 % ont été responsables d’effets indésirables, dont la moitié était grave. Aux États-Unis, elles font au moins un mort par jour et causent des lésions chez 1,3 million de personnes chaque année. Enfin, au niveau mondial, l’OMS estime le coût de ces erreurs à 42 milliards de dollars, soit près de 1 % de l’ensemble des dépenses de santé au niveau mondial. Or, potentiellement, toutes ces erreurs sont évitables. D’autant qu’elles surviennent souvent à cause de défaillances de systèmes de santé informatisés.

    De nombreux systèmes ont été mis en place pour prévenir de telles erreurs mais ils génèrent souvent un grand nombre d’alertes pour de « fausses erreurs », ce qui constitue un fardeau pour les équipes soignantes. Ces alertes seraient par conséquent ignorées dans la grande majorité des cas.

    L’IA repère les écarts de prescription

    Afin de resserrer les mailles du filet, des systèmes basés sur l’apprentissage automatique se sont développés. Parmi eux, la plateforme Medaware, qui exploite en continue les données recueillies dans les dossiers de santé électronique grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique. L’hypothèse sous-jacente de cette solution est que la plupart des médecins fonctionnent bien la plupart du temps. En conséquence, les schémas de prescription de milliers de médecins traitant des millions de patients peuvent être utilisés pour déterminer le spectre de traitement « normal ». Une ordonnance s’écartant largement de ce spectre risque d’être erronée. Ainsi MedAware peut potentiellement détecter des erreurs de prescription, un risque de dépendance aux opioïdes, des contre-indications, etc.

    Chaque fois qu’un médecin entre une nouvelle ordonnance par le biais du système informatisé de saisie des commandes, le logiciel Medaware effectue une évaluation en temps réel du médicament prescrit par rapport au profil du patient spécifique et à jour. Lorsqu’il identifie un écart par rapport au spectre de traitement normal de patients similaires, il envoie une alerte au médecin, soulignant l’erreur potentiellement dangereuse. Le médecin peut répondre en acceptant ou en rejetant l’alerte. Le système garde également une trace de tous les médicaments actifs et fournit des alertes supplémentaires si de nouvelles données entrantes (telles que des analyses de sang, des procédures, des diagnostics, etc.) rendent l’un des médicaments actifs dangereux. Le système est évidemment auto-apprenant : une alerte rejetée de manière répétée n’est plus répétée, évitant ainsi la fatigue pour les soignants.

    80 % des alertes sont utiles

    Le Centre médical Sheba, qui est le plus grand hôpital d’Israël, a évalué la précision, la validité et l’utilité clinique des alertes d’erreur de médication générées par ce nouveau système. Le système surveillait toutes les ordonnances de médicaments rédigées pendant 16 mois. Le personnel du département a ensuite évalué toutes les alertes quant à leur exactitude, leur validité clinique et leur utilité. Le Centre médical Sheba est partenaire de la société Medaware.

    Les résultats de ces travaux ont été publiés le 7 août 2019 dans le Journal of American Medical Informatics Association (JAMIA).

    Résultats

    • 0,4 % des prescriptions ont fait l’objet d’une alerte.
    • 60 % des alertes ont été déclenchées après la délivrance d’un médicament suite à des changements dans l’état du patient.
    • 85 % des alertes ont été jugées exactes.
    • 80 % des alertes ont été considérés comme utiles cliniquement.
    • Dans 43 % des cas, des mesures correctrices ont été apportées.

    Les auteurs de l’étude estiment que ce système d’aide à la décision clinique utilisant une approche probabiliste d’apprentissage automatique « présentait une grande précision, une charge d’alerte faible et un taux de faux positifs faible, ce qui a entraîné des modifications dans les commandes ultérieures. »

    Évaluation positive d’Harvard

    Dans une étude antérieure publiée en 2017 dans le JAMIA, le système Medaware avait été évalué par des chercheurs de la Harvard Medical School. Les données de 800 000 patients avaient été analysées. Les trois quarts des alertes examinées dans les dossiers générées par le système de dépistage avaient été jugées valables et avaient permis d’identifier des erreurs potentielles de médication. Parmi ces alertes valides, la majorité (75,0 %) s’était avérée cliniquement utile.

  • Étude : un ECG dopé à l’IA détecte des fibrillations auriculaires cachées (The Lancet)

    Un algorithme d’intelligence artificielle pourrait détecter des anomalies invisibles à l’œil nu sur un électroencéphalogramme (ECG). Selon une étude* menée par des chercheurs américains de la Mayo Clinic et publiée le 1er août 2019 dans The Lancet, ce système a permis d’identifier les cas de fibrillation auriculaire avec une précision de 83 %, alors que l’ECG paraissait normal.

    Un trouble du rythme cardiaque trop discret

    La fibrillation auriculaire est un trouble du rythme cardiaque qui reste parfois silencieux. L’activité électrique anarchique et rapide du muscle des oreillettes peut certes provoquer des douleurs dans la poitrine et des étourdissements mais dans certains cas, aucun symptôme ne se manifeste. Il est alors particulièrement difficile de la dépister, d’autant que certaines fibrillations auriculaires (FA, appelées aussi atriales) sont dites paroxystiques, survenant donc par épisodes. Si un électrocardiogramme est pratiqué alors que le rythme cardiaque est régulier, les chances de dépistage sont alors quasi nulles.

    Un algorithme pour rendre l’ECG plus performant

    Or, une fibrillation auriculaire, même asymptomatique, n’a rien d’anodin. Elle est associée à un risque d’AVC et d’insuffisance cardiaque. C’est pourquoi lorsque qu’un AVC sans cause identifié se produit, le patient subit un ECG dans le but de détecter une éventuelle FA et de prévenir une récidive d’AVC. Mais l’examen n’est donc pas toujours efficace. C’est pourquoi des chercheurs américains de la Mayo Clinic ont développé un algorithme d’intelligence artificielle. Nourri par les données issues de 450 000 ECG, l’algorithme a appris à détecter les modifications très subtiles enregistrées lors de l’électrocardiogramme. Il a ensuite été validé sur plus de 63 000 ECG issus de 18 000 personnes et a enfin été testé sur 130 000 ECG de 36 000 individus, dont 3 051 avaient une fibrillation auriculaire identifiée.

    Les résultats de cette étude ont été publiés le 1er août 2019 dans la revue The Lancet.

    Résultats : une précision de 83%

    • Un seul ECG associé à l’IA a détecté une FA avec une sensibilité de 79 % et une spécificité de 79,5 %.
    • L’ensemble des ECG associé à l’IA réalisés pour un même patient atteint une sensibilité de 82,3 % et une spécificité de 83,4 %.

    Le Dr Paul Friedman, directeur du département de médecine cardiovasculaire de la clinique Mayo, aux États-Unis, a déclaré que « l’application d’un modèle d’IA à l’ECG permet de détecter la fibrillation auriculaire, même si elle n’était pas présente au moment de son enregistrement. C’est comme si on regardait l’océan maintenant et que l’on pouvait dire qu’il y a eu de grosses vagues hier. »

    Un test peu onéreux et peu invasif

    Les auteurs de cette recherche tiennent malgré tout à relativiser ces résultats car pour le moment, l’IA a été formée à l’aide d’ECG de personnes nécessitant des investigations cliniques mais pas de personnes victimes d’un AVC inexpliqué ni à l’ensemble de la population. « Nous ne sommes donc pas encore sûrs du résultat de ce diagnostic, a déclaré le principal auteur de l’étude. La capacité de tester rapidement et à peu de frais avec un test non invasif et largement disponible pourrait un jour aider à identifier la fibrillation auriculaire non diagnostiquée et ainsi opter pour un traitement important permettant de prévenir les accidents vasculaires cérébraux et d’autres maladies graves. »

    En France, 1 % de la population générale souffre d’une FA ; le taux grimpe à 10 % chez les plus de 80 ans. Et dans 20 à 30 % des cas, les AVC sont provoqués par une fibrillation auriculaire qui souvent n’avait pas été dépistée.

  • Été 2019 : Siemens Healthineers obtient le marquage CE pour son logiciel IA-Rad Companion (IA)

    Health & Tech Intelligence revient sur l’actualité de l’été 2019.

    Siemens Healthineers décroche le marquage CE pour AI-Rad Companion, un logiciel de radiologie basé sur intelligence artificielle (IA). Cette obtention, annoncée par le groupe le 26 juillet 2019, ouvre la voie à un déploiement dans des établissements de santé en Europe.

    La première application de ce dispositif médical est l’imagerie thoracique avec l’AI-Rad Companion Chest CT. Sur la base de l’IA, l’assistant numérique peut automatiquement analyser les images tomodensitométriques (TDM) du thorax et mesurer des résultats pathologiques anormaux. Le logiciel vise à apporter un soutien aux radiologues en établissant un diagnostic plus rapide et de meilleure qualité.

    « Cette solution dotée d’IA est capable de réaliser une analyse multi-organes, ce qui en fait le premier outil du genre à décrocher un marquage CE », commente Agnès Malgouyres, responsable marketing IA de la filiale du groupe allemand, Healthineers, spécialisée dans les technologies pour l’imagerie médicale (source : APM).

    Siemens Healthineers prévoit d’étendre cette plateforme de manière à ce que de plus en plus d’algorithmes intelligents soient disponibles pour des organes et des modalités supplémentaires, explique le groupe dans un communiqué. Cela permettra à la société d’élargir de manière constante son portefeuille de solutions d’aide à la décision clinique basée sur l’intelligence artificielle.

    « Les diagnostics basés sur des algorithmes [génèrent] des résultats constants »

    « Les résultats établis par les radiologistes peuvent varier de 10 à 20 %, en fonction des chercheurs, indique le Dr Bram Stieltjes, responsable de la coordination de la recherche en radiologie et en médecine nucléaire à l’Hôpital universitaire de Bâle (communiqué). Les diagnostics basés sur des algorithmes éliminent complètement cette variabilité en générant des résultats constants. Ce seul avantage constitue un énorme avantage pour les plateformes d’intelligence artificielle telles que l’AI-Rad Companion. »

    Le logiciel peut s’appliquer aux organes comme le cœur et les poumons

    En utilisant des images tomodensitométriques du thorax, le logiciel permet de différencier les différentes structures du thorax, de les surligner individuellement mais aussi de marquer et de mesurer automatiquement les anomalies potentielles, explique Siemens Healthineers dans son communiqué. Le processus s’applique également aux organes tels que le cœur et les poumons, l’aorte et les corps vertébraux. Il transforme automatiquement les résultats en un rapport quantitatif, qui peut être consulté via le système de visualisation d’images utilisé par le radiologue en routine clinique.

    Dans certaines circonstances, l’assistant intelligent avertit également les médecins des anomalies potentielles qui auraient autrement été omises parce qu’elles n’étaient pas au centre de l’examen initial, par exemple les découvertes fortuites de dilatations pathologiques de l’aorte (anévrismes).

    Un logiciel conforme au RGPD

    AI-Rad Companion Chest CT est une solution cloud qui utilise une infrastructure « templay » sécurisée et certifiée, conforme à la loi HIPAA des États-Unis et au RGPD de l’Union européenne. Le logiciel est également conforme aux normes DICOM.

    Les images et toutes les informations d’appui peuvent être automatiquement mises à disposition dans le système d’archivage et de communication d’images (PACS) en fonction des besoins spécifiques du radiologue.

  • CH de Valenciennes : le numérique et l’IA au service d’un territoire (B. Castells, pôle imagerie)

    Le Centre hospitalier de Valenciennes (CHV) place au centre de sa stratégie la transformation digitale de l’établissement et du groupement hospitalier de territoire (GHT) du Hainaut-Cambrésis (12 hôpitaux), mais aussi la production et de l’utilisation des données ainsi que l’intelligence artificielle (IA), indique Bernard Castells chef du pôle « imagerie médicale et radiologie » et coordinateur du projet médical partagé (PMP) du GHT. Sa direction prévoit d’investir dans ces domaines 1 % du budget du CH chaque année (chiffres d’affaires annuel : 450 millions d’euros).

    Dans un entretien accordé à Health & Tech Intelligence, Bernard Castells présente les particularités du CHV et les défis auxquels il doit faire face. Il détaille également la stratégie de l’établissement pour gagner en performance et en qualité, avec notamment une meilleure exploitation des solutions de e-santé, numérique et IA en tête.

    Selon le chef du pôle « imagerie médicale », l’utilisation de l’IA va notamment changer la pratique des métiers, les organisations, les flux internes des établissements de soins publics et privés et les parcours des patients. La transformation des pratiques va amener les professionnels de santé à projeter leurs activités dans une trajectoire et un suivi : ainsi le radiologue passe du diagnostic image à la production de données qui influent sur le parcours du patient et de son suivi.

    Il souligne par ailleurs l’importance de la démarche territoriale et régionale : les acteurs impliqués dans les parcours et la prise en charge du patient comprennent immédiatement les enjeux sous-jacents, liés à leur quotidien avec leur patient.

    Un territoire touché par la précarité et un taux de mortalité élevé

    Le Centre Hospitalier de Valenciennes (CHV) est l’établissement ressource du groupement hospitalier de territoire (GHT) du Hainaut-Cambrésis (12 hôpitaux) pour 800 000 habitants. Parmi les acteurs majeurs du territoire sur les plans sanitaire et économique, il a instauré et entretient une logique entrepreneuriale, avec un management médicalisé décentralisé. Le CHV présente un excédent financier depuis 7 années.

    En juin 2017, l’analyse des données médico-économiques pour la rédaction du PMP (projet médical partagé du GHT) met en évidence les spécificités du territoire : le Haut-Cambrésis est un des territoires les plus touchés par la précarité et connaît un des taux de mortalité parmi les plus élevé de France (supérieur de 31 % à la moyenne nationale). Ce point est particulièrement marqué pour les morts prématurées liées aux pathologies cardiovasculaires (50 %) et les cancers (30 %). Les femmes diagnostiquées positives lors des campagnes de dépistage de cancer du sein sont à 50 % à l’état métastatique (très nettement supérieur aux données nationales).

    Mise en place d’une collaboration sur la valorisation des données de santé

    De ce fait, l’urgence pour ce GHT n’était pas la mise en place de filières, mais plutôt d’apporter une réponse à l’état de la population et aux problèmes de santé publique.

    Pour répondre à ce challenge, le travail collaboratif basé sur le partage de données est indispensable, note Bernard Castells. La mise en place d’un dispositif d’orientation, d’information et de gestion des cas complexes dans tous les parcours (dont 350 dossiers par an de cas d’urgences graves, complexes et instables) doit répondre à ce besoin.

    Une collaboration en 2 étapes

    • La première étape établie il y a 8 ans par le centre hospitalier de Valenciennes, établissement en charge de la restructuration du système d’information (+ de 150 logiciels métiers), porte sur le déploiement un archivage neutre (VNA). La VNA choisie est faite « maison » et a la particularité de traiter toutes les données (images, mais aussi CR, biologie…) ;
    • L’étape suivante est de structurer les données pour rendre possible leur usage, ce qui est fait à travers un partenariat noué avec la société Alicante. Actuellement, il existe 10 millions de documents dans la VNA dont les données sont en voie d’être toutes structurées. L’objectif est de s’orienter immédiatement sur l’usage de ces données dans une logique « multiservices » : e-santé, épidémiologie, recherche, médico-économique.

    D’autres partenaires interviennent comme Arterys avec un partenariat de 5 ans signé en juin 2018 portant sur l’utilisation d’une solution « plateforme ouverte full cloud », la structuration des informations et le développement d’algorithmes en particulier en imagerie mais avec la possibilité d’y intégrer d’autres algorithmes (pharma, parcours urgences, infectiologie, médico économique…).

    L’intelligence artificielle inscrite dans le projet d’établissement

    Le directeur de l’établissement, Rodolphe Bourret, porte cette démarche autour de la transformation digitale du CH de Valenciennes et du GHT, de la production et de l’utilisation des données et de l’intelligence artificielle (IA). Il a décidé d’y investir 1 % du budget tous les ans (chiffres d’affaires annuel : 450 millions d’euros).

    Actuellement, différents travaux sont en cours :

    • en radiologie, en partenariat avec Arterys (détection de fractures osseuses en radiologie standard associant la société Milvue et l’hôpital Foch, prédiction des tumeurs pulmonaires, mammographie et dépistage mais aussi image pulmonaire conventionnelle) ;
    • en pharma : travail avec la SATT Languedoc et Quinten sur l’analyse clinique de la prescription médicamenteuse ;
    • pour anticiper les flux d’arrivée de patients aux urgences, dans un service accueillant plus de 300 urgences par jour, avec Alicante ;
    • pour l’anticipation et la prévention des infections nosocomiales ;
    • l’utilisation du codage avec Alicante mais aussi une anticipation des éléments médico-économique des parcours patients intra CH et GHT…

    D’autres projets sont envisagés, concernant entre autres la réanimation, la biologie et l’anatomopathologie, indique Bernard Castells.

    L’objectif porté par l’établissement, qui était que l’ensemble du personnel acquière une maturité sur l’IA ainsi que sur la transformation digitale et des organisations du fait de ses outils innovants, est en cours de réalisation, et, selon Bernard Castells, d’ici 12 mois, la prise de conscience et la maturité seront réels. La diversification des thématiques des projets traduit cette dynamique et l’intérêt porté par la communauté médicale à ces innovations.

    L’hôpital de Valenciennes n’est pas un CHU mais est réellement précurseur. Dans ce contexte, l’important est de décliner rapidement les travaux réalisés en usages, et pour cela une unité de recherche clinique et innovation (URSI) a été fondée.

    Une dynamique de co-construction d’algorithmes existe entre le centre hospitalier, Artérys et d’autres sociétés partenaires. Ces algorithmes pourront à terme être portés par le cloud d’Arterys, plateforme robuste. Les modèles économiques associés sont à construire.

    Une démarche territoriale

    L’enjeu est la mise en place d’une approche de médecine populationnelle, note Bernard Castells. L’hôpital joue son rôle de promoteur et de partage.

    La volonté affichée par l’établissement est la mise en place d’un entrepôt de données de santé territorial multi-sites et multiservices, servant de base à un portail ville-hôpital et qui au-delà des services proposés exploitera l’intelligence artificielle.

    Le CHV propose son expérience pour accompagner les autres établissements dans la mise en œuvre de ces environnements complexes. Actuellement, 2 établissements du GHT sont en phase d’installation d’une VNA : le CH de Denain et le CH Fourmies (Nord) avec les mêmes outils et le même classement.

    C’est également dans cette dynamique territoriale que s’inscrit la dynamique d’un pré-projet Tiga : « santé pour tous », avec pour thématique « santé et précarité ». L’objectif est de comprendre les impacts de la précarité sur la santé et vice-versa. Sont parties prenantes l’hôpital, des entreprises privées, le conseil régional, les politiques, l’ARS Haut-de-France…

    À terme, le CH souhaite inclure les données populationnelles du territoire, celles des autres établissements du groupement hospitalier de territoire (GHT), de la médecine de ville dont les maisons de santé, entre établissements publics, privés et professionnels de santé, des dossiers médicaux personnels (DMP) et pharmaceutiques (DP), de l’Insee, vers la plateforme régionale Predice de services…

    Transformation des métiers

    Selon Bernard Castells, l’utilisation de l’IA va changer la pratique des métiers, les organisations, les flux internes des établissements de soins publics et privés et les parcours des patients. La transformation des pratiques va amener les professionnels de santé à projeter leurs activités dans une trajectoire et un suivi : ainsi le radiologue passe du diagnostic image à la production de données qui influent sur le parcours du patient et de son suivi.

    Il souligne le fait qu’à l’hôpital de Valenciennes, dans le cadre du partenariat avec Arterys, l’intelligence artificielle est déjà utilisée en routine en imagerie pour les examens du cœur par IRM, des poumons par scanner et des nodules hépatiques en IRM.

    L’hôpital attend de l’utilisation de l’IA une amélioration de la qualité moyenne des diagnostics (réduction de la variabilité d’analyse entre les praticiens et sur le territoire) ainsi qu’une optimisation de l’utilisation des plateaux d’imagerie et de leurs ressources humaines (attractivité, image de marque…).

    Bernard Castells souligne l’importance de la démarche territoriale et régionale : les acteurs impliqués dans les parcours et la prise en charge du patient comprennent immédiatement les enjeux sous-jacents, liés à leur quotidien avec leur patient. Ainsi par exemple, des travaux en cours sur la cancérologie territoriale fédèrent les professionnels et rendent « naturels » les collectes et partages de donnés.

  • ExclusifMessageries sécurisées de santé : état des lieux du marché dans le contexte du RGPD

    Si les professionnels de santé libéraux ont pris l’habitude d’échanger des données via des messageries classiques, la confidentialité des données et le respect du secret médical doivent être respectés. Bien que non obligatoire pour un médecin libéral, l’hébergeur de la messagerie doit répondre aux contraintes réglementaires de sécurité des échanges et de stockage de données de santé auxquelles est tenu le médecin.
    Il existe plusieurs messageries sécurisées, les principales étant MSSanté et Apicrypt, sachant que certaines ne peuvent communiquer qu’avec des correspondants ayant le même logiciel, ce qui pose des questions en termes d’interopérabilité.

    Dans un contexte général marqué par l’entrée en vigueur du RGPD en mai 2018 et la mise en place de sanctions à l’encontre des contrevenants par la Cnil, Health & Tech Intelligence fait le point sur les principales messageries sécurisées de santé existant sur le marché français avec :
    • un rappel de ce qu’est l’Espace de confiance MSSanté (repères) ;
    • un état des lieux du marché et du déploiement ;
    • un focus sur les 4 solutions principales du marché : Apicrypt (Apicem), Santenet Box (Inovelan), Medimail (Mipih) et le service Mailiz, opéré par l’Asip Santé pour le compte des Ordres de santé.

    Repères : L’Espace de confiance MSSanté

    En ville ou à l’hôpital, au cabinet ou en déplacement, la messagerie que les professionnels de santé utilisent doit garantir un haut niveau de sécurité et d’interopérabilité. L’objectif est de faciliter la coordination des soins tout en protégeant la vie privée des patients ainsi que la responsabilité professionnelle des praticiens.

    Pour apporter une réponse à ces enjeux, l’Asip Santé a créé en 2013, au nom des pouvoirs publics et en concertation avec l’ensemble des Ordres professionnels et des industriels du secteur, l’Espace de confiance MSSanté afin de développer les messageries sécurisées de santé.

    MSSanté désigne un ensemble de messageries réservées aux professionnels de santé et du secteur médico-social, développées par différents opérateurs de messagerie et intégrées à un « espace de confiance » promu par l’Asip, au sein duquel les mails peuvent s’échanger en toute sécurité.

    Ce système nativement décentralisé organise les échanges entre des opérateurs multiples assurant chacun la responsabilité de leur service. Dès lors qu’il respecte les prérequis de sécurité, d’interopérabilité et de conformité à la loi, tout opérateur de messagerie peut intégrer l’espace de confiance.

    Contenu de l’Espace de confiance

    Représentation graphique de l’Espace de confiance

    Messageries sécurisées de santé : état du marché et du déploiement

    Caractéristiques du marché

    MSSanté : informations clés

    • Plus de 1 974 établissements de santé sont inscrits dans une démarche d’accompagnement pour intégrer l’espace de confiance MSSanté et plus de 1 000 établissements, dont la majorité des grands hôpitaux publics et des principaux groupes privés, sont déjà raccordés à l’espace de confiance.
    • 64 175 professionnels de santé libéraux ont déjà ouvert une messagerie MSSanté dont 48 494 médecins (42,3 % des médecins en France). Au total, ce sont 102 205 boîtes aux lettres MSSanté qui permettent d’échanger près de 500 000 messages dans l’espace de confiance, chaque mois, entre établissements, professionnels de santé, laboratoires, ville et hôpital…
    • L’intégration de MSSanté dans les logiciels de professionnels de santé est l’un des facteurs importants d’appropriation de la messagerie sécurisée par les professionnels de santé libéraux.
    • Les éditeurs de la Fédération des éditeurs d’informatique médicale et paramédicale ambulatoire (Feima), soutien du projet MSSanté depuis ses débuts, ont fait évoluer leurs offres pour permettre à leurs utilisateurs de lire et d’envoyer leurs mails MSSanté directement depuis leur logiciel de gestion de cabinet.
    • Actuellement, les logiciels intégrant MSSanté couvrent une grande partie du secteur :
      • 72 % des médecins généralistes et spécialisés ;
      • 73 % des infirmiers ;
      • 73 % kinésithérapeutes ;
      • 78 % des pharmacies ;
      • 40 % des dentistes.

    Source : Asip Santé, février 2018

    Liste des logiciels de professionnels de santé qui intègrent MSSanté

    Liste des solutions disponibles selon les régions

    Focus sur les principales solutions du marché

    Il existe 3 messageries sécurisées sur le marché qui se distinguent dans le marché français de par le nombre de leurs références et le nombre de leurs utilisateurs :

    Apicrypt (Apicem)

    • Apicrypt est reconnu comme le plus grand réseau médical de France, en flux comme en nombre d’utilisateurs, avec :
      • 77 millions de courriers en un an ;
      • plus de 70 000 abonnés représentants ;
      • plus de 135 spécialités médicales ou paramédicales, avec un fort positionnement chez les professionnels libéraux.

    Santenet Box (Inovelan)

    • Spécialisée dans l’échange et le partage sécurisé des données de santé ainsi que la coordination de parcours du patient, Inovelan est aussi le premier éditeur industriel à avoir reçu la certification « Qualité hôpital numérique » (juillet 2016) dans l’espace de confiance de la MSS proposée par l’Asip Santé.

    Medimail (Mipih)

    • Leader dans le domaine des systèmes d’information hospitaliers (SIH) et 1er hébergeur certifié données de santé, la messagerie sécurisée Medimail est utilisée dans plus de 300 structures françaises.

    + Le service Mailiz opéré par l’Asip Santé pour le compte des Ordres de santé

    Mailiz est un service de messagerie gratuit qui, à l’instar des messageries sécurisées régionales ou des solutions intégrées au logiciel de gestion de cabinet, fait partie de l’Espace de confiance MSSanté.

    Messageries sécurisées de santé : panorama des principales solutions du marché

  • L’application Moovcare Poumon (Sivan) inscrite au remboursement en octobre 2019

    Moovcare Poumon (Sivan), une web-application de télésurveillance du cancer du poumon, devrait être accessible et remboursé d’ici la fin de l’année, ou au plus tard début 2020. Ces précisions ont été apportées fin juin lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à l’Institut Curie, partenaire de Sivan dans le cadre de l’utilisation de cet outil au sein des établissements de soins. En avril, le dispositif médical avait obtenu de la part de la Haute autorité de santé (HAS) un avis favorable pour son remboursement par la Cnedimts. L’outil et l’acte l’accompagnant sont tous les deux concernés.

    La Cnedimts s’était prononcée pour une amélioration modérée du service attendu de la web-application par rapport à la prise en charge conventionnelle seule, « à savoir le suivi par imagerie et par consultations médicales face à face, dans les indications et conditions d’utilisation retenues ». Après cette amélioration modérée de niveau III, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) a six mois pour définir le prix de l’acte associé.

    En effet, il n’existe pas d’acte correspondant à ce type de télésurveillance par l’application Moovcare Poumon. Par conséquent, au regard des contraintes organisationnelles des centres pour garantir la bonne gestion des alertes, son déploiement devrait être restreint dans un premier temps. Selon l’Institut Curie, une cinquantaine de patients utilise le dispositif dans une dizaine de centres français. Il devrait ainsi être inscrit au remboursement en octobre 2019.

  • Étude : l’apprentissage automatique à même de faciliter le dépistage de la dépression (JMIR)

    Une étude menée par des chercheurs américains de l’Indiana University montre qu’il serait possible d’automatiser le dépistage des patients nécessitant des soins pour la dépression dans une population de patients. Un système basé sur l’apprentissage automatique (machine learning) a permis d’utiliser un très grand nombre de données qu’un clinicien ne peut pas prendre en compte. Un tel outil pourrait faciliter la mise en place de soins préventifs. Les résultats de ces travaux* ont été publiés le 22 juillet 2019 dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR).

    Des failles dans le repérage des patients dépressifs

    Selon les chiffres officiels, le nombre de personnes souffrant de dépression n’a cessé d’augmenter en France depuis les années 2000. Actuellement, 10 % de la population serait touchée, contre 8 % il y a une vingtaine d’années. Au coût humain s’ajoute le coût financier : 1 000 milliards de dollars par an dans le monde, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) paru en 2017.

    Identifier les personnes nécessitant une prise en charge représente un défi majeur. Comme il est irréalisable de former tous les soignants à un tel repérage, de nombreux systèmes de santé utilisent des outils, qui sont des échelles d’évaluation.

    Cependant, ces systèmes ne sont pas des solutions optimales car ils mobilisent malgré tout de manière importante le personnel soignant, dépendent fortement de résultats potentiellement inexacts rapportés par les patients, et n’utilisent qu’un petit sous-ensemble de données cliniques comportementales. Le risque de surdiagnostic est réel et des études récentes ont montré qu’un tel dépistage systématique dans les structures de santé n’était pas pertinent.

    C’est pourquoi il semble plus approprié de développer des approches de dépistage basées sur l’apprentissage automatique (machine learning) capables de tirer parti de jeux de données de patients plus complets représentant leur état de santé général. L’apprentissage automatique permet d’apprendre de multiples jeux de données de soins primaires et secondaires que le clinicien ne serait pas en capacité d’exploiter du fait de leur abondance.

    Big data + machine learning pour trier les patients à risques

    Afin d’évaluer le potentiel de cette nouvelle opportunité, des chercheurs américains de l’Indiana University ont identifié une population de 84 317 patients adultes (âgés de 18 ans et plus) ayant effectué au moins une visite de soins primaires entre 2011 et 2016 dans une centre de santé d’Indianapolis.

    Dans un premier temps, ils ont développé une taxonomie de la dépression afin d’identifier tous les concepts biomédicaux et les termes liés à cette pathologie. Ces caractéristiques présentaient une grande variété de caractéristiques diagnostiques, démographiques et comportementales qui influaient sur l’apparition et la gravité de la dépression.

    Ensuite, ils ont sélectionné 3 groupes de patients à haut risque et ils se sont procurés les dossiers médicaux de chacun. « L’ensemble de données comprenait un large éventail de données sur les patients, y compris des données démographiques, diagnostiques, comportementales et de visite, rapportées sous forme structurée et non structurée », précisent les auteurs de l’étude.

    Ils ont développé un algorithme de « forêt aléatoire » à partir de ces données. Le but était d’identifier les personnes qui souffriraient de la détérioration de leur état de santé s’ils ne bénéficiaient pas d’un traitement spécialisé de haute intensité pour la dépression.

    Les résultats de ces travaux ont été publiés le 22 juillet dans le Journal of Medical Internet Research (JMIR).

    Résultats : 8 patients sur 10 identifiés

    • 12 432 patients avec un diagnostic de dépression (le groupe le plus à risque) ont été identifiés, sur un total de 37 560 patients à risques repérés.
    • Ces patients à risque étaient en majorité urbains et de sexe féminin.
    • Sur les 8,29 % des 84 317 patients ayant besoin de soins avancés pour la dépression, 80 % ont été identifié par l’algorithme.
    • Plus de 1 000 concepts liés à la terminologie de la dépression ont été identifiés et inclus dans le modèle de décision
    • L’hypertension, une dépression antérieure, le sexe et le nombre de visites au centre de soins faisaient partie du top 20 des caractéristiques les plus déterminantes.
    • Le modèle décisionnel prédisant le besoin de soins avancés dans la population principale signalait un score de 78,87 %.

    En résumé, le modèle décisionnel permettant de prédire le besoin de soins avancés pour la dépression dans l’ensemble de la population de patients a obtenu un score de 78,87 %. Dans les 4 groupes de patients à haut risque, ces scores allaient de 86,31 à 94,43 %. La sensibilité et la spécificité étaient significativement élevées et démontraient qu’un tel outil pouvait être développé et mis en pratique, estiment les auteurs de l’étude.

    « Un potentiel considérable » pour faire de la prévention

    « Cependant, il est à noter qu’aucun des modèles de décision développés à partir de populations à haut risque ne pouvait prendre en compte tous les patients nécessitant des soins avancés », reconnaissent les chercheurs.

    Globalement, les 3 modèles ne pouvaient capturer que 80,26 % des patients nécessitant des soins poussés. Ils émettent l’hypothèse qu’une part des 19,74 % de patients manquants aurait été classée dans l’un des trois groupes de patients à haut risque si des données plus complètes avaient été disponibles et avaient donc été éligibles pour le dépistage.

    Ce dépistage automatisé et « extrêmement précis » de la dépression pourrait, selon eux, être facilement intégré dans les structures de santé dont l’interopérabilité des jeux de données est de plus en plus une réalité.

    « Ces résultats montrent un potentiel considérable pour permettre la mise en place de soins préventifs, sans risque de surdiagnostic ni de surtraitement et sans utiliser de mécanismes de dépistage manuel », concluent les auteurs de ces travaux.

  • Parcours innovants : « l’IA est un nouvel outil pour l’innovation organisationnelle » (ARS IDF)

    « L’’intelligence artificielle (IA) transforme de manière rapide le système de santé. C’est un accélérateur, un nouvel outil qui doit être également mobilisé au bénéfice de l’innovation organisationnelle« , estime Yannick Le Guen, directeur de la stratégie à l’agence régionale de santé (ARS) Île-de-France.

    Dans une interview accordée à Health & Tech Intelligence, il revient avec Seak-Hy Lo, coordinatrice senior d’études au sein de l’ARS, sur les 2 projets centraux menés par l’agence dans le domaine de la data et de l’IA pour améliorer les parcours de soins, soit :
    • un système de traitement des données pour améliorer la prise en charge de l’infarctus du myocarde (IDM) aigu  : projet retenu pour le Health Data Hub (HDH) dans le cadre de l’appel à projets (AAP) lancé en janvier ;
    • un outil prédictif des soins non programmés aux urgences.

    Yann Le Guen explique par ailleurs qu’en matière d’éthique, il ne faut pas simplement, selon oui, « être conforme aux règlements en vigueur au niveau juridique sur ce sujet ». Il faut anticiper et « aller au-delà en co-construisant les projets afin de lever les craintes, de montrer aux acteurs que nous sommes transparents sur les finalités des projets », estime-t-il. Il indique également que l’ARS ne cherche pas particulièrement à être pionnière en matière d’exploitation de l’IA dans le domaine de la santé, ajoutant que, de fait, le développement numérique rendait possible une « collaboration en réseau » et que l’agence était ouverte à des coopérations avec d’autres régions.

    Combattre les inégalités d’accès aux soins par l’analyse des données de santé

    Quelles sont les études portées par l’Agence régionale de santé d’Île-de-France reposant sur l’utilisation des données et de l’intelligence artificielle (IA) ?

    Yannick Le Guen : Les études de l’ARS en matière de data sont basées sur les données natives du SNDS et les données régionales issues de divers registres dont la Région dispose. Un de nos sujets est de mobiliser ces données parce qu’elles donnent des éléments de contexte mais aussi des informations précieuses pour mieux analyser les pratiques des franciliens et des professionnels de la santé afin d’améliorer les actions à mener dans notre région. Elles sont enrichies avec le comparateur que représente le SNDS.

    Le projet régional de santé (PRS) de l’ARS est centré sur 4 priorités : la périnatalité, la cancérologie, les maladies neurodégénératives et la santé mentale ainsi que le cardiométabolisme.

    L’analyse des données dans ces 4 champs a pour objectif de combattre les inégalités d’accès aux soins, l’Île-de-France étant la région où elles sont les plus marquées.

    L’ARS se concentre actuellement sur 2 sujets centraux en matière d’intelligence artificielle (IA) et de data :

    • le projet retenu pour le Health Data Hub (HDH) dans le cadre de l’appel à projets (AAP) lancé en janvier, portant sur le traitement des données pour améliorer la prise en charge de l’infarctus du myocarde (IDM) aigu.
      • Le projet est issu d’un partenariat entre l’ARS, le GCS Sesan, les soignants (l’ensemble des Samu, Smur et la BSPP d’Île-de-France) mais aussi deux équipes de l’Inserm. Les travaux devraient commencer de manière concrète au 4ième trimestre 2019, les démarches juridiques, notamment celles pour obtenir une autorisation de la Cnil, prenant plusieurs mois. Les premiers indicateurs de parcours concernant l’infarctus du myocarde devraient être publiés en fin d’année ;
    • l’ARS lance aussi un outil prédictif des soins non programmés aux urgences.
      • o Il y a eu un atelier d’idéation en avril et un datathon interne devrait être organisé au 4ième trimestre 2019. Cela prend du temps parce que nous devons nous assurer d’être conformes au RGPD. L’objectif est dans un premier temps de mettre la solution à la disposition des établissements et de l’ARS. 

    1. Prise en charge de l’IDM aigu : le projet retenu par le Health Data Hub

    Quel est votre état d’esprit 3 mois après avoir intégré le Health Data Hub en construction ?

    Yannick Le Guen : C’est un honneur. On a été retenu parmi 189 projets. L’appel était très concurrentiel. Cela démontre le niveau de maturité de notre projet et c’est aussi une reconnaissance du point de vue technique. Ce projet va permettre de fédérer les acteurs de santé sur le sujet de la cardiologie mais nous voulons reproduire la solution à d’autres domaines avec encore une fois comme objectif d’améliorer les prises en charge et de réduire les inégalités en santé.

    Le Health data hub va accompagner la mise en place du projet, notamment sur les volets juridique et technique.

    Quels sont les bénéfices attendus pour l’ARS en collaborant avec le HDH ?

    Yannick Le Guen : Ce projet va nous permettre, de gagner en visibilité et en crédibilité vis-à-vis des professionnels et de la population en faisant reconnaître l’agence comme un tiers de confiance en matière de partage de données.

    Quant à la question du coût des infrastructures requises, elle reste marginale dans la mesure où nous disposons déjà d’un socle très important pour d’autres projetsLe vrai sujet est celui des ressources humaines et de compétences. Le soutien que nous apporte le HDH est important parce qu’il est de niveau national. Il nous permettra de travailler avec des data scientists spécialisés, experts sur les données de santé et nous savons comme il peut être difficile d’avoir ce type de ressource en région.

    2. Un outil prédictif des soins non programmés

    Quel sera la finalité du projet ?

    Seak-Hy Lo : Nous sommes en train de créer un prototype. Quand cet outil sera consolidé, il faudra l’améliorer au fur et à mesure et le faire progresser en termes de granularité, de territoire et de maladie. Le plus compliqué, ça va être après, de trouver comment le mettre en place au niveau des ressources humaines.

    Notre objectif est de parvenir à une granularité fine au niveau du bassin de santé. Ce n’est pas un outil de prédiction régional. Il s’adresse aux acteurs de santé pour leur territoire.

    Yannick Le Guen : Le but est d’améliorer l’organisation des acteurs de santé, de leur donner les moyens d’anticiper les flux parce qu’il y a d’autres facteurs à prendre en considération que les épisodes climatiques par exemple.

    D’autres projets sont-ils prévus dans ce domaine pour les mois ou années à venir ?

    Yannick Le Guen : Nous avons ces 2 importants projets, nous souhaitons bien sûr traiter d’autres sujets mais nous devons d’abord faire nos preuves. L’idée est d’aller jusqu’au bout de ces 2 initiatives afin d’exploiter au maximum les données et d’en tirer des enseignements, puis d’élargir le champ d’utilisation.

    Quel est le budget dont dispose l’ARS pour la diffusion des innovations en santé ?

    Yannick Le Guen : Je ne peux pas vous donner le montant d’une enveloppe précise car l’agence intervient sur de multiples champs qui intègrent les innovations organisationnelles. Tous ces projets ont un coût. Ils sont soumis à un arbitrage du directeur général en fonction de leur qualité et de leur intérêt pour la transformation du système de santé.

    Éthique et IA : aller au-delà de la réglementation en « co-construisant »

    Les préoccupations d’ordre éthique des acteurs peuvent représenter un frein au déploiement des solutions visant à personnaliser le parcours de soins. Comment pensez-vous pouvoir rassurer les professionnels et les usagers à ce sujet ? 

    Yannick Le Guen : Nous avons des groupes d’experts en éthique qui donnent leur avis sur les projets mais cela ne suffit pas. Il faut établir une confiance avec les professionnels et les usagers. Cela passe par la transparence, en expliquant pourquoi et comment on utilise telles données et quelles lignes nous ne franchiront pas dans leur exploitation.

    Nous nous appuyons sur une charte d’utilisation des données au niveau régional. C’est essentiel parce que cette préoccupation en matière d’éthique ne va que croître.

    Il ne faut pas simplement être conforme aux règlements en vigueur au niveau juridique sur ce sujet. Il faut anticiper et aller au-delà en co-construisant les projets afin de lever les craintes, de montrer aux acteurs que nous sommes transparents sur les finalités des projets. Si nous expliquons bien cela, le sujet de l’IA sera accepté plus facilement.

    « Nous sommes ouvertes à des coopérations avec d’autres régions »

    Pensez-vous que la Région Île-de-France puisse être pionnière dans le domaine de l’IA médicale ?

    Yannick Le Guen : Je n’aurais pas cette prétention. Nous avons de fait un réseau riche en Île-de-France, avec une concentration importante d’instituts de recherche académique, de pôles de compétitivité et d’autres organisations de santé. Nous ne cherchons pas particulièrement à être les pionniers. De fait, le développement numérique rend possible une collaboration en réseau. Nous sommes bien entendu ouverts à des coopérations avec d’autres régions.

    La France pourrait-elle selon vous faire partie des leaders dans le secteur de l’exploitation des données de santé ?

    Yannick Le Guen : Le potentiel des données est aujourd’hui insuffisamment exploité.. Étendre cette exploitation va être l’un des enjeux des 5 prochaines années, c’est précisément l’enjeu du Health data Hub.

    L’intelligence artificielle transforme de manière rapide le système de santé. C’est un accélérateur, un nouvel outil qui doit être également mobilisé au bénéfice de l’innovation organisationnelle. L’IA peut avoir un vrai impact en santé, en particulier sur le domaine de la personnalisation des parcours de soins.